Frugaliste libéré.e mais confiné.e

Vous avez été assigné à résidence par décision de votre gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19 ? Vous n’êtes pas seul puisque la majorité de l’Humanité est dans la même situation.

Le frugalisme permet-il de mieux vivre le confinement ?

Pour filer la métaphore guerrière – largement utilisée au début de la crise du Covid 19 par le Président français – le frugaliste est-il mieux armé que la moyenne pour mener cette bataille, et en particulier pour supporter le confinement ?

J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Blaise Pascal, Pensées, fragment Divertissement
Insomnie dans son lit
Insomnies, ennui, votre lit est transformé en champ de bataille ? Allodocteurs.fr

Les atouts du frugaliste

Périphérique parisien fluide
Pour une fois, le périph est fluide

Pour mener cette « guerre », même en 3ème ligne (en restant chez vous car vous n’êtes ni soignant ni obligé d’aller au travail car vous exercez une profession essentielle ou non), le frugaliste dispose a priori de cartouches et de poudre sèche. En effet, la personne frugaliste a vraisemblablement déjà rompu (au moins en partie) ses liens avec le monde du travail classique. Même si vous n’êtes pas déjà jeune retraité, vous ne recherchez a priori pas le bonheur principalement dans votre activité professionnelle.

L’adepte du frugalisme a – normalement – aussi pris du recul avec la surconsommation. Il ne se retrouve donc pas en situation de manque de faire du shopping.

Enfin, la personne frugaliste est déjà accoutumée à des séquences de vie plus lente comprenant des périodes d’oisiveté.

Dès lors, la rupture peut être moins brutale que pour d’autres, en particulier les pratiquants du métro-boulot-dodo-conso.

Pas si facile d’être confiné.e, même pour un.e frugaliste

Pour autant, la traversée de cette période peut ressembler à celle d’un champ de mines. Comme tout le monde, le frugaliste peut rencontrer des difficultés à s’adapter à cette situation inédite (à moins d’avoir fait ses armes dans un sous-marin …).

Habitué à être confiné ? Suivez les conseils d’un ancien sous-marinier – © Getty / Warren Weinstein

Car le frugaliste n’est habituellement pas (complètement) inactif même s’il est plus volontiers adepte de plaisirs simples et peu onéreux. (Albert Camus  parlait de plaisirs  naturels et instinctifs comme la baignade et les bains de soleil dans l’Etranger).

Cette privation est évidemment difficile à vivre.

De plus, un temps non structuré ouvre la voie à l’inquiétude et cette dernière empêche de mener à bien ses activités sereinement. Le risque est alors – même si vous échappez au « virus chinois » de sombrer dans la « maladie anglaise » (le spleen).

Profiter de cette période pour soigner son profil de frugaliste

On peut alors tenter de saisir ce moment extraordinaire (au sens premier du terme) pour réaliser des choses tout aussi extraordinaires. A commencer par toutes les tâches en attentes : le grand ménage de printemps, le classement de ses papiers, etc. Bon, rien de très motivant et généralement les 3 premiers jours ont suffi… ).

Se lancer pleinement dans ses projets

Au delà des piles de documents à trier, vous aviez peut être laissé de côté (depuis votre enfance ?) des projets, des passions ou des hobbys. C’est le moment rêvé de les réactiver ! Et pourquoi pas envisager de nouveaux projets ? Se perfectionner en cuisine par exemple (quitte à préparer 3 repas par jour, autant progresser).

Pour les mener à bien, une organisation légère mais efficace se révèle nécessaire. Elle permettra de structurer vos journées, d’introduire du rythme et des rituels.

Soigner sa condition physique 

Parmi les fondamentaux, il parait indispensable de maintenir des activités physiques régulières. Les séances de gym ont vite foisonné sur Internet à la télévision.

Sportif masqué

Pour les compléter, si vous habitez dans un bâtiment à plusieurs étages, vous pouvez aussi monter les escaliers (ça vous évitera de toucher les boutons de l’ascenseur).

Si vous êtes adeptes de la course à pied : sport idéal pour une dépense d’énergie significative en moins d’une heure. A condition d’être du matin ou du soir à Paris …Attention aussi à vos articulations si vous n’avez que du béton à moins d’un kilomètre de chez vous …

Pour les débutants, voici un protocole sur 5 semaines, pour vous « mettre le pied à l’étrier » :

Courir 30 minutes, pour les débutants. Source : Fédération française d’athlétisme

Soigner son mental : lire pour s’évader

Là aussi, pour ne pas perdre l’entrainement, c’est le moment d’agir. Pourquoi ne pas élargir votre champ à de nouvelles lectures, malgré les fermetures des bibliothèques et des librairies ? Certes, trouver un livre sur le frugalisme va être difficile (la littérature reste à ce jour peu développée sur ce sujet) mais vous pourrez trouver des ouvrages sur des sujets proches.

En premier lieu, des bibliothèques proposent des livres numériques, comme à Paris. Un catalogue riche est accessible, après inscription en ligne, aux habitants de la région parisienne.

Petite sélection de la bibilothèque numérique pour frugaliste

Fuck Work ! Pour une vie sans travail
Fuck work ! Disponible dans la bibliothèque numérique de Paris

De James Livingston. Pour l’auteur, travail et revenus ne devraient plus être corrélés. D’autant que le travail n’est pas la seule manière de donner du sens à sa vie. Pour préparer au mieux la reprise !

Libérons-nous !

Abdennour Bidar plaide pour une société libérée de la servitude capitaliste et de la consommation obligatoire, plus égalitaire et fondée sur une approche renouvelée de la liberté, du vivre ensemble. Développement étayé sur le revenu universel.


Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique.

Barbara Stiegler met en évidence l’idée généralement admise d’une nécessité de s’adapter dans un monde complexe régi par la pensée néolibérale.


Une autre voie est possible

Eric Heyer (économiste) , Pascal Lokiec ( juriste) et Dominique Méda ( sociologue ) proposent un regard croisé sur la France. En particulier, ils exposent les raisons qui selon eux expliquent ses difficultés, comme les dysfonctionnements du capitalisme financier. Enfin, ils proposent des alternatives pour améliorer la situation.

Editeurs

Par ailleurs, plusieurs éditeurs donnent accès gratuitement à une sélection d’ouvrages en ligne :

Les Liens qui Libèrent

Cet éditeur propose une sélection ciblée de manière pertinente et particulièrement intéressante pour la personne intéressée par le frugalisme, et en particulier :

  • L’art d’être oisif (dans un monde de dingue) de Tom Hodgkinson ;
  • Le bel avenir de l’Etat Providence, d’Eloi Laurent ;
  • Sortir de la croissance – Mode d’emploi, d’Eloi Laurent
  • Devant l’effondrement – Yves Cochet. « L’effondrement de notre civilisation industrielle s’y produira à l’échelle mondiale, probablement dans les années 2020, certainement dans les années 2030 ». Prophétique ?
  • Bullshit Jobs – David Graeber . Qui contesterait aujourd’hui que la valeur sociale d’un travailleur désinfectant les secteurs hospitaliers « Covid-19 »est nettement supérieure à celle du travailleur en télémarketing (qui continue à vous appeler durant le confinement …) ?
  •  Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs – Yapaka
  • Technopouvoir Dépolitiser pour mieux régner – Diana Filippova.
La Découverte
  • Chez soi, de Mona Chollet (Zones), dans lequel l’auteure dépeint les bienfaits du foyer, décrit comme une “base arrière”
https://www.editions-zones.fr/2020/03/17/chez-soi-en-acces-libre/
  • Fabuler la fin du monde, de Jean-Paul Engélibert, analyse comparée de diverses fictions d’apocalypse, littéraires, cinématographiques et télévisuelles
  • Le droit à la paresse, de Paul Lafargue, dans lequel l’auteur invite à remettre en question la place du travail dans nos sociétés.
Tracts de crise de Gallimard

Des textes brefs et inédits d’écrivains sont proposés chaque jour.

Un exemple : Ralentir de Gaspard Koenig, proposé le 16 avril.

Oser les classiques

C’est le moment ou jamais de lire les grands auteurs ! D’autant qu’une partie de leurs écrits sont libres de droits.

  • Jacques le Fataliste de Diderot. C’est l’histoire de deux hommes qui marchent. On ne sait pas où ils vont, pourquoi il y vont… Mais ils se déplacent, c’est le contraire de nous ! C’est drôle et on le trouve gratuitement.
  • Les Essais de Montaigne. Montaigne, qui a traversé des périodes d’épidémies de peste  revendique son oisiveté (qu’il distingue de la fainéantise, qu’il réprouve par ailleurs).
  • La Peste d’Albert Camus. Une bonne idée pour se changer les idées ?
  • Les aventures de Tintin d’Hergé. Tintin avait connu la quarantaine dans le Temple du soleil, avait echappé à une (fausse) épidémie de scarlatine dans l’Affaire Tournesol et avait goûté au confinement dans Tintin et les Picaros !
Tintin "Le Temple du Soleil", quarantaine
Tintin “Le Temple du Soleil”, (c) Moulinsart 2020

Journaux numériques

Mediapart, proposé en accès libre lors des week-ends de confinement.

Vidéos de l’INA

3 mois d’accès aux archives de l’INA sont proposés sur la platerforme MADELEN (séries, documentaires, spectacles). Votre numéro de carte bancaire vous sera demandé lors de l’inscription. Il conviendra de vous désabonner avant l’échéance des 3 mois si vous ne voulez pas payer l’abonnement.

Soigner ses finances

Cette période offre du temps pour se consacrer à  ses finances personnelles : développer sa culture financière, faire un point sur son patrimoine, réfléchir à sa philosophie d’investissement pour mettre au point sa stratégie pour atteindre ou sauvegarder son indépendance financière. Faut-il opter pour une rente immobilière ou préférer des actions, après leur chute ? Et, en fonction de votre perception des conséquences économiques et financière de cette crise sanitaire, éviter les erreurs et mettre en place des mesures pour sécuriser son patrimoine.

Le monde d’après sera-t-il frugal ?

Pas si sûr

Carré Hermes
Pour le déconfinement, un carré de tissu à 375 € pour faire un masque lavable à 60°C ?

La période de confinement est propice au foisonnement de réflexions sur le « Monde d’après ». Cette cure d’ennui débouchera-t-elle sur une soif d’actions pour traduire en actes ces idées et mettre en œuvre des changements significatifs, comme l’abandon de la primauté de l’économie au profit de l’humain ?

Ce « nouveau monde » sera-t-il frugal ? Rien n’est moins sûr, si l’on observe la ruée dans la boutique Hermès de Canton, après le déconfinement. Serons nous également sujet à ces “achats revanche” (pas nécessairement chez Hermès) ?

Alors, devenir frugaliste “quoi qu’il en coûte” ?

En cultivant son profil frugaliste, qui comprend la dimension de sobriété, chacun peut toutefois apporter sa petite pierre à l’édifice…

Cependant, si vous n’espérez pas un changement de société à la hauteur de vos espérances, vous pouvez aussi prendre vos propres résolutions, comme partir à la retraite précocement “quoi qu’il en coûte”, même si ce n’est pas à 30 ans.

C’est la cas d’Annette, interviewé par Libération : «Après cette crise, et si j’en ressors vivante, j’ai décidé d’arrêter de travailler à 62 ans quoi qu’il m’en coûte et de vivre un peu le temps qui reste pour moi ! Cette décision m’est apparue comme une évidence, liée à la prise de conscience que j’en avais assez d’être obligée d’aller dans des fêtes ineptes, de participer à des réunions creuses et de subir les humeurs fluctuantes de mes dirigeants. J’ai besoin du temps qui reste pour être moi et j’espère qu’il m’en reste un peu…»

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