Comment bien diversifier ses placements de frugaliste ?

Pour devenir frugaliste, vous devrez atteindre l’indépendance financière. Elle-même repose à la fois sur la maîtrise des dépenses et une bonne gestion des placements financiers. Pour cela, il parait nécessaire d’appliquer une règle d’or de l’épargne : la diversification.

oeufs dorés
Règle d’or : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Wes Thompson/Corbis / Photononstop

Sommaire de l’article

Une règle connue mais pas toujours appliquée

panier et oeufs renversés
J’aurai dû y penser avant !

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré cet adage largement connu, certains investisseurs, qui s’occupent directement de leur placements ne mettent pas pleinement en œuvre cette règle de diversification. C’est le cas de « passionnés de l’immobilier », qui multiplient les acquisitions dans leur quartier. En concentrant leurs investissements, ils concentrent également le risque. Ou même de « grands investisseurs » comme Warren Buffet qui s’est montré partisan de « mettre tous ses œufs dans le même panier mais de surveiller le panier de très près ».

En outre, des études de finance comportementale montrent que les épargnants pratiquent rarement une diversification efficace pour leurs placements.

Pourquoi diversifier ?

La diversification est un moyen, pas une fin

Tout d’abord, précisions que la diversification des actifs ne constitue pas une fin en soi. En tant que frugaliste, on ne va pas investir pour avoir un beau portefeuille, bien diversifié. On va plutôt investir pour atteindre ses objectifs de frugaliste (retraite anticipée notamment), au moyen de la diversification.

Diversifier pour réduire les risque sans réduire l’espérance de gain

Dans un monde imprévisible, même les meilleurs experts, économistes ou financiers, se trompent. Toutefois pas systématiquement, et prendre des décisions inverses aux leurs, n’est pas toujours une garantie de succès …. Il faut alors admettre l’hypothèse que l’avenir est imprévisible, en particulier en matière de placements financiers. Dès lors, la seule façon de réduire le risque lié à l’incertitude quant à l’avenir est de combiner plusieurs placements.

Selon la Théorie Moderne du Portefeuille, la diversification permet de diminuer le risque sans altérer la rentabilité espérée. Le niveau de risque peut se mesurer mathématiquement. Ces calculs montrent que un plus un n’est pas égal à deux : le risque présenté par la combinaison de deux actifs peu corrélés est inférieur à la somme des deux risques et, bien souvent, au risque de chacun des actifs considérés isolément.

Pour illustrer cela, Jean-François de Laulanié, dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » compare, sur la période 1995-2015 un portefeuille composé à 100 % d’obligations françaises avec des portefeuilles comportant des « zestes » d’actions (de 5 à 20 %) pour 80 à 95 % d’obligations. Ces derniers portefeuilles se caractérisent par des volatilités annuelles moindres (indicateur représentatif du risque). En effet, quant une classe d’actif sous-performait, l’autre pouvait connaitre meilleure fortune et réciproquement. A noter également que ces portefeuilles, bien que présentant des risque amoindris, offraient des performances moyennes annuelles supérieures.

Diversifier pour optimiser la disponibilité des capitaux

Le frugaliste compte sur ses placements pour assurer durablement son mode de vie. Dès lors, les liquidités doivent être disponibles en cas de besoin. La diversification doit justement permettre d’augmenter la disponibilité de ses capitaux, indépendamment des cycles économiques ou des accidents de parcours de tel actif considéré isolément.

Voir à ce sujet la méthode de l’investissement par poche.

L’horizon de temps constitue un paramètre fondamental. Plus vous avez le temps, plus vous pourrez vous permettre d’investir dans des actifs dont la valeur fluctuent (plus volatils) et donc plus risqués mais a priori plus rémunérateurs dans la durée.

Si vous êtes dans votre phase d’épargne,  vous devrez fixer une échéance. Par exemple votre année de départ à la retraite anticipée.

Si vous êtes déjà frugaliste et rentier, alors vous devrez estimer précisément vos dépenses pour bien anticiper vos besoins et ne pas être obligé de casser prématurément les œufs qui sont dans votre panier de placements. Pour éviter cela, vous aurez avantage à investir par poche.

Comment diversifier ses placements ?

Panacher plusieurs types d’actifs et de supports

Une diversification efficace nécessite de panacher les classes  d’actifs : actions, obligations, immobilier, placements monétaires.

Il est également fortement conseillé de varier les « produits supports » à ces actifs : comptes titres, assurance vie. Vous diminuerez ainsi les risques de contrepartie (défaut d’un établissement bancaire par exemple) et les incidences des changements de fiscalité (dont la probabilité de survenue est  loin d’être négligeable en France).

Par exemple,  vérifiez que vos assurances vies ne sont pas souscrites auprès du même assureur ; et veillez à ne pas (trop) dépasser les plafonds du fonds de garantie des dépôts pour les banques et assureurs.

En outre ne négligez pas l’épargne réglementée. Elle n’est pas toujours bien considérée car perçue comme peu rémunératrice (surtout par certains organismes financiers). Or, elle constitue une source de diversification et de stabilisation de votre patrimoine. Elle peut même offrir  une « assurance ».

Livrets d'épargne reglementée
Capitaine Epargne,  Kotoyamagami – Fotolia

Par exemple, les  vieux plans d’épargne logement (PEL) présentant des taux de 2,5 % voire 3,5 % constituent filet de sécurité en cette période de taux bas. A conserver précieusement donc (même si votre établissement vous incite à le clôturer).

Enfin, en bon frugaliste, il convient d’être particulièrement attentif aux frais prélevés sur vos placements (notamment de gestion pour l’assurance vie, qui pénalisent le rendement sur le long terme).

Gestion directe, déléguée, ETF, fonds ?

Vous n’avez pas de temps à consacrer à vos placements ?

horloge et pièces de monnaie
Frugaliste, consacre du temps à ton argent. pixabay.com

C’est plutôt embêtant car en tant que frugaliste, vous avez intérêt à développer une culture financière pour gérer vous-même vos placements. Même si vous êtes absorbé par votre travail (en phase d’épargne) ou vos activités choisies (en phase de rente), vous avez intérêt à consacrer un peu de temps (au moins une heure par semaine) à la gestion de vos actifs financiers.

Pour limiter les temps passé, vous pourrez avoir recours aux « placements collectifs » comme les SCPI dans l’immobilier ou les ETF et fonds pour les valeurs mobilières (actions, obligations).

Vous disposez de temps et souhaitez gérer directement vos placements ?

Dans ce cas, vous pouvez gérer un portefeuille d’actions, d’obligation et /ou un parc immobilier en direct.

Vous pouvez également panacher ces méthodes ?

Vous pouvez également opter pour un panachage de ces différentes méthodes de gestion. Par exemple, pour les actions, détenir des ETF qui suivent les indices, des fonds choisis pour leurs performances dans la durée et gérer vous-même une dizaine de lignes d’actions pour lesquelles vous avez des convictions fortes.

Quelques principes et dimensions de la diversification

Le risque se réduit rapidement en augmentant le nombre de ses actifs

Par exemple, le risque diminue rapidement avec le nombre de titres détenus dans un portefeuille.

Ainsi, avec 10 titres, vous atteignez 85 % du potentiel d’élimination du risque grâce à la diversification. Avec 20 titres, vous parvenez à 98 % du potentiel de réduction de risque.

Diversification géographique

Y a pas que le CAC 40 sur terre. Pixabay

Il est préférable de ne pas se contenter d’investir uniquement dans votre pays ou région. Cela constitue un biais de familiarité qui peut se révéler préjudiciable si ce secteur géographique est confronté à un revers économique. Pour autant, cette diversification n’est pas une garantie car la globalisation financière (comprenant la libre circulation des capitaux) entraine des mouvements conjoints des actifs financiers à travers le monde. C’est ce que Patrick Artus nomme le « cycle financier mondial » dans son ouvrage Discipliner la finance.

Diversification sectorielle

Autre erreur d’investissement à éviter: se limiter à un secteur, même si vous le connaissez bien. Par exemple lié à votre activité professionnelle ou à vos centres d’intérêt. A ce titre, l’épargne salariale doit être utilisée avec précaution, comme l’indique Mickaël Mangot.

De même, il ne faut jamais investir trop largement dans les actions d’une seule entreprise (même si vous êtes confiant et que vous la connaissez bien puisque vous y travaillez). De plus, si vous travaillez dans cette entreprise, vous augmentez votre  risque car vous liez emploi et placement.

Attention, ce principe doit s’appliquer même pour une société réputée sure.

Ainsi, Général Electric, comptait parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales. Ce conglomérat diversifié (énergie, aéronautique, santé, …) était le symbole de la « World Company ». Pourtant, son cours de bourse a été divisé par plus de 3 depuis 2016 et ne s’est pas rétabli à la date de publication de cet article. De même, Airbus a été longtemps considérée comme une valeur inoxydable, portée par la croissance de l’aéronautique.

Avant février 2020, qui pensait qu’Airbus ne monterait pas jusqu’au ciel ?

Diversification par taille

Pour un parc immobilier, varier les surfaces présentera un intérêt car la demande varie entre studios et 4 pièces. De même, pour les actions, les cours des petites et grandes valeurs connaissent des phases de décorrélation.

Diversification par type de gestion

De nombreux investisseurs distinguent ces dernières années la gestion growth (sélection de « valeurs de croissance ») du style value (sélection d’actifs décotés).D’autres ont trouvé un compromis sous la forme de la gestion growth at reasonable price (GARP), soit la sélection de valeurs de « croissance à prix raisonnable ».

Erreurs à ne pas commettre et limites de la diversification

Si le risque diminue avec le nombre d’actifs, pourquoi ne pas en détenir une infinité ? Multiplier les actifs se heurte à plusieurs limites.

Eviter le saupoudrage et la dispersion

Tout d’abord, la multiplication des actifs va se heurter à des limites. En particulier, dans le secteur immobilier, même si vous achetez des studios ou des parkings, vous serez limités par votre capacité d’investissement.

Les frais de transaction seront également un facteur limitant à prendre en, compte. C’est les cas dans l’immobilier avec les « frais de notaire » mais également pour la gestion de portefeuille : la gestion des « petites lignes » s’accompagnent généralement de frais de gestion proportionnellement plus élevés, en raison de la structure tarifaire des courtiers. Pour éviter cela, Gérald Autier propose une règle dans son ouvrage Savoir investir.

Elle consiste à diversifier chaque classe d’actifs de cinq manières différentes selon les dimensions de la diversification. La classe d’actifs immobiliers peut être diversifiée par exemple selon le type de biens, le lieu géographique, la taille du bien, la sous-classe d’actifs, le type de détention. Nous aurions ainsi l’objectif de diversification suivant :

  • Bien 1 : appartement Paris, 150 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 2 ; studio Espagne, 30 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 3 : Local commercial. Province, 70 m² immobilier commercial, détenu en société civile immobilière.
  • Bien 4 : Parts de fonds immobilier, New York, au prorata de la détention, immobilier entreprise et résidentiel, détenu sous forme de part.

Attention aux corrélations

Vous construisez votre portefeuille en prenant soin de diversifier les secteurs d’activités. Une précaution est toutefois nécessaire : s’assurer de l’absence de corrélation positive entre vos actifs.

Vous pourrez même être tenté de  rechercher des corrélations négatives. Par exemple une compagnie pétrolière et une compagnie aérienne.

nageuses synchronisées
Source : cours de Finance (M1) – Ecole de Management Sorbone

Toutefois, les corrélations entre actifs ne se révèlent pas stables dans le temps.

Il existe en effet des cycles de corrélations positives ou négatives. Ainsi, J.F. de Laulanié fait apparaitre dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » des : corrélations presque toujours positives entre obligations et actions françaises depuis 1900 alors qu’une corrélation négative est observée entre 2000 et 2015.

Changer trop souvent de stratégie

Se montrer trop versatile compte parmi les erreurs à éviter. En effet, changer sa stratégie de gestion conduit à augmenter les frais de gestion de ses actifs. En effet, la reconfiguration de vos actifs entrainera des frais de transaction.

Conclusion : frugaliste, veille à la diversification

La diversification s’avère nécessaire pour limiter les risques de ces placements et augmenter vos chances de disposer de vos capitaux lorsque vous en aurez besoin en tant que frugaliste. Pour autant, le principe de diversification et les méthodes associées ne sont pas suffisants pour garantir le succès de vos placements. De plus une diversification efficace n’est pas acquise dans la durée et peut se révéler plus compliquée à réaliser durant certaines périodes.

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