Bientôt tous frugalistes grâce au revenu de base inconditionnel ?

Si vous aspirez à devenir frugaliste, vous attendez certainement avec  impatience l’instauration d’un revenu de base inconditionnel. Faut-il compter sur ce revenu pour concrétiser son projet frugaliste ou s’agit-il d’un mirage en plein désert des Tartares ?

Couverture du livre "Le Désert des Tartares"
Frugaliste, voyez-vous venir le revenu de base ?

Sommaire

L’idée du revenu de base chemine … lentement

L’idée du revenu de base inconditionnel percole lentement mais sûrement dans le débat public. Elle suscite d’ailleurs généralement de vifs  débat et controverses car il est difficile d’écarter l’idéologie sur ce sujet. Il est toutefois intéressant d’observer que les positions sont transpartisanes. Les soutiens et adversaires sont en effet présents tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Un premier coup de projecteur avait été donné en 2017. C’était lors de la campagne présidentielle française (ce revenu était inscrit dans le programme de Benoît Hamon). Depuis, le sujet est revenu sur (presque) toutes les lèvres lors des confinements liés à la pandémie de Covid-19. Même le pape François a suggéré l’instauration d’un « salaire de base universel » en avril 2020, après avoir dénoncé la dimension « compétitive et individualiste de la civilisation actuelle ».

Discours du pape François, favorable au revenu de base
Revenu de base : ayez la foi ! La Croix

Les premières expérimentations paraissaient lointaines (tant géographiquement qu’en matière de niveau de vie). Elles suscitaient donc des doutes quant à la possibilité de transposer ce dispositif dans nos pays « riches ». Mais voilà que  les terres d’expérimentation se rapprochent de nous : Corse, Grande-Synthe. Comme le montre la carte mondiale des expérimentations (recensées par le  mouvement français pour un revenu de base), nombre d’expérimentations sont désormais menées dans les pays riches.

Le revenu de base, késako ?

Label rouge pour le revenu de base
C’est du bon !

Il convient d’abord de se mettre d’accord sur les mots. En effet, les nombreuses annonces (en particulier durant la période de Covid) se réfèrent à des appellations différentes, ce qui prête parfois à confusion. Revenu universel, revenu décent, s’agit-il du même dispositif ? Pas nécessairement. Par exemple, lorsque le Président français a annoncé en 2018 un « revenu universel d’activité», ce dernier consistait en réalité à une fusion des prestations sociales (RSA, prime d’activité et APL).

Dès lors, comment distinguer les vrais projets de revenu de base. Existe-t-il un « label rouge », comme pour le poulet  ?

Définition du revenu de base

Pas de label semble-t-il à ce jour mais une charte mise au point par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB, créé en 2013 pour fédérer les partisans du revenu de base et obtenir son instauration en France). Le même MFRB a mené un décryptage de toutes les mesures apparentées au « revenu universel » annoncées dans le monde depuis le Covid-19.

De même, le MFRB propose une définition du revenu de base :

 « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. »

Grandes caractéristiques

Selon le MFRB, le revenu de base se doit d’être  :

  • Universel : Tous les membres de la communauté le reçoivent, quels que soient leurs revenus ou leurs situations professionnelles.
  • Inconditionnel : aucune contrepartie n’est requise pour le recevoir.
  • Individuel : il est versé à chaque membre du foyer, sans considération des revenus de ses autres membres.
  • Permanent : les enfants y ont droit aussi. Il pourrait par exemple être versé aux responsables légaux jusqu’à leur majorité
  • Inaliénable : le revenu universel est un droit fondamental pour tous les citoyens. Ses bénéficiaires ne peuvent pas en être dépossédés.
  • Cumulable : il s’additionne avec tout autre revenu (salaire, certaines allocations …).

Ces caractéristiques ont de quoi faire rêver un.e frugaliste. Mais au fait, quel pourrait-être le niveau de ce revenu de base ?

Quels montants et quels coûts pour le revenu de base ?

Les propositions s’étendent de 450 € pour les  partisans libéraux à 1 200 € pour les promoteurs de gauche, plus ambitieux. Les modalités de financement diffèrent selon les projets mais une augmentation significative des impôts seraient dans tous les cas nécessaire. En France, le coût d’un revenu de base de 1 000 euros par adulte et de 500 euros en-dessous de 18 ans est estimé à 720 milliards d’euros par an, selon le magazine Alternatives économiques.

Quels bénéfices, pourquoi l’instaurer ?

Les promoteurs de renom du revenu de base (dans ses différentes variantes) sont nombreux comme le recense Libération dans Tout non-travail mérite salaire : Martin Luther King, André Gorz ou encore les Prix Nobel d’économie Milton Friedman, James Tobin, Paul Samuelson ou Amartya Sen.

Selon ses supporteurs, le revenu de base offre les avantages suivants.

Moyen efficace de lutte contre la pauvreté

Le revenu de bas permettrait de réduire la pauvreté. En effet, il constituerait une solution au problème actuel du non recours aux aides sociales par des ayants-droits. Ce phénomène s’explique par le fait que certaines personnes ne sont dans aucun fichier ou renoncent à demander une aide. Ainsi, le revenu de base offrirait-il un filet de sécurité à mailles plus resserrées que les dispositifs de protection sociale actuels. D’ailleurs, son universalité et son automaticité auraient grandement facilité les choses durant les périodes de confinement (en particulier en continuant à protéger celles et ceux qui tirent une partie de leur revenu du travail non déclaré).

Le Précariat. Les dangers d'une nouvelle classe. Couverture du livre de Guy Standing
Le revenu de base comme digue de protection contre le tsunami des précaires ?

De plus, ce dispositif contribuerait à la stabilité sociale et politique. Ainsi, pour Guy Standing, qui l’érige en « nouveau droit fondamental », le revenu de base est une piste évidente pour résoudre le problème du « précariat ». Il juge que l’émergence de cette nouvelle classe de « résidents précaires » est dangereuse pour l’équilibre social, économique et politique. Ainsi, le retour à l’agenda du revenu de base est aussi lié à la crainte d’un raz-de-marée anti-riches.

En outre, Guillaume Allègre de l’OFCE relève que  les instruments de lutte contre la pauvreté (RSA notamment) sont « familiarisés ». Un système individualisé offrirait plus de liberté et de sécurité aux individus, dans un contexte où la famille n’est plus stable.

Sur la plan économique, le revenu de base serait une bonne solution pour maintenir la demande agrégée, notamment en cas de crise (comme les périodes de confinements). En effet, il soutiendrait la consommation des ménages les plus pauvres.

Donner de la visibilité et de la confiance

Ce revenu pourrait alléger les angoisses paralysantes des fins de mois. Il permettrait d’engager des recherches d’emplois et de formations. De mener des projets et de prendre plus de risques.

Varier ses activités et revaloriser certains emplois

Le revenu de base aurait pour effet de déconnecter – au moins en partie – les moyens de subsistance du travail. Ce qui n’empêcherait pas ses bénéficiaires – c’est à dire a priori tout le monde – d’exercer une grande variété d’activités, choisies en fonction des aspirations de chacun. Selon certains, les individus seraient plus épanouis, et plus performants dans ces tâches et par conséquent plus productifs.  Une partie seulement de ces activités seraient rémunérées, mais elles seraient globalement utiles à la société, ne serait-ce que pour maintenir du lien social (activités associatives par exemple).

Les boulots pénibles mais à forte valeur sociale (personnel de nettoyage dans un hôpital par exemple), seraient mécaniquement revalorisés par une amélioration des conditions de travail et de la rémunération. Car sans ces améliorations, il n’y aurait plus personne pour les exercer …

Ainsi, la corrélation inverse entre valeur sociale du travail et niveau de rémunération, observée par David Graeber dans son livre bullshits jobs, serait légèrement corrigée pour les bas salaires.

Quelles sont les principales critiques et difficultés ?

Qui va faire le sale boulot ?

La question est pertinente. Car si l’on augmente les salaires dans certaines branches, acceptera-t-on l’augmentation des factures pour leurs services ? Par exemple, dans le secteur du nettoyage, l’Etat et les collectivités territoriales seront-ils disposés à payer plus pour le nettoyage de leurs bureaux ? On peut rétorquer à cela qu’une grande partie des services gérant le système actuel de protection sociale pourront libérer leurs locaux avec l’instauration du revenu de base. Autre exemple : le modèle de la grande distribution (déjà challengé par ailleurs) pourrait être remis en cause s’il fallait revaloriser les salaires des « employés de rayons» (plutôt maigres, même en positivant).

Tout le monde va arrêter de travailleur pour aller surfer à Malibu

Le revenu de base va produire une masse d’oisifs qui va vivre du travail des autres. C’est l’une des principales objections soulevées à l’évocation du revenu de base. Pourtant, ce n’est pas ce que démontrent les conclusions des premières expérimentations. De même, une étude faite dans le cadre de la votation suisse  montre que 2% des individus déclarent qu’ils cesseraient de travailler s’ils avaient un revenu universel.

Cependant, pour John Rawls, philosophe libéral américain, “ceux qui surfent toute la journée au large de Malibu doivent trouver un moyen de vivre par eux-mêmes et n’ont pas droit à des fonds publics”.

C’est pourquoi Antony Atkinson, économiste britannique, spécialiste de l’étude des inégalités, a proposé un “revenu de participation”. C’est-à-dire qu’il conditionne l’obtention de ce revenu à une participation minimale à la vie de la société. Il définit toutefois cette “participation” de façon assez large : avoir un emploi, être en éducation, en formation ou en recherche d’emploi active, garder des enfants ou s’occuper de parents, faire du bénévolat dans une association reconnue. Seules seraient exclues les personnes qui consacrent leur vie à leurs loisirs.

Selon Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d’économie 2019, “l’une des plus répandues est qu’aider les gens les rendrait paresseux et les encouragerait à profiter du système. Tous les dispositifs d’aide aux plus pauvres, que ce soit dans les pays riches ou dans les pays en développement, sont construits sur cette croyance et possèdent de ce fait une dimension punitive. Or nos expériences montrent que c’est le contraire qui est vrai : plus on aide les gens, plus ils sont capables de repartir d’eux-mêmes, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle ils étaient enfermés”.

Tout travail mérite salaire

Nous sommes nombreux à percevoir l’emploi salarié comme la pierre angulaire de l’intégration et de la protection sociale. Le revenu de base viendrait saper cet édifice en dévaluant la sacro-sainte « valeur travail » et remettrait en cause le précepte bibliquetu gagneras ton pain à la sueur de ton front“.

Pour les avocats du revenu de base, il serait désormais temps d’admettre que l’emploi salarié devient une denrée rare. Selon eux, le revenu de base aurait également l’avantage de briser la dichotomie entre ceux qui ont accès à un emploi et ceux qui en sont exclus.

Travailleur allongé dans une usine
Tout non-travail mérite salaire (Libération). Extrait des séries du photographe Alain Bernardini, «Les Allongés», dans l’imprimerie Yvert à Amiens. Photo Alain Bernardini.

De toute façon, c’est beaucoup trop coûteux, donc non finançable

C’est vrai que les choses se compliquent dès qu’il s’agit de trouver les moyens de le financer. Pour les uns, il suffirait de mettre en place une vraie taxe sur les transactions financières et de supprimer les paradis fiscaux. D’autres le conçoivent comme une allocation dont l’élargissement serait financé par les économies permises par la suppression des services sociaux gestionnaires du millefeuille d’aides actuel.

Enfin, la plupart des études concluent que la principale source de financement serait l’impôt sur le revenu, en augmentant sa progressivité. Le dispositif pourrait être complété, le cas échant, par un impôt sur le patrimoine.

Mieux vaut cibler les pauvres

Dans les pays pauvres, Esther Duflo préconise la création “d’un revenu universel « ultra basique » qui permette d’assurer à toute personne un seuil de revenus au-dessous duquel il ne pourra pas tomber, permettant de se nourrir, de se loger. Et cela sans contrepartie.”

Pour les pays riches, des économistes comme Philippe Martin, estiment que ce système unique, remplaçant l’ensemble des dispositifs fiscaux et sociaux existants, risquerait de faire des perdants. Il préconiqe de mieux cibler les aides sociales.

C’est le retour de l’inflation

Pour certains, le revenu de base accroitrait la demande et le pouvoir d’achat. Alors que dans le même temps l’offre diminuerait (la production baisserait puisque une part grandissante de la population demeurerait oisive). Ce double effet conduirait à une hausse de l’inflation.

Pour d’autres, l’inflation serait la bienvenue pour alléger le fardeau de la dette publique.

Enfin, selon les analyses du MFRB, si le dispositif est financé par redistribution  (par l’impôt), il n’augmenterait pas la masse monétaire et n’aurait donc pas d’effet notable sur l’inflation. Cette relation entre inflation et création monétaire, promue par l’économiste libéral Milton Friedman dans les années 1970, doit toutefois être relativisée. Car elle a été contredite par les fait depuis 2008 : l’inflation a chuté malgré une forte augmentation de la masse monétaire.

Frugalistes, œuvrez pour le revenu de base !

Convaincu par les principes du revenu de base ? Devenez militant !

Les bienfaits du revenu de base vous ont convaincus ? Vous estimez que le solde est globalement positif ? Dans ce cas, pourquoi ne pas participer à faire avancer ce projet ? Par exemple en adhérent à une association, comme le Mouvement français pour le revenu de base ?

Pour vous faire entendre, vous pouvez également signer l’initiative citoyenne européenne 2020/2021 pour un revenu de base,  avant le 25 septembre 2021.

Sans attendre, créez votre propre revenu de base

Vous adhérez aux principes du revenu de base. En particulier vous souhaitez mettre en œuvre le plus rapidement possible ses bons côtés : décider de la vie que vous souhaitez mener, changer votre relation au travail. Et, si vous êtes prêts à vivre simplement, travailler différemment ou ne plus travailler du tout.

Alors, ne misez pas tout sur l’attente d’une hypothétique mise en œuvre… Constituez votre propre revenu de base en préparant votre indépendance financière !

Approfondir le sujet du revenu de base

Livres

Le revenu de base inconditionnel. Une proposition radicale

Couverture du livre Le revenu de base inconditionnel
Véritable recueil sur le revenu de base

Philippe VAN PARIJS, Yannick VANDERBORGHT

La bible sur le sujet. Un plaidoyer de 584 pages dans lequel les auteurs analysent à la fois les arguments favorables et les objections à l’instauration du revenu de base inconditionnel.

Interviews de Philippe VAN PARIJS en 2019, dans Libération

Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation

Couverture du livre Libérons-bous !

Abdennour Bidar

Comment se libérer de ces esclavages absurdes ? Par l’instauration d’un revenu universel ! Pour nous consacrer enfin « à nos vrais problèmes, ceux de la vie et des relations entre les hommes, ceux des créations de l’esprit » et aux moyens de « mener une vie judicieuse, agréable et bonne ».

Film

Un revenu pour la vie

Film documentaire de Michaël le Sauce

Le revenu de base inconditionnel vise à découpler une partie du revenu du travail pour le coupler à la vie ! Pour que chaque être humain, dignement, puisse apporter sa contribution à la société. Il y a du travail pour changer de civilisation !

Frugaliste, comment parvenir à l’indépendance financière

Définir votre objectif en matière financière

Vos motivations sont désormais claires : vous êtes décidé à adopter la voie du frugalisme. Généralement, les aspirations pour devenir frugaliste sont  de :

  • passer volontairement à temps partiel ;
  • faire un break ;
  • prendre une retraite (très) anticipée ;
  • ou simplement de disposer de la liberté de refuser un job ou de dire non à votre patron.

Pour résumer, votre objectif en devenant frugaliste est de gagner en libérté.

Objectif : être dans le hamac sur une plage tropicale
Votre objectif ?
Sun Tzu

Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre.

Sun Tzu, Stratège militaire chinois (VIe siècle av. J-C).

L’argent ne constitue qu’un moyen pour atteindre votre objectif de frugaliste

Même si l’argent ne constitue pas une fin en soi, il sera un moyen pour atteindre vos objectifs de frugaliste. Comme le disait Nico, cité dans le livre “J’arrête de travailler ! Les clés du frugalisme” de Gisela Enders, “Ma liberté financière n’est qu’un moyen servant une fin“.

Dès lors, pour accompagner votre projet, vous cherchez  à devenir libre ou indépendant  financièrement.  Certains oseront peut-être le terme de rentier, même s’il parait désuet et revêt un caractère péjoratif et peu flatteur. Dans certains cas, il pourra être préférable de se qualifier de “rentier frugal“.

Cependant, les définitions de ces notions sont à géométrie variable. Quand peut-on affirmer que l’on est libre financièrement ? En ayant choisi un travail à temps partiel ? Ou en vivant exclusivement de ses rentes ? Même dans ce dernier cas, la gestion de sa rente nécessite un minimum de temps et d’attention.

Dans ces conditions, mieux vaut raisonner quantitativement afin d’évaluer la faisabilité de son projet et assurer ses arrières.

Pour cela, il faut se poser les bonnes questions puis se livrer à quelques projections et calculs avant de fixer son objectif.

Les bonnes questions à se poser pour fixer son objectif

Pause de quelques mois, quelques années ou retraite anticipée ?

Vous souhaitez faire un break de quelques mois, voire quelques années ? Ou êtes-vous décidé à prendre votre retraite de façon (très) anticipée ?

Il vous faudra définir le quand et pour combien de temps.

Attention toutefois, en cas de pause de longue durée, le retour au monde du travail risque d’être délicat. D’une part parce que vous aurez goûté à une autre vie, d’autre part car cette longue période « d’inactivité » risque d’être mal jugée par l’employeur potentiel.

Il vous faudra aussi tenir compte de la date prévisionnelle et du montant de votre éventuelle pension de retraite (prévoir une marge de sécurité en raison des réformes qui pourraient être menées …). Pour cela, le montant de la pension pourra être simulé en fonction de la durée de votre pause et au vu des paramètres d’aujourd’hui. Cependant, il sera prudent d’y appliquer une décote significative, afin de tenir compte de l’inflation mais également de la dégradation probable de la pension de retraite.

Consommer le capital ou vivre uniquement des revenus du capital ?

Ce choix est déterminant car il influe fortement sur le capital nécessaire pour atteindre votre objectif. Le capital nécessaire sera nettement plus élevé si vous prévoyez de tirer uniquement sur les revenus issus de ce capital, sans toucher à ce patrimoine. Néanmoins, il n’est pas toujours aisé à se décider à consommer son capital.

Comment vont évoluer mes revenus et mes charges tant dans la phase d’accumulation que dans la période de rente ?

Minimiser les dépenses tout au long de la démarche

Dans tous les cas, votre intérêt sera de minimiser vos dépenses tout au long de votre parcours. Car, cette maîtrise des dépenses aura un double effet : pendant la période d’accumulation, cela contribuera à accroitre votre capital ; et vous prendrez les bonnes habitudes de sobriété que vous poursuivrez pendant la période de rente.

Evaluer au mieux votre budget frugal

Toutefois, estimer l’incidence de votre future vie de rentier frugal sur votre budget peut se révéler délicat.

En effet, pour certains, elle ira de pair avec moins de frais, de représentation (vêtements) ou de déplacements en particulier. Pour d’autres, au contraire, bénéficiaires d’une voiture de fonction même le week-end ou d’une généreuse mutuelle d’entreprise, il y aura des coûts supplémentaires.

Café et comptes
Un petit café ?

De plus, si vous êtes disposés à changer de lieu de résidence (région ou pays à coûts plus faibles) et à opter pour un logement différent (plus petit mais au soleil par exemple), il faudra également en tenir compte. Il conviendra de porter un attention particulière aux dépenses de logement (sans oublier les charges de copropriété) et aux impôts locaux.

Par ailleurs, quelles seront les dépenses liées à votre passe-temps favori ?

Maximiser votre revenu durant la période d’accumulation et pourquoi pas prévoir un revenu d’appoint durant votre “retraite”
Picsou compte son argent
Picsou compte son argent. Tableau de Kromo

Côté revenus, il faudra bien entendu chercher à le maximiser durant votre période d’accumulation. Pour cela, « investir » dans votre formation initiale et continue constituera un atout. Peut-être aurez-vous également un revenu durant la période de « retraite » lié à un travail à mi-temps ou à un hobby qui rapporte un peu d’argent.

Rentière ou rentier, est-ce possible pour moi ? Si oui, quand ?

Pour répondre à ces interrogations, venons-en concrètement aux hypothèses et aux calculs.

Hypothèse : consommation du capital

Combien de temps puis-je vivre avec mon épargne ?

Source : Cbanque, 2019

Ce tableau ne prend en compte ni l’inflation, ni la fiscalité, ni les frais liés à la gestion du capital.

Selon ces hypothèses simplificatrices, pour obtenir une rente de 2 000 € pendant 7 ans, il vous faudra constituer un capital de 150 000 €, puis le placer à un taux de 4 % durant ces 7 ans. A l’issue de cette période de 7 ans, le capital sera entièrement consommé.

Tenir compte de l’inflation

Afin de préciser votre objectif, il est conseillé d’intégrer des hypothèses liées à l’inflation ou de se référer, par exemple, au SMIC ou au revenu médian.

Ainsi, avec une inflation de 2%, pour obtenir l’équivalent de 1000 € d’aujourd’hui, il vous faudra 1 220 € dans 10 ans. Même si le taux d’inflation est actuellement faible (l’indice des prix à la consommation est proche de 1%), ce facteur est donc potentiellement significatif dans la durée.

De même, l’intérêt de se référer au SMIC réside dans le fait que son montant évolue dans le temps (il  est revalorisé en référence à l’indice des prix à la consommation et à l’augmentation du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier ; il peut bénéficier de hausses supplémentaires de la part du gouvernement). Ainsi, il a été multiplié par 3,4 depuis 1951.

Source : INSEE

Le SMIC mensuel net (après déduction des cotisations salariales) s’établit en 2019 à 1 204 €, soit 14 450 € par an.

Ainsi, si vous optez pour cette référence, votre objectif pourra par exemple consister à obtenir l’équivalent d’un SMIC net, voire d’1,5 ou 2.

A vos calculettes !

Pour adapter le calcul à votre situation, vous pouvez utiliser des calculettes de simulation. A noter que le calcul étant le même que pour des mensualités de crédit, vous pouvez aussi utiliser des simulateurs de crédit.

Si vous visez une retraite anticipée, vous pourrez vous référer à l’espérance de vie en fonction de votre âge, assortie le cas échéant d’une marge de sécurité pour ne pas vous retrouver à sec à un âge avancé…

Dans ce tableau Excel (données INSEE 2015, arrêtées en 2017), vous trouverez cette espérance de vie en fonction de votre âge. Ainsi, si vous êtes un homme de 40 ans, d’après cette table, votre espérance de vie est encore de 40,39 ans.

Combien de temps et quel effort d’épargne pour obtenir le capital nécessaire ?

Source : Cbanque, 2019

Hypothèse : sans consommation du capital

Le capital nécessaire sera évidemment nettement plus élevé que dans l’hypothèse. Pour estimer la faisabilité de votre projet, deux approches simples sont possibles.

Règle de “25 fois vos dépenses annuelles” ou des 4%

Cumuler un capital qui représente 25 fois vos dépenses annuelles (projetées comme frugaliste) vous permettrait de « vivre de vos rentes » sous réserve de tirer de vos placements un revenu de 4%, durant la période de “retraite”.

Avec un taux d’intérêt de 2 %, le facteur multiplicatif serait de 50 alors qu’avec un taux de 6%, le capital constitué devra représenter 16,7 fois vos dépenses annuelles projetées.

Ainsi, pour obtenir 2 000 € de rente, le tableau ci-dessous présente le capital nécessaire en fonction du rendement de vos placements :

Rendement de 2 % Rendement de 4 % Rendement de 6 %
1 200 000 €600 000 €400 000 €

Raisonnement en taux d’épargne

En fait, la durée qui vous sépare de la “retraite” peut être estimée à l’aide du seul taux d’épargne, c’est à dire la part de revenu (après impôts) que vous parvenez à mettre de côté.

Taux d’épargne (%)Nombre d’années de travail (phase accumulation)
566
1051
1543
2037
2532
3028
3525
4022
4519
5017
5514,5
6012,5
6510,5
708,5
757
90<3
95<2
100Vous ne dépensez rien. Vous pouvez partir à la retraite tout de suite !
Un taux d’épargne (très) supérieur à la moyenne est nécessaire

Si votre taux d’épargne se situe dans la moyenne française (autour de 15%), il vous faudra le maintenir durant 43 ans pour devenir rentier. Cette durée ne vous rappelle rien ? Elle est proche de la durée de cotisation pour obtenir sa retraite. En gros, en maintenant ce taux d’épargne durant votre “vie active”, vous pourriez vous passer de la retraite par répartition …

Graphique taux d'épargne des français
INSEE, 2018

En revanche, si vous parvenez à hausser votre taux d’épargne à 20%, votre durée de travail sera de 37 ans. Dès lors, si vous commencez cette démarche dès le début de votre “vie active”, vous pourrez anticiper votre départ à la retraite de 5 ans sans même compter sur le régime de retraite.

Dans l’hypothèse d’un taux d’épargne de 50 % de vos revenus après impôts, vous pourrez partir à « la retraite » au bout de 17 ans ! Soit au début de votre quarantaine si vous avez commencé à travailler vers 24-25 ans et que vous avez commencé à épargner à hauteur de la moitié de vos revenus.

Afin de préciser votre calcul, vous pouvez utiliser ce simulateur (en anglais)

Vous disposez d’un capital de départ ?

Imaginons maintenant que vous disposez d’un capital de départ : héritage, belle opération immobilière. Après tout, il n’est pas interdit d’avoir de la chance ou du talent !

Par exemple, vous avez actuellement 150 000 € d’épargne et avez pour objectif d’atteindre 600 000 €. Il vous faudra épargner 2000 €  par mois pendant 10 ans au taux de 6 %. Cela peut paraitre exigeant ! Pour envisager d’autres hypothèses et effectuer d’autres simulations, vous pouvez utiliser cette calculette.

Conclusion

Au regard de ces calculs on voit bien que la route peut être plus ou moins longue, en fonction de vos possibilités d’épargne.

D’autant que le chemin peut également s’allonger si vous décidez d’une transition progressive, par exemple un mi-temps. Ce  temps partiel, si vous avez la possibilité et la chance de le mettre en œuvre, permet d’expérimenter le ralentissement.

Dans tous les cas, la patience et la motivation sont des clés du succès de la démarche. Vous aurez intérêt à développer une culture financière et actionner le levier du crédit dès votre plus jeune âge.

Ce parcours doit rester motivant et ne pas apparaitre comme une contrainte à vos yeux ou pour vos proches. Il sera assurément ponctué de découvertes et pas uniquement sur des sujets financiers !

Pour aller plus loin

Livre “Stratégies pour devenir rentier en 10 ans“, Philippe Proudhon

Devenir rentier. Les investisseurs heureux