Comment investir comme un paresseux

Votre motivation pour devenir frugaliste : travailler moins pour vivre mieux. Le « travailler plus pour gagner plus » n’est pas (plus ?) votre tasse de thé. Bonne nouvelle : ce slogan ne s’applique pas toujours aux placements financiers. Alors, ne consacrez pas vos journées à gérer vos finances et découvrez la stratégie de l’investissement paresseux.

Selon Warren Buffet, il existe deux méthodes pour réussir ses investissements en bourse : consacrer 6 à 7 h par jour pour éplucher les comptes rendus d’activité des entreprises ou acheter des fonds indiciels. Il a choisit la première et cela lui a réussi. Mais êtes vous prêts à consacrer autant de temps à la gestion de vos placements. En tant que frugaliste, vers laquelle penchez-vous  ?

La méthode du « lazy investing » s’est particulièrement développée aux Etats-Unis. En témoigne l’engouement pour les ETF, ces fonds indiciels cotés. Elle fait également de plus en plus d’adeptes en Europe. Ainsi, l’AMF relève que 147 000 particuliers ont passé au moins un ordre d’achat ou de vente d’ETF au 1er trimestre 2020, puis 109 000 au 2e trimestre (à comparer à une moyenne de 72 000 investisseurs actifs par trimestre en 2018, et de 86 000 en 2019).

Ce succès conduit à un foisonnement de produits, sous l’impulsion des services marketing des émetteurs. Certains se sont fait récemment taper sur les doigts par l’AMF en particulier pour une utilisation jugée abusive du label « ISR ».

Dès lors, comment s’y retrouver dans cette nouvelle jungle ? Comme souvent, le mieux est de faire simple. Pourquoi ne pas adopter la tactique du paresseux ?

Investissez comme un paresseux

Mimétisme animal

Le métabolisme du Paresseux est deux fois inférieur à celui des autres mammifères. Il se déplace très lentement : moins de 10 m à la minute dans les arbres. Le paresseux a une espérance de vie d’environ 30 à 50 ans. On le rencontre très fréquemment dans tout le Costa Rica, pays de la « pura vida ».

Paresseux dans un arbre
La stratégie du paresseux : je m’y accroche !

Jan Longeval, dans son livre Dieux ne joue pas aux dés avec la Bourse, estime que « les gens sont fondamentalement paresseux ». Dès lors, comment composer avec ce penchant pour réussir ses investissements ?

Définition du « lazy investing »

La stratégie du « lazy investing » consiste à investir dans des fonds indiciels, les ETF. L’investisseur lazy cherchera à limiter le nombre de transactions (achats, ventes, arbitrages)

Avantages du « lazy investing »

Les avantages de cette méthode découlent des  atouts des fonds indiciels, qui sont généralement :

– bien diversifiés par construction : en achetant un ETF, vous investissez en un clic dans des dizaines, des centaines, voire des milliers de valeurs différentes,

– peu chargés en frais (couramment 5 fois moins que les fonds gérés activement) ; cet aspect est fondamental en périodes de taux d’intérêt faibles et de performances faibles.

Le ticket d’entrée est modique car leur valeur unitaire est généralement accessible. Cependant, ils se négocient comme des titres, il convient donc de prendre en compte les tarifs de votre courtier.

Enfin, le lien affectif  est moins marqué que pour des « titres vifs ». Si certains s’attachent à leurs actions LVMH, c’est a priori moins évident pour une ETF nommé Xtrackers ATX UCITS ETF 1C. Cela a pour effet bénéfique de limiter les biais dans les décisions d’investissement.

Limites

Composition des indices

Les indices comportent parfois  quelques biais, y compris les indices « larges ». Il s’agit notamment de surpondérations liées à leur composition, ou à l’évolution des valeurs des actifs qui les composent. Par exemple, les technologies de l’information pesaient 28 % de l’actif du S&P500, indice regroupant environ 500 grandes entreprises cotées  américaines.

Par ailleurs, les indices visant une large couverture mondiale n’incluent pas de petites valeurs qui se sont pourtant avérées performantes dans la durée.

Quant aux fonds indiciels de petites valeurs, il convient d’être particulièrement attentif à leur composition. Ainsi, les quelques ETF ciblant l’éligibilité au PEA-PME se sont révélés peu performants. La présence de sociétés de biotechnologie très volatiles a pu être à l’origine de ces piètres performances.

Risque de change

Dans la sélection des ETF, la devise est également à prendre en compte. En effet, si l’ETF cote dans une autre devise (dollar américain par exemple pour certains indices MSCI), vous serez exposé au  risque de change.

Risque de faillite du gestionnaire ou des intermédiaires

Si vous investissez une part significative (supérieure à 5%) de votre patrimoine financier dans ces supports, vous aurez tout intérêt à avoir recours à plusieurs gestionnaires et intermédiaires. Il s’agit de se prémunir du « risque de contrepartie ». Ainsi, vous limiterez la casse en cas de faillite de l’un d’eux.

Moins stimulant intellectuellement

L’investissement dans des paniers de valeurs parait certes moins motivant que de sélectionner soi-même de « belles valeurs ». Pour flatter votre égo, vous pouvez toutefois vous préserver un « bac à sable », de taille limitée (30 % au maximum de vos actifs financiers dans un premier temps, à mon sens) pour tester vos talents d’investisseur.

Vous ne choisissez pas les valeurs …

… en fonction de vos valeurs. Certes, certains ETF adoptent le label ISR ou d’autres référentiels en matière de « finance responsable ». Pourtant, selon une étude de Reclaim Finance portant sur 442 fonds commercialisés en France, 86 % de ces fonds contribuent  au financement d’entreprises considérées comme nocives

Mise en œuvre de la stratégie du paresseux

Conseils généraux

Investissement progressif

Il est conseillé d’investir progressivement. Par exemple, investir une même somme tous les mois vous permettra de lisser vos prix de revient.

Allocation cible

De même, il est préférable de se fixer une allocation cible afin de s’assurer d’une bonne diversification. Des rééquilibrages seront envisagés à une fréquence faible (tous les ans par exemple) afin de ne pas générer de frais de transaction trop élevés.

Comment sélectionner les ETF ?

Pour choisir vos ETF, les critères principaux sont :

  • les frais
  • les encours : privilégiez les encours conséquents (supérieurs à une centaine de millions d’euros). Sinon, le risque est que le fond ferme ou soit restructuré.
  • l’accessibilité : pouvez-vous le négocier auprès de votre courtier habituel ? A noter que pour les frugalistes (et autres investisseurs) européens, la réglementation a restreint l’univers des ETF. Les ETF accessibles sont « UCITS » et doivent proposer le document DICI dans la langue de l’investisseur.

Veillez également à :

  • diversifiez les gestionnaires et intermédiaires afin de réduire le risque en cas de défaillance de l’un d’eux
  • varier les type de réplication : physique (les titres composant l’indice sont détenus) ou synthétique (contrat de « swap » avec une contrepartie).

Pour les gros portefeuilles, il vaudra mieux répartir les actifs sur plusieurs supports.

Selon votre profil de paresseux

Profil paresseux premium

Vous avez mieux à faire que de perdre votre temps avec des questions d’argent ? Oui au frugalisme, mais pas au prix du stakhanovisme pourrait-être votre slogan ? Vous vous reconnaissez dans ce profil de “paresseux premium” en matière d’investissement ? Voici à quoi pourrait ressembler votre poche actions :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesFTSE All-WorldVanguard  FTSE All-WorldIE00B3RBWM250,22Non
Avantages

L’indice FTSE All-World est large puisqu’il compte 3 900 valeurs (pour le « copier » l’ETF en détenait 3 462 à fin octobre 2020). Il s’agit  de grandes et moyenne valeurs réparties dans 50 pays, développés et émergents

Points d’attention

En investissant sur un seul support, vous prenez un risque de contrepartie. Pour le limiter, vous pouvez opter pour un deuxième support semblable

Compléments ou alternatives
CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesACWI IMISPDR MSCI ACWI IMI UCITS ETFIE00B3YLTY660,40Non
 Actions internationalesACWILyxor MSCI All Country World UCITS ETFLU18292202160,45Non

L’indice MSCI All country World Index (ACWI) Investable Market Index (IMI) est un indice très large puisqu’il compte près de 9000 constituants, répartis dans 23 pays développés et 26 émergents. Il couvre les grandes, moyennes et petites  valeurs. Selon MSCI, il couvre 99 % des actions mondiales.

L’indice ACWI, lui n’inclut pas les petites valeurs américaines et européennes.

Option dividende

Intéressé par les  dividendes, voici une ETF qui peut répondre à cette stratégie :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationales dividendesFTSE All-World High Dividend YieldVanguard FTSE All-World High Dividend YieldIE00B8GKDB100,29Non

Profil paresseux standard

Pour ce profil « cœur » de paresseux, une gestion limitée à 2 ETF est préconisée :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldAMUNDI MSCI WORLD UCITS ETFLU16810435990,38Oui
Actions émergentesMSCI Emerging MarketsAMUNDI ETF PEA MSCI EMERGING MARKETSFR00134120200,20Oui
Points d’attention

L’indice MSCI World est actuellement exposé à hauteur de 67 % sur les Etats-Unis et à 22 % sur les technologies de l’information.

Alternatives

Voici des ETF alternatifs pour couvrir l’indice MSCI Word :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldSPDR MSCI World UCITS ETFIE00BFY0GT140,12Non
Actions internationalesMSCI WorldLyxor PEA Monde  UCITSFR00118693530,45Oui

Le dernier est éligible au PEA, mais ses frais sont un plus élevés que les autres et l’encours sous gestion est limité à 53 M€.

Courbe comparant les indices  MSCI World et MSCI ACWI
Peu d’écart entre les indices MSCI World et MSCI ACWI

Profil semi-paresseux

Pas si paresseux que cela ? Ajoutons donc deux ETF pour couvrir les petites valeurs américaines et européennes.

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldSPDR® MSCI World UCITS ETFIE00BFY0GT140,12Non
Actions émergentesMSCI Emerging MarketsAMUNDI ETF PEA MSCI EMERGING MARKETSFR00134120200,20  Oui
Actions américaines petites valeursRussell 2000 IndexAMUNDI RUSSELL 2000 UCITS ETF – EUR (C)LU1681038672  0,35Oui  
Actions européennes petites valeursMSCI EUROPE SMALL CAPS SRI S-Series 5% Capped (NTR)BNP PARIBAS EASY MSCI EUROPE SMALL CAPS SRI S-SERIES 5% CAPPED – EURLU12911015550,25Oui

Les plus besogneux.euses , ou celles et ceux possédant les plus gros patrimoines, pourront envisager de se créer leur propre poche World à partir de plusieurs ETF comme :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions américainesS&P 500BNP PARIBAS EASY S&P 500FR00115501850,15Oui
Actions américainesS&P 500AMUNDI ETF PEA S&P 500FR00134122850,15  Oui
Actions Asie hors JaponFTSE Developed Asia Pacific ex JapanVanguard FTSE Developed Asia Pacific ex JapanIE00B9F5YL180,15Non
Actions japonaisesTopixAMUNDI ETF PEA JAPAN TOPIXFR00134119800,20Oui

Avantages : diversification des gestionnaires et possibilité de loger une partie dans le PEA, tout en limitant les frais moyens de cette poche.

Inconvénients : la gestion perd de son caractère paresseux.

Pour travailler la stratégie du paresseux

Outils

Sélecteurs d’ETF

Just ETF

Commencez par sélectionner votre pays à gauche du bandeau supérieur. Rendez-vous ensuite dans la  rubrique ETF screener  pour effectuer vos recherches

Quantalys

Un moteur de recherché accessible depuis  le menu Fonds / Espace ETF.

Un mode de recherche avancée permet d’avoir accès à plus de critères. Consultez la documentation.

Boursorama

Vous pouvez sélectionner des ETF à partir du menu Bourse > Trackers-ETF>Palmarès.

Des critères supplémentaires sont accessibles en cliquant sur + de critères.

Screener d'ETF de Boursorama
Le screener d’ETF de Boursorama

Traquer les écarts de réplications

Trackinsight

Petite librairie de l’investisseur paresseux

  • Créer et piloter un Portefeuille d’ETF, Edouard Petit, 2017
Millionnaire avec la strategie du paresseux

Christopher Klein, janvier 2019


Dieu ne joue pas aux dés avec la Bourse

Jan Longeval

Frugaliste : combien de temps consacrer à ses placements ?

La plupart des français ne s’occupent pas de leur argent et le laissent dormir sur les comptes courant et sur le livret A. Pour devenir frugaliste et atteindre l’indépendance financière, il faudra procéder autrement ! Et consacrer un peu de temps à ses investissements.

Réveil rouge et billets euros
150 € à placer ? Combien de temps y consacrer ?

Gérer l’argent durement gagné mérite un petit effort supplémentaire

Les Français s’intéressent peu à la gestion de leurs finances

Selon la Banque de France, un tiers de l’épargne financière des ménages était  « placée » dans les comptes à vue et les livrets bancaires au 2ème trimestre de 2020. C’est vrai que les « bons placements » ne courent pas les rues en cette période de taux bas. Mais cette proportion élevée témoigne d’un désintérêt des Français pour la gestion de leur patrimoine financier. Il est vrai que l’éducation n’est pas incitative : pas de cours spécifiques à l’école et les questions d’argent constituent souvent des tabous.

« Faute à pas le temps » ? Pourtant les français passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, hameçonné par leurs algorithmes addictifs. Tous âges confondus, les Français se connectent en moyenne 2 heures et 12 minutes par jour. Environ un tiers de l’usage d’internet est consacré aux réseaux sociaux. Face à cela, une approche rationnelle consisterait à ne pas succomber à cette addiction et allouer un peu de temps à l’étude d’investissements, le cas échéant des actions Facebook (AMF : attention, ceci n’est pas un conseil d’achat).

Citation

Celui qui veut réussir ses investissements trouve un moyen, celui qui ne veut rien faire trouve une excuse et va sur Facebook.

Proverbe français adapté

Un effort marginal pour faire fructifier de l’argent durement gagné

grappe de raisin noir
Reste encore un peu de travail …

Pour le vigneron ou la vigneronne, l’essentiel du travail est réalisé lors de la culture des vignes et de la récolte des raisons. Pour autant, il n’est pas raisonnable d’abandonner le breuvage à son sort. Certes, on peut en boire ; avec modération, une petite partie. Mais il faudra surtout s’attacher à bonifier les hectolitres restant.

L’épargnant devra agir de façon similaire. Il devra s’attacher à faire fructifier son épargne, avec rigueur et précision.

Frugaliste, votre motivation sera s’atteindre l’indépendance financière

"Motivation" écrit sur ardoise
Motivation du frugaliste : l’indépendance financière

Consentir à faire des efforts, c’est plus facile lorsque l’on est motivé. Pour le frugaliste, l’objectif sera de d’accéder à la liberté financière. Pour y parvenir, le/la frugaliste ne pourra pas se contenter de ne rien faire, c’est-à-dire :

  • Laisser son argent sur ses comptes courants et livret A ;
  • Considérer sa résidence principale comme le seul investissement d’une vie.

Courbe temps / argent
L’excitation monte avec le temps l’argent

Le frugaliste devra, à mon sens, nécessairement acquérir une culture financière minimale afin d’avoir une vision stratégique de ses investissements. De même, il devra se forger une expérience dès la phase d’épargne. Ainsi, il pourra repérer rapidement les bons investissements et éviter les chausse-trappes.

Comment calibrer le temps alloué à ses investissements ?

Arbitrage nécessaire avec la vie familiale, les loisirs

Balance entre temps et argent
Trouver le bon équilibre …

La gestion de vos finances ne doit pas (trop souvent) prendre le pas sur vos autres activités : vie familiale, loisirs.

Un arbitrage sera nécessaire selon goûts et votre intérêt pour le domaine financier. Le temps passé sera également différent en fonction de votre situation : activité et phase d’épargne ou sans activité rémunérée  et gestion de rente.

Libérer du temps pour gérer son argent

Pour les décisions relatives aux « gros » investissements

Avez-vous remarqué que les gens sont capables de consacrer du temps à comparer les prix avant d’acheter des biens de consommation courante (appareils électroniques  par exemple). Les mêmes sont parfois prêts à investir l’épargne de toute une vie le jour même pour ne pas « louper la bonne affaire ». Sous la pression parfois d’un agent immobilier qui répète à l’envi « si vous ne signez pas avant ce soir, vous risquez de rater ce bien. Vous savez, j’ai encore de nombreuses visites ».

Jeu Monopoly
J’achète tous les hôtels !

Or des vérifications minimales sont indispensables pour les investissements de montants élevés.

Pour un bien immobilier, il faudra par exemple vérifier :

  • L’état des risques et pollutions ;  s’il fait apparaitre des risques significatifs, par exemple en matière d’inondations, il conviendra d’approfondir la question en consultant le plan de prévention du risque d’inondation du département.
  • Le montant des charges de copropriété et le paiement des travaux votés ou susceptibles de l’être ; demander pour cela au propriétaire les procès-verbaux des dernières assemblées générales des copropriétaires.
  • l’évolution prévisible du quartier et les servitudes publiques ou les contraintes d’urbanisme qui s’appliquent au bien ; ces renseignements peuvent être obtenus auprès du service de l’urbanisme de la commune.

Pour un bien mobilier (placement financier), un examen complet est là aussi nécessaire en recherchant des informations :

  • sur le placement et sur l’intermédiaire financier (commencer par chercher dans votre moteur de recherche préféré le nom du placement + arnaque, puis complétez vos investigations, le cas échéant, sur les listes noires et mises en garde de l’AMF ) .
  • dans la presse financière ;
  • sur des investissements présentant des caractéristiques similaires, pour vous assurer que le placement visé soutient la comparaison ;
  • concernant les aspects juridiques et fiscaux du placement ;
  • relatives aux frais qui vous seront appliqués et les modalités de rémunération des gestionnaires ou intermédiaires

En fonction de la complexité du projet, une période d’examen de 2 à 4 semaines s’avère généralement nécessaire.

Par ailleurs, si vous avez déjà acquis votre résidence principale , examinez la possibilité d’emprunter pour investir, afin d’activer le levier du crédit.

Pour la gestion courante

Vous travaillez durement, au moins 35 h par semaine pour obtenir un revenu. Dès lors, il parait rationnel de consacrer un peu de temps à la gestion de cet argent gagné. Partons sur 5 % de votre temps de travail. Cela représenterait soit 1h45 par semaine. Arrondissons à 2h car vous travaillez certainement plus que 35 h par semaine. Vous pourriez- par exemple répartir cette durée sur deux séances : une en semaine et une le week-end.

Encore trop pour vous ? Il existe des solutions pour déléguer votre gestion.

Pour le patrimoine immobilier, vous pouvez confier la gestion de vos biens à une agence immobilière et/ou opter pour des SCPI diversifiées. Quant aux biens mobiliers (actions, obligations, …), les fonds et ETF offrent la possibilité de limiter vos actes de gestions. Pour les ETF, le temps consacré à la gestion peut même être limité à quelques minutes par mois, selon les promoteurs de la méthode lazy investing (investissement paresseux).

Peut-être que vous connaissez une personne de confiance exerçant dans le domaine des finances sur qui vous pourrez compter pour gérer vos biens ou vous conseiller. Attention toutefois  à ne pas se fâcher avec elle pour un différend financier …

Même si vous décidez de déléguer tout ou partie de la gestion de votre patrimoine, il demeure préférable de jouer le rôle de chef d’orchestre et de conserver une vision d’ensemble. Cela suppose d’acquérir et d’entretenir une culture financière et fiscale, ce qui nécessitera un minimum d’investissement en temps. Vous pourrez ainsi valablement discuter avec les gestionnaires.

Investir : le plus tôt sera le mieux

Vous avez intérêt à investir le plus tôt possible : votre argent et aussi un peu de votre temps pour bâtir votre patrimoine sur des fondations solides. Mieux vaut faire travailler votre argent le plus tôt possible que d’avoir à travailler trop longtemps pour un patron… Ces efforts vous permettrons peut-être un jour d’avoir la liberté de travailler moins, ou de dire “au revoir patron” !

"Au revoir" dans toutes les langes
Pour dire ‘au revoir” dans une multinationale

Comment bien diversifier ses placements de frugaliste ?

Pour devenir frugaliste, vous devrez atteindre l’indépendance financière. Elle-même repose à la fois sur la maîtrise des dépenses et une bonne gestion des placements financiers. Pour cela, il parait nécessaire d’appliquer une règle d’or de l’épargne : la diversification.

oeufs dorés
Règle d’or : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Wes Thompson/Corbis / Photononstop

Sommaire de l’article

Une règle connue mais pas toujours appliquée

panier et oeufs renversés
J’aurai dû y penser avant !

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré cet adage largement connu, certains investisseurs, qui s’occupent directement de leur placements ne mettent pas pleinement en œuvre cette règle de diversification. C’est le cas de « passionnés de l’immobilier », qui multiplient les acquisitions dans leur quartier. En concentrant leurs investissements, ils concentrent également le risque. Ou même de « grands investisseurs » comme Warren Buffet qui s’est montré partisan de « mettre tous ses œufs dans le même panier mais de surveiller le panier de très près ».

En outre, des études de finance comportementale montrent que les épargnants pratiquent rarement une diversification efficace pour leurs placements.

Pourquoi diversifier ?

La diversification est un moyen, pas une fin

Tout d’abord, précisions que la diversification des actifs ne constitue pas une fin en soi. En tant que frugaliste, on ne va pas investir pour avoir un beau portefeuille, bien diversifié. On va plutôt investir pour atteindre ses objectifs de frugaliste (retraite anticipée notamment), au moyen de la diversification.

Diversifier pour réduire les risque sans réduire l’espérance de gain

Dans un monde imprévisible, même les meilleurs experts, économistes ou financiers, se trompent. Toutefois pas systématiquement, et prendre des décisions inverses aux leurs, n’est pas toujours une garantie de succès …. Il faut alors admettre l’hypothèse que l’avenir est imprévisible, en particulier en matière de placements financiers. Dès lors, la seule façon de réduire le risque lié à l’incertitude quant à l’avenir est de combiner plusieurs placements.

Selon la Théorie Moderne du Portefeuille, la diversification permet de diminuer le risque sans altérer la rentabilité espérée. Le niveau de risque peut se mesurer mathématiquement. Ces calculs montrent que un plus un n’est pas égal à deux : le risque présenté par la combinaison de deux actifs peu corrélés est inférieur à la somme des deux risques et, bien souvent, au risque de chacun des actifs considérés isolément.

Pour illustrer cela, Jean-François de Laulanié, dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » compare, sur la période 1995-2015 un portefeuille composé à 100 % d’obligations françaises avec des portefeuilles comportant des « zestes » d’actions (de 5 à 20 %) pour 80 à 95 % d’obligations. Ces derniers portefeuilles se caractérisent par des volatilités annuelles moindres (indicateur représentatif du risque). En effet, quant une classe d’actif sous-performait, l’autre pouvait connaitre meilleure fortune et réciproquement. A noter également que ces portefeuilles, bien que présentant des risque amoindris, offraient des performances moyennes annuelles supérieures.

Diversifier pour optimiser la disponibilité des capitaux

Le frugaliste compte sur ses placements pour assurer durablement son mode de vie. Dès lors, les liquidités doivent être disponibles en cas de besoin. La diversification doit justement permettre d’augmenter la disponibilité de ses capitaux, indépendamment des cycles économiques ou des accidents de parcours de tel actif considéré isolément.

Voir à ce sujet la méthode de l’investissement par poche.

L’horizon de temps constitue un paramètre fondamental. Plus vous avez le temps, plus vous pourrez vous permettre d’investir dans des actifs dont la valeur fluctuent (plus volatils) et donc plus risqués mais a priori plus rémunérateurs dans la durée.

Si vous êtes dans votre phase d’épargne,  vous devrez fixer une échéance. Par exemple votre année de départ à la retraite anticipée.

Si vous êtes déjà frugaliste et rentier, alors vous devrez estimer précisément vos dépenses pour bien anticiper vos besoins et ne pas être obligé de casser prématurément les œufs qui sont dans votre panier de placements. Pour éviter cela, vous aurez avantage à investir par poche.

Comment diversifier ses placements ?

Panacher plusieurs types d’actifs et de supports

Une diversification efficace nécessite de panacher les classes  d’actifs : actions, obligations, immobilier, placements monétaires.

Il est également fortement conseillé de varier les « produits supports » à ces actifs : comptes titres, assurance vie. Vous diminuerez ainsi les risques de contrepartie (défaut d’un établissement bancaire par exemple) et les incidences des changements de fiscalité (dont la probabilité de survenue est  loin d’être négligeable en France).

Par exemple,  vérifiez que vos assurances vies ne sont pas souscrites auprès du même assureur ; et veillez à ne pas (trop) dépasser les plafonds du fonds de garantie des dépôts pour les banques et assureurs.

En outre ne négligez pas l’épargne réglementée. Elle n’est pas toujours bien considérée car perçue comme peu rémunératrice (surtout par certains organismes financiers). Or, elle constitue une source de diversification et de stabilisation de votre patrimoine. Elle peut même offrir  une « assurance ».

Livrets d'épargne reglementée
Capitaine Epargne,  Kotoyamagami – Fotolia

Par exemple, les  vieux plans d’épargne logement (PEL) présentant des taux de 2,5 % voire 3,5 % constituent filet de sécurité en cette période de taux bas. A conserver précieusement donc (même si votre établissement vous incite à le clôturer).

Enfin, en bon frugaliste, il convient d’être particulièrement attentif aux frais prélevés sur vos placements (notamment de gestion pour l’assurance vie, qui pénalisent le rendement sur le long terme).

Gestion directe, déléguée, ETF, fonds ?

Vous n’avez pas de temps à consacrer à vos placements ?

horloge et pièces de monnaie
Frugaliste, consacre du temps à ton argent. pixabay.com

C’est plutôt embêtant car en tant que frugaliste, vous avez intérêt à développer une culture financière pour gérer vous-même vos placements. Même si vous êtes absorbé par votre travail (en phase d’épargne) ou vos activités choisies (en phase de rente), vous avez intérêt à consacrer un peu de temps (au moins une heure par semaine) à la gestion de vos actifs financiers.

Pour limiter les temps passé, vous pourrez avoir recours aux « placements collectifs » comme les SCPI dans l’immobilier ou les ETF et fonds pour les valeurs mobilières (actions, obligations).

Vous disposez de temps et souhaitez gérer directement vos placements ?

Dans ce cas, vous pouvez gérer un portefeuille d’actions, d’obligation et /ou un parc immobilier en direct.

Vous pouvez également panacher ces méthodes ?

Vous pouvez également opter pour un panachage de ces différentes méthodes de gestion. Par exemple, pour les actions, détenir des ETF qui suivent les indices, des fonds choisis pour leurs performances dans la durée et gérer vous-même une dizaine de lignes d’actions pour lesquelles vous avez des convictions fortes.

Quelques principes et dimensions de la diversification

Le risque se réduit rapidement en augmentant le nombre de ses actifs

Par exemple, le risque diminue rapidement avec le nombre de titres détenus dans un portefeuille.

Ainsi, avec 10 titres, vous atteignez 85 % du potentiel d’élimination du risque grâce à la diversification. Avec 20 titres, vous parvenez à 98 % du potentiel de réduction de risque.

Diversification géographique

Y a pas que le CAC 40 sur terre. Pixabay

Il est préférable de ne pas se contenter d’investir uniquement dans votre pays ou région. Cela constitue un biais de familiarité qui peut se révéler préjudiciable si ce secteur géographique est confronté à un revers économique. Pour autant, cette diversification n’est pas une garantie car la globalisation financière (comprenant la libre circulation des capitaux) entraine des mouvements conjoints des actifs financiers à travers le monde. C’est ce que Patrick Artus nomme le « cycle financier mondial » dans son ouvrage Discipliner la finance.

Diversification sectorielle

Autre erreur d’investissement à éviter: se limiter à un secteur, même si vous le connaissez bien. Par exemple lié à votre activité professionnelle ou à vos centres d’intérêt. A ce titre, l’épargne salariale doit être utilisée avec précaution, comme l’indique Mickaël Mangot.

De même, il ne faut jamais investir trop largement dans les actions d’une seule entreprise (même si vous êtes confiant et que vous la connaissez bien puisque vous y travaillez). De plus, si vous travaillez dans cette entreprise, vous augmentez votre  risque car vous liez emploi et placement.

Attention, ce principe doit s’appliquer même pour une société réputée sure.

Ainsi, Général Electric, comptait parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales. Ce conglomérat diversifié (énergie, aéronautique, santé, …) était le symbole de la « World Company ». Pourtant, son cours de bourse a été divisé par plus de 3 depuis 2016 et ne s’est pas rétabli à la date de publication de cet article. De même, Airbus a été longtemps considérée comme une valeur inoxydable, portée par la croissance de l’aéronautique.

Avant février 2020, qui pensait qu’Airbus ne monterait pas jusqu’au ciel ?

Diversification par taille

Pour un parc immobilier, varier les surfaces présentera un intérêt car la demande varie entre studios et 4 pièces. De même, pour les actions, les cours des petites et grandes valeurs connaissent des phases de décorrélation.

Diversification par type de gestion

De nombreux investisseurs distinguent ces dernières années la gestion growth (sélection de « valeurs de croissance ») du style value (sélection d’actifs décotés).D’autres ont trouvé un compromis sous la forme de la gestion growth at reasonable price (GARP), soit la sélection de valeurs de « croissance à prix raisonnable ».

Erreurs à ne pas commettre et limites de la diversification

Si le risque diminue avec le nombre d’actifs, pourquoi ne pas en détenir une infinité ? Multiplier les actifs se heurte à plusieurs limites.

Eviter le saupoudrage et la dispersion

Tout d’abord, la multiplication des actifs va se heurter à des limites. En particulier, dans le secteur immobilier, même si vous achetez des studios ou des parkings, vous serez limités par votre capacité d’investissement.

Les frais de transaction seront également un facteur limitant à prendre en, compte. C’est les cas dans l’immobilier avec les « frais de notaire » mais également pour la gestion de portefeuille : la gestion des « petites lignes » s’accompagnent généralement de frais de gestion proportionnellement plus élevés, en raison de la structure tarifaire des courtiers. Pour éviter cela, Gérald Autier propose une règle dans son ouvrage Savoir investir.

Elle consiste à diversifier chaque classe d’actifs de cinq manières différentes selon les dimensions de la diversification. La classe d’actifs immobiliers peut être diversifiée par exemple selon le type de biens, le lieu géographique, la taille du bien, la sous-classe d’actifs, le type de détention. Nous aurions ainsi l’objectif de diversification suivant :

  • Bien 1 : appartement Paris, 150 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 2 ; studio Espagne, 30 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 3 : Local commercial. Province, 70 m² immobilier commercial, détenu en société civile immobilière.
  • Bien 4 : Parts de fonds immobilier, New York, au prorata de la détention, immobilier entreprise et résidentiel, détenu sous forme de part.

Attention aux corrélations

Vous construisez votre portefeuille en prenant soin de diversifier les secteurs d’activités. Une précaution est toutefois nécessaire : s’assurer de l’absence de corrélation positive entre vos actifs.

Vous pourrez même être tenté de  rechercher des corrélations négatives. Par exemple une compagnie pétrolière et une compagnie aérienne.

nageuses synchronisées
Source : cours de Finance (M1) – Ecole de Management Sorbone

Toutefois, les corrélations entre actifs ne se révèlent pas stables dans le temps.

Il existe en effet des cycles de corrélations positives ou négatives. Ainsi, J.F. de Laulanié fait apparaitre dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » des : corrélations presque toujours positives entre obligations et actions françaises depuis 1900 alors qu’une corrélation négative est observée entre 2000 et 2015.

Changer trop souvent de stratégie

Se montrer trop versatile compte parmi les erreurs à éviter. En effet, changer sa stratégie de gestion conduit à augmenter les frais de gestion de ses actifs. En effet, la reconfiguration de vos actifs entrainera des frais de transaction.

Conclusion : frugaliste, veille à la diversification

La diversification s’avère nécessaire pour limiter les risques de ces placements et augmenter vos chances de disposer de vos capitaux lorsque vous en aurez besoin en tant que frugaliste. Pour autant, le principe de diversification et les méthodes associées ne sont pas suffisants pour garantir le succès de vos placements. De plus une diversification efficace n’est pas acquise dans la durée et peut se révéler plus compliquée à réaliser durant certaines périodes.

Quels sont les meilleurs placements pour devenir frugaliste ?

Le projet de l’adepte du frugalisme repose généralement sur l’indépendance financière. Il s’agit de se construire un retraite (très) précoce afin de mener un projet, se consacrer à ses passions en se retirant en tout ou partie du travail “classique”.

A moins de disposer d’un capital conséquent (voir règle de 25 fois vos dépenses annuelles), cet objectif ne semple pas aisé à atteindre. D’autant que la conjoncture économique et financière actuelle ne favorise pas l’épargnant. Après l’euthanasie du rentier par l’inflation, voilà l’épargnant confronté à des taux de rémunération très faibles pour les placements sans risque.

Dans ces conditions, comment le frugaliste peur mettre toutes les chances de don côté pour parvenir à la liberté financière, en prenant des risques modérés ?

Sommaire de l’article

Les placements financiers des ménages français

Durant l’ensemble de l’année 2019, la Banque de France a relevé une nette hausse des flux entrants vers les « produits de taux » incluant les dépôts sur comptes bancaires (rémunérés ou non) et l’assurance-vie en euros.

Graphique historique des placements des ménages français (2012-2019)
Source : Banque de France
Livret A
Archives AFP, Denis Charlet

Durant la période de confinement, les ménages ont eu, semble-t-il, plus de temps pour s’occuper de leurs placements. Les transactions dans l’immobilier physique étant gelées, un regain d’intérêt pour les actions aurait été noté par les courtiers et sociétés de gestion. Pour autant, l’épargne forcée de cette période (à hauteur de 40 % des revenus des Français)  a continué à alimenter les comptes de dépôts et le livret A (qui a battu des recors de collecte nette à 5,47 milliards d’euros en avril 2020 selon la Caisse des dépôts).

Ces placements « sûrs” ont préservé les épargnants des soubresauts de la bourse durant la « corona-crise » (jusqu’à 40 % de baisse entre la fin février et la mi-mars 2020).

Cours du CAC 40 entre décembre 2019 et mai 2020
Source : Boursorama

L’indice CAC 40 a perdu un peu plus de 40 % entre la fin février et la mi-mars, avant de reprendre une partie du terrain perdu.

Cependant, la mise à l’abri sur les comptes de dépôts ou dans un livret A ne constituent qu’une solution de court terme. D’une part parce qu’elle ne préserve pas le pouvoir d’achat du capital au regard de l’inflation. D’autre part car cela ne sera pas le moyen le plus rapide d’atteindre votre indépendance financière de frugaliste (à moins de disposer d’un capital très élevé).

Quels sont alors les placements à considérer dans votre perspective d’adepte du frugalisme ? Il convient dans un premier temps de passer en revue les différents types de placement ou classes d’actifs.

Qu’est-ce qu’une classe d’actifs ?

Une classe d’actif, c’est tout simplement un ensemble d’instruments financiers similaires. Un instrument financier, ou un actif financier, c’est un droit qui porte sur un actif sous-jacent. Cet actif sous-jacent peut être une entité, comme une entreprise ou un gouvernement, ou bien un actif réel, qui est un actif ayant une forme physique, comme un terrain, un bâtiment, ou de l’équipement.

Qu’est-ce qu’un droit ?

Prenons un exemple.

En acquérant des actions, un investisseur devient l’un des propriétaires d’une société. Cela lui donne des droits de vote, et droit à une part de tout bénéfice futur.

En achetant de la dette, un investisseur devient créditeur d’une entreprise ou d’un gouvernement.

En devenant créditeur, vous obtenez un droit sur actifs plus important que celui des actionnaires.

Autrement dit, en cas de faillite, le porteur d’obligations sera payé avant les actionnaires.

Dans le monde des actifs, on compte quatre classes principales d’actifs :

  • le marché monétaire, et les équivalents de trésorerie ;
  • les titres à revenu fixe, qui sont principalement des obligations,
  • les actions,
  • et les actifs alternatifs, une catégorie très vaste, qui englobe l’immobilier, les matières premières, et les actions non-côtés. De plus en plus, l’immobilier est considéré comme une classe d’actifs à part entière. Il peut prendre différentes formes : physique, pierre papier (SCPI), foncières cotées.

Il est généralement admis, en finance que, pour obtenir des rendements plus élevés, vous devez prendre plus de risques.

Le choix d’investissement sera fonction de votre horizon de temps (projet, âge), de votre aversion au risque et de votre intérêt pour telle ou telle classe d’actif (immobilier, actions par exemple).

Performances historiques comparées des différents actifs

Un regard dans le rétroviseur s’impose.

Les actions et l’immobilier : incontournables sur longue période

Dans le long terme les actions surperforment

J. Siegel

Dans le long terme nous sommes tous morts

J.M. Keynes

Sur le (très) long terme , les actions et l’immobilier ont surperformé les placements à revenus fixes (obligations et monétaire) mais aussi l’inflation. C’est ce qui a été observé en France comme aux Etats-Unis. Voici par exemple des données analysées par Jean-Francois de Laulanié dans son ouvrage Les Placements de l’Epargne à Long Terme.

Actifs France

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs en France (en %)
PériodesActionsImmobilierObligationsMonétaireInflation
158 ans : 1857-20159,19,25,74,34,7
75 ans : 1940-201513,313,67,15,17,6
50 ans : 1965-201510,410,37,96,34,3
25 ans : 1990-20158,16,56,33,31,6
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après Insee, G. Duon, Chambre des notaires, SBF et Euronext.

Etats-Unis

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs aux Etats-Unis (en %)
PériodesActionsObligationsMonétaireInflation
144 ans : 1871-20158,65,14,72,1
75 ans : 1940-201510,95,14,43,8
50 ans  : 1965-20159,46,55,54,1
25 ans : 1990-20159,66,43,02,4
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après US Department of Commerce et Standard & Poor’s.

Le graphique suivant confirme qu’un investissement dans l’indice S&P 500 (qui comprend des actions de grosses sociétés américaines), a surpassé un investissement dans des obligations du gouvernement Américain avec une échéance de 10 ans.

Graphique comparant les évolutions de l'indice S&P 500 et des obligations d'Etat américaines à 10 ans
Source : formation en ligne HEC, Axa

Ainsi, 1 $ investi en 1971 s’est transformé en presque 84 $ en 2015 pour le S&P500, contre environ 21$ pour les obligations.

Tenir compte de l’inflation

Pour votre projet de frugaliste, il est prudent de choisir des placements offrant une protection contre l’inflation (comme le font d’ailleurs les fonds de pension).

Sur les longues périodes, les actions et l’immobilier s’adaptent à la conjoncture économique et à l’inflation, permettant de préserver les pouvoir d’achat du capital initial.

Dans son ouvrage précédemment cité, JF. De Laulanié met en évidence que l’immobilier présente 80 % de chance d’offrir des performances supérieures à l’inflation après une détention de 5 ans. Les actions françaises dépassent ce seuil après une durée de 15 ans. Il note par ailleurs que les actions américaines ont une probabilité de 100 % de surperformer l’inflation à partir d’une durée de 20 ans de détention.

Probabilités de performances supérieures à l’inflation en fonction de la durée de détention

Tenir compte du change

Si vous investissez dans des actifs libellés en devises (dollar par exemple), il faudra garder à l’esprit que les variations des taux de changes ne seront pas négligeables au regard des performances de  certaines classes d’actifs (monétaires, obligations).

Ces investissements pourront contribuer à diversifier votre patrimoine. Il convient également de noter que certaines monnaies sont considérées comme pro-cycliques (elle tend à s’affaiblir lorsque les marchés baissent). C’est le cas par exemple du dollar canadien. D’autre au contraire ont un comportement contra-cyclique (car elles  sont considérées comme des valeurs refuge) : le dollar américain, le franc suisse.

Conjoncture économique et performances relatives

Le long terme, c’est un beau concept mais comment manœuvrer si votre projet nécessite des revenus dans les années qui viennent ? De plus, ce qui était valable hier l’est-il encore aujourd’hui ? Au cours des dernières années, les cours des obligations d’Etat ont flambé et leur rendement est très faible voire négatif. Dans ces conditions, il parait pertinent de tenir compte de la conjoncture pour poids relatifs des actifs.

CroissanceInflation 
ForteForteActions et immobilier surperforment
FaibleForteActions et immobilier surperforment
ForteFaiblePerformances souvent parallèles
FaibleFaibleObligations et monétaires surperforment
Source : J.F. de Laulanié

Depuis 2008, la situation économique française a été caractérisée le plus souvent par une croissance et une inflation faibles. Les actions de la banque centrale européenne, consistant à acheter massivement des obligations ont contribué à l’augmentation des cours des obligations (mais à un écrasement de leur rendement). Les performances des placements monétaires se sont par ailleurs révélées très faibles au cours des dernières années.

Conclusion

Pour horizon inférieur à 10 ans, l’investisseur frugaliste prudent pourra opter pour des placements comportant :

  • des valeurs à revenues variables (actions,  immobilier) ;
  • des valeurs à revenus fixes (obligations).

En première approche, une  proportion de 50 % – 50 % pourra être adoptée. Le curseur pourra toutefois être adapté à l’aversion au risque et à la conjoncture économique

Pour une durée supérieure à une dizaine d’année (retraite précoce), les placements du frugaliste seront essentiellement constitués d’actifs à revenus variables (immobiliers, actions). Les autres placements auront pour vocation de faire face à des imprévus ou de financer des projets (frugaux bien sûr).

Dans tous les cas, le frugaliste pourra utilement mettre en œuvre la méthode d’investissements par poche.

Frugaliste, ne mets pas tout ton argent dans la même poche !

Compartimentez vos avoirs

En matière de finance, le proverbe « Ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » est bien connu.

Oeufs de différentes couleurs sortant du panier
Out of the box !

 Combien de fois avez-vous également lu ou entendu l’injonction  n’investissez en bourse que l’argent dont vous n’aurez pas besoin au cours des n prochaines années (n variant généralement de 5 à 10 en fonction de la confiance du journaliste dans les marchés boursiers) ?

Pour le frugaliste, je propose une variante à ces dictons : ne mettez pas tout votre argent dans la même poche. Ce principe consiste à répartir vos actifs dans plusieurs compartiments composés d’actifs de différentes natures. L’objectif étant de couvrir vos besoins prévisibles en trésorerie sans « taper » dans des placements qui seraient momentanément dépréciés. Cette méthode sera d’autant plus pertinente si vous n’envisagez pas de consommer votre capital pour dégager votre rente frugale. Cette approche est également adaptée à la conjoncture actuelle où la recherche de rendement nécessite une prise de risque. Elle a été mise au point dans les années 1980 par Harold Evensky et est décrite sur le site de Morningstar sous le nom de « Bucket portfolio ».

Cette méthode est d’autant plus intéressante si vous approchez de votre retraite précoce (ou si vous y êtes déjà).

Le frugaliste pourra l’appliquer en particulier à l’approche de sa retraite précoce ou, s’il a déjà la chance d’y être, pour gérer au mieux sa rente frugale. Mais elle sera utile dans toute autre situation. Par exemple si votre voiture vous lâche et que vous devez la remplacer, pour éviter de fermer votre PEA ou vendre votre studette au plus mauvais moment. Cette méthode est également intéressante pour prendre en compte, par exemple, un projet immobilier dans 3 ans.

Première étape : déterminer ses dépenses et la part à couvrir par ses placements

Si votre retraite anticipée se profile à l’horizon, prenez le temps d’estimer au plus près vos futures – maigres – dépenses de frugaliste. Au passage, voyez-comment réduire vos dépenses. Une première approche peut consister à considérer qu’elles représenteront 80 % de vos dépenses antérieures (lorsque vous aviez votre travail « classique »). Attention toutefois à prendre en compte vos changements de style de vie, votre situation familiale (études des enfants à financer), l’inflation (si vous êtes âgé, vous vous rappelez peut être de ce phénomène) et les implications en matière de fiscalité applicable.

Deuxième étape : test de faisabilité

Vous avez estimé au plus juste vos dépenses annuelles prévisibles en tant qu’adepte du frugalisme. Divisez ce montant par le total de l’actif net financier sur lequel vous comptez pour dégager une rente. Vous obtiendrez alors un rendement moyen cible pour vos actifs qui permettra de juger la faisabilité de votre projet et d’apprécier le niveau de risque qui sera nécessaire pour atteindre vos objectifs.

Militaires américains examinant un document
Examinons les chances de survie …

Exemple : vous estimez vos dépenses annuelles à  24 000 € et disposez d’un capital de 600 000 € ? Sans tenir compte de la fiscalité, vos placements devront offrir un rendement de 24 000 / 600 000 = 4%. Ce taux est atteignable à condition d’investir dans des placements comportant des risques, ce qui légitime d’autant cette méthode de gestion  « par poche ».

Troisième étape : déterminer les allocations par poche

Dès lors que vous avez vérifié que votre projet est viable, il convient de déterminer combien mettre dans chacune des poches. Et dans combien de poches ?

Initialement, le créateur de cette méthode avait développé une approche simple en 2 poches seulement : réserve de trésorerie (pour couvrir les besoins à 5 ans) et investissements de long terme à plus hauts risques. Dans une période ou les placements à court terme sans risque ne rapportent rien, une poche intermédiaire a été créée.

Poche 1 : liquidités pour les besoins de 6 mois à 2 ans

Ce compartiment devra couvrir d’une part vos besoins prévisibles en trésorerie pour une durée de 6 mois à 2 ans et d’autre part, vous permettre de faire face aux imprévus (réparation ou changement de voiture par exemple ; au fait êtes vous sûr d’en avoir vraiment besoin en tant que frugaliste ?). Sortir de la surconsommation vous permettra de comprimer ces besoins en liquidité.

Vous pouvez par exemple opter pour la couverture d’un an de besoins réguliers. Le placement du curseur entre 6 mois et 2 ans dépendra de votre aversion au risque. Il déterminera également le rendement espéré de votre portefeuille d’actifs (immobiliser trop de cash réduit le rendement espéré). Pour reprendre l’exemple précédent, 24 000 € à ce titre.

La dotation du fonds d’urgence pourra également être de 24 000 € (à ajuster en fonction de votre perception des risques ou de votre modèle de voiture préféré …).

Montant

Dans cet exemple, cette poche sera donc dotée à hauteur de 48 k€, représentant 8 % de votre capital initial.

Contenu

Cette poche contiendra des liquidités aisément mobilisables.

Cadre et supports d’investissement

Comptes courants, livrets, fonds en euros d’assurances-vie sans frais d’entrée  (ancienneté du contrat supérieure à  8 ans), PEL de plus de 4 ans.

Poche de jean avec des billets de 20 euros
Que des petites coupures dans cette poche. C’est ça la frugalité !

Poche 2 : de 2 ans à 9 ans

Cette poche a vocation à prendre le relais de la poche 1 pour couvrir vos besoins jusqu’à la fin de la 9ème année (soit une durée de 8 ans à 9 ans et demi, en fonction de votre définition de la poche 1).

Contenu

Morningstar préconise la répartition suivante :

  • 25 % d’obligations court terme ;
  • 25 % d’obligations indexées sur inflation ;
  • 37,5 % d’obligations moyen terme.

Dans un souci de simplification, ces 3 composantes pourraient à mon sens être assurées par un fonds en euros d’assurance-vie.

  • 12,5 % « allocation rendement conservative», composée d’actions réputées sûres,  avec des dividendes élevés et une volatilité modérée ; on pourrait par exemple citer Nestlé, General Mills, Pepsi, Sanofi, Red Electrica, Procter and Gamble ou opter pour un ETF d’actions de rendement et de volatilité faible comme Invesco EURO STOXX High Dividend Low Volatility UCITS ETF Dist (code ISIN IE00BZ4BMM98). Ce “zeste” d’actions devra toutefois être cohérent avec votre situation et votre aversion au risque.

Montant

Dans notre exemple, cette poche devra couvrir 9 ans de besoins réguliers, soit 9 x 24 k€ = 216 k€. Elle représente donc 36 % du capital initial de 600 k€.

Poche 3 : 10 ans et au-delà

Pour ce segment de votre portefeuille, vous avez un horizon de placement supérieur à 10 ans qui permet d’envisager des actifs plus risqués comme les actions, les foncières cotées, les obligations émergentes, les obligations haut rendement et les actions de sociétés minières (métaux précieux).

Voir également l’article Quels placements pour le frugaliste ?

Montant

Cette poche sera dimensionnée en retranchant les montants des deux premières au capital initial. Toujours dans notre exemple, son montant sera donc de 600 k€ – 48 k€ – 216 k€ = 336 k€. Elle représentera alors 56 % du capital de départ.

Adapter cette approche à votre situation 

Durant la phase d’accumulation, un enseignant titulaire connaissant la trajectoire de ses revenus n’aura pas nécessairement la même approche qu’un indépendant aux revenus plus incertains. Même si, dans les deux cas, il faudra réduire le niveau de risque de ses placements à l’approche de la « retraite ».

Pendant la période de rente également, il n’y aura pas de recette unique. Il faudra par exemple tenir compte de l’éventuelle pension liée à votre activité professionnelle passée. Un frugaliste qui a la chance d’avoir une pension qui prendra rapidement le relais pour couvrir ses dépenses pourra sélectionner des placements plus risqués qu’une personne dont la subsistance dépendra principalement de ses placements.

Conclusion : cette petite règle de gestion pourra vous éviter des problèmes

Dans la méthode présentée ci-dessus, les hypothèses sont certes très simplificatrices (pas de prise en compte de l’inflation, de la fiscalité, ni même des flux actualisés des poches 2 et 3). En tenant compte de la fiscalité (30 %), le rendement global du portefeuille présenté  en exemple devra atteindre 5,7 % et les poches 2 et 3 atteindre un rendement de 6,2 %.

Braquage à main armée et fouille des poches
Evitez le braquage de vos poches !

Cette approche contribue à sécuriser financièrement (et psychologiquement) votre projet d’indépendance financière de frugaliste. Certes, cette grille vient s’ajouter à d’autres règles de gestion, en particulier en matière de diversification. Elle constitue à ce titre une petite contrainte, d’autant que son respect nécessitera des ajustements réguliers (un rythme annuel semble approprié afin de ne pas engendrer trop de frais de mouvements). Mais cette approche par poche est également un garde-fou qui devrait vous éviter d’avoir à “braquer” vos poches au plus mauvais moment ! De plus, elle peut s’articuler facilement avec la plupart des stratégies d’investissement.

Alors, êtes vous prêts à vous lancer ?

Mon horizon de placement

L’horizon de mon placement, par La finance pour tous

Comment éviter les erreurs en matière d’investissement

Frugaliste, soit frugal dans tes erreurs !

Gérald Autier, dans Savoir Investir , remarque que : « les erreurs en matière de décision d’investissement sont toujours les mêmes quelle que soit la profession des interlocuteurs et quelle que soit la taille des actifs investis. Certaines de ces erreurs peuvent être bénignes et sans conséquence, d’autres, au contraire, peuvent être plus dommageables : de la surexposition à certaines classes d’actifs à l’absence de vision patrimoniale globale, en passant par des conseils donnés par des amis oscillant entre le hasardeux et le dangereux, ou bien encore des décisions hâtives guidées par les nombreuses idées fausses mais répandues sur certains investissements. »

Pour parvenir à son objectif de frugaliste, qui comprend l’indépendance financière, il vaudra mieux limiter ses erreurs en matière de stratégies d’investissement et de choix de placements financiers. Pour cela, il convient d’avoir conscience des erreurs que peuvent provoquer ses tendances naturelle et mettre en place des garde-fous.

Corriger ses tendances naturelles

Connaître ses biais comportementaux

Pour prendre les bonnes décisions de placement, il faudra parfois déjouer vos biais comportementaux. Encore faut-il les connaître !

Connais-toi toi -même

Attribuée à Socrate

Pour vous aider, nous pouvez réaliser un test en ligne proposé par la société de gestion Shroders.

Il importe également de vous connaitre en tant qu’investisseur.

Les erreurs les plus fréquentes | Comment les corriger ?

Concentrer ses investissements

Investir uniquement sans les valeurs que l’on connait, liées par exemple à votre profession. Investir largement dans mes actions de votre entreprise.

Gros caillou parmi des petits illustrant le risque de surpondération d'un actif financier
Investissement lourd et petits cailloux …

Risques : Fausse l’analyse. Concentration du risque (vos revenus et vos placements dépendent de la santé d’une même société). Crée une dépendance à un secteur d’activité, une zone géographique (France uniquement, par exemple).

Parade : mettre en œuvre une diversification efficace

Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier ! Gardez-vous de tout excès de confiance. Avoir des convictions, c’est bien mais il faut parfois s’en méfier, notamment en matière d’investissement.

« Les convictions sont des ennemis de la vérité, plus dangereux que les mensonges ».

Nietzsche

Avoir une idée préconçue

Croire dur comme fer à une thèse d’investissement et ne retenir que les informations allant dans votre sens (biais de confirmation)

Risques : placement non adapté à son horizon de temps ou à la conjoncture.

Parade : méfiez-vous du biais de confirmation et intéressez-vous aux autres points de vue.

Succomber à un placement (trop) alléchant

Sans tenir compte des qualités fondamentales d’un placement, vous vous focalisez sur des critères secondaires, comme la fiscalité. Par ailleurs, méfiez-vous des produits miracles (“dérives sur crypto-actifs”, vins ou whisky, cheptels) accompagnés de promesse de gagner beaucoup d’argent en peu de temps et sans risque !

Risques : Être aveuglé par la “carotte fiscale” et investir dans un placement de piètre qualité. Être victime d’une arnaque

Parade : Vérifiez la qualité du placement et son potentiel de gain à long terme. La fiscalité doit être considérée comme un bonus et non le déclencheur de votre décision d’investissement.

Par ailleurs, pour éviter les arnaques, consultez les mises en garde ainsi que la liste noire de l’Autorité des marchés financiers.

Mises en garde de l’AMF

Conserver des placements décevants

La forte aversion aux pertes conduit à ne jamais couper ses positions en moins-values.

Risques : creuser des pertes

Parade : se souvenir que lorsqu’un titre chute de 50%, il faudra qu’il progresse de 100 % pour retrouver son cours initial. Sachez donc couper rapidement vos positions sur des cas d’investissements qui ne fonctionnent pas/plus.

Coupez rapidement vos pertes en cas de mauvaise nouvelle fondamentale et durable

Sécuriser ses gains (trop) rapidement

Risque : Les meilleurs titres sont sortis trop tôt. Ne restent que les mauvais élèves

Parade : laisser courir ses gains plus longtemps (en particulier sur les valeurs recherchées par le marché).

Laisser courir ses gains
Laissez courir vos gains …

Se montrer versatile

L’épargnant a tendance à succomber aux effets de mode et à changer d’opinions en fonction de conseils ou de la conjoncture à court terme.

Risque : les changements de stratégie conduisent à majorer les frais de transactions.

Parade

Résister à ses émotions.

Keep calm and stay invested
AND STAY INVESTED

Restez investi, a fortiori si vous avez opté pour une philosophie buy & hold.

Finance comportementale : en savoir plus

Voici une sélection de publications pour mieux comprendre son comportement d’investisseur et, le cas échéant, le corriger. Et pourquoi pas mettre en place des stratégies pour tirer profit des biais comportementaux des autres intervenants et ainsi améliorer sa performance ?

Blog de Mickaël Mangot

Il a contribué à diffuser en France les théories de la finance comportementale .

Livres sur la psychologie de l’investisseur

Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2

Système 1 / Système 2

Richard H. Thaler, Misbehaving. Les découvertes de l’économie comportementale

Richard H. Thaler, Misbehaving. Les découvertes de l'économie comportementale

Mickaël Mangot, Psychologie de l’investisseur et des marchés financiers

LIvre Mickaël Mangot, Psychologie de l'investisseur et des marchés financiers

Philosophie d’investissement du frugaliste

Introduction

Dans votre approche de frugaliste, vous vous êtes fixé un objectif. Par exemple, être indépendant financièrement (pour ne pas dire rentier 🤑) avant 50 ans.

Par ailleurs, vous vous connaissez mieux en tant qu’investisseur.

Pour parvenir à votre objectif, tout en tenant compte de votre personnalité et de vos situations familiale, juridique, fiscale et financière, il convient d’établir un cadre. En effet, comme pour tout un projet (un voyage itinérant par exemple), une feuille de route semble préférable pour devenir frugaliste, à moins que vous n’aimiez l’improvisation. Mais cette dernière ne devrait pas trouver une place prépondérante dans votre démarche de longue haleine comme frugaliste.

Cette philosophie d’investissement en tant que frugaliste devra permettre de vous guider dans vos décisions et vous aider à maintenir le cap en cas de turbulence.

Définition

Une philosophie d’investissement (cf. Ben Carlson dans son livre Organizational Alpha ) est une liste de principes pour guider nos actions et décisions d’investissement. Votre philosophie doit refléter votre vision et vos croyances. En particulier sur le (dys-)fonctionnement des marchés financiers, comme le souligne Aswath Damodaran, professeur de finances à l’Université de New York, spécialisé dans la valorisation des actions. D’après lui, la plupart des philosophies sont bâties sur ces visions. Le marché peut faire des erreurs sur la valorisation d’une entreprise, voire la valeur agrégée du marché dans son ensemble. Si vous partagez cette analyse, vous pouvez en tenir compte dans vos principes d’investissement.

Pourquoi est-ce important ?

Votre philosophie sera votre boussole lorsqu’il s’agira de choisir entre plusieurs voies. Une bonne vieille boussole, c’est rustique mais cela permet de ne pas s’égarer quant la batterie de votre GPS est  à plat … 😲

Pour réussir, Charley Ellis, auteur de Winning the Loser’s Game a repéré 3 chemins :

  • le premier épuisant physiquement est de travailler plus que les autres ;
  • le second est épuisant mentalement, c’est d’être plus intelligent que les autres (comme Warren Buffet qui investit dans les sociétés décotées ou George Soros qui avait parié sur la baisse de la livre sterling) ;
  • le troisième est épuisant émotionnellement, c’est de rester plus rationnel que les autres en ayant une approche de long terme.

On pourrait en ajouter d’autres : avoir de la chance (gagner au loto, hériter, …), être initié et en profiter (attention, c’est illégal 🤐 ).

Si vous n’êtes pas particulièrement chanceux et ne disposez pas d’informations privilégiées, cette  troisième voie semble la plus praticable, à condition de mettre au point une bonne philosophie, qui vous permettra de limiter votre épuisement émotionnel.

Au-delà de ménager vos nerfs 🥶 , une bonne philosophie vous fera faire des économies, ce qui contribuera à l’atteinte de vos objectifs en matière de frugalisme. En effet, comme l’indique Aswath Damodaran, en l’absence de philosophie, le risque sera de « switcher » sans cesse d’une stratégie à l’autre, ce qui générerait  des frais de transaction élevés.

Une philosophie d’investissement sera utile même si vous déléguez la gestion de votre patrimoine à un professionnel, pour décider de la mission à lui confier.

Critères d’une bonne philosophie d’investissement

En se référant à Ben Carlson et à Aswath Damodaran, voici les ingrédients d’une bonne philosophie d’investissement :

  • elle doit être courte, simple et explicite, afin de vous aider efficacement dans vos décisions d’investissement.
  • Elle doit être bien adaptée à votre profil de frugaliste, afin d’ éviter des insomnies, ulcères ou pire ! Par exemple, si vous êtes anxieux et adepte de la lenteur, oubliez le day-traiding ! Si vous aimez suivre l’actualité économique et éplucher les rapports d’activité, alors vous pourrez envisager d’opter pour une philosophie impliquant une gestion chronophage.
  • Vous devez adhérer pleinement à cette philosophie, qui sera stable et constituera votre gouvernail.

Pour la faire durer, comme nous ne sommes pas des robots, il pourra être pertinent de prévoir une soupape de sécurité, prenant le forme d’exceptions mais avec la préoccupation de préserver l’essentiel.  Par exemple, vous pourriez prévoir de consacrer 10 % maximum de vos actifs dans des investissements s’écartant de votre philosophie (parce ce que vous connaissez bien tel secteur ou telle société, ou simplement pour le fun …).

Exemples de philosophies fondées sur le long terme

En matière d’objectifs et de situation patrimoniale, vous êtes unique. On peut toutefois citer quelques approches permettant d’alimenter votre philosophie ou votre stratégie d’investissement. En se restreignant aux investissements boursiers, compatibles avec une approche de long terme, on peut par exemple lister :

Buy and hold (acheter et conserver)

Cette philosophie (qui est également considérée comme une stratégie) consiste à acquérir puis  à conserver des actifs sur une longue période (a priori au delà des cycles économiques et financiers) sans intervention de la part de l’investisseur, ni modification de l’allocation d’actifs.

Le fond souverain du Qatar a ainsi adopté ce processus d’investissement : « Notre portefeuille a pour but de créer de la valeur à long terme pour les générations futures. Il n’est donc pas sujet aux mesures conventionnelles de performance à court terme ou aux tactiques d’optimisation de portefeuille ».

Voir Buffett, Soros, Icahn, fonds souverains… leçons de stratégie des meilleurs investisseurs de Gérald Autier

Investissement actif

Cette approche repose sur la sélection d’actifs (stock picking). Elle nécessite du temps pour analyser la situation des entreprises dans lesquelles vous envisagez d’investir. De nombreuses sociétés de gestion revendiquent cette philosophie, pour se démarquer des gestions passives (voir ci-dessous). C’est le cas de la société française Moneta.

Parmi ces « stock-pickers », on peut dans certains cas distinguer des investisseurs orientés :

Value

Dans ce cas, les investisseurs misent sur des actifs considérés comme décotés. Cette approche « value » pourra se traduire par des années de détention d’un titre avant qu’il ne retrouve, éventuellement,  une valorisation plus conforme à sa « valeur intrinsèque ».  Le risque : attendre très longtemps si l’on tombe dans le piège d’une « value trap », c’est-à-dire d’un titre fortement déprécié et qui le restera. Comme le disait Keynes : « à long terme, nous serons tous morts » 💀 .

Ces investisseurs pensent que les actifs « growth » (orientés croissance)  sont sur-évalués.

Growth

Les adeptes de l’approche growth pensent exactement le contraire et misent sur des valeurs présentant des perspectives de croissance.

GARP

Une combinaison – a priori intelligente- des deux a été trouvée sous l’appellation GARP  (growth at reasonable price). Elle associe la stratégie growth et la stratégie value. Son but : investir dans des sociétés de croissance à un prix raisonnable.

Approche passive ( indicielle)

En bourse, contrairement à d’autres domaines, la passivité peut être votre alliée ! 😴 Car, dans le domaine des placements, le travail ne paie pas toujours.

Cette approche est moins chronophage et permet de garder plus de temps pour soi. Elle peut se  référer à un ou plusieurs indices et être mise en place à l’aide d’ETF (Exchange Traded Fund, fond coté en bourse, suivant généralement un indice boursier et assorti de frais moins élevés que des fonds “classiques”) .

Cette méthode est mise en œuvre par certains  sous la forme de « lazy portfolio » (portefeuille du paresseux).

La mise en place et la gestion de portefeuille peuvent être limitées à une minute par mois, selon Edouard Petit, auteur de Epargnant 3.0.

Le nombre de supports peut ainsi être très restreint (il cite un exemple comprenant uniquement un ETF monde et un bon fond en euros). Cette méthode peut toutefois conduire à des stratégies panachant de nombreux supports d’investissement.

Ma philosophie

Voici un extrait de ma philosophie d’investissement :

  • Horizon long terme, optique « buy and hold »
  • Investissements ciblant l’obtention de revenus réguliers
  • Recours aux principaux actifs : actions, obligations, immobilier, matières premières.
  • Diversification pour limiter les risques.
  • Limiter les frais (en choisissant des intermédiaires financiers au bon rapport qualité/prix, des produits peu chargés en frais et en limitant le nombre de transactions).
  • Sélection valeurs. Orientation grandes capitalisations, value, « qualité », GARP. Les sociétés multinationales sont privilégiées, à l’exclusion des sociétés de production de tabac. Recours à des sociétés plus petites en présence d’avantages concurrentiels avérés (monopoles notamment).
  • Au regard du constat de comportements moutonniers (excès hausse, baisse), les achats sont effectués, dans la mesure du possible, sur replis conjoncturels après mauvaise surprise sur les résultats trimestriels.  En s’assurant  toutefois que ce « passage à vide » est d’ordre conjoncturel (exemple : mauvaise récolte pour Bonduelle).
  • Pas de couverture (optique long terme, au-delà cycle), pas de recours produits complexes (dérivés, structurés)
  • Exceptions à cette philosophie : 10 % maximum du portefeuille.

Conclusion

L’élaboration de votre philosophie nécessitera du temps et un peu de réflexion. L’idéal sera de la mettre en pratique durant une période donnée avant d’effectuer un bilan et, le cas échéant de la réviser.

Lorsque vous aurez établi une philosophie solide et durable, elle pourra servir de fondement pour construire vos stratégies d’investissement. Ces stratégies s’attacheront à mettre en œuvre votre philosophie, de façon plus opérationnelle et détaillée.

A noter qu’une même philosophie peut conduire à plusieurs stratégies différentes. Par conséquent, les stratégies d’investissement se révèlent très nombreuses et variées (car fondées sur des horizons de temps différents, des tolérances au risque également différentes, des cadres réglementaires et fiscaux distincts et des visions différentes voire contradictoires).

Une bonne philosophie devra avant tout vous correspondre : être adaptée à vos caractéristiques personnelles. Elle devra en particulier vous aider à ne pas céder à la pression de vos émotions lors des périodes difficiles pour vos investissements.

Pour aller plus loin

Aswath Damodaran, Investment Philosophies

Frugaliste, comment soigner votre profil d’investisseur ?

Raisonner en investisseur plutôt qu’en simple épargnant

Pour devenir frugaliste, vous sentez qu’il faudra aller au-delà de l’épargnant « lambda » qui sommeille en vous. Livret A et autre PEL, même s’ils sont utiles et nécessaires, risquent de ne pas être suffisants, a fortiori dans un contexte de taux très bas.

Dès lors, il vous faut élaborer une stratégie de long terme  pour « capitaliser » puis délivrer des revenus suffisants.

En tant qu’investisseur, outre cette vision de long terme, vous devrez soulever le capot de vos placements et examiner l’actif « sous-jacent ». En détenir des actions s’assimile à être propriétaire d’une partie de l’entreprise. Il est alors nécessaire de s’intéresser à son modèle économique, à ses résultats.

Si vous optez pour l’immobilier, vous aurez avantage à mobiliser l’effet levier du crédit. Dans le cas d’un investissement en direct, vous serez particulièrement attentif à l’emplacement. Si vous optez pour de l’immobilier indirect (pierre papier comme les SCPI), vous vous attacherez à connaitre la nature des biens, à la diversification du portefeuille.

L’apprentissage de l’investisseur peut être un chemin long et semé d’embûches mais  néanmoins passionnant et multidisciplinaire. Cet apprentissage comporte deux facettes, l’une intrinsèque, l’autre extrinsèque. Les compétences extrinsèques concernent des aspects techniques liés aux finances personnelles (comme l’allocation d’actifs, l’optimisation des frais, de la fiscalité). À ce savoir-faire technique doivent s’ajouter des compétences intrinsèques. Celles-ci concernent des aspects du placement qui sont liés au comportement, comme la compréhension de la psychologie et du tempérament des investisseurs, ainsi que la connaissance de ses propres valeurs et objectifs personnels.

Commençons donc par appliquer la devise « connais-toi toi-même ».

Frugaliste, connais-toi en tant qu’investisseur

Quelques caractéristiques clés  différencient un investisseur d’un autre et aident à mieux vous définir en tant qu’investisseur.

Vos objectifs d’investissement

Comme dans tout projet, deux éléments sont essentiels : l’objectif et le plan pour l’atteindre. Ainsi vos objectifs d’investissement détermineront vos objectifs de rendement et contribuerons également à placer votre curseur de  tolérance au risque.

Comme adepte du frugalisme, un de vos objectifs sera vraisemblablement  de  générer des revenus afin de subvenir à vos dépenses.

Votre horizon de temps

La fixation de votre horizon de temps pour vos investissements sera liée à vos caractéristiques personnelles (âge, patience) mais aussi à vos besoins de trésorerie. L’horizon de temps sera bien sûr déterminant pour votre allocation d’actifs. On peut considérer  que le long terme est de plus de 15 ans et le court terme, de moins de 3 ans.

Temps consacré à la gestion de vos actifs

Votre temps disponible pour la gestion de vos placements va conditionner votre façon d’investir. En effet, certains styles d’investissement nécessitent un suivi minimum de l’actualité économique et financière. Dans tous les cas, vous devrez suivre régulièrement le rendement de vos placements.

Demandez-vous : « Ai-je le temps ? » ou « prendrai-je le temps de me consacrer à mes finances ? ». Dans tous les cas, gardez un peu de temps pour vous ! Etes- vous une personne curieuse de nature ? Aimez-vous lire et faire des recherches ? Avez-vous un intérêt particulier pour l’économie, la vie des entreprises, l’univers des placements ?

Votre bilan actifs / passifs

Les deux postes de votre bilan doivent être pris en considération : l’accent n’est pas seulement mis sur ce que l’investisseur possède mais également sur les dettes qu’il pourrait avoir dans le futur. Or, le passif n’est pas toujours bien défini. Il est pourtant nécessaire de l’estimer dans l’objectif de générer un revenu futur (car se verser un revenu mensuel est assimilable à une dette).

Votre situation juridique et fiscale

Votre situation juridique et fiscale va également conditionner votre allocation d’actifs. En particulier, vous ne pourrez dépenser que ce qu’il vous restera après impôts !

Votre personnalité

Il faudra bien entendu aussi tenir compte de votre caractère et de vos aspirations. Quels sont vos croyances profondes, vos biais, vos fragilités ?

Etes- vous aventurier ou recherchez-vous avant tout la tranquillité d’esprit ? Votre vision des marchés financiers –  comment ils (dys-)fonctionnent – pourra également être prise en compte.

Votre profil d’investisseur est atypique !

Attention aux classements habituels (de type prudent / équilibré / dynamique) proposés par les banques ou les assureurs-vie. Ces profils sont généralement fondés sur les seuls critères d’âge et d’aversion au risque.  Or, en tant que frugaliste, vous avez des objectifs distincts de certains de ces profils type. En particulier, en phase « retraite » ces classements vous inciteraient à adopter un profil « prudent » qui ne pourrait probablement pas permettre d’atteindre vos objectifs de revenus.

Vers une philosophie d’investissement

A partir de votre connaissance  en tant que frugaliste investisseur, vous pourrez dégager des principes directeurs afin de construire votre  philosophie d’investissement.

Sur le fondement de cette philosophie, vous pourrez ensuite élaborer votre stratégie d’investissement.