Devenir frugaliste, êtes-vous prêt(e) financièrement et psychologiquement ?

Le kairos du frugaliste

Quand se décider à franchir le pas et devenir frugaliste (en tout ou partie) ?

Vous vous approchez peut-être de votre objectif de vous affranchir de la contrainte du travail et de prendre une retraite anticipée. Pourtant, vous hésitez à franchir le pas, à sortir de votre zone de confort (parfois toute relative). Au regard de la sécurité de votre situation professionnelle actuelle, dans un contexte économique perturbé.  Vous pensez attendre un peu, pour accumuler plus d’économies afin de sécuriser vos rentes à venir?

Vous hésitez ?

Ou vous êtes au stade de projet en matière de frugalisme et hésitez à vous lancer dans cette aventure, car vous n’êtes pas certains d’accepter dans la durée les sacrifices liés à une vie frugale ?

Pour ma part, l’objectif d’une « retraite » autour de 50 ans, avait été fixé de longue date. Après quelques hésitations (suscitées par des baisses dans mes placements financiers et des changements de postes au travail), j’ai franchi le pas un peu avant 49 ans.

Montre Rolex

Si à 50 ans, t’es pas frugaliste, t’as raté ta vie ?

Je ne me projetais pas dans mon travail au-delà de cet âge de 50 ans, car j’ai observé des fins de carrières difficiles pour de nombreux collègues. J’aurais certainement vécu comme un échec de ne pas prendre ce virage radical.

Le cheminement de frugaliste ne repose pas uniquement sur des critères financiers (qui peuvent être anticipés et évalués objectivement) mais également sur des aspects psychologiques. Ce projet de frugalisme nécessite une préparation et la décision de se lancer ou de changer de mode de vie mérite d’être mûrement réfléchie.

Facteurs déclenchant l’envie de frugalisme

Ras-le-bol de la rat race

Vous êtes usés par la pratique de la célèbre trilogie métro-boulot-dodo, à laquelle vous ajoutez « conso » ?

Marre du métro-boulot-dodo ?

Corrodé par le quotidien, vous prenez conscience que vous ne maîtrisez plus rien (en tout cas pas votre temps) et arrivez à la conclusion « je n’en peux plus » ?

Ou peut-être êtes vous angoissé par l’idée d’être touché par une maladie avant de profiter de la retraite ?

Attention toutefois à ne pas partir sur un coup de tête, de façon non maîtrisée (en particulier sans avoir assurée votre rente frugale) et uniquement pour des raisons négatives (rejet du travail).

J’ai atteint mon objectif financier

Des critères mathématiques

Après avoir épargné consciencieusement durant plusieurs années, vous avez atteint, voire dépassé le seuil que vous vous étiez fixé pour vivre de vos rentes (avec, le cas échéant une activité d’appoint librement consentie). L’avantage de ce critère est qu’il est mathématique. Vous pouvez donc mesurer objectivement votre situation par rapport à un objectif préalablement établi selon des règles (règle des 4% par exemple). Il est également possible d’effectuer des projections pour estimer son âge de retraite précoce. Pour ces raisons, il apparait comme le critère principal de faisabilité de votre projet.

Calculs financier pour frugaliste
Avez-vous mis au point votre business plan de frugaliste ?

A adapter à chaque frugaliste

Pour autant, ce seuil ne peut être déterminé uniformément par chaque aspirant.e à la rente frugale.

La situation et la sensibilité de chacun est évidemment à prendre en compte, notamment en matière de risque.

Cela pourra se traduire par l’application d’une marge de sécurité par rapport à la règle. Ceci afin de mieux dormir lorsque survient une crise économique (qui déferlent désormais régulièrement, tels des rouleaux au bord de l’océan). Pour ma part, j’avais retenu une marge de 20 %.

Le ressenti sera également différent selon que vous optez pour une rente avec ou sans consommation capital. Si vous avez décidé de consommer votre capital, le cap  devrait être plus difficile à franchir le car tout le monde n’a pas la chance de connaitre la date de sa fin de vie… De plus, lorsque l’on a pris l’habitude d’une vie frugale, consistant à économiser durant plusieurs dizaines d’années, il est difficile de commencer à consommer son capital.

Par ailleurs, la nature et le niveau de risque de vos placements influeront également sur votre tranquillité d’esprit. Avec des placements a priori plus stables (en tout cas avec des cycles généralement plus longs)  comme l’immobilier, vos émotions devraient être moins intenses qu’avec des actifs volatils comme les actions.

J’ai atteint l’âge de retraite  frugaliste

Évidemment votre projet de frugaliste consiste à prendre votre retraite jeune, c’est à dire avant l’âge légal ou l’hypothétique âge pivot. D’autant que vous avez observé que l’espérance de vie en bonne santé n’est guère éloigné de l’âge (classique) de départ à la retraite (l’espérance de vie en bonne santé à la naissance s’établissait, en 2017 en France, à 62,5 ans pour les hommes et 64, 9 pour les femmes selon l’INSEE).

 Pour vous l’objectif de départ à la retraite sera de 30, 40 ou 50 ans ? Cela dépendra évidemment de la faisabilité financière évoquée ci-dessus.

Vous hésitez à franchir le pas ?

Imaginez maintenant que vous êtes parvenu à cet âge et que les conditions financières sont satisfaites. Pourtant, malgré cette indépendance financière, vous hésitez à franchir le pas. Vous êtes soudain saisi d’un sentiment ambivalent : vouloir quitter la rat race mais aussi avoir peur de la quitter. Cette hésitation peut paraître surprenante, après avoir fait l’effort de vivre en dessous de ses moyens durant de nombreuses années.

Femme stressée
Tout le monde ne vit pas la crise du milieu de vie de la même façon …

Inversement, vous n’avez pas encore atteint l’objectif mais vous connaissez un ou petit coup de mou à la quarantaine, appelé parfois crise du milieu de vie. La quarantaine, avec 15-20 années d’expérience professionnelle est assurément une période charnière et un cap délicat à passer.

Cette crise nous toucherait tous (mais se manifesterait différemment) selon le psychiatre Christophe Fauré, qui parle plutôt de « transition » qui s’étalerait entre 45 et 55 ans.

Le volet psychologique du projet frugaliste est donc important et mérite donc d’être anticipé, au même titre que l’aspect financier.

Le mental suivra-t-il ?

Dans l’idéal, il faudrait s’assurer que son mental suivra, avant même d’entamer le voyage, comportant la phase d’accumulation. Ne serait- ce que pour éviter des sacrifices mal vécus liés à la frugalité et qui pourraient se révéler  in fine inutiles. Cette préparation psychologique doit être menée en parallèle à la constitution de sa « rente frugale ».

En particulier, il faudra préparer des réponses aux interrogations suivantes.

N’avez-vous pas peur que vos économies soient insuffisantes ?

Avant même d’être rentier frugal, vous pouvez craindre qu’un scénario défavorable ne se réalise, en particulier en matière financière. Mon capital tiendra-t-il suffisamment longtemps ? Un krach financier mettra-t-il en péril mon projet ? Que vas-tu faire si l’immobilier se casse la figure (là vous êtes à contre-courant car beaucoup croient que l’immobilier ne peut que monter)?

Dans ces conditions, vous hésitez à abandonner votre activité professionnelle. Car, même si elle ne correspond pas à vos aspirations profondes, elle vous offre un filet de sécurité. Il est d’autant plus difficile à franchir le pas si vous ressentez que vous avez beaucoup à perdre, c’est-à-dire que vous occupez un poste stable et bien rémunéré.

 Cependant, en persistant sur cette position, vous restez sous la contrainte du travail.

Au-delà de sa propre sécurité, on peut également penser à celle de ses proches et en particulier de ses enfants. Il faut continuer à travailler, à faire grandir son patrimoine pour financer les études des enfants (15 000 € par enfant d’après une étude de 2017 mais certains l’estime à 10 000 € par an et par enfant pour les études supérieures ).

Envisager un  temps partiel ou une année sabbatique

Sans remettre en cause son projet de frugalisme mais pour en minimiser les risques et afin de faciliter la transition, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • le temps partiel, si votre emploi actuel le permet ; vous conserverez alors une partie de votre revenu professionnel et les liens sociaux de votre réseau professionnel ;
  • une pause d’une durée déterminée, prenant la forme d’un congé sabbatique ou d’une disponibilité,  le temps de goûter aux joies du frugalisme…
Envie d’un congé sabbatique ?

Vous pourrez l’envisager comme une expérimentation d’un à 3 ans. En cas de retour au travail (forcé ou choisi) cette interruption demeurerait défendable sur un CV. En revanche,  si vos doutes apparaissent plus tard, au bout de 5 ans, et que vous avez dépassé la cinquantaine, la réinsertion dans l’emploi risque d’être plus délicate.

Ne craignez-vous pas les questions de vos proches ou de vos amis ?

En outre, vous pouvez légitimement vous demander comment les autres vont me percevoir en tant que frugaliste ou rentier. Comment expliquer ma démarche à mon conjoint / ma conjointe, à mes enfants ? Comme Marc, vous pouvez présenter un powerpoint à votre femme pour lui expliquer les principes du frugalisme ainsi que vos calculs financiers. L’état d’esprit du frugalisme étant  (encore) minoritaire, vous redoutez d’être incompris et peut-être d’être jalousé. Et même, dans certains cas, de perdre vos amis ?

Préparez vos réponses

Pour vous rassurer, mieux vaut préparer votre discours, sauf si vous avez des talents d’improvisation et une bonne répartie.

« Est-ce que j’ai la gueule de quelqu’un qui doit faire quelque chose ici-bas ? » – Voilà ce que j’aurais envie de répondre aux indiscrets qui m’interrogent sur mes activités.

Cioran, De l’inconvénient d’être né
Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Proposition de réponse :  Mon métier ? Je n’en ai pas/plus et je m’ennuie ! Je me distrais toutefois en jouant en bourse.

Qu’est-ce qu’il/elle fait, ton père / ta mère?

Propositions, à mettre au point avec vos enfants : “Il n’a pas besoin de travailler” ou ” Il a de l’argent“, ou “Il fait des placements“, ou “Il est rentier!” (le terme de frugaliste étant moins connu).

Il est possible toutefois que ces formules suscitent de l’incompréhension, voire de la jalousie.

C’est pour ça que prévoir une petite activité de couverture  peut s’avérer utile. Quelques propositions : bloggeur.euses, écrivain.e, sportif-ve (footing une fois par semaine ?), cuisinier.e, gestionnaire de patrimoine, gestionnaire de fonds (même si vous êtes votre seul client !), agent immobilier (c’est une profession très accessible) et le must dans la startup nation : startupeur.euse (extase de votre auditoire garanti… ).

Ainsi, vous pourrez répondre que vous avez réorienté votre activité professionnelle.

Discours clé en main

Au-delà des simples réponses, vous pouvez également construire un discours argumenté. Voici un discours type (à adapter, bien entendu, en fonction de votre humeur et de vos interlocuteurs) :

 J’ai travaillé en entreprise / dans l’administration durant n ans. J’avais fait un peu le tour. J’ai eu envie de me mettre à mon compte pour développer des projets personnels. J’y ai – peut-être – perdu en sécurité et en salaire, mais j’y gagne en autonomie et en qualité de vie. J’ai plus de temps pour ma famille et pour moi.

Ces formulations ne devraient pas provoquer de tremblement de terre.

Attention, le but n’est pas de mentir, mais de trouver le meilleur compromis entre votre activité véritable et le souhait de ne pas être considéré.e.

Vous vous apercevrez peut-être, avec le temps, que l’intérêt et la curiosité pour votre nouvelle situation est très variable et que ces questionnements sont finalement gérables .

Certes, le changement d’habitudes pourrait avoir pour effet de distendre le lien avec certains amis (les anciens collègues de bureau en particulier). Avec d’autres, l’effet pourrait être inverse. Le nouveau rythme de vie, débarrassé de la course à la performance,  offre en effet plus de temps pour écouter les autres, (re)-trouver une empathie. Les proches peuvent également être sensibles à cela.

N’avez-vous pas peur de  perdre votre statut social ?

N’avez-vous pas peur qu’il pleuve ?

Vous changez de statut et la crainte d’une régression sociale, vis-à-vis de sa famille, des ses amis, de ses voisins se fait jour. Pour éviter cela, vous pouvez vous investir dans des activités qui vous procureront le sentiment d’être utile et vous permettront de conserver des relations sociales.

N’avez-vous pas peur de vous ennuyer ?

Gagner du temps pour soi constitue un objectif majeur du frugaliste. Cela peut parfois tourner à l’ennui, mais cet ennui est parfois salutaire.

Ne craignez-vous pas d’être traité de méchant capitaliste ?

Méchant capitaliste, le frugaliste ?

Certes les placements du frugaliste sont fondés sur le « système » capitaliste comprenant le droit de la propriété, le capital, les prêts. Et malgré le développement de labels (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ESG), il demeure difficile de trouver des placements vraiment éthiques. Mais bon, on peut toujours essayer d’éviter le pire (tabac, armes , Ehpads, …) et opter par exemple pour des investissements dans les énergies renouvelables (comme Energias de Portugal, notée AAA en matière de critères ESG ou dans des réalisation locales, via le crowdlending proposé par plusieurs plateformes).

C’est décidé, j’investis dans l’industrie de la voiture électrique

N’avez-vous pas peur d’avoir des regrets ?

Enfin, l’abandon de  votre « situation » va-t-il provoquer des regrets ? Vous risquez d’éprouver de l’amertume si la condition de frugaliste ne vous convient pas, surtout si vous avez  souffert  de privations pendant la phase d’accumulation financière. D’où l’utilité de ce projeter et si possible, d’expérimenter avant d’opérer des choix définitifs.

Baliser son chemin et construire un mode de vie adapté

Pour devenir frugaliste et le rester, il parait primordial d’imaginer les différentes étapes de son parcours (phase d’épargne, retraite précoce, le tout en conservant un mode de vie frugal).

La sobriété constitue évidemment une condition sine qua non de réussite. Pour cela, il faudra maîtriser l’émergence de besoins nouveaux qui pourraient s’avérer coûteux. En particulier lors de la retraire précoce, éviter de se retrouver confronté à l’ennui et d’éprouver le besoin de partir en week-end tous les 4 matins, avec pour conséquence d’augmenter ses dépenses au-delà de vos prévisions.

Conclusion : le frugalisme, c’est du travail

La décision de devenir frugaliste ou « rentier frugal » n’est donc ni facile ni automatique. Ce projet est confronté à deux natures de risques :

  • matériels (financiers)
  • psychologiques et moraux.

Pour parvenir à son objectif dans les meilleures conditions, il convient d’effectuer un travail sur soi afin de cumuler un état d’esprit et des ressources matérielles adaptées à l’objectif.

Frugaliste consulte une tablette en prenant un café
Frugaliste au travail

Il est bien sûr préférable de s’assurer au plus tôt que l’atteinte des deux soit faisable, afin d’éviter toute déconvenue. Il n’est pas impératif de trouver toutes les réponses aujourd’hui et mieux vaut prendre un peu de temps pour  laisser mûrir sa réflexion que de se lancer dans l’aventure frugaliste sur un coup de tête.

 Attention toutefois à ne pas repousser sans cesse votre décision, au risque d’aboutir à l’âge légal de la retraite, tout en ayant consenti à des efforts et des sacrifices en matière d’épargne.

Votre route sera d’autant plus facile si vous êtes naturellement frugal (par votre éducation ou par vos habitudes ) et parvenez à épargner sans ressentir de privation.

Quand vous serez décidé, vous aurez un anniversaire de plus à fêter : votre « fuck you day » !  (expression qui serait utilisée par de futurs jeunes retraités suisses)

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