Portrait robot du frugaliste. Vous reconnaissez-vous ?

Le frugalisme est multiforme et se situe à l’intersection de plusieurs concepts. Dans ces conditions, les  frugalistes n’ont pas tous le même profil. Mais peut-on néanmoins repérer des traits communs ?

moustaches frugalistes
Faut-il obligatoirement être moustachu pour devenir frugaliste ?

Esquisse de profil de frugaliste

Cette esquisse est réalisée à partir de témoignages exprimés sur internet ou dans des livres.

Age et situation familiale

Les frugalistes sont généralement âgés de 35 à 50 ans. Ils n’ont pas (ou peu) d’enfants à charge.

Classe socio-professionnelle

Les aspirants au frugalisme sont majoritairement issus des classes moyennes ou supérieures. Ils disposent généralement d’un bon salaire ou travaillent dans un secteur qui permet de cumuler des heures supplémentaires (exemple d’un infirmier).

Pour cela, ils ont souvent suivi des études supérieures, sans pour autant appartenir à une « classe culturelle ». Les frugalistes exercent couramment des professions techniques (dans l’informatique notamment) ou commerciales.

Objectifs communs

Les frugalistes partagent l’objectif d’atteindre une vie heureuse, sans nécessairement vivre en ascète.

Cette vie ne comprend généralement pas un travail « classique », rémunéré et à temps complet.

Pêcheur au soleil couchant : rêve de frugaliste ?
rêve de frugaliste ?

Facteurs déclenchants pour franchir le pas du frugalisme

Les causes de l’envie de frugalisme sont multiples. Néanmoins, Le chemin sur la voie du frugalisme débute souvent à la suite d’un événement négatif. Décu par le fonctionnement du « système » : usé par la sur-consommation ou corrodé par le metro-boulot-dodo quotidien. Ou, plus grave, suite à une séparation ou un burn-out , vous lâchez tout.  L’explication se trouve fréquemment dans le domaine du travail.

Le basculement peut également être provoqué par une “crise de la quarantaine” ou un bilan de milieu de vie. Cet épisode fréquent peut alors être mis à profit pour chercher à s’épanouir en devenant frugaliste.

Profil psychologique du frugaliste

Cet aspect est certainement plus délicat encore à “objectiver”.  Mais ont peut aussi tenter de dresser un profil psychologique type du frugaliste. D’autant que le mental est également important pour réussir le projet du frugalisme (le seul critère financier ne suffit pas).

Pour prospérer sur la voie du frugalisme, il ne faut rien laisser au hasard. Par conséquent, le frugaliste doit être un stratège du quotidien. Il doit être organisé, plein de bon sens et malin pour réussir son  entreprise.

Plutôt cérébral et calculateur,  il privilégie les approches rationnelles.

frugaliste : robot calculateur
Frugaliste : robot calculateur ?

Il n’est pas omnibulé par le culte de la performance et parvient à mettre son égo de côté.

Il apprend à être stoïcien, notamment pour résister aux appels de la société de consommation, même s’il aspire certainement à être épicurien.

Appel à témoin

Votre profil de frugaliste ?

Vous vous reconnaissez dans cette description ?  Ou au contraire, elle vous parait caricaturale ou incomplète et vous souhaitez la compléter ?

Témoignez en remplissant le formulaire ci-dessous.

Wanted frugaliste
Plutôt vif que mort

Test : êtes-vous sur frugaliste ?

  • Vous avez réussi à prendre votre retraite bien avant l’âge habituel, en suivant le mode de vie frugaliste ?
  • Vous tentez en ce moment de suivre le chemin du frugalisme ?
  •  Vous conseillez les gens qui tentent de se lancer dans ce plan de vie ? 
  • Vous cumulez plusieurs boulots pour augmenter votre salaire mensuel et atteindre l’indépendance financière ?
  • Vous avez un seul boulot mais, mettez chaque année plusieurs milliers d’euros de côté pour prendre votre retraite aux alentours de 40 ans ?
  • Vous vous autorisez malgré tout quelques dépenses mais tout est millimétré pour arriver à prendre votre retraite le plus tôt possible ? 
  • Vous connaissez quelqu’un qui a choisi le mode de vie frugaliste ?

Vous avez répondu oui à l’une de ces questions ? Vous vous intéressez donc au frugalisme ou aspires à devenir frugaliste. Si vous souhaitez témoigner, afin de préciser le profil type du frugaliste, merci de compléter le formulaire ci-dessous:

Le frugaliste est-il un passager clandestin ?

Le frugalisme consiste à se retirer le plus tôt possible du travail classique, tout en générant des revenus « passifs ». Le frugaliste est-il un profiteur, dont le comportement abusif serait nuisible à la société ?

Free rider : vtt saute de la montagne
Free rider : encore un frugaliste !

A l’époque de la marine à voile, les passagers clandestins étaient couramment jetés par-dessus bord, afin de ne pas avoir à les nourrir. Dans le champ plus policé feutré de la théorie économique, le passager clandestin est un  individu qui, au sein d’un groupe, se trouve bénéficier d’un service, d’un bien, d’un gain quelconque sans en assumer le coût. Autrement dit, c’est un profiteur. Ce comportement abusif constitue d’ailleurs un problème pour la théorie économique. En effet, celle-ci énonce qu’en poursuivant son intérêt personnel, l’individu travaille pour l’intérêt de la société (cf le boulanger d’Adam Smith  dans La Richesse des Nations).

Le frugaliste est assimilé à un free rider (cavalier seul). Il adopte effectivement une démarche individuelle et singulière. Pour autant, le frugaliste est-il irrationnel ? Le frugalisme constitue-t-il un danger pour la société ?

Les péchés capitaux du frugalisme

Tout d’abord, recensons les principaux griefs contre les frugalistes. Voyons s’ils sont justifiés. Dans l’affirmative, des voies de rédemption sont-elles possible ? Ou le mécréant frugaliste est-il condamné à l’enfer sans même pouvoir passer par la case du purgatoire ?

 Le frugaliste est égoïste

L’approche du frugaliste est fréquemment qualifiée d’ultra individualiste. Pour le sociologue Baptiste Mylondo, promoteur du revenu de base, la démarche des frugalistes est individuelle. Ils considère que les frugalistes n’ont pas de motivation écologique ou politique comme les décroissants. Il est vrai que le frugaliste a rompu un certains nombre d’amarres avec la société. Et il s’est construit un microcosme pour assurer son mode de vie.

Frugaliste : egoïste

Mais s’il a franchi le pas pour devenir frugaliste, c’est vraisemblablement parce qu’il vivait mal certaines normes imposées par la société. Il semble que l’élément déclencheur soit souvent lié à un travail désenchanteur. Dès lors, le frugaliste met en place une solution individuelle, faute d’approche collective satisfaisante à ses yeux.

Et puis, est-ce vraiment égoïste d’abandonner un boulot, souvent bien payé, et de laisser la place à d’autres. Ayant d’autres aspirations, ces derniers y trouverons peut être chaussure à leur pied ?

L’avarice du frugaliste conduit à la décroissance

Livre de Dominique Méda : la mystique de la croissance
Le ballon de baudruche se dégonfle …

Parce qu’il chasse la moindre dépense, le frugaliste n’est pas un consommateur modèle. Or, la consommation constitue généralement le principal moteur de la croissance dans les pays développés. Le frugalisme tuerait donc la croissance. On peut toutefois modérer ce propos en arguant (sans preuve, en l’absence de statistiques) que le mouvement du frugalisme semble à ce stade trop modeste pour avoir une incidence macro-économique. D’autre part, le mythe de la croissance perd quelque peu son souffle, au regard des menaces qu’elle fait peser sur notre environnement.

Enfin, en observant de plus près le mode de vie frugaliste, on observe qu’il induit des modes de consommations différents : moins centrés sur les biens matériels mais plus orientés vers les expériences. Cette tendance dépasse d’ailleurs largement le cercle restreint des frugalistes. Et de nombreux industriels cherchent d’ailleurs à la capter pour en profiter.

Le frugaliste profite du système

En premier lieu, le frugaliste a bénéficié (souvent longtemps) du système d’éducation. Or, en sortant prématurément de la société de production, il ne paierait pas son dû à la collectivité. Tout dépend néanmoins des durées des phases d’éducation et de production. Le coût de la formation initiale peut être amorti en tout ou partie. Quoi qu’il en soit, la retraite précoce s’avère souvent active. De plus, ces activités peuvent comporter des effets bénéfiques pour la société.

En second lieu, un paradoxe du frugalisme est fréquemment relevé. Le frugaliste se targue d’un mode de vie frugal. Certes, mais il n’est possible que si la société de consommation continue d’exister. En effet, le frugaliste finance généralement son mode de vie par des placements qui reposent sur le système capitaliste. Pour cette raison, le frugaliste est parfois accusé de financer le chaos social et environnemental.

Il s’agit effectivement d’un véritable écueil dans le modèle du frugalisme. Car il est difficile aujourd’hui d’épargner en ayant recours à des supports socialement et environnementalement responsables, malgré les labels qui se multiplient en la matière. Une étude réalisée par l’ONG Reclaim Finance révèle que l’écrasante majorité des produits financiers auxquels ils ont accès soutient des entreprises aux pratiques environnementales et sociales dangereuses.

Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage

Karl Marx “Le Capital” (1867)

Dès lors, comment contourner  cet écueil ?

Une première méthode est la prévention : éviter les produits les plus nocifs, allouer une partie de son patrimoine à des placements labellisés « épargne solidaire ». Le frugaliste peut également être orienter une fraction de ses placements vers des actifs alternatifs comme  du crowlending (prêts participatifs) dans la transition énergétique.

Deuxième méthode : la compensation. Certaines personnes voyageant en avion, pris de remords, cherchent à compenser leurs émissions en carbone. De la même façon, l’adepte du frugalisme peut compenser les effets nocifs de ses investissements par des actions vertueuses (engagement associatif par exemple).

Le frugalisme conduirait au naufrage du système de retraite

Navire costa concordia coule
Le système de retraite prend du gîte. La faute aux frugalistes ?

En prônant un départ à la retraite à 40 ans, voire à 30 pour les plus entreprenants (optimistes ?), le frugalisme aggraverait le déséquilibre du système de retraite fondé sur la répartition. En effet, ces retraités précoces cessent de cotiser ou cotisent nettement moins lorsqu’ils exercent des petits boulots assimilables à des hobbies rémunérés.

Première réaction à cette assertion : le système de retraite a- t-il réellement besoin du frugalisme – phénomène à ce jour marginal – pour couler ?

Ensuite, le frugaliste parti précocement ne touchera, une fois l’âge légal venu, qu’une pension proportionnelle à ses cotisations. Cette dernière sera d’ailleurs probablement amputée par une décote radicale.

Paresse

Selon Jean-Michel Bonvin, professeur de sociologie à l’Université de Genève, le frugalisme ne se réduit pas à de la paresse. “Ce n’est pas un refus total du travail. C’est plutôt une manière de demander une forme de réenchantement, de redonner du sens au travail.”

Pieds dans hamac
Frugaliste activiste

Les expérimentations du revenu de base ont d’ailleurs montré que tous les bénéficiaires ne se ruaient pas à Malibu pour y faire du surf. De même, il est peu probable que tous les frugalistes soient foncièrement paresseux. La plupart de ceux qui relatent leur situation exercent d’ailleurs une ou plusieurs activités (non nécessairement rémunérées). De plus, la liberté financière nécessite un travail de longue haleine.

Mais les péchés capitaux n’étaient-il pas au nombre de 7 ? Or, ce chapitre en dénombre 5 seulement. C’est une preuve supplémentaire de la paresse du frugaliste !

Le frugalisme ne risque donc pas de déstabiliser la société. A condition qu’il reste marginal …

Ces griefs sont donc discutables et il parait peu vraisemblable que le frugalisme constitue actuellement un réel danger pour la société. Cependant,  il est difficile de tirer des conclusions en raison du peu d’études statistiques sur ce phénomène. Heureusement, certains sociologues ou anthropologues, comme Fanny Parise approfondissent le sujet.

Sortir de sa zone de confort pour devenir frugaliste

Sortir de sa zone de confort : un paradoxe ?

Qui n’a pas entendu parler de l’expression « zone de confort » et de l’injonction récurrente qui l’accompagne :  « en sortir ».  C’est la version moderne de « il ne faut pas se reposer sur ses lauriers » et on l’entend à longueur de journée dans les champs du management du développement personnel et parfois même de la philosophie.

Dans cette expression devenue  cliché, on peut déceler un peu de perfidie comme dans d’ailleurs dans d’autres expressions comme « le travail c’est la santé » ou encore « il faut souffrir pour être belle ».

Femme plongeant dans la mer depuis une falaise sous un coucher de soleil
Ça y est : elle est sortie de sa zone de confort !

Quelles idées ont derrière la tête ceux qui vous assènent cette injonction dans votre entourage professionnel, amical ou familial ? Si vous êtes à l’aise dans cet état, et que vous excellez dans votre domaine de compétence. Vouloir en sortir semble paradoxal. Dans le domaine du travail, la tendance a été à la division des tâches et à la spécialisation et aujourd’hui, on vous demande de sortir de votre zone de confort pour être plus polyvalent ? Encore des injonctions contradictoires !

Cette sortie implique un inconfort plus ou moins long. Alors, le jeu doit en valoir la chandelle. Alors, autant prendre ces risques pour un projet auquel vous adhérez, comme celui de devenir frugaliste.

Connaitre sa zone de confort

De quoi est faite ma zone de confort ?

Votre zone de confort est constitué de l’univers (familial, professionnel, amical) dans lequel vous vives en ce moment.

Chaise longue ergonomique
Ma zone de confort

C’est aussi ce que vous aimez faire, en particulier ce que vous faites durant vos loisirs, pour vous détendre. Elle correspond donc à vos aspirations.

L’appréciation du confort de votre état actuel peut diverger entre votre vision et celle du regard extérieur qui vous exprime l’injonction.

Vous êtes poussés vers la sortie de votre zone de confort

Pourquoi en sortir ?

La plupart des gens aspirent au confort et la société de consommation répond à cette attente. Alors pourquoi vouloir vous extirper de ce qui vous rassure et vous sécurise ? En première approche, cela parait paradoxal et même absurde.

Poisson rouge expulsé d'un verre d'eau
On vous pousse vers la sortie ?

L’idée sous-jacente est qu’y rester, c’est stagner, s’engluer et en sortir, c’est aller de l’avant  et progresser.

Selon certains théoriciens du management comme Alasdair White considèrent qu’une dose de stress est nécessaire pour maintenir un bon niveau de performances.

Comment en sortir ?

Vous êtes peut-être, dans un premier temps au moins, réceptifs à ces injonctions, avec la volonté de progresser. Mais en sortir se révèle plus compliqué que prévu. Tout d’abord, il s’agirait de repérer les contours de votre zone de confort avant de chercher à s’en extraire.

Famille d'oiseaux nichés dans une falaise
Sortir du nid, c’est risqué …

Mais pour que cette sortie soit validée, il convient de prendre des risques, tel le soldat qui sort à découvert sous le feu ennemi. En effet, pour qu’il se passe vraiment quelque chose, il faut que la sortie soit vraiment inconfortable. Avec quand même la perspective que cette action va déboucher sur quelque chose de bien (le soldat aura sa médaille …).

Cela vaut-il la peine d’en sortir ?

Le mieux, ennemi du bien ?

Tout d’abord, votre situation actuelle est-elle vraiment confortable ? Dans l’affirmative, il est prudent de soupeser les risques.

Escargot dans sa coquille
Je ne veux pas en sortir !

Devez-vous sacrifier un bien-être réel au profit d’un mieux-être potentiel ? Et pourquoi vouloir le mieux s’il doit passer par un mal-être (supposé transitoire).

Dans votre expérience, avez-vous vécu beaucoup de moments d’inconfort que vous auriez envie de revivre en vous disant que vraiment, ça valait le coup d’en baver ?

Le mieux en vaut-il vraiment la peine ?

Le courage d’y rester

Finalement, le plus courageux est peut-être dans certaines situations de rester dans sa zone de confort. Il faudra dans certains cas la défendre contre vents et marées et cela nécessitera pas mal d’efforts. Mais peut-être qu’un jour les experts du management nous exhorteront à y rester …

Tenter une sortie vers le frugalisme ?

Quitte à prendre le risque d’un malaise plus ou moins long pour sortir de cette zone de confort, autant que cela soit pour une cause qui vous tienne à cœur. Et pas forcément pour répondre à des injonctions extérieures ne prenant pas toujours en compte votre intérêt personnel.

Alors, pour sortir de votre supposée « zone de confort », pourquoi ne pas tenter le frugalisme ? Cette transition coche toutes les cases de la sortie de la zone de confort : effort, prise de risque, perspective d’une vie meilleure.

Effort car il s’agit d’un profond changement d’habitudes. En particulier, il vous faudra vous désensibiliser du cycle effort (travail) et réconfort (surconsommation). Vos efforts seront moins centrés sur le travail (votre objectif sera de lever le pied, voire d’abandonner votre activité professionnelle actuelle) que sur les sphères extra-professionnelles : familles, loisirs, causes à défendre, …

La prise de risque est bien entendue présente : prendre du recul avec le travail « classique » provoque généralement une baisse de revenu. Atteindre l’indépendance financière demandera des efforts, voire des sacrifices. Par ailleurs, le mode de vie frugaliste associe toute la famille à l’aventure.

La perspective du mieux-être réside dans la liberté accrue permise par la sortie du cycle infernal metro-boulot-dodo-conso. Plus de temps pour soi, pour mener à bien des projets sans cesse différés.

Pour certains, ce projet apparaîtra comme une chimère. Peut-être. Mais a-t-il moins de valeur qu’une injonction à sortir de sa zone de confort pour gagner en polyvalence ou en productivité dans un « bullshit job » ?

Devenir frugaliste, êtes-vous prêt(e) financièrement et psychologiquement ?

Le kairos du frugaliste

Quand se décider à franchir le pas et devenir frugaliste (en tout ou partie) ?

Vous vous approchez peut-être de votre objectif de vous affranchir de la contrainte du travail et de prendre une retraite anticipée. Pourtant, vous hésitez à franchir le pas, à sortir de votre zone de confort (parfois toute relative). Au regard de la sécurité de votre situation professionnelle actuelle, dans un contexte économique perturbé.  Vous pensez attendre un peu, pour accumuler plus d’économies afin de sécuriser vos rentes à venir?

Vous hésitez ?

Ou vous êtes au stade de projet en matière de frugalisme et hésitez à vous lancer dans cette aventure, car vous n’êtes pas certains d’accepter dans la durée les sacrifices liés à une vie frugale ?

Pour ma part, l’objectif d’une « retraite » autour de 50 ans, avait été fixé de longue date. Après quelques hésitations (suscitées par des baisses dans mes placements financiers et des changements de postes au travail), j’ai franchi le pas un peu avant 49 ans.

Montre Rolex

Si à 50 ans, t’es pas frugaliste, t’as raté ta vie ?

Je ne me projetais pas dans mon travail au-delà de cet âge de 50 ans, car j’ai observé des fins de carrières difficiles pour de nombreux collègues. J’aurais certainement vécu comme un échec de ne pas prendre ce virage radical.

Le cheminement de frugaliste ne repose pas uniquement sur des critères financiers (qui peuvent être anticipés et évalués objectivement) mais également sur des aspects psychologiques. Ce projet de frugalisme nécessite une préparation et la décision de se lancer ou de changer de mode de vie mérite d’être mûrement réfléchie.

Facteurs déclenchant l’envie de frugalisme

Ras-le-bol de la rat race

Vous êtes usés par la pratique de la célèbre trilogie métro-boulot-dodo, à laquelle vous ajoutez « conso » ?

Marre du métro-boulot-dodo ?

Corrodé par le quotidien, vous prenez conscience que vous ne maîtrisez plus rien (en tout cas pas votre temps) et arrivez à la conclusion « je n’en peux plus » ?

Ou peut-être êtes vous angoissé par l’idée d’être touché par une maladie avant de profiter de la retraite ?

Attention toutefois à ne pas partir sur un coup de tête, de façon non maîtrisée (en particulier sans avoir assurée votre rente frugale) et uniquement pour des raisons négatives (rejet du travail).

J’ai atteint mon objectif financier

Des critères mathématiques

Après avoir épargné consciencieusement durant plusieurs années, vous avez atteint, voire dépassé le seuil que vous vous étiez fixé pour vivre de vos rentes (avec, le cas échéant une activité d’appoint librement consentie). L’avantage de ce critère est qu’il est mathématique. Vous pouvez donc mesurer objectivement votre situation par rapport à un objectif préalablement établi selon des règles (règle des 4% par exemple). Il est également possible d’effectuer des projections pour estimer son âge de retraite précoce. Pour ces raisons, il apparait comme le critère principal de faisabilité de votre projet.

Calculs financier pour frugaliste
Avez-vous mis au point votre business plan de frugaliste ?

A adapter à chaque frugaliste

Pour autant, ce seuil ne peut être déterminé uniformément par chaque aspirant.e à la rente frugale.

La situation et la sensibilité de chacun est évidemment à prendre en compte, notamment en matière de risque.

Cela pourra se traduire par l’application d’une marge de sécurité par rapport à la règle. Ceci afin de mieux dormir lorsque survient une crise économique (qui déferlent désormais régulièrement, tels des rouleaux au bord de l’océan). Pour ma part, j’avais retenu une marge de 20 %.

Le ressenti sera également différent selon que vous optez pour une rente avec ou sans consommation capital. Si vous avez décidé de consommer votre capital, le cap  devrait être plus difficile à franchir le car tout le monde n’a pas la chance de connaitre la date de sa fin de vie… De plus, lorsque l’on a pris l’habitude d’une vie frugale, consistant à économiser durant plusieurs dizaines d’années, il est difficile de commencer à consommer son capital.

Par ailleurs, la nature et le niveau de risque de vos placements influeront également sur votre tranquillité d’esprit. Avec des placements a priori plus stables (en tout cas avec des cycles généralement plus longs)  comme l’immobilier, vos émotions devraient être moins intenses qu’avec des actifs volatils comme les actions.

J’ai atteint l’âge de retraite  frugaliste

Évidemment votre projet de frugaliste consiste à prendre votre retraite jeune, c’est à dire avant l’âge légal ou l’hypothétique âge pivot. D’autant que vous avez observé que l’espérance de vie en bonne santé n’est guère éloigné de l’âge (classique) de départ à la retraite (l’espérance de vie en bonne santé à la naissance s’établissait, en 2017 en France, à 62,5 ans pour les hommes et 64, 9 pour les femmes selon l’INSEE).

 Pour vous l’objectif de départ à la retraite sera de 30, 40 ou 50 ans ? Cela dépendra évidemment de la faisabilité financière évoquée ci-dessus.

Vous hésitez à franchir le pas ?

Imaginez maintenant que vous êtes parvenu à cet âge et que les conditions financières sont satisfaites. Pourtant, malgré cette indépendance financière, vous hésitez à franchir le pas. Vous êtes soudain saisi d’un sentiment ambivalent : vouloir quitter la rat race mais aussi avoir peur de la quitter. Cette hésitation peut paraître surprenante, après avoir fait l’effort de vivre en dessous de ses moyens durant de nombreuses années.

Femme stressée
Tout le monde ne vit pas la crise du milieu de vie de la même façon …

Inversement, vous n’avez pas encore atteint l’objectif mais vous connaissez un ou petit coup de mou à la quarantaine, appelé parfois crise du milieu de vie. La quarantaine, avec 15-20 années d’expérience professionnelle est assurément une période charnière et un cap délicat à passer.

Cette crise nous toucherait tous (mais se manifesterait différemment) selon le psychiatre Christophe Fauré, qui parle plutôt de « transition » qui s’étalerait entre 45 et 55 ans.

Le volet psychologique du projet frugaliste est donc important et mérite donc d’être anticipé, au même titre que l’aspect financier.

Le mental suivra-t-il ?

Dans l’idéal, il faudrait s’assurer que son mental suivra, avant même d’entamer le voyage, comportant la phase d’accumulation. Ne serait- ce que pour éviter des sacrifices mal vécus liés à la frugalité et qui pourraient se révéler  in fine inutiles. Cette préparation psychologique doit être menée en parallèle à la constitution de sa « rente frugale ».

En particulier, il faudra préparer des réponses aux interrogations suivantes.

N’avez-vous pas peur que vos économies soient insuffisantes ?

Avant même d’être rentier frugal, vous pouvez craindre qu’un scénario défavorable ne se réalise, en particulier en matière financière. Mon capital tiendra-t-il suffisamment longtemps ? Un krach financier mettra-t-il en péril mon projet ? Que vas-tu faire si l’immobilier se casse la figure (là vous êtes à contre-courant car beaucoup croient que l’immobilier ne peut que monter)?

Dans ces conditions, vous hésitez à abandonner votre activité professionnelle. Car, même si elle ne correspond pas à vos aspirations profondes, elle vous offre un filet de sécurité. Il est d’autant plus difficile à franchir le pas si vous ressentez que vous avez beaucoup à perdre, c’est-à-dire que vous occupez un poste stable et bien rémunéré.

 Cependant, en persistant sur cette position, vous restez sous la contrainte du travail.

Au-delà de sa propre sécurité, on peut également penser à celle de ses proches et en particulier de ses enfants. Il faut continuer à travailler, à faire grandir son patrimoine pour financer les études des enfants (15 000 € par enfant d’après une étude de 2017 mais certains l’estime à 10 000 € par an et par enfant pour les études supérieures ).

Envisager un  temps partiel ou une année sabbatique

Sans remettre en cause son projet de frugalisme mais pour en minimiser les risques et afin de faciliter la transition, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • le temps partiel, si votre emploi actuel le permet ; vous conserverez alors une partie de votre revenu professionnel et les liens sociaux de votre réseau professionnel ;
  • une pause d’une durée déterminée, prenant la forme d’un congé sabbatique ou d’une disponibilité,  le temps de goûter aux joies du frugalisme…
Envie d’un congé sabbatique ?

Vous pourrez l’envisager comme une expérimentation d’un à 3 ans. En cas de retour au travail (forcé ou choisi) cette interruption demeurerait défendable sur un CV. En revanche,  si vos doutes apparaissent plus tard, au bout de 5 ans, et que vous avez dépassé la cinquantaine, la réinsertion dans l’emploi risque d’être plus délicate.

Ne craignez-vous pas les questions de vos proches ou de vos amis ?

En outre, vous pouvez légitimement vous demander comment les autres vont me percevoir en tant que frugaliste ou rentier. Comment expliquer ma démarche à mon conjoint / ma conjointe, à mes enfants ? Comme Marc, vous pouvez présenter un powerpoint à votre femme pour lui expliquer les principes du frugalisme ainsi que vos calculs financiers. L’état d’esprit du frugalisme étant  (encore) minoritaire, vous redoutez d’être incompris et peut-être d’être jalousé. Et même, dans certains cas, de perdre vos amis ?

Préparez vos réponses

Pour vous rassurer, mieux vaut préparer votre discours, sauf si vous avez des talents d’improvisation et une bonne répartie.

« Est-ce que j’ai la gueule de quelqu’un qui doit faire quelque chose ici-bas ? » – Voilà ce que j’aurais envie de répondre aux indiscrets qui m’interrogent sur mes activités.

Cioran, De l’inconvénient d’être né
Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Proposition de réponse :  Mon métier ? Je n’en ai pas/plus et je m’ennuie ! Je me distrais toutefois en jouant en bourse.

Qu’est-ce qu’il/elle fait, ton père / ta mère?

Propositions, à mettre au point avec vos enfants : “Il n’a pas besoin de travailler” ou ” Il a de l’argent“, ou “Il fait des placements“, ou “Il est rentier!” (le terme de frugaliste étant moins connu).

Il est possible toutefois que ces formules suscitent de l’incompréhension, voire de la jalousie.

C’est pour ça que prévoir une petite activité de couverture  peut s’avérer utile. Quelques propositions : bloggeur.euses, écrivain.e, sportif-ve (footing une fois par semaine ?), cuisinier.e, gestionnaire de patrimoine, gestionnaire de fonds (même si vous êtes votre seul client !), agent immobilier (c’est une profession très accessible) et le must dans la startup nation : startupeur.euse (extase de votre auditoire garanti… ).

Ainsi, vous pourrez répondre que vous avez réorienté votre activité professionnelle.

Discours clé en main

Au-delà des simples réponses, vous pouvez également construire un discours argumenté. Voici un discours type (à adapter, bien entendu, en fonction de votre humeur et de vos interlocuteurs) :

 J’ai travaillé en entreprise / dans l’administration durant n ans. J’avais fait un peu le tour. J’ai eu envie de me mettre à mon compte pour développer des projets personnels. J’y ai – peut-être – perdu en sécurité et en salaire, mais j’y gagne en autonomie et en qualité de vie. J’ai plus de temps pour ma famille et pour moi.

Ces formulations ne devraient pas provoquer de tremblement de terre.

Attention, le but n’est pas de mentir, mais de trouver le meilleur compromis entre votre activité véritable et le souhait de ne pas être considéré.e.

Vous vous apercevrez peut-être, avec le temps, que l’intérêt et la curiosité pour votre nouvelle situation est très variable et que ces questionnements sont finalement gérables .

Certes, le changement d’habitudes pourrait avoir pour effet de distendre le lien avec certains amis (les anciens collègues de bureau en particulier). Avec d’autres, l’effet pourrait être inverse. Le nouveau rythme de vie, débarrassé de la course à la performance,  offre en effet plus de temps pour écouter les autres, (re)-trouver une empathie. Les proches peuvent également être sensibles à cela.

N’avez-vous pas peur de  perdre votre statut social ?

N’avez-vous pas peur qu’il pleuve ?

Vous changez de statut et la crainte d’une régression sociale, vis-à-vis de sa famille, des ses amis, de ses voisins se fait jour. Pour éviter cela, vous pouvez vous investir dans des activités qui vous procureront le sentiment d’être utile et vous permettront de conserver des relations sociales.

N’avez-vous pas peur de vous ennuyer ?

Gagner du temps pour soi constitue un objectif majeur du frugaliste. Cela peut parfois tourner à l’ennui, mais cet ennui est parfois salutaire.

Ne craignez-vous pas d’être traité de méchant capitaliste ?

Méchant capitaliste, le frugaliste ?

Certes les placements du frugaliste sont fondés sur le « système » capitaliste comprenant le droit de la propriété, le capital, les prêts. Et malgré le développement de labels (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ESG), il demeure difficile de trouver des placements vraiment éthiques. Mais bon, on peut toujours essayer d’éviter le pire (tabac, armes , Ehpads, …) et opter par exemple pour des investissements dans les énergies renouvelables (comme Energias de Portugal, notée AAA en matière de critères ESG ou dans des réalisation locales, via le crowdlending proposé par plusieurs plateformes).

C’est décidé, j’investis dans l’industrie de la voiture électrique

N’avez-vous pas peur d’avoir des regrets ?

Enfin, l’abandon de  votre « situation » va-t-il provoquer des regrets ? Vous risquez d’éprouver de l’amertume si la condition de frugaliste ne vous convient pas, surtout si vous avez  souffert  de privations pendant la phase d’accumulation financière. D’où l’utilité de ce projeter et si possible, d’expérimenter avant d’opérer des choix définitifs.

Baliser son chemin et construire un mode de vie adapté

Pour devenir frugaliste et le rester, il parait primordial d’imaginer les différentes étapes de son parcours (phase d’épargne, retraite précoce, le tout en conservant un mode de vie frugal).

La sobriété constitue évidemment une condition sine qua non de réussite. Pour cela, il faudra maîtriser l’émergence de besoins nouveaux qui pourraient s’avérer coûteux. En particulier lors de la retraire précoce, éviter de se retrouver confronté à l’ennui et d’éprouver le besoin de partir en week-end tous les 4 matins, avec pour conséquence d’augmenter ses dépenses au-delà de vos prévisions.

Conclusion : le frugalisme, c’est du travail

La décision de devenir frugaliste ou « rentier frugal » n’est donc ni facile ni automatique. Ce projet est confronté à deux natures de risques :

  • matériels (financiers)
  • psychologiques et moraux.

Pour parvenir à son objectif dans les meilleures conditions, il convient d’effectuer un travail sur soi afin de cumuler un état d’esprit et des ressources matérielles adaptées à l’objectif.

Frugaliste consulte une tablette en prenant un café
Frugaliste au travail

Il est bien sûr préférable de s’assurer au plus tôt que l’atteinte des deux soit faisable, afin d’éviter toute déconvenue. Il n’est pas impératif de trouver toutes les réponses aujourd’hui et mieux vaut prendre un peu de temps pour  laisser mûrir sa réflexion que de se lancer dans l’aventure frugaliste sur un coup de tête.

 Attention toutefois à ne pas repousser sans cesse votre décision, au risque d’aboutir à l’âge légal de la retraite, tout en ayant consenti à des efforts et des sacrifices en matière d’épargne.

Votre route sera d’autant plus facile si vous êtes naturellement frugal (par votre éducation ou par vos habitudes ) et parvenez à épargner sans ressentir de privation.

Quand vous serez décidé, vous aurez un anniversaire de plus à fêter : votre « fuck you day » !  (expression qui serait utilisée par de futurs jeunes retraités suisses)