Prenez du recul avec votre travail et devenez frugaliste !

Voir le travail autrement

La valeur travail aurait-elle fait son temps ? La question n’est pas nouvelle : en 1995, Dominique Méda écrivait Le Travail, une valeur en voie de disparition.

A l’époque, ce livre avait été perçu comme un manifeste contre le travail.

D’autre le considèrent aujourd’hui comme prophétique. Ce sujet demeure très sensible 😬 et la relation au travail demeure ambigüe et ambivalente. Ainsi, le travail est-il à la fois  une source de satisfaction… et de stress (8 personnes sur 10 se sentent bien au travail mais dans le même temps, les deux tiers environ disent travailler sous pression, selon un sondage réalisé en 2017).

Une relation ambivalente au travail

Nous sommes aujourd’hui très attachés au travail. Les Français ont en particulier un niveau d’exigence élévé vis-à-vis du travail. Cela explique peut-être pourquoi la déception est souvent au rendez-vous.

Au point que seuls 5 % des Français seraient engagés dans le travail, selon une étude d’IPSOS réalisée en 2016 et portant sur 12 500 salariés répartis dans 17 pays. La France est en queue de peloton pour la motivation : cela pourrait être lié aux espaces de travail, mal conçus. 54% de travailleurs sont démotivés en France, et seuls 5% sont « engagés ».

Quels enseignements en tirer ? Peut être que :

  • la relation au travail est ambivalente ;
  • il convient de se méfier des sondages, en particulier sur ce sujet délicat …. 🤔
  • si vous comptez parmi la minorité non satisfaite de son travail, envisager la voie du frugalisme ! 🤓

Un attachement profond, parfois perturbé par des dérives et des souffrances

Cet attachement se manifeste principalement en cas d’absence de travail. La situation de chômage est majoritairement très mal vécue. Mais le travail, par son excès ou par ses conditions, peut conduire aussi à des souffrances.

Un attachement viscéral noué par l’éducation

Notre société est centrée sur le travail et cette place prépondérante est considérée comme une évidence. La sociologue Catherine Casey résume ainsi la situation, en 1995 :

«Peu importe que l’on soit dans ou hors de l’emploi, que l’on s’y prépare ou que l’on en cherche, que l’on aime son boulot ou pas, le travail, tel qu’il est organisé aujourd’hui, impacte significativement la vie quotidienne de la plupart des habitants des sociétés industrielles ».

Au point que la première question que l’on pose à un-e inconnu-e est généralement « qu’est-ce que tu fais dans la vie » ? Cette formulation montre que les gens établissent un lien entre identité et emploi. Cette question peut en outre se révéler embarrassante si la personne ne travaille pas ou n’aime pas son travail.

En premier lieu, le travail constitue le principal mécanisme de distribution de revenu, permettant de se nourrir et d’accéder aux biens matériels et aux loisirs commerciaux.

Le travail est également, pour la plupart des gens, le pôle principal de vie sociale, en dehors de la famille.

La « valeur travail » est inculquée par l’éducation, dès le plus jeune âge. Ne dit-on pas le matin en disant au revoir à ses enfants qui entrent à l’école : « travaille bien ! » ?

Dérives et souffrances

Tripalium, instrument de torture à l'origine du mot "travail"
Tripalium, l’origine du mot “travail”…

Le travail peut être source de souffrance. D’ailleurs, l’étymologie du mot vient du latin tripalium, instrument d’immobilisation (et éventuellement de torture) à trois pieux.

Par la Bible également (Ancien Testament, Genèse) :

L’Éternel à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie […]. C’est à la sueur de ton front que tu mangeras ton pain. »

Plus récemment, en 1932, Bertrand Russel, dans Eloge de l’oisiveté (bref ouvrage, il faut bien laisser du temps pour l’oisiveté 😉 ) prônait la réduction de la place du travail :

« Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c’est que le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est la cause de grands maux dans le monde  moderne, et que la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail ».

Les mutations de l’emploi provoquent parfois de la souffrance

Aujourd’hui, le modèle du « plein emploi à plein temps pour tous » semble avoir vécu.

Les mutations des conditions de travail ont conduit au cours des dernières décennies à augmenter le mal-être au travail, comme le montrent plusieurs études.

Cela peut conduire à des situations de souffrance au travail.

Mon job, mon carcan ?

Marie Pezé a créé les premières consultations sur la « souffrance et travail » en 1997 . Puis, elle a publié un journal de ces consultations : Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Journal de la consultation «Souffrance et travail» 1997-2008

Dès 1998, ce sujet est devenu médiatique avec notamment deux livres :

Les Enquêtes relatives à la santé ou au bien être au travail sont parfois contradictoires. Les plus sérieuses d’entre elles témoignent d’une tension élevée au travail (“job strain” en anglais).

Alors, dans ces conditions, prendre un certain recul vis-à-vis du travail, voire le fuir peut se révéler salutaire. Ce n’est pas un signe de faiblesse et peut même être dans certains cas un réflexe de survie. Le frugalisme peut constituer une saine échappatoire, à condition de bien s’y préparer.

Quelles sont les causes du mal-être au travail ?

Citations

Le travail, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du travail ?

Pierre Dac et Francis Blanche

Le travail devrait être une fonction et une joie ; il n’est bien souvent qu’une servitude et une souffrance. Il devrait être le combat de tous les hommes unis contre les choses, contre les fatalités de la nature et les misères de la vie ; il est le combat des hommes entre eux, se disputant les jouissances par la ruse, l’âpreté au gain, l’oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimitée […] et dans cet état d’universel combat, les uns sont esclaves de leur fortune comme les autres sont esclaves de leur pauvreté ! Oui, en haut comme en bas, l’ordre social actuel ne fait que des esclaves […]

Jean Jaurès, “Au Clair de lune”, La Dépêche, 15 octobre 1890