Frugaliste : combien de temps consacrer à ses placements ?

La plupart des français ne s’occupent pas de leur argent et le laissent dormir sur les comptes courant et sur le livret A. Pour devenir frugaliste et atteindre l’indépendance financière, il faudra procéder autrement ! Et consacrer un peu de temps à ses investissements.

Réveil rouge et billets euros
150 € à placer ? Combien de temps y consacrer ?

Gérer l’argent durement gagné mérite un petit effort supplémentaire

Les Français s’intéressent peu à la gestion de leurs finances

Selon la Banque de France, un tiers de l’épargne financière des ménages était  « placée » dans les comptes à vue et les livrets bancaires au 2ème trimestre de 2020. C’est vrai que les « bons placements » ne courent pas les rues en cette période de taux bas. Mais cette proportion élevée témoigne d’un désintérêt des Français pour la gestion de leur patrimoine financier. Il est vrai que l’éducation n’est pas incitative : pas de cours spécifiques à l’école et les questions d’argent constituent souvent des tabous.

« Faute à pas le temps » ? Pourtant les français passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, hameçonné par leurs algorithmes addictifs. Tous âges confondus, les Français se connectent en moyenne 2 heures et 12 minutes par jour. Environ un tiers de l’usage d’internet est consacré aux réseaux sociaux. Face à cela, une approche rationnelle consisterait à ne pas succomber à cette addiction et allouer un peu de temps à l’étude d’investissements, le cas échéant des actions Facebook (AMF : attention, ceci n’est pas un conseil d’achat).

Citation

Celui qui veut réussir ses investissements trouve un moyen, celui qui ne veut rien faire trouve une excuse et va sur Facebook.

Proverbe français adapté

Un effort marginal pour faire fructifier de l’argent durement gagné

grappe de raisin noir
Reste encore un peu de travail …

Pour le vigneron ou la vigneronne, l’essentiel du travail est réalisé lors de la culture des vignes et de la récolte des raisons. Pour autant, il n’est pas raisonnable d’abandonner le breuvage à son sort. Certes, on peut en boire ; avec modération, une petite partie. Mais il faudra surtout s’attacher à bonifier les hectolitres restant.

L’épargnant devra agir de façon similaire. Il devra s’attacher à faire fructifier son épargne, avec rigueur et précision.

Frugaliste, votre motivation sera s’atteindre l’indépendance financière

"Motivation" écrit sur ardoise
Motivation du frugaliste : l’indépendance financière

Consentir à faire des efforts, c’est plus facile lorsque l’on est motivé. Pour le frugaliste, l’objectif sera de d’accéder à la liberté financière. Pour y parvenir, le/la frugaliste ne pourra pas se contenter de ne rien faire, c’est-à-dire :

  • Laisser son argent sur ses comptes courants et livret A ;
  • Considérer sa résidence principale comme le seul investissement d’une vie.

Courbe temps / argent
L’excitation monte avec le temps l’argent

Le frugaliste devra, à mon sens, nécessairement acquérir une culture financière minimale afin d’avoir une vision stratégique de ses investissements. De même, il devra se forger une expérience dès la phase d’épargne. Ainsi, il pourra repérer rapidement les bons investissements et éviter les chausse-trappes.

Comment calibrer le temps alloué à ses investissements ?

Arbitrage nécessaire avec la vie familiale, les loisirs

Balance entre temps et argent
Trouver le bon équilibre …

La gestion de vos finances ne doit pas (trop souvent) prendre le pas sur vos autres activités : vie familiale, loisirs.

Un arbitrage sera nécessaire selon goûts et votre intérêt pour le domaine financier. Le temps passé sera également différent en fonction de votre situation : activité et phase d’épargne ou sans activité rémunérée  et gestion de rente.

Libérer du temps pour gérer son argent

Pour les décisions relatives aux « gros » investissements

Avez-vous remarqué que les gens sont capables de consacrer du temps à comparer les prix avant d’acheter des biens de consommation courante (appareils électroniques  par exemple). Les mêmes sont parfois prêts à investir l’épargne de toute une vie le jour même pour ne pas « louper la bonne affaire ». Sous la pression parfois d’un agent immobilier qui répète à l’envi « si vous ne signez pas avant ce soir, vous risquez de rater ce bien. Vous savez, j’ai encore de nombreuses visites ».

Jeu Monopoly
J’achète tous les hôtels !

Or des vérifications minimales sont indispensables pour les investissements de montants élevés.

Pour un bien immobilier, il faudra par exemple vérifier :

  • L’état des risques et pollutions ;  s’il fait apparaitre des risques significatifs, par exemple en matière d’inondations, il conviendra d’approfondir la question en consultant le plan de prévention du risque d’inondation du département.
  • Le montant des charges de copropriété et le paiement des travaux votés ou susceptibles de l’être ; demander pour cela au propriétaire les procès-verbaux des dernières assemblées générales des copropriétaires.
  • l’évolution prévisible du quartier et les servitudes publiques ou les contraintes d’urbanisme qui s’appliquent au bien ; ces renseignements peuvent être obtenus auprès du service de l’urbanisme de la commune.

Pour un bien mobilier (placement financier), un examen complet est là aussi nécessaire en recherchant des informations :

  • sur le placement et sur l’intermédiaire financier (commencer par chercher dans votre moteur de recherche préféré le nom du placement + arnaque, puis complétez vos investigations, le cas échéant, sur les listes noires et mises en garde de l’AMF ) .
  • dans la presse financière ;
  • sur des investissements présentant des caractéristiques similaires, pour vous assurer que le placement visé soutient la comparaison ;
  • concernant les aspects juridiques et fiscaux du placement ;
  • relatives aux frais qui vous seront appliqués et les modalités de rémunération des gestionnaires ou intermédiaires

En fonction de la complexité du projet, une période d’examen de 2 à 4 semaines s’avère généralement nécessaire.

Par ailleurs, si vous avez déjà acquis votre résidence principale , examinez la possibilité d’emprunter pour investir, afin d’activer le levier du crédit.

Pour la gestion courante

Vous travaillez durement, au moins 35 h par semaine pour obtenir un revenu. Dès lors, il parait rationnel de consacrer un peu de temps à la gestion de cet argent gagné. Partons sur 5 % de votre temps de travail. Cela représenterait soit 1h45 par semaine. Arrondissons à 2h car vous travaillez certainement plus que 35 h par semaine. Vous pourriez- par exemple répartir cette durée sur deux séances : une en semaine et une le week-end.

Encore trop pour vous ? Il existe des solutions pour déléguer votre gestion.

Pour le patrimoine immobilier, vous pouvez confier la gestion de vos biens à une agence immobilière et/ou opter pour des SCPI diversifiées. Quant aux biens mobiliers (actions, obligations, …), les fonds et ETF offrent la possibilité de limiter vos actes de gestions. Pour les ETF, le temps consacré à la gestion peut même être limité à quelques minutes par mois, selon les promoteurs de la méthode lazy investing (investissement paresseux).

Peut-être que vous connaissez une personne de confiance exerçant dans le domaine des finances sur qui vous pourrez compter pour gérer vos biens ou vous conseiller. Attention toutefois  à ne pas se fâcher avec elle pour un différend financier …

Même si vous décidez de déléguer tout ou partie de la gestion de votre patrimoine, il demeure préférable de jouer le rôle de chef d’orchestre et de conserver une vision d’ensemble. Cela suppose d’acquérir et d’entretenir une culture financière et fiscale, ce qui nécessitera un minimum d’investissement en temps. Vous pourrez ainsi valablement discuter avec les gestionnaires.

Investir : le plus tôt sera le mieux

Vous avez intérêt à investir le plus tôt possible : votre argent et aussi un peu de votre temps pour bâtir votre patrimoine sur des fondations solides. Mieux vaut faire travailler votre argent le plus tôt possible que d’avoir à travailler trop longtemps pour un patron… Ces efforts vous permettrons peut-être un jour d’avoir la liberté de travailler moins, ou de dire “au revoir patron” !

"Au revoir" dans toutes les langes
Pour dire ‘au revoir” dans une multinationale

Bientôt tous frugalistes grâce au revenu de base inconditionnel ?

Si vous aspirez à devenir frugaliste, vous attendez certainement avec  impatience l’instauration d’un revenu de base inconditionnel. Faut-il compter sur ce revenu dans son projet frugaliste ou s’agit-il d’un mirage en plein désert des Tartares ?

Couverture du livre "Le Désert des Tartares"
Frugaliste, voyez-vous venir le revenu de base ?

Sommaire

L’idée du revenu de base chemine … lentement

L’idée du revenu de base inconditionnel percole lentement mais sûrement dans le débat public. Elle suscite d’ailleurs généralement de vifs  débat et controverses. Il est toutefois intéressant d’observer que les positions sont transpartisanes. Les soutiens et adversaires sont en effet présents tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Un premier coup de projecteur avait été donné en 2017. C’était lors de la campagne présidentielle française (ce revenu était inscrit dans le programme de Benoît Hamon). Depuis, le sujet est revenu sur (presque) toutes les lèvres lors des confinements liés à la pandémie de Covid-19. Même le pape François a suggéré l’instauration d’un « salaire de base universel » en avril 2020, après avoir dénoncé la dimension « compétitive et individualiste de la civilisation actuelle ».

Discours du pape François, favorable au revenu de base
Revenu de base : ayez la foi ! La Croix

Les premières expérimentations paraissaient lointaines (tant géographiquement qu’en matière de niveau de vie). Elles suscitaient donc des doutes quant à la possibilité de transposer ce dispositif dans nos pays « riches ». Mais voilà que  les terres d’expérimentation se rapprochent de nous : Corse, Grande-Synthe. Comme le montre la carte mondiale des expérimentations (recensées par le  mouvement français pour un revenu de base), nombre d’expérimentations sont désormais menées dans les pays riches.

Le revenu de base, késako ?

Label rouge pour le revenu de base
C’est du bon !

Il convient d’abord de se mettre d’accord sur les mots. En effet, les nombreuses annonces (en particulier durant la période de Covid) se réfèrent à des appellations différentes, ce qui prête parfois à confusion. Revenu universel, revenu décent, s’agit-il du même dispositif ? Pas nécessairement. Par exemple, lorsque le Président français a annoncé en 2018 un « revenu universel d’activité», ce dernier consistait en réalité à une fusion des prestations sociales (RSA, prime d’activité et APL).

Dès lors, comment distinguer les vrais projets de revenu de base. Existe-t-il un « label rouge », comme pour le poulet  ?

Définition du revenu de base

Pas de label semble-t-il à ce jour mais une charte mise au point par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB, créé en 2013 pour fédérer les partisans du revenu de base et obtenir son instauration en France). Le même MFRB a mené un décryptage de toutes les mesures apparentées au « revenu universel » annoncées dans le monde depuis le Covid-19.

De même, le MFRB propose une définition du revenu de base :

 « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. »

Grandes caractéristiques

Selon le MFRB, le revenu de base se doit d’être  :

  • Universel : Tous les membres de la communauté le reçoivent, quels que soient leurs revenus ou leurs situations professionnelles.
  • Inconditionnel : aucune contrepartie n’est requise pour le recevoir.
  • Individuel : il est versé à chaque membre du foyer, sans considération des revenus de ses autres membres.
  • Permanent : les enfants y ont droit aussi. Il pourrait par exemple être versé aux responsables légaux jusqu’à leur majorité
  • Inaliénable : le revenu universel est un droit fondamental pour tous les citoyens. Ses bénéficiaires ne peuvent pas en être dépossédés.
  • Cumulable : il s’additionne avec tout autre revenu (salaire, certaines allocations …).

Ces caractéristiques ont de quoi faire rêver un.e frugaliste. Mais au fait, quel pourrait-être le niveau de ce revenu de base ?

Quels montants et quels coûts pour le revenu de base ?

Les propositions s’étendent de 450 € pour les  partisans libéraux à 1 200 € pour les promoteurs de gauche, plus ambitieux. Les modalités de financement diffèrent selon les projets mais une augmentation significative des impôts seraient dans tous les cas nécessaire. En France, le coût d’un revenu de base de 1 000 euros par adulte et de 500 euros en-dessous de 18 ans est estimé à 720 milliards d’euros par an, selon le magazine Alternatives économiques.

Quels bénéfices, pourquoi l’instaurer ?

Les promoteurs de renom du revenu de base (dans ses différentes variantes) sont nombreux comme le recense Libération dans Tout non-travail mérite salaire : Martin Luther King, André Gorz ou encore les Prix Nobel d’économie Milton Friedman, James Tobin, Paul Samuelson ou Amartya Sen.

Selon ses supporteurs, le revenu de base offre les avantages suivants.

Moyen efficace de lutte contre la pauvreté

Le revenu de bas permettrait de réduire la pauvreté. En effet, il constituerait une solution au problème actuel du non recours aux aides sociales par des ayants-droits. Ce phénomène s’explique par le fait que certaines personnes ne sont dans aucun fichier ou renoncent à demander une aide. Ainsi, le revenu de base offrirait-il un filet de sécurité à mailles plus resserrées que les dispositifs de protection sociale actuels. D’ailleurs, son universalité et son automaticité auraient grandement facilité les choses durant les périodes de confinement (en particulier en continuant à protéger celles et ceux qui tirent une partie de leur revenu du travail non déclaré).

De plus, ce dispositif contribuerait à la stabilité sociale et politique. Ainsi, pour Guy Standing, qui l’érige en « nouveau droit fondamental », le revenu de base est une piste évidente pour résoudre le problème du « précariat ». Il juge que l’émergence de cette nouvelle classe de « résidents précaires » est dangereuse pour l’équilibre social, économique et politique.

En outre, Guillaume Allègre de l’OFCE relève que  les instruments de lutte contre la pauvreté (RSA notamment) sont « familiarisés ». Un système individualisé offrirait plus de liberté et de sécurité aux individus, dans un contexte où la famille n’est plus stable.

Sur la plan économique, le revenu de base serait une bonne solution pour maintenir la demande agrégée, notamment en cas de crise (comme les périodes de confinements). En effet, il soutiendrait la consommation des ménages les plus pauvres.

Donner de la visibilité et de la confiance

Ce revenu pourrait alléger les angoisses paralysantes des fins de mois. Il permettrait d’engager des recherches d’emplois et de formations. De mener des projets et de prendre plus de risques.

Varier ses activités et revaloriser certains emplois

Le revenu de base aurait pour effet de déconnecter – au moins en partie – les moyens de subsistance du travail. Ce qui n’empêcherait pas ses bénéficiaires – c’est à dire a priori tout le monde – d’exercer une grande variété d’activités, choisies en fonction des aspirations de chacun. Selon certains, les individus seraient plus épanouis, et plus performants dans ces tâches et par conséquent plus productifs.  Une partie seulement de ces activités seraient rémunérées, mais elles seraient globalement utiles à la société, ne serait-ce que pour maintenir du lien social (activités associatives par exemple).

Les boulots pénibles mais à forte valeur sociale (personnel de nettoyage dans un hôpital par exemple), seraient mécaniquement revalorisés par une amélioration des conditions de travail et de la rémunération. Car sans ces améliorations, il n’y aurait plus personne pour les exercer …

Ainsi, la corrélation inverse entre valeur sociale du travail et niveau de rémunération, observée par David Graeber dans son livre bullshits jobs, serait légèrement corrigée pour les bas salaires.

Quelles sont les principales critiques et difficultés ?

Qui va faire le sale boulot ?

La question est pertinente. Car si l’on augmente les salaires dans certaines branches, acceptera-t-on l’augmentation des factures pour leurs services ? Par exemple, dans le secteur du nettoyage, l’Etat et les collectivités territoriales seront-ils disposés à payer plus pour le nettoyage de leurs bureaux ? On peut rétorquer à cela qu’une grande partie des services gérant le système actuel de protection sociale pourront libérer leurs locaux avec l’instauration du revenu de base. Autre exemple : le modèle de la grande distribution (déjà challengé par ailleurs) pourrait être remis en cause s’il fallait revaloriser les salaires des « employés de rayons» (plutôt maigres, même en positivant).

Tout le monde va arrêter de travailleur pour aller surfer à Malibu

Le revenu de base va produire une masse d’oisifs qui va vivre du travail des autres. C’est l’une des principales objections soulevées à l’évocation du revenu de base. Pourtant, ce n’est pas ce que démontrent les conclusions des premières expérimentations. De même, une étude faite dans le cadre de la votation suisse  montre que 2% des individus déclarent qu’ils cesseraient de travailler s’ils avaient un revenu universel.

Cependant, pour John Rawls, philosophe libéral américain, “ceux qui surfent toute la journée au large de Malibu doivent trouver un moyen de vivre par eux-mêmes et n’ont pas droit à des fonds publics”.

C’est pourquoi Antony Atkinson, économiste britannique, spécialiste de l’étude des inégalités, a proposé un “revenu de participation”. C’est-à-dire qu’il conditionne l’obtention de ce revenu à une participation minimale à la vie de la société. Il définit toutefois cette “participation” de façon assez large : avoir un emploi, être en éducation, en formation ou en recherche d’emploi active, garder des enfants ou s’occuper de parents, faire du bénévolat dans une association reconnue. Seules seraient exclues les personnes qui consacrent leur vie à leurs loisirs.

Selon Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d’économie 2019, “l’une des plus répandues est qu’aider les gens les rendrait paresseux et les encouragerait à profiter du système. Tous les dispositifs d’aide aux plus pauvres, que ce soit dans les pays riches ou dans les pays en développement, sont construits sur cette croyance et possèdent de ce fait une dimension punitive. Or nos expériences montrent que c’est le contraire qui est vrai : plus on aide les gens, plus ils sont capables de repartir d’eux-mêmes, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle ils étaient enfermés”.

Tout travail mérite salaire

Nous sommes nombreux à percevoir l’emploi salarié comme la pierre angulaire de l’intégration et de la protection sociale. Le revenu de base viendrait saper cet édifice en dévaluant la sacro-sainte « valeur travail ». Pour les avocats du revenu de base, il serait temps d’admettre que l’emploi salarié devient une denrée rare. Selon eux, le revenu de base aurait également l’avantage de briser la dichotomie entre ceux qui ont accès à un emploi et ceux qui en sont exclus.

Travailleur allongé dans une usine
Tout non-travail mérite salaire (Libération). Extrait des séries du photographe Alain Bernardini, «Les Allongés», dans l’imprimerie Yvert à Amiens. Photo Alain Bernardini.

De toute façon, c’est beaucoup trop coûteux, donc non finançable

C’est vrai que les choses se compliquent dès qu’il s’agit de trouver les moyens de le financer. Pour les uns, il suffirait de mettre en place une vraie taxe sur les transactions financières et de supprimer les paradis fiscaux. D’autres le conçoivent comme une allocation dont l’élargissement serait financé par les économies permises par la suppression des services sociaux gestionnaires du millefeuille d’aides actuel.

Enfin, la plupart des études concluent que la principale source de financement serait l’impôt sur le revenu, en augmentant sa progressivité. Le dispositif pourrait être complété, le cas échant, par un impôt sur le patrimoine.

Mieux vaut cibler les pauvres

Dans les pays pauvres, Esther Duflo préconise la création “d’un revenu universel « ultra basique » qui permette d’assurer à toute personne un seuil de revenus au-dessous duquel il ne pourra pas tomber, permettant de se nourrir, de se loger. Et cela sans contrepartie.”

Pour les pays riches, des économistes comme Philippe Martin, estiment que ce système unique, remplaçant l’ensemble des dispositifs fiscaux et sociaux existants, risquerait de faire des perdants. Il préconiqe de mieux cibler les aides sociales.

C’est le retour de l’inflation

Pour certains, le revenu de base accroitrait la demande et le pouvoir d’achat. Alors que dans le même temps l’offre diminuerait (la production baisserait puisque une part grandissante de la population demeurerait oisive). Ce double effet conduirait à une hausse de l’inflation.

Pour d’autres, l’inflation serait la bienvenue pour alléger le fardeau de la dette publique.

Enfin, selon les analyses du MFRB, si le dispositif est financé par redistribution  (par l’impôt), il n’augmenterait pas la masse monétaire et n’aurait donc pas d’effet notable sur l’inflation. Cette relation entre inflation et création monétaire, promue par l’économiste libéral Milton Friedman dans les années 1970, doit toutefois être relativisée. Car elle a été contredite par les fait depuis 2008 : l’inflation a chuté malgré une forte augmentation de la masse monétaire.

Frugalistes, œuvrez pour le revenu de base !

Convaincu par les principes du revenu de base ? Devenez militant !

Les bienfaits du revenu de base vous ont convaincus ? Vous estimez que le solde est globalement positif ? Dans ce cas, pourquoi ne pas participer à faire avancer ce projet ? Par exemple en adhérent à une association, comme le Mouvement français pour le revenu de base ?

Pour vous faire entendre, vous pouvez également signer l’initiative citoyenne européenne 2020/2021 pour un revenu de base,  avant le 25 septembre 2021.

Sans attendre, créez votre propre revenu de base

Vous adhérez aux principes du revenu de base. En particulier vous souhaitez mettre en œuvre le plus rapidement possible ses bons côtés : décider de la vie que vous souhaitez mener, changer votre relation au travail. Et, si vous êtes prêts à vivre simplement, travailler différemment ou ne plus travailler du tout.

Alors, ne misez pas tout sur l’attente d’une hypothétique mise en œuvre… Constituez votre propre revenu de base en préparant votre indépendance financière !

Approfondir le sujet du revenu de base

Livres

Le revenu de base inconditionnel. Une proposition radicale

Couverture du livre Le revenu de base inconditionnel
Véritable recueil sur le revenu de base

Philippe VAN PARIJS, Yannick VANDERBORGHT

La bible sur le sujet. Un plaidoyer de 584 pages dans lequel les auteurs analysent à la fois les arguments favorables et les objections à l’instauration du revenu de base inconditionnel.

Interviews de Philippe VAN PARIJS en 2019, dans Libération

Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation

Couverture du livre Libérons-bous !

Abdennour Bidar

Comment se libérer de ces esclavages absurdes ? Par l’instauration d’un revenu universel ! Pour nous consacrer enfin « à nos vrais problèmes, ceux de la vie et des relations entre les hommes, ceux des créations de l’esprit » et aux moyens de « mener une vie judicieuse, agréable et bonne ».

Film

Un revenu pour la vie

Film documentaire de Michaël le Sauce

Le revenu de base inconditionnel vise à découpler une partie du revenu du travail pour le coupler à la vie ! Pour que chaque être humain, dignement, puisse apporter sa contribution à la société. Il y a du travail pour changer de civilisation !

Comment bien diversifier ses placements de frugaliste ?

Pour devenir frugaliste, vous devrez atteindre l’indépendance financière. Elle-même repose à la fois sur la maîtrise des dépenses et une bonne gestion des placements financiers. Pour cela, il parait nécessaire d’appliquer une règle d’or de l’épargne : la diversification.

oeufs dorés
Règle d’or : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Wes Thompson/Corbis / Photononstop

Sommaire de l’article

Une règle connue mais pas toujours appliquée

panier et oeufs renversés
J’aurai dû y penser avant !

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré cet adage largement connu, certains investisseurs, qui s’occupent directement de leur placements ne mettent pas pleinement en œuvre cette règle de diversification. C’est le cas de « passionnés de l’immobilier », qui multiplient les acquisitions dans leur quartier. En concentrant leurs investissements, ils concentrent également le risque. Ou même de « grands investisseurs » comme Warren Buffet qui s’est montré partisan de « mettre tous ses œufs dans le même panier mais de surveiller le panier de très près ».

En outre, des études de finance comportementale montrent que les épargnants pratiquent rarement une diversification efficace pour leurs placements.

Pourquoi diversifier ?

La diversification est un moyen, pas une fin

Tout d’abord, précisions que la diversification des actifs ne constitue pas une fin en soi. En tant que frugaliste, on ne va pas investir pour avoir un beau portefeuille, bien diversifié. On va plutôt investir pour atteindre ses objectifs de frugaliste (retraite anticipée notamment), au moyen de la diversification.

Diversifier pour réduire les risque sans réduire l’espérance de gain

Dans un monde imprévisible, même les meilleurs experts, économistes ou financiers, se trompent. Toutefois pas systématiquement, et prendre des décisions inverses aux leurs, n’est pas toujours une garantie de succès …. Il faut alors admettre l’hypothèse que l’avenir est imprévisible, en particulier en matière de placements financiers. Dès lors, la seule façon de réduire le risque lié à l’incertitude quant à l’avenir est de combiner plusieurs placements.

Selon la Théorie Moderne du Portefeuille, la diversification permet de diminuer le risque sans altérer la rentabilité espérée. Le niveau de risque peut se mesurer mathématiquement. Ces calculs montrent que un plus un n’est pas égal à deux : le risque présenté par la combinaison de deux actifs peu corrélés est inférieur à la somme des deux risques et, bien souvent, au risque de chacun des actifs considérés isolément.

Pour illustrer cela, Jean-François de Laulanié, dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » compare, sur la période 1995-2015 un portefeuille composé à 100 % d’obligations françaises avec des portefeuilles comportant des « zestes » d’actions (de 5 à 20 %) pour 80 à 95 % d’obligations. Ces derniers portefeuilles se caractérisent par des volatilités annuelles moindres (indicateur représentatif du risque). En effet, quant une classe d’actif sous-performait, l’autre pouvait connaitre meilleure fortune et réciproquement. A noter également que ces portefeuilles, bien que présentant des risque amoindris, offraient des performances moyennes annuelles supérieures.

Diversifier pour optimiser la disponibilité des capitaux

Le frugaliste compte sur ses placements pour assurer durablement son mode de vie. Dès lors, les liquidités doivent être disponibles en cas de besoin. La diversification doit justement permettre d’augmenter la disponibilité de ses capitaux, indépendamment des cycles économiques ou des accidents de parcours de tel actif considéré isolément.

Voir à ce sujet la méthode de l’investissement par poche.

L’horizon de temps constitue un paramètre fondamental. Plus vous avez le temps, plus vous pourrez vous permettre d’investir dans des actifs dont la valeur fluctuent (plus volatils) et donc plus risqués mais a priori plus rémunérateurs dans la durée.

Si vous êtes dans votre phase d’épargne,  vous devrez fixer une échéance. Par exemple votre année de départ à la retraite anticipée.

Si vous êtes déjà frugaliste et rentier, alors vous devrez estimer précisément vos dépenses pour bien anticiper vos besoins et ne pas être obligé de casser prématurément les œufs qui sont dans votre panier de placements. Pour éviter cela, vous aurez avantage à investir par poche.

Comment diversifier ses placements ?

Panacher plusieurs types d’actifs et de supports

Une diversification efficace nécessite de panacher les classes  d’actifs : actions, obligations, immobilier, placements monétaires.

Il est également fortement conseillé de varier les « produits supports » à ces actifs : comptes titres, assurance vie. Vous diminuerez ainsi les risques de contrepartie (défaut d’un établissement bancaire par exemple) et les incidences des changements de fiscalité (dont la probabilité de survenue est  loin d’être négligeable en France).

Par exemple,  vérifiez que vos assurances vies ne sont pas souscrites auprès du même assureur ; et veillez à ne pas (trop) dépasser les plafonds du fonds de garantie des dépôts pour les banques et assureurs.

En outre ne négligez pas l’épargne réglementée. Elle n’est pas toujours bien considérée car perçue comme peu rémunératrice (surtout par certains organismes financiers). Or, elle constitue une source de diversification et de stabilisation de votre patrimoine. Elle peut même offrir  une « assurance ».

Livrets d'épargne reglementée
Capitaine Epargne,  Kotoyamagami – Fotolia

Par exemple, les  vieux plans d’épargne logement (PEL) présentant des taux de 2,5 % voire 3,5 % constituent filet de sécurité en cette période de taux bas. A conserver précieusement donc (même si votre établissement vous incite à le clôturer).

Enfin, en bon frugaliste, il convient d’être particulièrement attentif aux frais prélevés sur vos placements (notamment de gestion pour l’assurance vie, qui pénalisent le rendement sur le long terme).

Gestion directe, déléguée, ETF, fonds ?

Vous n’avez pas de temps à consacrer à vos placements ?

horloge et pièces de monnaie
Frugaliste, consacre du temps à ton argent. pixabay.com

C’est plutôt embêtant car en tant que frugaliste, vous avez intérêt à développer une culture financière pour gérer vous-même vos placements. Même si vous êtes absorbé par votre travail (en phase d’épargne) ou vos activités choisies (en phase de rente), vous avez intérêt à consacrer un peu de temps (au moins une heure par semaine) à la gestion de vos actifs financiers.

Pour limiter les temps passé, vous pourrez avoir recours aux « placements collectifs » comme les SCPI dans l’immobilier ou les ETF et fonds pour les valeurs mobilières (actions, obligations).

Vous disposez de temps et souhaitez gérer directement vos placements ?

Dans ce cas, vous pouvez gérer un portefeuille d’actions, d’obligation et /ou un parc immobilier en direct.

Vous pouvez également panacher ces méthodes ?

Vous pouvez également opter pour un panachage de ces différentes méthodes de gestion. Par exemple, pour les actions, détenir des ETF qui suivent les indices, des fonds choisis pour leurs performances dans la durée et gérer vous-même une dizaine de lignes d’actions pour lesquelles vous avez des convictions fortes.

Quelques principes et dimensions de la diversification

Le risque se réduit rapidement en augmentant le nombre de ses actifs

Par exemple, le risque diminue rapidement avec le nombre de titres détenus dans un portefeuille.

Ainsi, avec 10 titres, vous atteignez 85 % du potentiel d’élimination du risque grâce à la diversification. Avec 20 titres, vous parvenez à 98 % du potentiel de réduction de risque.

Diversification géographique

Y a pas que le CAC 40 sur terre. Pixabay

Il est préférable de ne pas se contenter d’investir uniquement dans votre pays ou région. Cela constitue un biais de familiarité qui peut se révéler préjudiciable si ce secteur géographique est confronté à un revers économique. Pour autant, cette diversification n’est pas une garantie car la globalisation financière (comprenant la libre circulation des capitaux) entraine des mouvements conjoints des actifs financiers à travers le monde. C’est ce que Patrick Artus nomme le « cycle financier mondial » dans son ouvrage Discipliner la finance.

Diversification sectorielle

Autre erreur d’investissement à éviter: se limiter à un secteur, même si vous le connaissez bien. Par exemple lié à votre activité professionnelle ou à vos centres d’intérêt. A ce titre, l’épargne salariale doit être utilisée avec précaution, comme l’indique Mickaël Mangot.

De même, il ne faut jamais investir trop largement dans les actions d’une seule entreprise (même si vous êtes confiant et que vous la connaissez bien puisque vous y travaillez). De plus, si vous travaillez dans cette entreprise, vous augmentez votre  risque car vous liez emploi et placement.

Attention, ce principe doit s’appliquer même pour une société réputée sure.

Ainsi, Général Electric, comptait parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales. Ce conglomérat diversifié (énergie, aéronautique, santé, …) était le symbole de la « World Company ». Pourtant, son cours de bourse a été divisé par plus de 3 depuis 2016 et ne s’est pas rétabli à la date de publication de cet article. De même, Airbus a été longtemps considérée comme une valeur inoxydable, portée par la croissance de l’aéronautique.

Avant février 2020, qui pensait qu’Airbus ne monterait pas jusqu’au ciel ?

Diversification par taille

Pour un parc immobilier, varier les surfaces présentera un intérêt car la demande varie entre studios et 4 pièces. De même, pour les actions, les cours des petites et grandes valeurs connaissent des phases de décorrélation.

Diversification par type de gestion

De nombreux investisseurs distinguent ces dernières années la gestion growth (sélection de « valeurs de croissance ») du style value (sélection d’actifs décotés).D’autres ont trouvé un compromis sous la forme de la gestion growth at reasonable price (GARP), soit la sélection de valeurs de « croissance à prix raisonnable ».

Erreurs à ne pas commettre et limites de la diversification

Si le risque diminue avec le nombre d’actifs, pourquoi ne pas en détenir une infinité ? Multiplier les actifs se heurte à plusieurs limites.

Eviter le saupoudrage et la dispersion

Tout d’abord, la multiplication des actifs va se heurter à des limites. En particulier, dans le secteur immobilier, même si vous achetez des studios ou des parkings, vous serez limités par votre capacité d’investissement.

Les frais de transaction seront également un facteur limitant à prendre en, compte. C’est les cas dans l’immobilier avec les « frais de notaire » mais également pour la gestion de portefeuille : la gestion des « petites lignes » s’accompagnent généralement de frais de gestion proportionnellement plus élevés, en raison de la structure tarifaire des courtiers. Pour éviter cela, Gérald Autier propose une règle dans son ouvrage Savoir investir.

Elle consiste à diversifier chaque classe d’actifs de cinq manières différentes selon les dimensions de la diversification. La classe d’actifs immobiliers peut être diversifiée par exemple selon le type de biens, le lieu géographique, la taille du bien, la sous-classe d’actifs, le type de détention. Nous aurions ainsi l’objectif de diversification suivant :

  • Bien 1 : appartement Paris, 150 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 2 ; studio Espagne, 30 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 3 : Local commercial. Province, 70 m² immobilier commercial, détenu en société civile immobilière.
  • Bien 4 : Parts de fonds immobilier, New York, au prorata de la détention, immobilier entreprise et résidentiel, détenu sous forme de part.

Attention aux corrélations

Vous construisez votre portefeuille en prenant soin de diversifier les secteurs d’activités. Une précaution est toutefois nécessaire : s’assurer de l’absence de corrélation positive entre vos actifs.

Vous pourrez même être tenté de  rechercher des corrélations négatives. Par exemple une compagnie pétrolière et une compagnie aérienne.

nageuses synchronisées
Source : cours de Finance (M1) – Ecole de Management Sorbone

Toutefois, les corrélations entre actifs ne se révèlent pas stables dans le temps.

Il existe en effet des cycles de corrélations positives ou négatives. Ainsi, J.F. de Laulanié fait apparaitre dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » des : corrélations presque toujours positives entre obligations et actions françaises depuis 1900 alors qu’une corrélation négative est observée entre 2000 et 2015.

Changer trop souvent de stratégie

Se montrer trop versatile compte parmi les erreurs à éviter. En effet, changer sa stratégie de gestion conduit à augmenter les frais de gestion de ses actifs. En effet, la reconfiguration de vos actifs entrainera des frais de transaction.

Conclusion : frugaliste, veille à la diversification

La diversification s’avère nécessaire pour limiter les risques de ces placements et augmenter vos chances de disposer de vos capitaux lorsque vous en aurez besoin en tant que frugaliste. Pour autant, le principe de diversification et les méthodes associées ne sont pas suffisants pour garantir le succès de vos placements. De plus une diversification efficace n’est pas acquise dans la durée et peut se révéler plus compliquée à réaliser durant certaines périodes.

Démotivé(e) par mon travail, suis-je atteint(e) d’un brown-out ?

Il n’y a pas que le burn-out et le bore-out dans la vie. Il y au aussi le brown-out ! Le brown-out, c’est l’épuisement au travail, non par le stress et les cadences infernales (burn-ou), ni par la vacuité des missions (bore-ou) mais en raison de l’absence de sens.

Test en 3 questions

Pour mieux le comprendre et surtout repérer sa survenue, voici un petit questionnaire issu du livre du Dr François Baumann, Le Brown-out.

  • Le travail que vous effectuez actuellement vous motive-t-il ?
  • Comprenez-vous la finalité de vos activités et leur intérêt ?
  • Pensez-vous être en cohérence avec la politique de votre entreprise/organisation ?

Si les réponses sont négatives, vous êtes sans doute démotivés par votre travail. Une vaste enquête menée en 2016 avait montré que c’était le cas de 54 % des Français.

Devenir frugaliste pour prévenir et guérir le brown-out

Alors que faire ? Vous pouvez partir à la quête de sens. Devenir frugaliste peut également s’avérer salutaire à la fois pour prévenir et guérir le brown-out.

Comment éviter les 3 “B-out” (Burn-out, Bore-out, Brown-out )? Devenez frugaliste !

Les Français ont décidément une relation ambivalente avec le travail. S’ils aiment en majorité leur travail, ils font également part de souffrances récurrentes en répondant aux enquêtes. Ces souffrances se nomment souvent burn-out, bore-out ou autre brown –out. Devenir frugaliste est une façon de prévenir ces maux et d’aider à guérir des 3 « B-out ».

Burn, bore, brown, souffrez-vous  d’un « B-out »?

Burn-out : la “consumation” par excès d’investissement

Lutte contre les 3 "B-out" : burn, bore et brown

Le burn-out, cette « carbonisation » par excès d’investissement dans le travail est désormais bien connu. Il est considéré comme l’une des formes les plus graves de la « souffrance au travail ». Pour autant, il n’est pas formellement reconnu comme une maladie mais qualifié de « syndrome d’épuisement professionnel”.

Comment repérer ce syndrome ?

Le travail a pris le pas sur votre vie : votre messagerie crépite et vous répondez à vos mails en pleine nuit. Pourtant, vous avez l’impression de n’avoir jamais le temps de faire correctement votre travail. Bref, vous êtes en surchauffe. La rupture peut alors être brutale : un matin, ça casse, vous ne pouvez plus bouger. Ou, au contraire, ce syndrome s’installe plus progressivement. Et conduit de façon insidieuse à un épuisement physique et émotionnel, un cynisme vis-à-vis du travail ou une dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence). Tels sont les critères de repérage de ce syndrome d’épuisement professionnel ou burnout.

Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017
Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017

Bore-out : le tourbillon de vacuité

Si, en revanche, votre responsable hiérarchique ne vous donne rien à faire, vous risquez le bore-out. Cela peut sembler paradoxal en première approche mais 82 % des Français rejettent l’idée qu’ « un emploi où je serai payé à ne rien faire, ce serait le rêve ».

Si en plus, vous êtes l’objet d’une mise au placard, cela ne vas pas renforcer votre narcissisme !

Employé dormant à son poste de travail. Bore-out ou brown-out ?
Bore-out ou brown-out ?

Brown-out : la perte de sens

Après la consumation par l’hyperactivité, la négation de l’individu par la vacuité de son activité, voici le dernier né de la trilogie : le brown-out.

Cette « baisse de courant » psychique fait suite au ressenti de perte de sens, voire d’absurdité, des tâches à accomplir. Les causes du manque de sens au travail sont multiples : rentabilité comme seul objectif, démultiplication du reporting, …

Maladie de riches ?

Il est vrai que ceux qui se plaignent de ce syndrome pourraient agacer ceux qui souffrent de n’avoir aucun emploi. Mais c’est oublier que le sentiment d’être inutile et d’accomplir des tâches dont on ne comprend pas l’intérêt provoque une érosion de l’estime de soi. Cette pente savonneuse peut conduire à la dépression. Si en plus, vous exercez un bullshit job ou « job à la con » au sens de l’anthropologue David Graeber, vous êtes un sujet à risque !

Pour repérer les symptômes, savoir comment réagir et trouver des solutions, vous pouvez vous référer au livre Le Brown-out. Quand le travail n’a plus aucun sens du Dr François Baumann.

Testez-vous : présentez-vous des risques de brown-out ?

Causes des « B-out »

Les causes profondes de ces situations pathogènes sont certainement à rechercher au-delà de la seule sphère professionnelle, dans notre société. L’absurdité de nombreuses situations ont d’ailleurs été décrite au siècle dernier par Camus ou Kafka.

Pour autant, des moyens d’actions existent en matière d’organisation du travail. Sauf cas particulier (« déplacement » d’une personne), les solutions sont donc la plupart du temps collectives. Or, avez-vous remarqué que la première réaction est de ramener le problème à l’individu en difficulté ? En commençant à chercher ses fragilités potentielles, ce qui a souvent pour effet de le culpabiliser et de l’enfoncer un peu plus ?

Qui est touché ?

Les plus exposés à ces syndromes sont probablement ceux qui placent le plus haut la « valeur travail ». Plus dure sera la chute en cas de désillusion ! En premier lieu, celles et ceux pour qui le travail constitue l’un des buts principaux dans la vie.

Trouver des issues et des solutions

Mieux vaut prévenir que guérir !

Faire appel aux dieux de la médecine ?

Les Grecs et les Romains l’avaient déjà compris. Le dieu de la médecine, Esculape pour les Romains, avait deux filles : Hygie , déesse de la prévention et de l’hygiène de vie et Panacée, qui intervient quand le mal est fait. Mais Panacée de peux pas se passer d’Hygie et la conception de remède miracle, offert par la Panacée, est parfois illusoire.

Privilégier l’approche collective

Les mesures de prévention collectives sont bien sûr à rechercher et à mettre en place en priorité. Mais que faire si elles n’arrivent pas ? Ou trop tardivement, une fois que vous aurez fait le tour des 3 « B-out » …) ?

Mesures individuelles

Pour parer cette éventualité, une approche préventive individuelle s’avère prudente. Alors, optez pour une bonne hygiène de vie : décentrez le boulot  de votre vie et désacralisez le travail. Cultivez une ou plusieurs activités par ailleurs, qui un jour pourront constituer des voies de reconversion !

Livre, Ariane Dubois, Ne t'inquiète pas, tout va bien, 2020

Cette diversification contribuera à votre équilibre et sera d’ailleurs, la plupart du temps, bénéfique pour votre efficacité au travail. De plus, si vous rencontrez une difficulté au travail, il vous sera plus facile de prendre du recul et de relativiser. Car vous pourrez switcher (au moins temporairement) sur vos hobbies.

Guérir

Malheureusement, une action curative se révèlera parfois nécessaire. En cas de brown-out, vous pourrez vous attacher à retrouver du sens au travail (la méthode Coué, vous connaissez).

Dans les cas graves, vous vous verrez certainement proposé une réponse médicamenteuse. Et ce même si l’origine du problème est organisationnelle ou provoquée par le comportement inapproprié d’un tiers) et/ou une aide psychologique. Par la suite, vous vous orienterez peut-être vers une approche transcendantale. Avez-vous remarqué le succès du yoga, de la méditation de pleine conscience et du développement personnel (livres, coachs …). Ou vous chercherez refuge dans la philosophie, comme Ariane Dubois le raconte dans son livre Ne t’inquiète pas, tout va bien ?

Le remède du frugalisme

Comme alternative ou complément à toutes ces méthodes, pensez à devenir frugaliste ! Car le frugalisme vous aidera à lutter contre l’épidémie des 3 « B-out ». A la fois pour prévenir ces fléaux et en guérir.

En prévention, devenez frugaliste !

Logo pharmacie et frugalisme
Le frugalisme, disponible en pharmacie ?

En effet, pour ce qui est de la prévention, dès lors que vous vous êtes fixé l’objectif de devenir frugaliste, vous prenez nécessairement du recul par rapport à votre travail. Puisque l’une des finalités du frugaliste sera justement de travailler moins et même, pour certains, de ne plus exercer du tout d’emploi rémunéré. De plus, vous réduirez votre temps d’exposition aux risques puisque votre objectif de frugaliste sera une retraite (très) anticipée.

Le frugalisme, également pour le volet curatif

Sur le volet curatif, lorsque vous aurez atteint votre objectif d’indépendance financière grâce à votre démarche frugaliste, vous aurez fortifié vos défenses immunitaires contre les virus des 3 B-out. En tant que frugaliste, vous aurez en effet l’esprit plus libre et aurez la possibilité de lâcher un boulot qui vous mine ou de réduire la voilure en exerçant votre emploi à temps partiel. La possibilité d’exercer votre faculté à dire « au revoir patron » à tout moment devrait changer vos rapports avec votre hiérarchie et vos collègues ! Et même si vous n’exercez pas cette option, vous jouirez d’une plus grande liberté d’esprit. Vous pourrez alors mieux sélectionner vos futurs jobs et en particulier d’éviter les « jobs à la con ».

Le frugalisme : votre joker

En conclusion, pour prévenir les situations de souffrance au travail et en particulier les “3 B-out”, prévoyez des plans B, C, …Cultivez avec persévérance des activités qui vous plaisent. Changer votre orientation, modifier vos choix de vie ou choix professionnels, cela doit toujours être réalisable. Le frugalisme pourra vous y aider et constituera votre joker. Et, comme toute action de prévention, plus elle est mise en place tôt, plus elle est efficace !

Sortir de sa zone de confort pour devenir frugaliste

Sortir de sa zone de confort : un paradoxe ?

Qui n’a pas entendu parler de l’expression « zone de confort » et de l’injonction récurrente qui l’accompagne :  « en sortir ».  C’est la version moderne de « il ne faut pas se reposer sur ses lauriers » et on l’entend à longueur de journée dans les champs du management du développement personnel et parfois même de la philosophie.

Dans cette expression devenue  cliché, on peut déceler un peu de perfidie comme dans d’ailleurs dans d’autres expressions comme « le travail c’est la santé » ou encore « il faut souffrir pour être belle ».

Femme plongeant dans la mer depuis une falaise sous un coucher de soleil
Ça y est : elle est sortie de sa zone de confort !

Quelles idées ont derrière la tête ceux qui vous assènent cette injonction dans votre entourage professionnel, amical ou familial ? Si vous êtes à l’aise dans cet état, et que vous excellez dans votre domaine de compétence. Vouloir en sortir semble paradoxal. Dans le domaine du travail, la tendance a été à la division des tâches et à la spécialisation et aujourd’hui, on vous demande de sortir de votre zone de confort pour être plus polyvalent ? Encore des injonctions contradictoires !

Cette sortie implique un inconfort plus ou moins long. Alors, le jeu doit en valoir la chandelle. Alors, autant prendre ces risques pour un projet auquel vous adhérez, comme celui de devenir frugaliste.

Connaitre sa zone de confort

De quoi est faite ma zone de confort ?

Votre zone de confort est constitué de l’univers (familial, professionnel, amical) dans lequel vous vives en ce moment.

Chaise longue ergonomique
Ma zone de confort

C’est aussi ce que vous aimez faire, en particulier ce que vous faites durant vos loisirs, pour vous détendre. Elle correspond donc à vos aspirations.

L’appréciation du confort de votre état actuel peut diverger entre votre vision et celle du regard extérieur qui vous exprime l’injonction.

Vous êtes poussés vers la sortie de votre zone de confort

Pourquoi en sortir ?

La plupart des gens aspirent au confort et la société de consommation répond à cette attente. Alors pourquoi vouloir vous extirper de ce qui vous rassure et vous sécurise ? En première approche, cela parait paradoxal et même absurde.

Poisson rouge expulsé d'un verre d'eau
On vous pousse vers la sortie ?

L’idée sous-jacente est qu’y rester, c’est stagner, s’engluer et en sortir, c’est aller de l’avant  et progresser.

Selon certains théoriciens du management comme Alasdair White considèrent qu’une dose de stress est nécessaire pour maintenir un bon niveau de performances.

Comment en sortir ?

Vous êtes peut-être, dans un premier temps au moins, réceptifs à ces injonctions, avec la volonté de progresser. Mais en sortir se révèle plus compliqué que prévu. Tout d’abord, il s’agirait de repérer les contours de votre zone de confort avant de chercher à s’en extraire.

Famille d'oiseaux nichés dans une falaise
Sortir du nid, c’est risqué …

Mais pour que cette sortie soit validée, il convient de prendre des risques, tel le soldat qui sort à découvert sous le feu ennemi. En effet, pour qu’il se passe vraiment quelque chose, il faut que la sortie soit vraiment inconfortable. Avec quand même la perspective que cette action va déboucher sur quelque chose de bien (le soldat aura sa médaille …).

Cela vaut-il la peine d’en sortir ?

Le mieux, ennemi du bien ?

Tout d’abord, votre situation actuelle est-elle vraiment confortable ? Dans l’affirmative, il est prudent de soupeser les risques.

Escargot dans sa coquille
Je ne veux pas en sortir !

Devez-vous sacrifier un bien-être réel au profit d’un mieux-être potentiel ? Et pourquoi vouloir le mieux s’il doit passer par un mal-être (supposé transitoire).

Dans votre expérience, avez-vous vécu beaucoup de moments d’inconfort que vous auriez envie de revivre en vous disant que vraiment, ça valait le coup d’en baver ?

Le mieux en vaut-il vraiment la peine ?

Le courage d’y rester

Finalement, le plus courageux est peut-être dans certaines situations de rester dans sa zone de confort. Il faudra dans certains cas la défendre contre vents et marées et cela nécessitera pas mal d’efforts. Mais peut-être qu’un jour les experts du management nous exhorteront à y rester …

Tenter une sortie vers le frugalisme ?

Quitte à prendre le risque d’un malaise plus ou moins long pour sortir de cette zone de confort, autant que cela soit pour une cause qui vous tienne à cœur. Et pas forcément pour répondre à des injonctions extérieures ne prenant pas toujours en compte votre intérêt personnel.

Alors, pour sortir de votre supposée « zone de confort », pourquoi ne pas tenter le frugalisme ? Cette transition coche toutes les cases de la sortie de la zone de confort : effort, prise de risque, perspective d’une vie meilleure.

Effort car il s’agit d’un profond changement d’habitudes. En particulier, il vous faudra vous désensibiliser du cycle effort (travail) et réconfort (surconsommation). Vos efforts seront moins centrés sur le travail (votre objectif sera de lever le pied, voire d’abandonner votre activité professionnelle actuelle) que sur les sphères extra-professionnelles : familles, loisirs, causes à défendre, …

La prise de risque est bien entendue présente : prendre du recul avec le travail « classique » provoque généralement une baisse de revenu. Atteindre l’indépendance financière demandera des efforts, voire des sacrifices. Par ailleurs, le mode de vie frugaliste associe toute la famille à l’aventure.

La perspective du mieux-être réside dans la liberté accrue permise par la sortie du cycle infernal metro-boulot-dodo-conso. Plus de temps pour soi, pour mener à bien des projets sans cesse différés.

Pour certains, ce projet apparaîtra comme une chimère. Peut-être. Mais a-t-il moins de valeur qu’une injonction à sortir de sa zone de confort pour gagner en polyvalence ou en productivité dans un « bullshit job » ?

Marre des « Sois flexible !» et « Adapte toi ! » ? Devenez frugaliste !

Des injonctions à la sauce piquante

Ces injonctions sont entendues tout le temps et accommodées à toutes les sauces. Dans le contexte professionnel, les gourous du management vont vous inciter à « sortir de votre zone de confort » et votre manager va vous demander de vous « engager à fond dans vos projets » (le mode projet étant un nom de code pour dire faire plus sans ressource nouvelle). Les politiques, relayés par les média, assurent qu’il « faut tenir le cap et faire la pédagogie de la réforme ». Même dans le cercle amical ou familial, on peut entendre « Vas plus vite » ou « Il faut vivre avec son temps »…

Tirer sur l'élastique : la flexibilité a aussi des limites !
A force de tirer sur l’élastique …

La répétition de ces expressions toutes faites finit par vous crisper ? Il est tant de se poser des questions : la flexibilité rend-elle vraiment heureux ? Dans l’affirmative, comment parvenir à la mettre en œuvre ? S’agit-il d’une bonne qualité ?

Sommaire

La flexibilité est-elle désirable ?

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine.

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine

La souplesse, exercée avec facilité peut être vue comme un superpouvoir. En effet, elle permet d’écarter aisément les motifs de frustration et d’éviter les colères. Cette aisance peut être attendue de la part l’individu, à qui ont demande perpétuellement de sortir de sa zone de confort. Mais elle est également applicable à l’entreprise, qui doit aussi diversifier ses activités.

Partout, tout le temps, en toutes circonstances, il faut s’adapter être flexible et être résilient (expression fourre-tout qui tient la corde depuis quelques années, et qui s’accompagne même de l’émergence de Chiefs resilence officer dans certaines entités).

Pour être souple, on a souvent besoin d’un coup de pouce

Il n’est pas donné à tout le monde d’être souple tout le temps et d’être à l’aise partout. Il faut aider l’individu à s’adapter.

Coup de pouce de l’Etat dans le cadre néo-libéral

C’est alors que l’Etat entre en jeu, comme éducateur. C’est ce que montre Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique, dans son essai Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique ». En se référant aux travaux de Walter Lippmann (qui a tenu un colloque à Paris en 1938) et à Michel Foucault qui a assuré des cours au Collège de France à la fin des années 1970, elle précise la définition du néo-libéralisme, devenu hégémonique. Dans ce cadre, l’Etat intervient pour (ré-)éduquer la population. Cet interventionnisme diffère du laisser-faire propre à l’ultralibéralisme tatchérien et réganien. Selon la pensée néo-libérale, l’espèce humaine ne serait pas capable de s’adapter à l’environnement qu’elle a elle-même créé. La situation  s’est en particulier détraquée après la révolution industrielle car l’évolution biologique humaine ne suit pas le même rythme que la révolution technique.  

Citation

Le travail d’un homme d’État consiste dans une large mesure dans sa capacité à trouver de bons substituts aux choses mauvaises que nous voulons.

Walter Lippmann

Dans cette logique, il faut donc un Etat fort, capable de mettre en œuvre et d’assumer une politique active et volontariste de sublimation des pulsions (B. Stiegler).

Pour sélectionner ce qui est bon pour les citoyens, l’Etat est expert (ou expert dans la sélection d’experts ; cet art peut être difficile cf la constitution du Comité scientifique lors de la pandémie du Covid-19) et agit dans une logique verticale.

Un mode horizontal a été promu par la suite par John Dewey (également pris comme référence dans le livre de B. Stiegler), caractérisé par l’action spontanée de citoyens et de leurs interactions sociales. On appelle cela aujourd’hui « l’intelligence collective ».

Au sein des collectivité et des entreprises

Au-delà de l’Etat, d’autres organismes mettent en œuvre le même principe consistant à diriger les citoyens, les consommateurs ou les clients  vers ce qui est supposé bon pour eux (de préférence avec leur consentement mais aussi de manière autoritaire, s’il le faut …).

Il s’agit par exemple de la communication nudge, que le peut traduire par «  coup de pouce » pour influer sur nos comportements.

Affiches pour inciter au tri des déchets à Paris, en mode nudge.
La communication “nudge”, dans le tri des déchets

Dans la même logique, certaines entreprises nomment des de compliance officer, garant de l’éthique pour l’activité de l’entreprise  (présent le plus souvent dans les banques).

Mickey pousse un caddie rempli d'argent
Le compliance officer, c’est Mickey !
Couverture du livre de Francois Dupuy : La faillite de la pensee manageriale
Il a fallu 2 tomes !

Dans les entreprises ou les administrations, l’impératif de flexibilité s’accompagne d’invitation à la polyvalence et à “sortir de sa zone de confort“. Ces injonctions peuvent d’ailleurs se révéler contradictoires dans la division actuelle du travail. Car n’est-ce pas précisément dans cette zone de confort (notre spécialité) que nous sommes le plus productif ? C’est ce qu’a aisément admis mon “coach” lors d’un bilan de compétence, à rebours de la pensée managériale dominante. Cette pensée managériale est d’ailleurs en voie d’appauvrissement comme le montre François Dupuy dans ses ouvrages Lost in management et La faillite de la pensée managériale. Selon cet auteur, les cabinets de conseil et les écoles de commerce ont une part de responsabilité dans la diffusion de ces pratiques, qui ont même fini par percoler dans la sphère publique.

La flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ?

Nous sommes donc orientés, plus ou moins fermement, vers ce qui est bon pour nous. A commencer par la flexibilité. Lorsque les tentatives se heurtent à des résistances, on ajoute le terme de sécurité à la flexibilité pour faire passer la pilule. Cela a été le cas dans les politiques européennes à partir des années 1990 avec la notion de flexicurité.

Mais au fait, la flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ? Est-ce bien d’être malléable ?

La flexibilité s’accompagne de l’idée de fléchir, c’est-à-dire de perdre en force, c’est-à-dire de faire preuve de mollesse. Cela peut conduire à se soumettre volontairement, à se fondre dans le décor. La flexibilité peut donc conduire à la docilité.

Conclusion : soyez flexibles pour sortir de la cage et devenir frugaliste !

Oiseaux sortant de la cage d'acier du capitalisme

Vous ressentez un enfermement dans la « cage d’acier du capitalisme » pour reprendre l’expression de Max Weber. Cette dernière  figure l’ensemble des contraintes, à la fois extérieures et intérieures qui enferment l’homme moderne et qui le contraignent à l’adaptation méthodique aux situations qu’il rencontre.

Alors, il n’y a pas d’alternative, il faut s’adapter ? Le frugalisme peut constituer  une porte de sortie à cette cage. A condition de trouver les bonnes clés et d’anticiper suffisamment pour être prêt à affronter la liberté hors de la cage, comme néo frugaliste !

Quels sont les meilleurs placements pour devenir frugaliste ?

Le projet de l’adepte du frugalisme repose généralement sur l’indépendance financière. Il s’agit de se construire un retraite (très) précoce afin de mener un projet, se consacrer à ses passions en se retirant en tout ou partie du travail “classique”.

A moins de disposer d’un capital conséquent (voir règle de 25 fois vos dépenses annuelles), cet objectif ne semple pas aisé à atteindre. D’autant que la conjoncture économique et financière actuelle ne favorise pas l’épargnant. Après l’euthanasie du rentier par l’inflation, voilà l’épargnant confronté à des taux de rémunération très faibles pour les placements sans risque.

Dans ces conditions, comment le frugaliste peur mettre toutes les chances de don côté pour parvenir à la liberté financière, en prenant des risques modérés ?

Sommaire de l’article

Les placements financiers des ménages français

Durant l’ensemble de l’année 2019, la Banque de France a relevé une nette hausse des flux entrants vers les « produits de taux » incluant les dépôts sur comptes bancaires (rémunérés ou non) et l’assurance-vie en euros.

Graphique historique des placements des ménages français (2012-2019)
Source : Banque de France
Livret A
Archives AFP, Denis Charlet

Durant la période de confinement, les ménages ont eu, semble-t-il, plus de temps pour s’occuper de leurs placements. Les transactions dans l’immobilier physique étant gelées, un regain d’intérêt pour les actions aurait été noté par les courtiers et sociétés de gestion. Pour autant, l’épargne forcée de cette période (à hauteur de 40 % des revenus des Français)  a continué à alimenter les comptes de dépôts et le livret A (qui a battu des recors de collecte nette à 5,47 milliards d’euros en avril 2020 selon la Caisse des dépôts).

Ces placements « sûrs” ont préservé les épargnants des soubresauts de la bourse durant la « corona-crise » (jusqu’à 40 % de baisse entre la fin février et la mi-mars 2020).

Cours du CAC 40 entre décembre 2019 et mai 2020
Source : Boursorama

L’indice CAC 40 a perdu un peu plus de 40 % entre la fin février et la mi-mars, avant de reprendre une partie du terrain perdu.

Cependant, la mise à l’abri sur les comptes de dépôts ou dans un livret A ne constituent qu’une solution de court terme. D’une part parce qu’elle ne préserve pas le pouvoir d’achat du capital au regard de l’inflation. D’autre part car cela ne sera pas le moyen le plus rapide d’atteindre votre indépendance financière de frugaliste (à moins de disposer d’un capital très élevé).

Quels sont alors les placements à considérer dans votre perspective d’adepte du frugalisme ? Il convient dans un premier temps de passer en revue les différents types de placement ou classes d’actifs.

Qu’est-ce qu’une classe d’actifs ?

Une classe d’actif, c’est tout simplement un ensemble d’instruments financiers similaires. Un instrument financier, ou un actif financier, c’est un droit qui porte sur un actif sous-jacent. Cet actif sous-jacent peut être une entité, comme une entreprise ou un gouvernement, ou bien un actif réel, qui est un actif ayant une forme physique, comme un terrain, un bâtiment, ou de l’équipement.

Qu’est-ce qu’un droit ?

Prenons un exemple.

En acquérant des actions, un investisseur devient l’un des propriétaires d’une société. Cela lui donne des droits de vote, et droit à une part de tout bénéfice futur.

En achetant de la dette, un investisseur devient créditeur d’une entreprise ou d’un gouvernement.

En devenant créditeur, vous obtenez un droit sur actifs plus important que celui des actionnaires.

Autrement dit, en cas de faillite, le porteur d’obligations sera payé avant les actionnaires.

Dans le monde des actifs, on compte quatre classes principales d’actifs :

  • le marché monétaire, et les équivalents de trésorerie ;
  • les titres à revenu fixe, qui sont principalement des obligations,
  • les actions,
  • et les actifs alternatifs, une catégorie très vaste, qui englobe l’immobilier, les matières premières, et les actions non-côtés. De plus en plus, l’immobilier est considéré comme une classe d’actifs à part entière. Il peut prendre différentes formes : physique, pierre papier (SCPI), foncières cotées.

Il est généralement admis, en finance que, pour obtenir des rendements plus élevés, vous devez prendre plus de risques.

Le choix d’investissement sera fonction de votre horizon de temps (projet, âge), de votre aversion au risque et de votre intérêt pour telle ou telle classe d’actif (immobilier, actions par exemple).

Performances historiques comparées des différents actifs

Un regard dans le rétroviseur s’impose.

Les actions et l’immobilier : incontournables sur longue période

Dans le long terme les actions surperforment

J. Siegel

Dans le long terme nous sommes tous morts

J.M. Keynes

Sur le (très) long terme , les actions et l’immobilier ont surperformé les placements à revenus fixes (obligations et monétaire) mais aussi l’inflation. C’est ce qui a été observé en France comme aux Etats-Unis. Voici par exemple des données analysées par Jean-Francois de Laulanié dans son ouvrage Les Placements de l’Epargne à Long Terme.

Actifs France

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs en France (en %)
PériodesActionsImmobilierObligationsMonétaireInflation
158 ans : 1857-20159,19,25,74,34,7
75 ans : 1940-201513,313,67,15,17,6
50 ans : 1965-201510,410,37,96,34,3
25 ans : 1990-20158,16,56,33,31,6
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après Insee, G. Duon, Chambre des notaires, SBF et Euronext.

Etats-Unis

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs aux Etats-Unis (en %)
PériodesActionsObligationsMonétaireInflation
144 ans : 1871-20158,65,14,72,1
75 ans : 1940-201510,95,14,43,8
50 ans  : 1965-20159,46,55,54,1
25 ans : 1990-20159,66,43,02,4
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après US Department of Commerce et Standard & Poor’s.

Le graphique suivant confirme qu’un investissement dans l’indice S&P 500 (qui comprend des actions de grosses sociétés américaines), a surpassé un investissement dans des obligations du gouvernement Américain avec une échéance de 10 ans.

Graphique comparant les évolutions de l'indice S&P 500 et des obligations d'Etat américaines à 10 ans
Source : formation en ligne HEC, Axa

Ainsi, 1 $ investi en 1971 s’est transformé en presque 84 $ en 2015 pour le S&P500, contre environ 21$ pour les obligations.

Tenir compte de l’inflation

Pour votre projet de frugaliste, il est prudent de choisir des placements offrant une protection contre l’inflation (comme le font d’ailleurs les fonds de pension).

Sur les longues périodes, les actions et l’immobilier s’adaptent à la conjoncture économique et à l’inflation, permettant de préserver les pouvoir d’achat du capital initial.

Dans son ouvrage précédemment cité, JF. De Laulanié met en évidence que l’immobilier présente 80 % de chance d’offrir des performances supérieures à l’inflation après une détention de 5 ans. Les actions françaises dépassent ce seuil après une durée de 15 ans. Il note par ailleurs que les actions américaines ont une probabilité de 100 % de surperformer l’inflation à partir d’une durée de 20 ans de détention.

Probabilités de performances supérieures à l’inflation en fonction de la durée de détention

Tenir compte du change

Si vous investissez dans des actifs libellés en devises (dollar par exemple), il faudra garder à l’esprit que les variations des taux de changes ne seront pas négligeables au regard des performances de  certaines classes d’actifs (monétaires, obligations).

Ces investissements pourront contribuer à diversifier votre patrimoine. Il convient également de noter que certaines monnaies sont considérées comme pro-cycliques (elle tend à s’affaiblir lorsque les marchés baissent). C’est le cas par exemple du dollar canadien. D’autre au contraire ont un comportement contra-cyclique (car elles  sont considérées comme des valeurs refuge) : le dollar américain, le franc suisse.

Conjoncture économique et performances relatives

Le long terme, c’est un beau concept mais comment manœuvrer si votre projet nécessite des revenus dans les années qui viennent ? De plus, ce qui était valable hier l’est-il encore aujourd’hui ? Au cours des dernières années, les cours des obligations d’Etat ont flambé et leur rendement est très faible voire négatif. Dans ces conditions, il parait pertinent de tenir compte de la conjoncture pour poids relatifs des actifs.

CroissanceInflation 
ForteForteActions et immobilier surperforment
FaibleForteActions et immobilier surperforment
ForteFaiblePerformances souvent parallèles
FaibleFaibleObligations et monétaires surperforment
Source : J.F. de Laulanié

Depuis 2008, la situation économique française a été caractérisée le plus souvent par une croissance et une inflation faibles. Les actions de la banque centrale européenne, consistant à acheter massivement des obligations ont contribué à l’augmentation des cours des obligations (mais à un écrasement de leur rendement). Les performances des placements monétaires se sont par ailleurs révélées très faibles au cours des dernières années.

Conclusion

Pour horizon inférieur à 10 ans, l’investisseur frugaliste prudent pourra opter pour des placements comportant :

  • des valeurs à revenues variables (actions,  immobilier) ;
  • des valeurs à revenus fixes (obligations).

En première approche, une  proportion de 50 % – 50 % pourra être adoptée. Le curseur pourra toutefois être adapté à l’aversion au risque et à la conjoncture économique

Pour une durée supérieure à une dizaine d’année (retraite précoce), les placements du frugaliste seront essentiellement constitués d’actifs à revenus variables (immobiliers, actions). Les autres placements auront pour vocation de faire face à des imprévus ou de financer des projets (frugaux bien sûr).

Dans tous les cas, le frugaliste pourra utilement mettre en œuvre la méthode d’investissements par poche.

Frugaliste, ne mets pas tout ton argent dans la même poche !

Compartimentez vos avoirs

En matière de finance, le proverbe « Ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » est bien connu.

Oeufs de différentes couleurs sortant du panier
Out of the box !

 Combien de fois avez-vous également lu ou entendu l’injonction  n’investissez en bourse que l’argent dont vous n’aurez pas besoin au cours des n prochaines années (n variant généralement de 5 à 10 en fonction de la confiance du journaliste dans les marchés boursiers) ?

Pour le frugaliste, je propose une variante à ces dictons : ne mettez pas tout votre argent dans la même poche. Ce principe consiste à répartir vos actifs dans plusieurs compartiments composés d’actifs de différentes natures. L’objectif étant de couvrir vos besoins prévisibles en trésorerie sans « taper » dans des placements qui seraient momentanément dépréciés. Cette méthode sera d’autant plus pertinente si vous n’envisagez pas de consommer votre capital pour dégager votre rente frugale. Cette approche est également adaptée à la conjoncture actuelle où la recherche de rendement nécessite une prise de risque. Elle a été mise au point dans les années 1980 par Harold Evensky et est décrite sur le site de Morningstar sous le nom de « Bucket portfolio ».

Cette méthode est d’autant plus intéressante si vous approchez de votre retraite précoce (ou si vous y êtes déjà).

Le frugaliste pourra l’appliquer en particulier à l’approche de sa retraite précoce ou, s’il a déjà la chance d’y être, pour gérer au mieux sa rente frugale. Mais elle sera utile dans toute autre situation. Par exemple si votre voiture vous lâche et que vous devez la remplacer, pour éviter de fermer votre PEA ou vendre votre studette au plus mauvais moment. Cette méthode est également intéressante pour prendre en compte, par exemple, un projet immobilier dans 3 ans.

Première étape : déterminer ses dépenses et la part à couvrir par ses placements

Si votre retraite anticipée se profile à l’horizon, prenez le temps d’estimer au plus près vos futures – maigres – dépenses de frugaliste. Au passage, voyez-comment réduire vos dépenses. Une première approche peut consister à considérer qu’elles représenteront 80 % de vos dépenses antérieures (lorsque vous aviez votre travail « classique »). Attention toutefois à prendre en compte vos changements de style de vie, votre situation familiale (études des enfants à financer), l’inflation (si vous êtes âgé, vous vous rappelez peut être de ce phénomène) et les implications en matière de fiscalité applicable.

Deuxième étape : test de faisabilité

Vous avez estimé au plus juste vos dépenses annuelles prévisibles en tant qu’adepte du frugalisme. Divisez ce montant par le total de l’actif net financier sur lequel vous comptez pour dégager une rente. Vous obtiendrez alors un rendement moyen cible pour vos actifs qui permettra de juger la faisabilité de votre projet et d’apprécier le niveau de risque qui sera nécessaire pour atteindre vos objectifs.

Militaires américains examinant un document
Examinons les chances de survie …

Exemple : vous estimez vos dépenses annuelles à  24 000 € et disposez d’un capital de 600 000 € ? Sans tenir compte de la fiscalité, vos placements devront offrir un rendement de 24 000 / 600 000 = 4%. Ce taux est atteignable à condition d’investir dans des placements comportant des risques, ce qui légitime d’autant cette méthode de gestion  « par poche ».

Troisième étape : déterminer les allocations par poche

Dès lors que vous avez vérifié que votre projet est viable, il convient de déterminer combien mettre dans chacune des poches. Et dans combien de poches ?

Initialement, le créateur de cette méthode avait développé une approche simple en 2 poches seulement : réserve de trésorerie (pour couvrir les besoins à 5 ans) et investissements de long terme à plus hauts risques. Dans une période ou les placements à court terme sans risque ne rapportent rien, une poche intermédiaire a été créée.

Poche 1 : liquidités pour les besoins de 6 mois à 2 ans

Ce compartiment devra couvrir d’une part vos besoins prévisibles en trésorerie pour une durée de 6 mois à 2 ans et d’autre part, vous permettre de faire face aux imprévus (réparation ou changement de voiture par exemple ; au fait êtes vous sûr d’en avoir vraiment besoin en tant que frugaliste ?). Sortir de la surconsommation vous permettra de comprimer ces besoins en liquidité.

Vous pouvez par exemple opter pour la couverture d’un an de besoins réguliers. Le placement du curseur entre 6 mois et 2 ans dépendra de votre aversion au risque. Il déterminera également le rendement espéré de votre portefeuille d’actifs (immobiliser trop de cash réduit le rendement espéré). Pour reprendre l’exemple précédent, 24 000 € à ce titre.

La dotation du fonds d’urgence pourra également être de 24 000 € (à ajuster en fonction de votre perception des risques ou de votre modèle de voiture préféré …).

Montant

Dans cet exemple, cette poche sera donc dotée à hauteur de 48 k€, représentant 8 % de votre capital initial.

Contenu

Cette poche contiendra des liquidités aisément mobilisables.

Cadre et supports d’investissement

Comptes courants, livrets, fonds en euros d’assurances-vie sans frais d’entrée  (ancienneté du contrat supérieure à  8 ans), PEL de plus de 4 ans.

Poche de jean avec des billets de 20 euros
Que des petites coupures dans cette poche. C’est ça la frugalité !

Poche 2 : de 2 ans à 9 ans

Cette poche a vocation à prendre le relais de la poche 1 pour couvrir vos besoins jusqu’à la fin de la 9ème année (soit une durée de 8 ans à 9 ans et demi, en fonction de votre définition de la poche 1).

Contenu

Morningstar préconise la répartition suivante :

  • 25 % d’obligations court terme ;
  • 25 % d’obligations indexées sur inflation ;
  • 37,5 % d’obligations moyen terme.

Dans un souci de simplification, ces 3 composantes pourraient à mon sens être assurées par un fonds en euros d’assurance-vie.

  • 12,5 % « allocation rendement conservative», composée d’actions réputées sûres,  avec des dividendes élevés et une volatilité modérée ; on pourrait par exemple citer Nestlé, General Mills, Pepsi, Sanofi, Red Electrica, Procter and Gamble ou opter pour un ETF d’actions de rendement et de volatilité faible comme Invesco EURO STOXX High Dividend Low Volatility UCITS ETF Dist (code ISIN IE00BZ4BMM98). Ce “zeste” d’actions devra toutefois être cohérent avec votre situation et votre aversion au risque.

Montant

Dans notre exemple, cette poche devra couvrir 9 ans de besoins réguliers, soit 9 x 24 k€ = 216 k€. Elle représente donc 36 % du capital initial de 600 k€.

Poche 3 : 10 ans et au-delà

Pour ce segment de votre portefeuille, vous avez un horizon de placement supérieur à 10 ans qui permet d’envisager des actifs plus risqués comme les actions, les foncières cotées, les obligations émergentes, les obligations haut rendement et les actions de sociétés minières (métaux précieux).

Voir également l’article Quels placements pour le frugaliste ?

Montant

Cette poche sera dimensionnée en retranchant les montants des deux premières au capital initial. Toujours dans notre exemple, son montant sera donc de 600 k€ – 48 k€ – 216 k€ = 336 k€. Elle représentera alors 56 % du capital de départ.

Adapter cette approche à votre situation 

Durant la phase d’accumulation, un enseignant titulaire connaissant la trajectoire de ses revenus n’aura pas nécessairement la même approche qu’un indépendant aux revenus plus incertains. Même si, dans les deux cas, il faudra réduire le niveau de risque de ses placements à l’approche de la « retraite ».

Pendant la période de rente également, il n’y aura pas de recette unique. Il faudra par exemple tenir compte de l’éventuelle pension liée à votre activité professionnelle passée. Un frugaliste qui a la chance d’avoir une pension qui prendra rapidement le relais pour couvrir ses dépenses pourra sélectionner des placements plus risqués qu’une personne dont la subsistance dépendra principalement de ses placements.

Conclusion : cette petite règle de gestion pourra vous éviter des problèmes

Dans la méthode présentée ci-dessus, les hypothèses sont certes très simplificatrices (pas de prise en compte de l’inflation, de la fiscalité, ni même des flux actualisés des poches 2 et 3). En tenant compte de la fiscalité (30 %), le rendement global du portefeuille présenté  en exemple devra atteindre 5,7 % et les poches 2 et 3 atteindre un rendement de 6,2 %.

Braquage à main armée et fouille des poches
Evitez le braquage de vos poches !

Cette approche contribue à sécuriser financièrement (et psychologiquement) votre projet d’indépendance financière de frugaliste. Certes, cette grille vient s’ajouter à d’autres règles de gestion, en particulier en matière de diversification. Elle constitue à ce titre une petite contrainte, d’autant que son respect nécessitera des ajustements réguliers (un rythme annuel semble approprié afin de ne pas engendrer trop de frais de mouvements). Mais cette approche par poche est également un garde-fou qui devrait vous éviter d’avoir à “braquer” vos poches au plus mauvais moment ! De plus, elle peut s’articuler facilement avec la plupart des stratégies d’investissement.

Alors, êtes vous prêts à vous lancer ?

Mon horizon de placement

L’horizon de mon placement, par La finance pour tous

Devenir frugaliste, êtes-vous prêt(e) financièrement et psychologiquement ?

Le kairos du frugaliste

Quand se décider à franchir le pas et devenir frugaliste (en tout ou partie) ?

Vous vous approchez peut-être de votre objectif de vous affranchir de la contrainte du travail et de prendre une retraite anticipée. Pourtant, vous hésitez à franchir le pas, à sortir de votre zone de confort (parfois toute relative). Au regard de la sécurité de votre situation professionnelle actuelle, dans un contexte économique perturbé.  Vous pensez attendre un peu, pour accumuler plus d’économies afin de sécuriser vos rentes à venir?

Vous hésitez ?

Ou vous êtes au stade de projet en matière de frugalisme et hésitez à vous lancer dans cette aventure, car vous n’êtes pas certains d’accepter dans la durée les sacrifices liés à une vie frugale ?

Pour ma part, l’objectif d’une « retraite » autour de 50 ans, avait été fixé de longue date. Après quelques hésitations (suscitées par des baisses dans mes placements financiers et des changements de postes au travail), j’ai franchi le pas un peu avant 49 ans.

Montre Rolex

Si à 50 ans, t’es pas frugaliste, t’as raté ta vie ?

Je ne me projetais pas dans mon travail au-delà de cet âge de 50 ans, car j’ai observé des fins de carrières difficiles pour de nombreux collègues. J’aurais certainement vécu comme un échec de ne pas prendre ce virage radical.

Le cheminement de frugaliste ne repose pas uniquement sur des critères financiers (qui peuvent être anticipés et évalués objectivement) mais également sur des aspects psychologiques. Ce projet de frugalisme nécessite une préparation et la décision de se lancer ou de changer de mode de vie mérite d’être mûrement réfléchie.

Facteurs déclenchant l’envie de frugalisme

Ras-le-bol de la rat race

Vous êtes usés par la pratique de la célèbre trilogie métro-boulot-dodo, à laquelle vous ajoutez « conso » ?

Marre du métro-boulot-dodo ?

Corrodé par le quotidien, vous prenez conscience que vous ne maîtrisez plus rien (en tout cas pas votre temps) et arrivez à la conclusion « je n’en peux plus » ?

Ou peut-être êtes vous angoissé par l’idée d’être touché par une maladie avant de profiter de la retraite ?

Attention toutefois à ne pas partir sur un coup de tête, de façon non maîtrisée (en particulier sans avoir assurée votre rente frugale) et uniquement pour des raisons négatives (rejet du travail).

J’ai atteint mon objectif financier

Des critères mathématiques

Après avoir épargné consciencieusement durant plusieurs années, vous avez atteint, voire dépassé le seuil que vous vous étiez fixé pour vivre de vos rentes (avec, le cas échéant une activité d’appoint librement consentie). L’avantage de ce critère est qu’il est mathématique. Vous pouvez donc mesurer objectivement votre situation par rapport à un objectif préalablement établi selon des règles (règle des 4% par exemple). Il est également possible d’effectuer des projections pour estimer son âge de retraite précoce. Pour ces raisons, il apparait comme le critère principal de faisabilité de votre projet.

Calculs financier pour frugaliste
Avez-vous mis au point votre business plan de frugaliste ?

A adapter à chaque frugaliste

Pour autant, ce seuil ne peut être déterminé uniformément par chaque aspirant.e à la rente frugale.

La situation et la sensibilité de chacun est évidemment à prendre en compte, notamment en matière de risque.

Cela pourra se traduire par l’application d’une marge de sécurité par rapport à la règle. Ceci afin de mieux dormir lorsque survient une crise économique (qui déferlent désormais régulièrement, tels des rouleaux au bord de l’océan). Pour ma part, j’avais retenu une marge de 20 %.

Le ressenti sera également différent selon que vous optez pour une rente avec ou sans consommation capital. Si vous avez décidé de consommer votre capital, le cap  devrait être plus difficile à franchir le car tout le monde n’a pas la chance de connaitre la date de sa fin de vie… De plus, lorsque l’on a pris l’habitude d’une vie frugale, consistant à économiser durant plusieurs dizaines d’années, il est difficile de commencer à consommer son capital.

Par ailleurs, la nature et le niveau de risque de vos placements influeront également sur votre tranquillité d’esprit. Avec des placements a priori plus stables (en tout cas avec des cycles généralement plus longs)  comme l’immobilier, vos émotions devraient être moins intenses qu’avec des actifs volatils comme les actions.

J’ai atteint l’âge de retraite  frugaliste

Évidemment votre projet de frugaliste consiste à prendre votre retraite jeune, c’est à dire avant l’âge légal ou l’hypothétique âge pivot. D’autant que vous avez observé que l’espérance de vie en bonne santé n’est guère éloigné de l’âge (classique) de départ à la retraite (l’espérance de vie en bonne santé à la naissance s’établissait, en 2017 en France, à 62,5 ans pour les hommes et 64, 9 pour les femmes selon l’INSEE).

 Pour vous l’objectif de départ à la retraite sera de 30, 40 ou 50 ans ? Cela dépendra évidemment de la faisabilité financière évoquée ci-dessus.

Vous hésitez à franchir le pas ?

Imaginez maintenant que vous êtes parvenu à cet âge et que les conditions financières sont satisfaites. Pourtant, malgré cette indépendance financière, vous hésitez à franchir le pas. Vous êtes soudain saisi d’un sentiment ambivalent : vouloir quitter la rat race mais aussi avoir peur de la quitter. Cette hésitation peut paraître surprenante, après avoir fait l’effort de vivre en dessous de ses moyens durant de nombreuses années.

Femme stressée
Tout le monde ne vit pas la crise du milieu de vie de la même façon …

Inversement, vous n’avez pas encore atteint l’objectif mais vous connaissez un ou petit coup de mou à la quarantaine, appelé parfois crise du milieu de vie. La quarantaine, avec 15-20 années d’expérience professionnelle est assurément une période charnière et un cap délicat à passer.

Cette crise nous toucherait tous (mais se manifesterait différemment) selon le psychiatre Christophe Fauré, qui parle plutôt de « transition » qui s’étalerait entre 45 et 55 ans.

Le volet psychologique du projet frugaliste est donc important et mérite donc d’être anticipé, au même titre que l’aspect financier.

Le mental suivra-t-il ?

Dans l’idéal, il faudrait s’assurer que son mental suivra, avant même d’entamer le voyage, comportant la phase d’accumulation. Ne serait- ce que pour éviter des sacrifices mal vécus liés à la frugalité et qui pourraient se révéler  in fine inutiles. Cette préparation psychologique doit être menée en parallèle à la constitution de sa « rente frugale ».

En particulier, il faudra préparer des réponses aux interrogations suivantes.

N’avez-vous pas peur que vos économies soient insuffisantes ?

Avant même d’être rentier frugal, vous pouvez craindre qu’un scénario défavorable ne se réalise, en particulier en matière financière. Mon capital tiendra-t-il suffisamment longtemps ? Un krach financier mettra-t-il en péril mon projet ? Que vas-tu faire si l’immobilier se casse la figure (là vous êtes à contre-courant car beaucoup croient que l’immobilier ne peut que monter)?

Dans ces conditions, vous hésitez à abandonner votre activité professionnelle. Car, même si elle ne correspond pas à vos aspirations profondes, elle vous offre un filet de sécurité. Il est d’autant plus difficile à franchir le pas si vous ressentez que vous avez beaucoup à perdre, c’est-à-dire que vous occupez un poste stable et bien rémunéré.

 Cependant, en persistant sur cette position, vous restez sous la contrainte du travail.

Au-delà de sa propre sécurité, on peut également penser à celle de ses proches et en particulier de ses enfants. Il faut continuer à travailler, à faire grandir son patrimoine pour financer les études des enfants (15 000 € par enfant d’après une étude de 2017 mais certains l’estime à 10 000 € par an et par enfant pour les études supérieures ).

Envisager un  temps partiel ou une année sabbatique

Sans remettre en cause son projet de frugalisme mais pour en minimiser les risques et afin de faciliter la transition, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • le temps partiel, si votre emploi actuel le permet ; vous conserverez alors une partie de votre revenu professionnel et les liens sociaux de votre réseau professionnel ;
  • une pause d’une durée déterminée, prenant la forme d’un congé sabbatique ou d’une disponibilité,  le temps de goûter aux joies du frugalisme…
Envie d’un congé sabbatique ?

Vous pourrez l’envisager comme une expérimentation d’un à 3 ans. En cas de retour au travail (forcé ou choisi) cette interruption demeurerait défendable sur un CV. En revanche,  si vos doutes apparaissent plus tard, au bout de 5 ans, et que vous avez dépassé la cinquantaine, la réinsertion dans l’emploi risque d’être plus délicate.

Ne craignez-vous pas les questions de vos proches ou de vos amis ?

En outre, vous pouvez légitimement vous demander comment les autres vont me percevoir en tant que frugaliste ou rentier. Comment expliquer ma démarche à mon conjoint / ma conjointe, à mes enfants ? Comme Marc, vous pouvez présenter un powerpoint à votre femme pour lui expliquer les principes du frugalisme ainsi que vos calculs financiers. L’état d’esprit du frugalisme étant  (encore) minoritaire, vous redoutez d’être incompris et peut-être d’être jalousé. Et même, dans certains cas, de perdre vos amis ?

Préparez vos réponses

Pour vous rassurer, mieux vaut préparer votre discours, sauf si vous avez des talents d’improvisation et une bonne répartie.

« Est-ce que j’ai la gueule de quelqu’un qui doit faire quelque chose ici-bas ? » – Voilà ce que j’aurais envie de répondre aux indiscrets qui m’interrogent sur mes activités.

Cioran, De l’inconvénient d’être né
Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Proposition de réponse :  Mon métier ? Je n’en ai pas/plus et je m’ennuie ! Je me distrais toutefois en jouant en bourse.

Qu’est-ce qu’il/elle fait, ton père / ta mère?

Propositions, à mettre au point avec vos enfants : “Il n’a pas besoin de travailler” ou ” Il a de l’argent“, ou “Il fait des placements“, ou “Il est rentier!” (le terme de frugaliste étant moins connu).

Il est possible toutefois que ces formules suscitent de l’incompréhension, voire de la jalousie.

C’est pour ça que prévoir une petite activité de couverture  peut s’avérer utile. Quelques propositions : bloggeur.euses, écrivain.e, sportif-ve (footing une fois par semaine ?), cuisinier.e, gestionnaire de patrimoine, gestionnaire de fonds (même si vous êtes votre seul client !), agent immobilier (c’est une profession très accessible) et le must dans la startup nation : startupeur.euse (extase de votre auditoire garanti… ).

Ainsi, vous pourrez répondre que vous avez réorienté votre activité professionnelle.

Discours clé en main

Au-delà des simples réponses, vous pouvez également construire un discours argumenté. Voici un discours type (à adapter, bien entendu, en fonction de votre humeur et de vos interlocuteurs) :

 J’ai travaillé en entreprise / dans l’administration durant n ans. J’avais fait un peu le tour. J’ai eu envie de me mettre à mon compte pour développer des projets personnels. J’y ai – peut-être – perdu en sécurité et en salaire, mais j’y gagne en autonomie et en qualité de vie. J’ai plus de temps pour ma famille et pour moi.

Ces formulations ne devraient pas provoquer de tremblement de terre.

Attention, le but n’est pas de mentir, mais de trouver le meilleur compromis entre votre activité véritable et le souhait de ne pas être considéré.e.

Vous vous apercevrez peut-être, avec le temps, que l’intérêt et la curiosité pour votre nouvelle situation est très variable et que ces questionnements sont finalement gérables .

Certes, le changement d’habitudes pourrait avoir pour effet de distendre le lien avec certains amis (les anciens collègues de bureau en particulier). Avec d’autres, l’effet pourrait être inverse. Le nouveau rythme de vie, débarrassé de la course à la performance,  offre en effet plus de temps pour écouter les autres, (re)-trouver une empathie. Les proches peuvent également être sensibles à cela.

N’avez-vous pas peur de  perdre votre statut social ?

N’avez-vous pas peur qu’il pleuve ?

Vous changez de statut et la crainte d’une régression sociale, vis-à-vis de sa famille, des ses amis, de ses voisins se fait jour. Pour éviter cela, vous pouvez vous investir dans des activités qui vous procureront le sentiment d’être utile et vous permettront de conserver des relations sociales.

N’avez-vous pas peur de vous ennuyer ?

Gagner du temps pour soi constitue un objectif majeur du frugaliste. Cela peut parfois tourner à l’ennui, mais cet ennui est parfois salutaire.

Ne craignez-vous pas d’être traité de méchant capitaliste ?

Méchant capitaliste, le frugaliste ?

Certes les placements du frugaliste sont fondés sur le « système » capitaliste comprenant le droit de la propriété, le capital, les prêts. Et malgré le développement de labels (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ESG), il demeure difficile de trouver des placements vraiment éthiques. Mais bon, on peut toujours essayer d’éviter le pire (tabac, armes , Ehpads, …) et opter par exemple pour des investissements dans les énergies renouvelables (comme Energias de Portugal, notée AAA en matière de critères ESG ou dans des réalisation locales, via le crowdlending proposé par plusieurs plateformes).

C’est décidé, j’investis dans l’industrie de la voiture électrique

N’avez-vous pas peur d’avoir des regrets ?

Enfin, l’abandon de  votre « situation » va-t-il provoquer des regrets ? Vous risquez d’éprouver de l’amertume si la condition de frugaliste ne vous convient pas, surtout si vous avez  souffert  de privations pendant la phase d’accumulation financière. D’où l’utilité de ce projeter et si possible, d’expérimenter avant d’opérer des choix définitifs.

Baliser son chemin et construire un mode de vie adapté

Pour devenir frugaliste et le rester, il parait primordial d’imaginer les différentes étapes de son parcours (phase d’épargne, retraite précoce, le tout en conservant un mode de vie frugal).

La sobriété constitue évidemment une condition sine qua non de réussite. Pour cela, il faudra maîtriser l’émergence de besoins nouveaux qui pourraient s’avérer coûteux. En particulier lors de la retraire précoce, éviter de se retrouver confronté à l’ennui et d’éprouver le besoin de partir en week-end tous les 4 matins, avec pour conséquence d’augmenter ses dépenses au-delà de vos prévisions.

Conclusion : le frugalisme, c’est du travail

La décision de devenir frugaliste ou « rentier frugal » n’est donc ni facile ni automatique. Ce projet est confronté à deux natures de risques :

  • matériels (financiers)
  • psychologiques et moraux.

Pour parvenir à son objectif dans les meilleures conditions, il convient d’effectuer un travail sur soi afin de cumuler un état d’esprit et des ressources matérielles adaptées à l’objectif.

Frugaliste consulte une tablette en prenant un café
Frugaliste au travail

Il est bien sûr préférable de s’assurer au plus tôt que l’atteinte des deux soit faisable, afin d’éviter toute déconvenue. Il n’est pas impératif de trouver toutes les réponses aujourd’hui et mieux vaut prendre un peu de temps pour  laisser mûrir sa réflexion que de se lancer dans l’aventure frugaliste sur un coup de tête.

 Attention toutefois à ne pas repousser sans cesse votre décision, au risque d’aboutir à l’âge légal de la retraite, tout en ayant consenti à des efforts et des sacrifices en matière d’épargne.

Votre route sera d’autant plus facile si vous êtes naturellement frugal (par votre éducation ou par vos habitudes ) et parvenez à épargner sans ressentir de privation.

Quand vous serez décidé, vous aurez un anniversaire de plus à fêter : votre « fuck you day » !  (expression qui serait utilisée par de futurs jeunes retraités suisses)