Portrait robot du frugaliste. Vous reconnaissez-vous ?

Le frugalisme est multiforme et se situe à l’intersection de plusieurs concepts. Dans ces conditions, les  frugalistes n’ont pas tous le même profil. Mais peut-on néanmoins repérer des traits communs ?

moustaches frugalistes
Faut-il obligatoirement être moustachu pour devenir frugaliste ?

Esquisse de profil de frugaliste

Cette esquisse est réalisée à partir de témoignages exprimés sur internet ou dans des livres.

Age et situation familiale

Les frugalistes sont généralement âgés de 35 à 50 ans. Ils n’ont pas (ou peu) d’enfants à charge.

Classe socio-professionnelle

Les aspirants au frugalisme sont majoritairement issus des classes moyennes ou supérieures. Ils disposent généralement d’un bon salaire ou travaillent dans un secteur qui permet de cumuler des heures supplémentaires (exemple d’un infirmier).

Pour cela, ils ont souvent suivi des études supérieures, sans pour autant appartenir à une « classe culturelle ». Les frugalistes exercent couramment des professions techniques (dans l’informatique notamment) ou commerciales.

Objectifs communs

Les frugalistes partagent l’objectif d’atteindre une vie heureuse, sans nécessairement vivre en ascète.

Cette vie ne comprend généralement pas un travail « classique », rémunéré et à temps complet.

Pêcheur au soleil couchant : rêve de frugaliste ?
rêve de frugaliste ?

Facteurs déclenchants pour franchir le pas du frugalisme

Les causes de l’envie de frugalisme sont multiples. Néanmoins, Le chemin sur la voie du frugalisme débute souvent à la suite d’un événement négatif. Décu par le fonctionnement du « système » : usé par la sur-consommation ou corrodé par le metro-boulot-dodo quotidien. Ou, plus grave, suite à une séparation ou un burn-out , vous lâchez tout.  L’explication se trouve fréquemment dans le domaine du travail.

Le basculement peut également être provoqué par une « crise de la quarantaine » ou un bilan de milieu de vie. Cet épisode fréquent peut alors être mis à profit pour chercher à s’épanouir en devenant frugaliste.

Profil psychologique du frugaliste

Cet aspect est certainement plus délicat encore à « objectiver ».  Mais ont peut aussi tenter de dresser un profil psychologique type du frugaliste. D’autant que le mental est également important pour réussir le projet du frugalisme (le seul critère financier ne suffit pas).

Pour prospérer sur la voie du frugalisme, il ne faut rien laisser au hasard. Par conséquent, le frugaliste doit être un stratège du quotidien. Il doit être organisé, plein de bon sens et malin pour réussir son  entreprise.

Plutôt cérébral et calculateur,  il privilégie les approches rationnelles.

frugaliste : robot calculateur
Frugaliste : robot calculateur ?

Il n’est pas omnibulé par le culte de la performance et parvient à mettre son égo de côté.

Il apprend à être stoïcien, notamment pour résister aux appels de la société de consommation, même s’il aspire certainement à être épicurien.

Appel à témoin

Votre profil de frugaliste ?

Vous vous reconnaissez dans cette description ?  Ou au contraire, elle vous parait caricaturale ou incomplète et vous souhaitez la compléter ?

Témoignez en remplissant le formulaire ci-dessous.

Wanted frugaliste
Plutôt vif que mort

Test : êtes-vous sur frugaliste ?

  • Vous avez réussi à prendre votre retraite bien avant l’âge habituel, en suivant le mode de vie frugaliste ?
  • Vous tentez en ce moment de suivre le chemin du frugalisme ?
  •  Vous conseillez les gens qui tentent de se lancer dans ce plan de vie ? 
  • Vous cumulez plusieurs boulots pour augmenter votre salaire mensuel et atteindre l’indépendance financière ?
  • Vous avez un seul boulot mais, mettez chaque année plusieurs milliers d’euros de côté pour prendre votre retraite aux alentours de 40 ans ?
  • Vous vous autorisez malgré tout quelques dépenses mais tout est millimétré pour arriver à prendre votre retraite le plus tôt possible ? 
  • Vous connaissez quelqu’un qui a choisi le mode de vie frugaliste ?

Vous avez répondu oui à l’une de ces questions ? Vous vous intéressez donc au frugalisme ou aspires à devenir frugaliste. Si vous souhaitez témoigner, afin de préciser le profil type du frugaliste, merci de compléter le formulaire ci-dessous:

Le frugaliste est-il un passager clandestin ?

Le frugalisme consiste à se retirer le plus tôt possible du travail classique, tout en générant des revenus « passifs ». Le frugaliste est-il un profiteur, dont le comportement abusif serait nuisible à la société ?

Free rider : vtt saute de la montagne
Free rider : encore un frugaliste !

A l’époque de la marine à voile, les passagers clandestins étaient couramment jetés par-dessus bord, afin de ne pas avoir à les nourrir. Dans le champ plus policé feutré de la théorie économique, le passager clandestin est un  individu qui, au sein d’un groupe, se trouve bénéficier d’un service, d’un bien, d’un gain quelconque sans en assumer le coût. Autrement dit, c’est un profiteur. Ce comportement abusif constitue d’ailleurs un problème pour la théorie économique. En effet, celle-ci énonce qu’en poursuivant son intérêt personnel, l’individu travaille pour l’intérêt de la société (cf le boulanger d’Adam Smith  dans La Richesse des Nations).

Le frugaliste est assimilé à un free rider (cavalier seul). Il adopte effectivement une démarche individuelle et singulière. Pour autant, le frugaliste est-il irrationnel ? Le frugalisme constitue-t-il un danger pour la société ?

Les péchés capitaux du frugalisme

Tout d’abord, recensons les principaux griefs contre les frugalistes. Voyons s’ils sont justifiés. Dans l’affirmative, des voies de rédemption sont-elles possible ? Ou le mécréant frugaliste est-il condamné à l’enfer sans même pouvoir passer par la case du purgatoire ?

 Le frugaliste est égoïste

L’approche du frugaliste est fréquemment qualifiée d’ultra individualiste. Pour le sociologue Baptiste Mylondo, promoteur du revenu de base, la démarche des frugalistes est individuelle. Ils considère que les frugalistes n’ont pas de motivation écologique ou politique comme les décroissants. Il est vrai que le frugaliste a rompu un certains nombre d’amarres avec la société. Et il s’est construit un microcosme pour assurer son mode de vie.

Frugaliste : egoïste

Mais s’il a franchi le pas pour devenir frugaliste, c’est vraisemblablement parce qu’il vivait mal certaines normes imposées par la société. Il semble que l’élément déclencheur soit souvent lié à un travail désenchanteur. Dès lors, le frugaliste met en place une solution individuelle, faute d’approche collective satisfaisante à ses yeux.

Et puis, est-ce vraiment égoïste d’abandonner un boulot, souvent bien payé, et de laisser la place à d’autres. Ayant d’autres aspirations, ces derniers y trouverons peut être chaussure à leur pied ?

L’avarice du frugaliste conduit à la décroissance

Livre de Dominique Méda : la mystique de la croissance
Le ballon de baudruche se dégonfle …

Parce qu’il chasse la moindre dépense, le frugaliste n’est pas un consommateur modèle. Or, la consommation constitue généralement le principal moteur de la croissance dans les pays développés. Le frugalisme tuerait donc la croissance. On peut toutefois modérer ce propos en arguant (sans preuve, en l’absence de statistiques) que le mouvement du frugalisme semble à ce stade trop modeste pour avoir une incidence macro-économique. D’autre part, le mythe de la croissance perd quelque peu son souffle, au regard des menaces qu’elle fait peser sur notre environnement.

Enfin, en observant de plus près le mode de vie frugaliste, on observe qu’il induit des modes de consommations différents : moins centrés sur les biens matériels mais plus orientés vers les expériences. Cette tendance dépasse d’ailleurs largement le cercle restreint des frugalistes. Et de nombreux industriels cherchent d’ailleurs à la capter pour en profiter.

Le frugaliste profite du système

En premier lieu, le frugaliste a bénéficié (souvent longtemps) du système d’éducation. Or, en sortant prématurément de la société de production, il ne paierait pas son dû à la collectivité. Tout dépend néanmoins des durées des phases d’éducation et de production. Le coût de la formation initiale peut être amorti en tout ou partie. Quoi qu’il en soit, la retraite précoce s’avère souvent active. De plus, ces activités peuvent comporter des effets bénéfiques pour la société.

En second lieu, un paradoxe du frugalisme est fréquemment relevé. Le frugaliste se targue d’un mode de vie frugal. Certes, mais il n’est possible que si la société de consommation continue d’exister. En effet, le frugaliste finance généralement son mode de vie par des placements qui reposent sur le système capitaliste. Pour cette raison, le frugaliste est parfois accusé de financer le chaos social et environnemental.

Il s’agit effectivement d’un véritable écueil dans le modèle du frugalisme. Car il est difficile aujourd’hui d’épargner en ayant recours à des supports socialement et environnementalement responsables, malgré les labels qui se multiplient en la matière. Une étude réalisée par l’ONG Reclaim Finance révèle que l’écrasante majorité des produits financiers auxquels ils ont accès soutient des entreprises aux pratiques environnementales et sociales dangereuses.

Le capital est du travail mort, qui, semblable au vampire, ne s’anime qu’en suçant le travail vivant, et sa vie est d’autant plus allègre qu’il en pompe davantage

Karl Marx “Le Capital” (1867)

Dès lors, comment contourner  cet écueil ?

Une première méthode est la prévention : éviter les produits les plus nocifs, allouer une partie de son patrimoine à des placements labellisés « épargne solidaire ». Le frugaliste peut également être orienter une fraction de ses placements vers des actifs alternatifs comme  du crowlending (prêts participatifs) dans la transition énergétique.

Deuxième méthode : la compensation. Certaines personnes voyageant en avion, pris de remords, cherchent à compenser leurs émissions en carbone. De la même façon, l’adepte du frugalisme peut compenser les effets nocifs de ses investissements par des actions vertueuses (engagement associatif par exemple).

Le frugalisme conduirait au naufrage du système de retraite

Navire costa concordia coule
Le système de retraite prend du gîte. La faute aux frugalistes ?

En prônant un départ à la retraite à 40 ans, voire à 30 pour les plus entreprenants (optimistes ?), le frugalisme aggraverait le déséquilibre du système de retraite fondé sur la répartition. En effet, ces retraités précoces cessent de cotiser ou cotisent nettement moins lorsqu’ils exercent des petits boulots assimilables à des hobbies rémunérés.

Première réaction à cette assertion : le système de retraite a- t-il réellement besoin du frugalisme – phénomène à ce jour marginal – pour couler ?

Ensuite, le frugaliste parti précocement ne touchera, une fois l’âge légal venu, qu’une pension proportionnelle à ses cotisations. Cette dernière sera d’ailleurs probablement amputée par une décote radicale.

Paresse

Selon Jean-Michel Bonvin, professeur de sociologie à l’Université de Genève, le frugalisme ne se réduit pas à de la paresse. « Ce n’est pas un refus total du travail. C’est plutôt une manière de demander une forme de réenchantement, de redonner du sens au travail. »

Pieds dans hamac
Frugaliste activiste

Les expérimentations du revenu de base ont d’ailleurs montré que tous les bénéficiaires ne se ruaient pas à Malibu pour y faire du surf. De même, il est peu probable que tous les frugalistes soient foncièrement paresseux. La plupart de ceux qui relatent leur situation exercent d’ailleurs une ou plusieurs activités (non nécessairement rémunérées). De plus, la liberté financière nécessite un travail de longue haleine.

Mais les péchés capitaux n’étaient-il pas au nombre de 7 ? Or, ce chapitre en dénombre 5 seulement. C’est une preuve supplémentaire de la paresse du frugaliste !

Le frugalisme ne risque donc pas de déstabiliser la société. A condition qu’il reste marginal …

Ces griefs sont donc discutables et il parait peu vraisemblable que le frugalisme constitue actuellement un réel danger pour la société. Cependant,  il est difficile de tirer des conclusions en raison du peu d’études statistiques sur ce phénomène. Heureusement, certains sociologues ou anthropologues, comme Fanny Parise approfondissent le sujet.

Comment investir comme un paresseux

Votre motivation pour devenir frugaliste : travailler moins pour vivre mieux. Le « travailler plus pour gagner plus » n’est pas (plus ?) votre tasse de thé. Bonne nouvelle : ce slogan ne s’applique pas toujours aux placements financiers. Alors, ne consacrez pas vos journées à gérer vos finances et découvrez la stratégie de l’investissement paresseux.

Selon Warren Buffet, il existe deux méthodes pour réussir ses investissements en bourse : consacrer 6 à 7 h par jour pour éplucher les comptes rendus d’activité des entreprises ou acheter des fonds indiciels. Il a choisit la première et cela lui a réussi. Mais êtes vous prêts à consacrer autant de temps à la gestion de vos placements. En tant que frugaliste, vers laquelle penchez-vous  ?

La méthode du « lazy investing » s’est particulièrement développée aux Etats-Unis. En témoigne l’engouement pour les ETF, ces fonds indiciels cotés. Elle fait également de plus en plus d’adeptes en Europe. Ainsi, l’AMF relève que 147 000 particuliers ont passé au moins un ordre d’achat ou de vente d’ETF au 1er trimestre 2020, puis 109 000 au 2e trimestre (à comparer à une moyenne de 72 000 investisseurs actifs par trimestre en 2018, et de 86 000 en 2019).

Ce succès conduit à un foisonnement de produits, sous l’impulsion des services marketing des émetteurs. Certains se sont fait récemment taper sur les doigts par l’AMF en particulier pour une utilisation jugée abusive du label « ISR ».

Dès lors, comment s’y retrouver dans cette nouvelle jungle ? Comme souvent, le mieux est de faire simple. Pourquoi ne pas adopter la tactique du paresseux ?

Investissez comme un paresseux

Mimétisme animal

Le métabolisme du Paresseux est deux fois inférieur à celui des autres mammifères. Il se déplace très lentement : moins de 10 m à la minute dans les arbres. Le paresseux a une espérance de vie d’environ 30 à 50 ans. On le rencontre très fréquemment dans tout le Costa Rica, pays de la « pura vida ».

Paresseux dans un arbre
La stratégie du paresseux : je m’y accroche !

Jan Longeval, dans son livre Dieux ne joue pas aux dés avec la Bourse, estime que « les gens sont fondamentalement paresseux ». Dès lors, comment composer avec ce penchant pour réussir ses investissements ?

Définition du « lazy investing »

La stratégie du « lazy investing » consiste à investir dans des fonds indiciels, les ETF. L’investisseur lazy cherchera à limiter le nombre de transactions (achats, ventes, arbitrages)

Avantages du « lazy investing »

Les avantages de cette méthode découlent des  atouts des fonds indiciels, qui sont généralement :

– bien diversifiés par construction : en achetant un ETF, vous investissez en un clic dans des dizaines, des centaines, voire des milliers de valeurs différentes,

– peu chargés en frais (couramment 5 fois moins que les fonds gérés activement) ; cet aspect est fondamental en périodes de taux d’intérêt faibles et de performances faibles.

Le ticket d’entrée est modique car leur valeur unitaire est généralement accessible. Cependant, ils se négocient comme des titres, il convient donc de prendre en compte les tarifs de votre courtier.

Enfin, le lien affectif  est moins marqué que pour des « titres vifs ». Si certains s’attachent à leurs actions LVMH, c’est a priori moins évident pour une ETF nommé Xtrackers ATX UCITS ETF 1C. Cela a pour effet bénéfique de limiter les biais dans les décisions d’investissement.

Limites

Composition des indices

Les indices comportent parfois  quelques biais, y compris les indices « larges ». Il s’agit notamment de surpondérations liées à leur composition, ou à l’évolution des valeurs des actifs qui les composent. Par exemple, les technologies de l’information pesaient 28 % de l’actif du S&P500, indice regroupant environ 500 grandes entreprises cotées  américaines.

Par ailleurs, les indices visant une large couverture mondiale n’incluent pas de petites valeurs qui se sont pourtant avérées performantes dans la durée.

Quant aux fonds indiciels de petites valeurs, il convient d’être particulièrement attentif à leur composition. Ainsi, les quelques ETF ciblant l’éligibilité au PEA-PME se sont révélés peu performants. La présence de sociétés de biotechnologie très volatiles a pu être à l’origine de ces piètres performances.

Risque de change

Dans la sélection des ETF, la devise est également à prendre en compte. En effet, si l’ETF cote dans une autre devise (dollar américain par exemple pour certains indices MSCI), vous serez exposé au  risque de change.

Risque de faillite du gestionnaire ou des intermédiaires

Si vous investissez une part significative (supérieure à 5%) de votre patrimoine financier dans ces supports, vous aurez tout intérêt à avoir recours à plusieurs gestionnaires et intermédiaires. Il s’agit de se prémunir du « risque de contrepartie ». Ainsi, vous limiterez la casse en cas de faillite de l’un d’eux.

Moins stimulant intellectuellement

L’investissement dans des paniers de valeurs parait certes moins motivant que de sélectionner soi-même de « belles valeurs ». Pour flatter votre égo, vous pouvez toutefois vous préserver un « bac à sable », de taille limitée (30 % au maximum de vos actifs financiers dans un premier temps, à mon sens) pour tester vos talents d’investisseur.

Vous ne choisissez pas les valeurs …

… en fonction de vos valeurs. Certes, certains ETF adoptent le label ISR ou d’autres référentiels en matière de « finance responsable ». Pourtant, selon une étude de Reclaim Finance portant sur 442 fonds commercialisés en France, 86 % de ces fonds contribuent  au financement d’entreprises considérées comme nocives

Mise en œuvre de la stratégie du paresseux

Conseils généraux

Investissement progressif

Il est conseillé d’investir progressivement. Par exemple, investir une même somme tous les mois vous permettra de lisser vos prix de revient.

Allocation cible

De même, il est préférable de se fixer une allocation cible afin de s’assurer d’une bonne diversification. Des rééquilibrages seront envisagés à une fréquence faible (tous les ans par exemple) afin de ne pas générer de frais de transaction trop élevés.

Comment sélectionner les ETF ?

Pour choisir vos ETF, les critères principaux sont :

  • les frais
  • les encours : privilégiez les encours conséquents (supérieurs à une centaine de millions d’euros). Sinon, le risque est que le fond ferme ou soit restructuré.
  • l’accessibilité : pouvez-vous le négocier auprès de votre courtier habituel ? A noter que pour les frugalistes (et autres investisseurs) européens, la réglementation a restreint l’univers des ETF. Les ETF accessibles sont « UCITS » et doivent proposer le document DICI dans la langue de l’investisseur.

Veillez également à :

  • diversifiez les gestionnaires et intermédiaires afin de réduire le risque en cas de défaillance de l’un d’eux
  • varier les type de réplication : physique (les titres composant l’indice sont détenus) ou synthétique (contrat de « swap » avec une contrepartie).

Pour les gros portefeuilles, il vaudra mieux répartir les actifs sur plusieurs supports.

Selon votre profil de paresseux

Profil paresseux premium

Vous avez mieux à faire que de perdre votre temps avec des questions d’argent ? Oui au frugalisme, mais pas au prix du stakhanovisme pourrait-être votre slogan ? Vous vous reconnaissez dans ce profil de « paresseux premium » en matière d’investissement ? Voici à quoi pourrait ressembler votre poche actions :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesFTSE All-WorldVanguard  FTSE All-WorldIE00B3RBWM250,22Non
Avantages

L’indice FTSE All-World est large puisqu’il compte 3 900 valeurs (pour le « copier » l’ETF en détenait 3 462 à fin octobre 2020). Il s’agit  de grandes et moyenne valeurs réparties dans 50 pays, développés et émergents

Points d’attention

En investissant sur un seul support, vous prenez un risque de contrepartie. Pour le limiter, vous pouvez opter pour un deuxième support semblable

Compléments ou alternatives
CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesACWI IMISPDR MSCI ACWI IMI UCITS ETFIE00B3YLTY660,40Non
 Actions internationalesACWILyxor MSCI All Country World UCITS ETFLU18292202160,45Non

L’indice MSCI All country World Index (ACWI) Investable Market Index (IMI) est un indice très large puisqu’il compte près de 9000 constituants, répartis dans 23 pays développés et 26 émergents. Il couvre les grandes, moyennes et petites  valeurs. Selon MSCI, il couvre 99 % des actions mondiales.

L’indice ACWI, lui n’inclut pas les petites valeurs américaines et européennes.

Option dividende

Intéressé par les  dividendes, voici une ETF qui peut répondre à cette stratégie :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationales dividendesFTSE All-World High Dividend YieldVanguard FTSE All-World High Dividend YieldIE00B8GKDB100,29Non

Profil paresseux standard

Pour ce profil « cœur » de paresseux, une gestion limitée à 2 ETF est préconisée :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldAMUNDI MSCI WORLD UCITS ETFLU16810435990,38Oui
Actions émergentesMSCI Emerging MarketsAMUNDI ETF PEA MSCI EMERGING MARKETSFR00134120200,20Oui
Points d’attention

L’indice MSCI World est actuellement exposé à hauteur de 67 % sur les Etats-Unis et à 22 % sur les technologies de l’information.

Alternatives

Voici des ETF alternatifs pour couvrir l’indice MSCI Word :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldSPDR MSCI World UCITS ETFIE00BFY0GT140,12Non
Actions internationalesMSCI WorldLyxor PEA Monde  UCITSFR00118693530,45Oui

Le dernier est éligible au PEA, mais ses frais sont un plus élevés que les autres et l’encours sous gestion est limité à 53 M€.

Courbe comparant les indices  MSCI World et MSCI ACWI
Peu d’écart entre les indices MSCI World et MSCI ACWI

Profil semi-paresseux

Pas si paresseux que cela ? Ajoutons donc deux ETF pour couvrir les petites valeurs américaines et européennes.

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions internationalesMSCI WorldSPDR® MSCI World UCITS ETFIE00BFY0GT140,12Non
Actions émergentesMSCI Emerging MarketsAMUNDI ETF PEA MSCI EMERGING MARKETSFR00134120200,20  Oui
Actions américaines petites valeursRussell 2000 IndexAMUNDI RUSSELL 2000 UCITS ETF – EUR (C)LU1681038672  0,35Oui  
Actions européennes petites valeursMSCI EUROPE SMALL CAPS SRI S-Series 5% Capped (NTR)BNP PARIBAS EASY MSCI EUROPE SMALL CAPS SRI S-SERIES 5% CAPPED – EURLU12911015550,25Oui

Les plus besogneux.euses , ou celles et ceux possédant les plus gros patrimoines, pourront envisager de se créer leur propre poche World à partir de plusieurs ETF comme :

CatégorieIndiceNom de l’ETFCode ISINFrais %  PEA
Actions américainesS&P 500BNP PARIBAS EASY S&P 500FR00115501850,15Oui
Actions américainesS&P 500AMUNDI ETF PEA S&P 500FR00134122850,15  Oui
Actions Asie hors JaponFTSE Developed Asia Pacific ex JapanVanguard FTSE Developed Asia Pacific ex JapanIE00B9F5YL180,15Non
Actions japonaisesTopixAMUNDI ETF PEA JAPAN TOPIXFR00134119800,20Oui

Avantages : diversification des gestionnaires et possibilité de loger une partie dans le PEA, tout en limitant les frais moyens de cette poche.

Inconvénients : la gestion perd de son caractère paresseux.

Pour travailler la stratégie du paresseux

Outils

Sélecteurs d’ETF

Just ETF

Commencez par sélectionner votre pays à gauche du bandeau supérieur. Rendez-vous ensuite dans la  rubrique ETF screener  pour effectuer vos recherches

Quantalys

Un moteur de recherché accessible depuis  le menu Fonds / Espace ETF.

Un mode de recherche avancée permet d’avoir accès à plus de critères. Consultez la documentation.

Boursorama

Vous pouvez sélectionner des ETF à partir du menu Bourse > Trackers-ETF>Palmarès.

Des critères supplémentaires sont accessibles en cliquant sur + de critères.

Screener d'ETF de Boursorama
Le screener d’ETF de Boursorama

Traquer les écarts de réplications

Trackinsight

Petite librairie de l’investisseur paresseux

  • Créer et piloter un Portefeuille d’ETF, Edouard Petit, 2017
Millionnaire avec la strategie du paresseux

Christopher Klein, janvier 2019


Dieu ne joue pas aux dés avec la Bourse

Jan Longeval

Frugaliste : combien de temps consacrer à ses placements ?

La plupart des français ne s’occupent pas de leur argent et le laissent dormir sur les comptes courant et sur le livret A. Pour devenir frugaliste et atteindre l’indépendance financière, il faudra procéder autrement ! Et consacrer un peu de temps à ses investissements.

Réveil rouge et billets euros
150 € à placer ? Combien de temps y consacrer ?

Gérer l’argent durement gagné mérite un petit effort supplémentaire

Les Français s’intéressent peu à la gestion de leurs finances

Selon la Banque de France, un tiers de l’épargne financière des ménages était  « placée » dans les comptes à vue et les livrets bancaires au 2ème trimestre de 2020. C’est vrai que les « bons placements » ne courent pas les rues en cette période de taux bas. Mais cette proportion élevée témoigne d’un désintérêt des Français pour la gestion de leur patrimoine financier. Il est vrai que l’éducation n’est pas incitative : pas de cours spécifiques à l’école et les questions d’argent constituent souvent des tabous.

« Faute à pas le temps » ? Pourtant les français passent beaucoup de temps sur les réseaux sociaux, hameçonné par leurs algorithmes addictifs. Tous âges confondus, les Français se connectent en moyenne 2 heures et 12 minutes par jour. Environ un tiers de l’usage d’internet est consacré aux réseaux sociaux. Face à cela, une approche rationnelle consisterait à ne pas succomber à cette addiction et allouer un peu de temps à l’étude d’investissements, le cas échéant des actions Facebook (AMF : attention, ceci n’est pas un conseil d’achat).

Citation

Celui qui veut réussir ses investissements trouve un moyen, celui qui ne veut rien faire trouve une excuse et va sur Facebook.

Proverbe français adapté

Un effort marginal pour faire fructifier de l’argent durement gagné

grappe de raisin noir
Reste encore un peu de travail …

Pour le vigneron ou la vigneronne, l’essentiel du travail est réalisé lors de la culture des vignes et de la récolte des raisons. Pour autant, il n’est pas raisonnable d’abandonner le breuvage à son sort. Certes, on peut en boire ; avec modération, une petite partie. Mais il faudra surtout s’attacher à bonifier les hectolitres restant.

L’épargnant devra agir de façon similaire. Il devra s’attacher à faire fructifier son épargne, avec rigueur et précision.

Frugaliste, votre motivation sera s’atteindre l’indépendance financière

"Motivation" écrit sur ardoise
Motivation du frugaliste : l’indépendance financière

Consentir à faire des efforts, c’est plus facile lorsque l’on est motivé. Pour le frugaliste, l’objectif sera de d’accéder à la liberté financière. Pour y parvenir, le/la frugaliste ne pourra pas se contenter de ne rien faire, c’est-à-dire :

  • Laisser son argent sur ses comptes courants et livret A ;
  • Considérer sa résidence principale comme le seul investissement d’une vie.

Courbe temps / argent
L’excitation monte avec le temps l’argent

Le frugaliste devra, à mon sens, nécessairement acquérir une culture financière minimale afin d’avoir une vision stratégique de ses investissements. De même, il devra se forger une expérience dès la phase d’épargne. Ainsi, il pourra repérer rapidement les bons investissements et éviter les chausse-trappes.

Comment calibrer le temps alloué à ses investissements ?

Arbitrage nécessaire avec la vie familiale, les loisirs

Balance entre temps et argent
Trouver le bon équilibre …

La gestion de vos finances ne doit pas (trop souvent) prendre le pas sur vos autres activités : vie familiale, loisirs.

Un arbitrage sera nécessaire selon goûts et votre intérêt pour le domaine financier. Le temps passé sera également différent en fonction de votre situation : activité et phase d’épargne ou sans activité rémunérée  et gestion de rente.

Libérer du temps pour gérer son argent

Pour les décisions relatives aux « gros » investissements

Avez-vous remarqué que les gens sont capables de consacrer du temps à comparer les prix avant d’acheter des biens de consommation courante (appareils électroniques  par exemple). Les mêmes sont parfois prêts à investir l’épargne de toute une vie le jour même pour ne pas « louper la bonne affaire ». Sous la pression parfois d’un agent immobilier qui répète à l’envi « si vous ne signez pas avant ce soir, vous risquez de rater ce bien. Vous savez, j’ai encore de nombreuses visites ».

Jeu Monopoly
J’achète tous les hôtels !

Or des vérifications minimales sont indispensables pour les investissements de montants élevés.

Pour un bien immobilier, il faudra par exemple vérifier :

  • L’état des risques et pollutions ;  s’il fait apparaitre des risques significatifs, par exemple en matière d’inondations, il conviendra d’approfondir la question en consultant le plan de prévention du risque d’inondation du département.
  • Le montant des charges de copropriété et le paiement des travaux votés ou susceptibles de l’être ; demander pour cela au propriétaire les procès-verbaux des dernières assemblées générales des copropriétaires.
  • l’évolution prévisible du quartier et les servitudes publiques ou les contraintes d’urbanisme qui s’appliquent au bien ; ces renseignements peuvent être obtenus auprès du service de l’urbanisme de la commune.

Pour un bien mobilier (placement financier), un examen complet est là aussi nécessaire en recherchant des informations :

  • sur le placement et sur l’intermédiaire financier (commencer par chercher dans votre moteur de recherche préféré le nom du placement + arnaque, puis complétez vos investigations, le cas échéant, sur les listes noires et mises en garde de l’AMF ) .
  • dans la presse financière ;
  • sur des investissements présentant des caractéristiques similaires, pour vous assurer que le placement visé soutient la comparaison ;
  • concernant les aspects juridiques et fiscaux du placement ;
  • relatives aux frais qui vous seront appliqués et les modalités de rémunération des gestionnaires ou intermédiaires

En fonction de la complexité du projet, une période d’examen de 2 à 4 semaines s’avère généralement nécessaire.

Par ailleurs, si vous avez déjà acquis votre résidence principale , examinez la possibilité d’emprunter pour investir, afin d’activer le levier du crédit.

Pour la gestion courante

Vous travaillez durement, au moins 35 h par semaine pour obtenir un revenu. Dès lors, il parait rationnel de consacrer un peu de temps à la gestion de cet argent gagné. Partons sur 5 % de votre temps de travail. Cela représenterait soit 1h45 par semaine. Arrondissons à 2h car vous travaillez certainement plus que 35 h par semaine. Vous pourriez- par exemple répartir cette durée sur deux séances : une en semaine et une le week-end.

Encore trop pour vous ? Il existe des solutions pour déléguer votre gestion.

Pour le patrimoine immobilier, vous pouvez confier la gestion de vos biens à une agence immobilière et/ou opter pour des SCPI diversifiées. Quant aux biens mobiliers (actions, obligations, …), les fonds et ETF offrent la possibilité de limiter vos actes de gestions. Pour les ETF, le temps consacré à la gestion peut même être limité à quelques minutes par mois, selon les promoteurs de la méthode lazy investing (investissement paresseux).

Peut-être que vous connaissez une personne de confiance exerçant dans le domaine des finances sur qui vous pourrez compter pour gérer vos biens ou vous conseiller. Attention toutefois  à ne pas se fâcher avec elle pour un différend financier …

Même si vous décidez de déléguer tout ou partie de la gestion de votre patrimoine, il demeure préférable de jouer le rôle de chef d’orchestre et de conserver une vision d’ensemble. Cela suppose d’acquérir et d’entretenir une culture financière et fiscale, ce qui nécessitera un minimum d’investissement en temps. Vous pourrez ainsi valablement discuter avec les gestionnaires.

Investir : le plus tôt sera le mieux

Vous avez intérêt à investir le plus tôt possible : votre argent et aussi un peu de votre temps pour bâtir votre patrimoine sur des fondations solides. Mieux vaut faire travailler votre argent le plus tôt possible que d’avoir à travailler trop longtemps pour un patron… Ces efforts vous permettrons peut-être un jour d’avoir la liberté de travailler moins, ou de dire « au revoir patron » !

"Au revoir" dans toutes les langes
Pour dire ‘au revoir » dans une multinationale

Bientôt tous frugalistes grâce au revenu de base inconditionnel ?

Si vous aspirez à devenir frugaliste, vous attendez certainement avec  impatience l’instauration d’un revenu de base inconditionnel. Faut-il compter sur ce revenu pour concrétiser son projet frugaliste ou s’agit-il d’un mirage en plein désert des Tartares ?

Couverture du livre "Le Désert des Tartares"
Frugaliste, voyez-vous venir le revenu de base ?

Sommaire

L’idée du revenu de base chemine … lentement

L’idée du revenu de base inconditionnel percole lentement mais sûrement dans le débat public. Elle suscite d’ailleurs généralement de vifs  débat et controverses car il est difficile d’écarter l’idéologie sur ce sujet. Il est toutefois intéressant d’observer que les positions sont transpartisanes. Les soutiens et adversaires sont en effet présents tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Un premier coup de projecteur avait été donné en 2017. C’était lors de la campagne présidentielle française (ce revenu était inscrit dans le programme de Benoît Hamon). Depuis, le sujet est revenu sur (presque) toutes les lèvres lors des confinements liés à la pandémie de Covid-19. Même le pape François a suggéré l’instauration d’un « salaire de base universel » en avril 2020, après avoir dénoncé la dimension « compétitive et individualiste de la civilisation actuelle ».

Discours du pape François, favorable au revenu de base
Revenu de base : ayez la foi ! La Croix

Les premières expérimentations paraissaient lointaines (tant géographiquement qu’en matière de niveau de vie). Elles suscitaient donc des doutes quant à la possibilité de transposer ce dispositif dans nos pays « riches ». Mais voilà que  les terres d’expérimentation se rapprochent de nous : Corse, Grande-Synthe. Comme le montre la carte mondiale des expérimentations (recensées par le  mouvement français pour un revenu de base), nombre d’expérimentations sont désormais menées dans les pays riches.

Le revenu de base, késako ?

Label rouge pour le revenu de base
C’est du bon !

Il convient d’abord de se mettre d’accord sur les mots. En effet, les nombreuses annonces (en particulier durant la période de Covid) se réfèrent à des appellations différentes, ce qui prête parfois à confusion. Revenu universel, revenu décent, s’agit-il du même dispositif ? Pas nécessairement. Par exemple, lorsque le Président français a annoncé en 2018 un « revenu universel d’activité», ce dernier consistait en réalité à une fusion des prestations sociales (RSA, prime d’activité et APL).

Dès lors, comment distinguer les vrais projets de revenu de base. Existe-t-il un « label rouge », comme pour le poulet  ?

Définition du revenu de base

Pas de label semble-t-il à ce jour mais une charte mise au point par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB, créé en 2013 pour fédérer les partisans du revenu de base et obtenir son instauration en France). Le même MFRB a mené un décryptage de toutes les mesures apparentées au « revenu universel » annoncées dans le monde depuis le Covid-19.

De même, le MFRB propose une définition du revenu de base :

 « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. »

Grandes caractéristiques

Selon le MFRB, le revenu de base se doit d’être  :

  • Universel : Tous les membres de la communauté le reçoivent, quels que soient leurs revenus ou leurs situations professionnelles.
  • Inconditionnel : aucune contrepartie n’est requise pour le recevoir.
  • Individuel : il est versé à chaque membre du foyer, sans considération des revenus de ses autres membres.
  • Permanent : les enfants y ont droit aussi. Il pourrait par exemple être versé aux responsables légaux jusqu’à leur majorité
  • Inaliénable : le revenu universel est un droit fondamental pour tous les citoyens. Ses bénéficiaires ne peuvent pas en être dépossédés.
  • Cumulable : il s’additionne avec tout autre revenu (salaire, certaines allocations …).

Ces caractéristiques ont de quoi faire rêver un.e frugaliste. Mais au fait, quel pourrait-être le niveau de ce revenu de base ?

Quels montants et quels coûts pour le revenu de base ?

Les propositions s’étendent de 450 € pour les  partisans libéraux à 1 200 € pour les promoteurs de gauche, plus ambitieux. Les modalités de financement diffèrent selon les projets mais une augmentation significative des impôts seraient dans tous les cas nécessaire. En France, le coût d’un revenu de base de 1 000 euros par adulte et de 500 euros en-dessous de 18 ans est estimé à 720 milliards d’euros par an, selon le magazine Alternatives économiques.

Quels bénéfices, pourquoi l’instaurer ?

Les promoteurs de renom du revenu de base (dans ses différentes variantes) sont nombreux comme le recense Libération dans Tout non-travail mérite salaire : Martin Luther King, André Gorz ou encore les Prix Nobel d’économie Milton Friedman, James Tobin, Paul Samuelson ou Amartya Sen.

Selon ses supporteurs, le revenu de base offre les avantages suivants.

Moyen efficace de lutte contre la pauvreté

Le revenu de bas permettrait de réduire la pauvreté. En effet, il constituerait une solution au problème actuel du non recours aux aides sociales par des ayants-droits. Ce phénomène s’explique par le fait que certaines personnes ne sont dans aucun fichier ou renoncent à demander une aide. Ainsi, le revenu de base offrirait-il un filet de sécurité à mailles plus resserrées que les dispositifs de protection sociale actuels. D’ailleurs, son universalité et son automaticité auraient grandement facilité les choses durant les périodes de confinement (en particulier en continuant à protéger celles et ceux qui tirent une partie de leur revenu du travail non déclaré).

Le Précariat. Les dangers d'une nouvelle classe. Couverture du livre de Guy Standing
Le revenu de base comme digue de protection contre le tsunami des précaires ?

De plus, ce dispositif contribuerait à la stabilité sociale et politique. Ainsi, pour Guy Standing, qui l’érige en « nouveau droit fondamental », le revenu de base est une piste évidente pour résoudre le problème du « précariat ». Il juge que l’émergence de cette nouvelle classe de « résidents précaires » est dangereuse pour l’équilibre social, économique et politique. Ainsi, le retour à l’agenda du revenu de base est aussi lié à la crainte d’un raz-de-marée anti-riches.

En outre, Guillaume Allègre de l’OFCE relève que  les instruments de lutte contre la pauvreté (RSA notamment) sont « familiarisés ». Un système individualisé offrirait plus de liberté et de sécurité aux individus, dans un contexte où la famille n’est plus stable.

Sur la plan économique, le revenu de base serait une bonne solution pour maintenir la demande agrégée, notamment en cas de crise (comme les périodes de confinements). En effet, il soutiendrait la consommation des ménages les plus pauvres.

Donner de la visibilité et de la confiance

Ce revenu pourrait alléger les angoisses paralysantes des fins de mois. Il permettrait d’engager des recherches d’emplois et de formations. De mener des projets et de prendre plus de risques.

Varier ses activités et revaloriser certains emplois

Le revenu de base aurait pour effet de déconnecter – au moins en partie – les moyens de subsistance du travail. Ce qui n’empêcherait pas ses bénéficiaires – c’est à dire a priori tout le monde – d’exercer une grande variété d’activités, choisies en fonction des aspirations de chacun. Selon certains, les individus seraient plus épanouis, et plus performants dans ces tâches et par conséquent plus productifs.  Une partie seulement de ces activités seraient rémunérées, mais elles seraient globalement utiles à la société, ne serait-ce que pour maintenir du lien social (activités associatives par exemple).

Les boulots pénibles mais à forte valeur sociale (personnel de nettoyage dans un hôpital par exemple), seraient mécaniquement revalorisés par une amélioration des conditions de travail et de la rémunération. Car sans ces améliorations, il n’y aurait plus personne pour les exercer …

Ainsi, la corrélation inverse entre valeur sociale du travail et niveau de rémunération, observée par David Graeber dans son livre bullshits jobs, serait légèrement corrigée pour les bas salaires.

Quelles sont les principales critiques et difficultés ?

Qui va faire le sale boulot ?

La question est pertinente. Car si l’on augmente les salaires dans certaines branches, acceptera-t-on l’augmentation des factures pour leurs services ? Par exemple, dans le secteur du nettoyage, l’Etat et les collectivités territoriales seront-ils disposés à payer plus pour le nettoyage de leurs bureaux ? On peut rétorquer à cela qu’une grande partie des services gérant le système actuel de protection sociale pourront libérer leurs locaux avec l’instauration du revenu de base. Autre exemple : le modèle de la grande distribution (déjà challengé par ailleurs) pourrait être remis en cause s’il fallait revaloriser les salaires des « employés de rayons» (plutôt maigres, même en positivant).

Tout le monde va arrêter de travailleur pour aller surfer à Malibu

Le revenu de base va produire une masse d’oisifs qui va vivre du travail des autres. C’est l’une des principales objections soulevées à l’évocation du revenu de base. Pourtant, ce n’est pas ce que démontrent les conclusions des premières expérimentations. De même, une étude faite dans le cadre de la votation suisse  montre que 2% des individus déclarent qu’ils cesseraient de travailler s’ils avaient un revenu universel.

Cependant, pour John Rawls, philosophe libéral américain, “ceux qui surfent toute la journée au large de Malibu doivent trouver un moyen de vivre par eux-mêmes et n’ont pas droit à des fonds publics”.

C’est pourquoi Antony Atkinson, économiste britannique, spécialiste de l’étude des inégalités, a proposé un “revenu de participation”. C’est-à-dire qu’il conditionne l’obtention de ce revenu à une participation minimale à la vie de la société. Il définit toutefois cette « participation » de façon assez large : avoir un emploi, être en éducation, en formation ou en recherche d’emploi active, garder des enfants ou s’occuper de parents, faire du bénévolat dans une association reconnue. Seules seraient exclues les personnes qui consacrent leur vie à leurs loisirs.

Selon Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d’économie 2019, « l’une des plus répandues est qu’aider les gens les rendrait paresseux et les encouragerait à profiter du système. Tous les dispositifs d’aide aux plus pauvres, que ce soit dans les pays riches ou dans les pays en développement, sont construits sur cette croyance et possèdent de ce fait une dimension punitive. Or nos expériences montrent que c’est le contraire qui est vrai : plus on aide les gens, plus ils sont capables de repartir d’eux-mêmes, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle ils étaient enfermés ».

Tout travail mérite salaire

Nous sommes nombreux à percevoir l’emploi salarié comme la pierre angulaire de l’intégration et de la protection sociale. Le revenu de base viendrait saper cet édifice en dévaluant la sacro-sainte « valeur travail » et remettrait en cause le précepte biblique « tu gagneras ton pain à la sueur de ton front« .

Pour les avocats du revenu de base, il serait désormais temps d’admettre que l’emploi salarié devient une denrée rare. Selon eux, le revenu de base aurait également l’avantage de briser la dichotomie entre ceux qui ont accès à un emploi et ceux qui en sont exclus.

Travailleur allongé dans une usine
Tout non-travail mérite salaire (Libération). Extrait des séries du photographe Alain Bernardini, «Les Allongés», dans l’imprimerie Yvert à Amiens. Photo Alain Bernardini.

De toute façon, c’est beaucoup trop coûteux, donc non finançable

C’est vrai que les choses se compliquent dès qu’il s’agit de trouver les moyens de le financer. Pour les uns, il suffirait de mettre en place une vraie taxe sur les transactions financières et de supprimer les paradis fiscaux. D’autres le conçoivent comme une allocation dont l’élargissement serait financé par les économies permises par la suppression des services sociaux gestionnaires du millefeuille d’aides actuel.

Enfin, la plupart des études concluent que la principale source de financement serait l’impôt sur le revenu, en augmentant sa progressivité. Le dispositif pourrait être complété, le cas échant, par un impôt sur le patrimoine.

Mieux vaut cibler les pauvres

Dans les pays pauvres, Esther Duflo préconise la création « d’un revenu universel « ultra basique » qui permette d’assurer à toute personne un seuil de revenus au-dessous duquel il ne pourra pas tomber, permettant de se nourrir, de se loger. Et cela sans contrepartie. »

Pour les pays riches, des économistes comme Philippe Martin, estiment que ce système unique, remplaçant l’ensemble des dispositifs fiscaux et sociaux existants, risquerait de faire des perdants. Il préconiqe de mieux cibler les aides sociales.

C’est le retour de l’inflation

Pour certains, le revenu de base accroitrait la demande et le pouvoir d’achat. Alors que dans le même temps l’offre diminuerait (la production baisserait puisque une part grandissante de la population demeurerait oisive). Ce double effet conduirait à une hausse de l’inflation.

Pour d’autres, l’inflation serait la bienvenue pour alléger le fardeau de la dette publique.

Enfin, selon les analyses du MFRB, si le dispositif est financé par redistribution  (par l’impôt), il n’augmenterait pas la masse monétaire et n’aurait donc pas d’effet notable sur l’inflation. Cette relation entre inflation et création monétaire, promue par l’économiste libéral Milton Friedman dans les années 1970, doit toutefois être relativisée. Car elle a été contredite par les fait depuis 2008 : l’inflation a chuté malgré une forte augmentation de la masse monétaire.

Frugalistes, œuvrez pour le revenu de base !

Convaincu par les principes du revenu de base ? Devenez militant !

Les bienfaits du revenu de base vous ont convaincus ? Vous estimez que le solde est globalement positif ? Dans ce cas, pourquoi ne pas participer à faire avancer ce projet ? Par exemple en adhérent à une association, comme le Mouvement français pour le revenu de base ?

Pour vous faire entendre, vous pouvez également signer l’initiative citoyenne européenne 2020/2021 pour un revenu de base,  avant le 25 septembre 2021.

Sans attendre, créez votre propre revenu de base

Vous adhérez aux principes du revenu de base. En particulier vous souhaitez mettre en œuvre le plus rapidement possible ses bons côtés : décider de la vie que vous souhaitez mener, changer votre relation au travail. Et, si vous êtes prêts à vivre simplement, travailler différemment ou ne plus travailler du tout.

Alors, ne misez pas tout sur l’attente d’une hypothétique mise en œuvre… Constituez votre propre revenu de base en préparant votre indépendance financière !

Approfondir le sujet du revenu de base

Livres

Le revenu de base inconditionnel. Une proposition radicale

Couverture du livre Le revenu de base inconditionnel
Véritable recueil sur le revenu de base

Philippe VAN PARIJS, Yannick VANDERBORGHT

La bible sur le sujet. Un plaidoyer de 584 pages dans lequel les auteurs analysent à la fois les arguments favorables et les objections à l’instauration du revenu de base inconditionnel.

Interviews de Philippe VAN PARIJS en 2019, dans Libération

Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation

Couverture du livre Libérons-bous !

Abdennour Bidar

Comment se libérer de ces esclavages absurdes ? Par l’instauration d’un revenu universel ! Pour nous consacrer enfin « à nos vrais problèmes, ceux de la vie et des relations entre les hommes, ceux des créations de l’esprit » et aux moyens de « mener une vie judicieuse, agréable et bonne ».

Film

Un revenu pour la vie

Film documentaire de Michaël le Sauce

Le revenu de base inconditionnel vise à découpler une partie du revenu du travail pour le coupler à la vie ! Pour que chaque être humain, dignement, puisse apporter sa contribution à la société. Il y a du travail pour changer de civilisation !

Comment bien diversifier ses placements de frugaliste ?

Pour devenir frugaliste, vous devrez atteindre l’indépendance financière. Elle-même repose à la fois sur la maîtrise des dépenses et une bonne gestion des placements financiers. Pour cela, il parait nécessaire d’appliquer une règle d’or de l’épargne : la diversification.

oeufs dorés
Règle d’or : ne pas mettre tous ses oeufs dans le même panier. Wes Thompson/Corbis / Photononstop

Sommaire de l’article

Une règle connue mais pas toujours appliquée

panier et oeufs renversés
J’aurai dû y penser avant !

Ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Malgré cet adage largement connu, certains investisseurs, qui s’occupent directement de leur placements ne mettent pas pleinement en œuvre cette règle de diversification. C’est le cas de « passionnés de l’immobilier », qui multiplient les acquisitions dans leur quartier. En concentrant leurs investissements, ils concentrent également le risque. Ou même de « grands investisseurs » comme Warren Buffet qui s’est montré partisan de « mettre tous ses œufs dans le même panier mais de surveiller le panier de très près ».

En outre, des études de finance comportementale montrent que les épargnants pratiquent rarement une diversification efficace pour leurs placements.

Pourquoi diversifier ?

La diversification est un moyen, pas une fin

Tout d’abord, précisions que la diversification des actifs ne constitue pas une fin en soi. En tant que frugaliste, on ne va pas investir pour avoir un beau portefeuille, bien diversifié. On va plutôt investir pour atteindre ses objectifs de frugaliste (retraite anticipée notamment), au moyen de la diversification.

Diversifier pour réduire les risque sans réduire l’espérance de gain

Dans un monde imprévisible, même les meilleurs experts, économistes ou financiers, se trompent. Toutefois pas systématiquement, et prendre des décisions inverses aux leurs, n’est pas toujours une garantie de succès …. Il faut alors admettre l’hypothèse que l’avenir est imprévisible, en particulier en matière de placements financiers. Dès lors, la seule façon de réduire le risque lié à l’incertitude quant à l’avenir est de combiner plusieurs placements.

Selon la Théorie Moderne du Portefeuille, la diversification permet de diminuer le risque sans altérer la rentabilité espérée. Le niveau de risque peut se mesurer mathématiquement. Ces calculs montrent que un plus un n’est pas égal à deux : le risque présenté par la combinaison de deux actifs peu corrélés est inférieur à la somme des deux risques et, bien souvent, au risque de chacun des actifs considérés isolément.

Pour illustrer cela, Jean-François de Laulanié, dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » compare, sur la période 1995-2015 un portefeuille composé à 100 % d’obligations françaises avec des portefeuilles comportant des « zestes » d’actions (de 5 à 20 %) pour 80 à 95 % d’obligations. Ces derniers portefeuilles se caractérisent par des volatilités annuelles moindres (indicateur représentatif du risque). En effet, quant une classe d’actif sous-performait, l’autre pouvait connaitre meilleure fortune et réciproquement. A noter également que ces portefeuilles, bien que présentant des risque amoindris, offraient des performances moyennes annuelles supérieures.

Diversifier pour optimiser la disponibilité des capitaux

Le frugaliste compte sur ses placements pour assurer durablement son mode de vie. Dès lors, les liquidités doivent être disponibles en cas de besoin. La diversification doit justement permettre d’augmenter la disponibilité de ses capitaux, indépendamment des cycles économiques ou des accidents de parcours de tel actif considéré isolément.

Voir à ce sujet la méthode de l’investissement par poche.

L’horizon de temps constitue un paramètre fondamental. Plus vous avez le temps, plus vous pourrez vous permettre d’investir dans des actifs dont la valeur fluctuent (plus volatils) et donc plus risqués mais a priori plus rémunérateurs dans la durée.

Si vous êtes dans votre phase d’épargne,  vous devrez fixer une échéance. Par exemple votre année de départ à la retraite anticipée.

Si vous êtes déjà frugaliste et rentier, alors vous devrez estimer précisément vos dépenses pour bien anticiper vos besoins et ne pas être obligé de casser prématurément les œufs qui sont dans votre panier de placements. Pour éviter cela, vous aurez avantage à investir par poche.

Comment diversifier ses placements ?

Panacher plusieurs types d’actifs et de supports

Une diversification efficace nécessite de panacher les classes  d’actifs : actions, obligations, immobilier, placements monétaires.

Il est également fortement conseillé de varier les « produits supports » à ces actifs : comptes titres, assurance vie. Vous diminuerez ainsi les risques de contrepartie (défaut d’un établissement bancaire par exemple) et les incidences des changements de fiscalité (dont la probabilité de survenue est  loin d’être négligeable en France).

Par exemple,  vérifiez que vos assurances vies ne sont pas souscrites auprès du même assureur ; et veillez à ne pas (trop) dépasser les plafonds du fonds de garantie des dépôts pour les banques et assureurs.

En outre ne négligez pas l’épargne réglementée. Elle n’est pas toujours bien considérée car perçue comme peu rémunératrice (surtout par certains organismes financiers). Or, elle constitue une source de diversification et de stabilisation de votre patrimoine. Elle peut même offrir  une « assurance ».

Livrets d'épargne reglementée
Capitaine Epargne,  Kotoyamagami – Fotolia

Par exemple, les  vieux plans d’épargne logement (PEL) présentant des taux de 2,5 % voire 3,5 % constituent filet de sécurité en cette période de taux bas. A conserver précieusement donc (même si votre établissement vous incite à le clôturer).

Enfin, en bon frugaliste, il convient d’être particulièrement attentif aux frais prélevés sur vos placements (notamment de gestion pour l’assurance vie, qui pénalisent le rendement sur le long terme).

Gestion directe, déléguée, ETF, fonds ?

Vous n’avez pas de temps à consacrer à vos placements ?

horloge et pièces de monnaie
Frugaliste, consacre du temps à ton argent. pixabay.com

C’est plutôt embêtant car en tant que frugaliste, vous avez intérêt à développer une culture financière pour gérer vous-même vos placements. Même si vous êtes absorbé par votre travail (en phase d’épargne) ou vos activités choisies (en phase de rente), vous avez intérêt à consacrer un peu de temps (au moins une heure par semaine) à la gestion de vos actifs financiers.

Pour limiter les temps passé, vous pourrez avoir recours aux « placements collectifs » comme les SCPI dans l’immobilier ou les ETF et fonds pour les valeurs mobilières (actions, obligations).

Vous disposez de temps et souhaitez gérer directement vos placements ?

Dans ce cas, vous pouvez gérer un portefeuille d’actions, d’obligation et /ou un parc immobilier en direct.

Vous pouvez également panacher ces méthodes ?

Vous pouvez également opter pour un panachage de ces différentes méthodes de gestion. Par exemple, pour les actions, détenir des ETF qui suivent les indices, des fonds choisis pour leurs performances dans la durée et gérer vous-même une dizaine de lignes d’actions pour lesquelles vous avez des convictions fortes.

Quelques principes et dimensions de la diversification

Le risque se réduit rapidement en augmentant le nombre de ses actifs

Par exemple, le risque diminue rapidement avec le nombre de titres détenus dans un portefeuille.

Ainsi, avec 10 titres, vous atteignez 85 % du potentiel d’élimination du risque grâce à la diversification. Avec 20 titres, vous parvenez à 98 % du potentiel de réduction de risque.

Diversification géographique

Y a pas que le CAC 40 sur terre. Pixabay

Il est préférable de ne pas se contenter d’investir uniquement dans votre pays ou région. Cela constitue un biais de familiarité qui peut se révéler préjudiciable si ce secteur géographique est confronté à un revers économique. Pour autant, cette diversification n’est pas une garantie car la globalisation financière (comprenant la libre circulation des capitaux) entraine des mouvements conjoints des actifs financiers à travers le monde. C’est ce que Patrick Artus nomme le « cycle financier mondial » dans son ouvrage Discipliner la finance.

Diversification sectorielle

Autre erreur d’investissement à éviter: se limiter à un secteur, même si vous le connaissez bien. Par exemple lié à votre activité professionnelle ou à vos centres d’intérêt. A ce titre, l’épargne salariale doit être utilisée avec précaution, comme l’indique Mickaël Mangot.

De même, il ne faut jamais investir trop largement dans les actions d’une seule entreprise (même si vous êtes confiant et que vous la connaissez bien puisque vous y travaillez). De plus, si vous travaillez dans cette entreprise, vous augmentez votre  risque car vous liez emploi et placement.

Attention, ce principe doit s’appliquer même pour une société réputée sure.

Ainsi, Général Electric, comptait parmi les plus grandes capitalisations boursières mondiales. Ce conglomérat diversifié (énergie, aéronautique, santé, …) était le symbole de la « World Company ». Pourtant, son cours de bourse a été divisé par plus de 3 depuis 2016 et ne s’est pas rétabli à la date de publication de cet article. De même, Airbus a été longtemps considérée comme une valeur inoxydable, portée par la croissance de l’aéronautique.

Avant février 2020, qui pensait qu’Airbus ne monterait pas jusqu’au ciel ?

Diversification par taille

Pour un parc immobilier, varier les surfaces présentera un intérêt car la demande varie entre studios et 4 pièces. De même, pour les actions, les cours des petites et grandes valeurs connaissent des phases de décorrélation.

Diversification par type de gestion

De nombreux investisseurs distinguent ces dernières années la gestion growth (sélection de « valeurs de croissance ») du style value (sélection d’actifs décotés).D’autres ont trouvé un compromis sous la forme de la gestion growth at reasonable price (GARP), soit la sélection de valeurs de « croissance à prix raisonnable ».

Erreurs à ne pas commettre et limites de la diversification

Si le risque diminue avec le nombre d’actifs, pourquoi ne pas en détenir une infinité ? Multiplier les actifs se heurte à plusieurs limites.

Eviter le saupoudrage et la dispersion

Tout d’abord, la multiplication des actifs va se heurter à des limites. En particulier, dans le secteur immobilier, même si vous achetez des studios ou des parkings, vous serez limités par votre capacité d’investissement.

Les frais de transaction seront également un facteur limitant à prendre en, compte. C’est les cas dans l’immobilier avec les « frais de notaire » mais également pour la gestion de portefeuille : la gestion des « petites lignes » s’accompagnent généralement de frais de gestion proportionnellement plus élevés, en raison de la structure tarifaire des courtiers. Pour éviter cela, Gérald Autier propose une règle dans son ouvrage Savoir investir.

Elle consiste à diversifier chaque classe d’actifs de cinq manières différentes selon les dimensions de la diversification. La classe d’actifs immobiliers peut être diversifiée par exemple selon le type de biens, le lieu géographique, la taille du bien, la sous-classe d’actifs, le type de détention. Nous aurions ainsi l’objectif de diversification suivant :

  • Bien 1 : appartement Paris, 150 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 2 ; studio Espagne, 30 m² immobilier résidentiel, détenu en direct.
  • Bien 3 : Local commercial. Province, 70 m² immobilier commercial, détenu en société civile immobilière.
  • Bien 4 : Parts de fonds immobilier, New York, au prorata de la détention, immobilier entreprise et résidentiel, détenu sous forme de part.

Attention aux corrélations

Vous construisez votre portefeuille en prenant soin de diversifier les secteurs d’activités. Une précaution est toutefois nécessaire : s’assurer de l’absence de corrélation positive entre vos actifs.

Vous pourrez même être tenté de  rechercher des corrélations négatives. Par exemple une compagnie pétrolière et une compagnie aérienne.

nageuses synchronisées
Source : cours de Finance (M1) – Ecole de Management Sorbone

Toutefois, les corrélations entre actifs ne se révèlent pas stables dans le temps.

Il existe en effet des cycles de corrélations positives ou négatives. Ainsi, J.F. de Laulanié fait apparaitre dans son ouvrage « Les Placements de l’Epargne à Long Terme » des : corrélations presque toujours positives entre obligations et actions françaises depuis 1900 alors qu’une corrélation négative est observée entre 2000 et 2015.

Changer trop souvent de stratégie

Se montrer trop versatile compte parmi les erreurs à éviter. En effet, changer sa stratégie de gestion conduit à augmenter les frais de gestion de ses actifs. En effet, la reconfiguration de vos actifs entrainera des frais de transaction.

Conclusion : frugaliste, veille à la diversification

La diversification s’avère nécessaire pour limiter les risques de ces placements et augmenter vos chances de disposer de vos capitaux lorsque vous en aurez besoin en tant que frugaliste. Pour autant, le principe de diversification et les méthodes associées ne sont pas suffisants pour garantir le succès de vos placements. De plus une diversification efficace n’est pas acquise dans la durée et peut se révéler plus compliquée à réaliser durant certaines périodes.

Démotivé(e) par mon travail, suis-je atteint(e) d’un brown-out ?

Il n’y a pas que le burn-out et le bore-out dans la vie. Il y au aussi le brown-out ! Le brown-out, c’est l’épuisement au travail, non par le stress et les cadences infernales (burn-ou), ni par la vacuité des missions (bore-ou) mais en raison de l’absence de sens.

Test en 3 questions

Pour mieux le comprendre et surtout repérer sa survenue, voici un petit questionnaire issu du livre du Dr François Baumann, Le Brown-out.

  • Le travail que vous effectuez actuellement vous motive-t-il ?
  • Comprenez-vous la finalité de vos activités et leur intérêt ?
  • Pensez-vous être en cohérence avec la politique de votre entreprise/organisation ?

Si les réponses sont négatives, vous êtes sans doute démotivés par votre travail. Une vaste enquête menée en 2016 avait montré que c’était le cas de 54 % des Français.

Devenir frugaliste pour prévenir et guérir le brown-out

Alors que faire ? Vous pouvez partir à la quête de sens. Devenir frugaliste peut également s’avérer salutaire à la fois pour prévenir et guérir le brown-out.

Comment éviter les 3 “B-out” (Burn-out, Bore-out, Brown-out )? Devenez frugaliste !

Les Français ont décidément une relation ambivalente avec le travail. S’ils aiment en majorité leur travail, ils font également part de souffrances récurrentes en répondant aux enquêtes. Ces souffrances se nomment souvent burn-out, bore-out ou autre brown –out. Devenir frugaliste est une façon de prévenir ces maux et d’aider à guérir des 3 « B-out ».

Burn, bore, brown, souffrez-vous  d’un « B-out »?

Burn-out : la « consumation » par excès d’investissement

Lutte contre les 3 "B-out" : burn, bore et brown

Le burn-out, cette « carbonisation » par excès d’investissement dans le travail est désormais bien connu. Il est considéré comme l’une des formes les plus graves de la « souffrance au travail ». Pour autant, il n’est pas formellement reconnu comme une maladie mais qualifié de « syndrome d’épuisement professionnel ».

Comment repérer ce syndrome ?

Le travail a pris le pas sur votre vie : votre messagerie crépite et vous répondez à vos mails en pleine nuit. Pourtant, vous avez l’impression de n’avoir jamais le temps de faire correctement votre travail. Bref, vous êtes en surchauffe. La rupture peut alors être brutale : un matin, ça casse, vous ne pouvez plus bouger. Ou, au contraire, ce syndrome s’installe plus progressivement. Et conduit de façon insidieuse à un épuisement physique et émotionnel, un cynisme vis-à-vis du travail ou une dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence). Tels sont les critères de repérage de ce syndrome d’épuisement professionnel ou burnout.

Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017
Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017

Bore-out : le tourbillon de vacuité

Si, en revanche, votre responsable hiérarchique ne vous donne rien à faire, vous risquez le bore-out. Cela peut sembler paradoxal en première approche mais 82 % des Français rejettent l’idée qu’ « un emploi où je serai payé à ne rien faire, ce serait le rêve ».

Si en plus, vous êtes l’objet d’une mise au placard, cela ne vas pas renforcer votre narcissisme !

Employé dormant à son poste de travail. Bore-out ou brown-out ?
Bore-out ou brown-out ?

Brown-out : la perte de sens

Après la consumation par l’hyperactivité, la négation de l’individu par la vacuité de son activité, voici le dernier né de la trilogie : le brown-out.

Cette « baisse de courant » psychique fait suite au ressenti de perte de sens, voire d’absurdité, des tâches à accomplir. Les causes du manque de sens au travail sont multiples : rentabilité comme seul objectif, démultiplication du reporting, …

Maladie de riches ?

Il est vrai que ceux qui se plaignent de ce syndrome pourraient agacer ceux qui souffrent de n’avoir aucun emploi. Mais c’est oublier que le sentiment d’être inutile et d’accomplir des tâches dont on ne comprend pas l’intérêt provoque une érosion de l’estime de soi. Cette pente savonneuse peut conduire à la dépression. Si en plus, vous exercez un bullshit job ou « job à la con » au sens de l’anthropologue David Graeber, vous êtes un sujet à risque !

Pour repérer les symptômes, savoir comment réagir et trouver des solutions, vous pouvez vous référer au livre Le Brown-out. Quand le travail n’a plus aucun sens du Dr François Baumann.

Citation

« Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir »

Albert Camus “Le Mythe de Sisyphe”, Gallimard, 1942

Testez-vous : présentez-vous des risques de brown-out ?


Causes des « B-out »

Les causes profondes de ces situations pathogènes sont certainement à rechercher au-delà de la seule sphère professionnelle, dans notre société. L’absurdité de nombreuses situations ont d’ailleurs été décrite au siècle dernier par Camus ou Kafka.

Pour autant, des moyens d’actions existent en matière d’organisation du travail. Sauf cas particulier (« déplacement » d’une personne), les solutions sont donc la plupart du temps collectives. Or, avez-vous remarqué que la première réaction est de ramener le problème à l’individu en difficulté ? En commençant à chercher ses fragilités potentielles, ce qui a souvent pour effet de le culpabiliser et de l’enfoncer un peu plus ?

Qui est touché ?

Les plus exposés à ces syndromes sont probablement ceux qui placent le plus haut la « valeur travail ». Plus dure sera la chute en cas de désillusion ! En premier lieu, celles et ceux pour qui le travail constitue l’un des buts principaux dans la vie.

Trouver des issues et des solutions

Mieux vaut prévenir que guérir !

Faire appel aux dieux de la médecine ?

Les Grecs et les Romains l’avaient déjà compris. Le dieu de la médecine, Esculape pour les Romains, avait deux filles : Hygie , déesse de la prévention et de l’hygiène de vie et Panacée, qui intervient quand le mal est fait. Mais Panacée de peux pas se passer d’Hygie et la conception de remède miracle, offert par la Panacée, est parfois illusoire.

Privilégier l’approche collective

Les mesures de prévention collectives sont bien sûr à rechercher et à mettre en place en priorité. Mais que faire si elles n’arrivent pas ? Ou trop tardivement, une fois que vous aurez fait le tour des 3 « B-out » …) ?

Mesures individuelles

Pour parer cette éventualité, une approche préventive individuelle s’avère prudente. Alors, optez pour une bonne hygiène de vie : décentrez le boulot  de votre vie et désacralisez le travail. Cultivez une ou plusieurs activités par ailleurs, qui un jour pourront constituer des voies de reconversion !

Livre, Ariane Dubois, Ne t'inquiète pas, tout va bien, 2020

Cette diversification contribuera à votre équilibre et sera d’ailleurs, la plupart du temps, bénéfique pour votre efficacité au travail. De plus, si vous rencontrez une difficulté au travail, il vous sera plus facile de prendre du recul et de relativiser. Car vous pourrez switcher (au moins temporairement) sur vos hobbies.

Guérir

Malheureusement, une action curative se révèlera parfois nécessaire. En cas de brown-out, vous pourrez vous attacher à retrouver du sens au travail (la méthode Coué, vous connaissez).

Dans les cas graves, vous vous verrez certainement proposé une réponse médicamenteuse. Et ce même si l’origine du problème est organisationnelle ou provoquée par le comportement inapproprié d’un tiers) et/ou une aide psychologique. Par la suite, vous vous orienterez peut-être vers une approche transcendantale. Avez-vous remarqué le succès du yoga, de la méditation de pleine conscience et du développement personnel (livres, coachs …). Ou vous chercherez refuge dans la philosophie, comme Ariane Dubois le raconte dans son livre Ne t’inquiète pas, tout va bien ?

Le remède du frugalisme

Comme alternative ou complément à toutes ces méthodes, pensez à devenir frugaliste ! Car le frugalisme vous aidera à lutter contre l’épidémie des 3 « B-out ». A la fois pour prévenir ces fléaux et en guérir.

En prévention, devenez frugaliste !

Logo pharmacie et frugalisme
Le frugalisme, disponible en pharmacie ?

En effet, pour ce qui est de la prévention, dès lors que vous vous êtes fixé l’objectif de devenir frugaliste, vous prenez nécessairement du recul par rapport à votre travail. Puisque l’une des finalités du frugaliste sera justement de travailler moins et même, pour certains, de ne plus exercer du tout d’emploi rémunéré. De plus, vous réduirez votre temps d’exposition aux risques puisque votre objectif de frugaliste sera une retraite (très) anticipée.

Le frugalisme, également pour le volet curatif

Sur le volet curatif, lorsque vous aurez atteint votre objectif d’indépendance financière grâce à votre démarche frugaliste, vous aurez fortifié vos défenses immunitaires contre les virus des 3 B-out. En tant que frugaliste, vous aurez en effet l’esprit plus libre et aurez la possibilité de lâcher un boulot qui vous mine ou de réduire la voilure en exerçant votre emploi à temps partiel. La possibilité d’exercer votre faculté à dire « au revoir patron » à tout moment devrait changer vos rapports avec votre hiérarchie et vos collègues ! Et même si vous n’exercez pas cette option, vous jouirez d’une plus grande liberté d’esprit. Vous pourrez alors mieux sélectionner vos futurs jobs et en particulier d’éviter les « jobs à la con ».

Le frugalisme : votre joker

En conclusion, pour prévenir les situations de souffrance au travail et en particulier les « 3 B-out », prévoyez des plans B, C, …Cultivez avec persévérance des activités qui vous plaisent. Changer votre orientation, modifier vos choix de vie ou choix professionnels, cela doit toujours être réalisable. Le frugalisme pourra vous y aider et constituera votre joker. Et, comme toute action de prévention, plus elle est mise en place tôt, plus elle est efficace !

Sortir de sa zone de confort pour devenir frugaliste

Sortir de sa zone de confort : un paradoxe ?

Qui n’a pas entendu parler de l’expression « zone de confort » et de l’injonction récurrente qui l’accompagne :  « en sortir ».  C’est la version moderne de « il ne faut pas se reposer sur ses lauriers » et on l’entend à longueur de journée dans les champs du management du développement personnel et parfois même de la philosophie.

Dans cette expression devenue  cliché, on peut déceler un peu de perfidie comme dans d’ailleurs dans d’autres expressions comme « le travail c’est la santé » ou encore « il faut souffrir pour être belle ».

Femme plongeant dans la mer depuis une falaise sous un coucher de soleil
Ça y est : elle est sortie de sa zone de confort !

Quelles idées ont derrière la tête ceux qui vous assènent cette injonction dans votre entourage professionnel, amical ou familial ? Si vous êtes à l’aise dans cet état, et que vous excellez dans votre domaine de compétence. Vouloir en sortir semble paradoxal. Dans le domaine du travail, la tendance a été à la division des tâches et à la spécialisation et aujourd’hui, on vous demande de sortir de votre zone de confort pour être plus polyvalent ? Encore des injonctions contradictoires !

Cette sortie implique un inconfort plus ou moins long. Alors, le jeu doit en valoir la chandelle. Alors, autant prendre ces risques pour un projet auquel vous adhérez, comme celui de devenir frugaliste.

Connaitre sa zone de confort

De quoi est faite ma zone de confort ?

Votre zone de confort est constitué de l’univers (familial, professionnel, amical) dans lequel vous vives en ce moment.

Chaise longue ergonomique
Ma zone de confort

C’est aussi ce que vous aimez faire, en particulier ce que vous faites durant vos loisirs, pour vous détendre. Elle correspond donc à vos aspirations.

L’appréciation du confort de votre état actuel peut diverger entre votre vision et celle du regard extérieur qui vous exprime l’injonction.

Vous êtes poussés vers la sortie de votre zone de confort

Pourquoi en sortir ?

La plupart des gens aspirent au confort et la société de consommation répond à cette attente. Alors pourquoi vouloir vous extirper de ce qui vous rassure et vous sécurise ? En première approche, cela parait paradoxal et même absurde.

Poisson rouge expulsé d'un verre d'eau
On vous pousse vers la sortie ?

L’idée sous-jacente est qu’y rester, c’est stagner, s’engluer et en sortir, c’est aller de l’avant  et progresser.

Selon certains théoriciens du management comme Alasdair White considèrent qu’une dose de stress est nécessaire pour maintenir un bon niveau de performances.

Comment en sortir ?

Vous êtes peut-être, dans un premier temps au moins, réceptifs à ces injonctions, avec la volonté de progresser. Mais en sortir se révèle plus compliqué que prévu. Tout d’abord, il s’agirait de repérer les contours de votre zone de confort avant de chercher à s’en extraire.

Famille d'oiseaux nichés dans une falaise
Sortir du nid, c’est risqué …

Mais pour que cette sortie soit validée, il convient de prendre des risques, tel le soldat qui sort à découvert sous le feu ennemi. En effet, pour qu’il se passe vraiment quelque chose, il faut que la sortie soit vraiment inconfortable. Avec quand même la perspective que cette action va déboucher sur quelque chose de bien (le soldat aura sa médaille …).

Cela vaut-il la peine d’en sortir ?

Le mieux, ennemi du bien ?

Tout d’abord, votre situation actuelle est-elle vraiment confortable ? Dans l’affirmative, il est prudent de soupeser les risques.

Escargot dans sa coquille
Je ne veux pas en sortir !

Devez-vous sacrifier un bien-être réel au profit d’un mieux-être potentiel ? Et pourquoi vouloir le mieux s’il doit passer par un mal-être (supposé transitoire).

Dans votre expérience, avez-vous vécu beaucoup de moments d’inconfort que vous auriez envie de revivre en vous disant que vraiment, ça valait le coup d’en baver ?

Le mieux en vaut-il vraiment la peine ?

Le courage d’y rester

Finalement, le plus courageux est peut-être dans certaines situations de rester dans sa zone de confort. Il faudra dans certains cas la défendre contre vents et marées et cela nécessitera pas mal d’efforts. Mais peut-être qu’un jour les experts du management nous exhorteront à y rester …

Tenter une sortie vers le frugalisme ?

Quitte à prendre le risque d’un malaise plus ou moins long pour sortir de cette zone de confort, autant que cela soit pour une cause qui vous tienne à cœur. Et pas forcément pour répondre à des injonctions extérieures ne prenant pas toujours en compte votre intérêt personnel.

Alors, pour sortir de votre supposée « zone de confort », pourquoi ne pas tenter le frugalisme ? Cette transition coche toutes les cases de la sortie de la zone de confort : effort, prise de risque, perspective d’une vie meilleure.

Effort car il s’agit d’un profond changement d’habitudes. En particulier, il vous faudra vous désensibiliser du cycle effort (travail) et réconfort (surconsommation). Vos efforts seront moins centrés sur le travail (votre objectif sera de lever le pied, voire d’abandonner votre activité professionnelle actuelle) que sur les sphères extra-professionnelles : familles, loisirs, causes à défendre, …

La prise de risque est bien entendue présente : prendre du recul avec le travail « classique » provoque généralement une baisse de revenu. Atteindre l’indépendance financière demandera des efforts, voire des sacrifices. Par ailleurs, le mode de vie frugaliste associe toute la famille à l’aventure.

La perspective du mieux-être réside dans la liberté accrue permise par la sortie du cycle infernal metro-boulot-dodo-conso. Plus de temps pour soi, pour mener à bien des projets sans cesse différés.

Pour certains, ce projet apparaîtra comme une chimère. Peut-être. Mais a-t-il moins de valeur qu’une injonction à sortir de sa zone de confort pour gagner en polyvalence ou en productivité dans un « bullshit job » ?

Marre des « Sois flexible !» et « Adapte toi ! » ? Devenez frugaliste !

Des injonctions à la sauce piquante

Ces injonctions sont entendues tout le temps et accommodées à toutes les sauces. Dans le contexte professionnel, les gourous du management vont vous inciter à « sortir de votre zone de confort » et votre manager va vous demander de vous « engager à fond dans vos projets » (le mode projet étant un nom de code pour dire faire plus sans ressource nouvelle). Les politiques, relayés par les média, assurent qu’il « faut tenir le cap et faire la pédagogie de la réforme ». Même dans le cercle amical ou familial, on peut entendre « Vas plus vite » ou « Il faut vivre avec son temps »…

Tirer sur l'élastique : la flexibilité a aussi des limites !
A force de tirer sur l’élastique …

La répétition de ces expressions toutes faites finit par vous crisper ? Il est tant de se poser des questions : la flexibilité rend-elle vraiment heureux ? Dans l’affirmative, comment parvenir à la mettre en œuvre ? S’agit-il d’une bonne qualité ?

Sommaire

La flexibilité est-elle désirable ?

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine.

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine

La souplesse, exercée avec facilité peut être vue comme un superpouvoir. En effet, elle permet d’écarter aisément les motifs de frustration et d’éviter les colères. Cette aisance peut être attendue de la part l’individu, à qui ont demande perpétuellement de sortir de sa zone de confort. Mais elle est également applicable à l’entreprise, qui doit aussi diversifier ses activités.

Partout, tout le temps, en toutes circonstances, il faut s’adapter être flexible et être résilient (expression fourre-tout qui tient la corde depuis quelques années, et qui s’accompagne même de l’émergence de Chiefs resilence officer dans certaines entités).

Pour être souple, on a souvent besoin d’un coup de pouce

Il n’est pas donné à tout le monde d’être souple tout le temps et d’être à l’aise partout. Il faut aider l’individu à s’adapter.

Coup de pouce de l’Etat dans le cadre néo-libéral

C’est alors que l’Etat entre en jeu, comme éducateur. C’est ce que montre Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique, dans son essai Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique ». En se référant aux travaux de Walter Lippmann (qui a tenu un colloque à Paris en 1938) et à Michel Foucault qui a assuré des cours au Collège de France à la fin des années 1970, elle précise la définition du néo-libéralisme, devenu hégémonique. Dans ce cadre, l’Etat intervient pour (ré-)éduquer la population. Cet interventionnisme diffère du laisser-faire propre à l’ultralibéralisme tatchérien et réganien. Selon la pensée néo-libérale, l’espèce humaine ne serait pas capable de s’adapter à l’environnement qu’elle a elle-même créé. La situation  s’est en particulier détraquée après la révolution industrielle car l’évolution biologique humaine ne suit pas le même rythme que la révolution technique.  

Citation

Le travail d’un homme d’État consiste dans une large mesure dans sa capacité à trouver de bons substituts aux choses mauvaises que nous voulons.

Walter Lippmann

Dans cette logique, il faut donc un Etat fort, capable de mettre en œuvre et d’assumer une politique active et volontariste de sublimation des pulsions (B. Stiegler).

Pour sélectionner ce qui est bon pour les citoyens, l’Etat est expert (ou expert dans la sélection d’experts ; cet art peut être difficile cf la constitution du Comité scientifique lors de la pandémie du Covid-19) et agit dans une logique verticale.

Un mode horizontal a été promu par la suite par John Dewey (également pris comme référence dans le livre de B. Stiegler), caractérisé par l’action spontanée de citoyens et de leurs interactions sociales. On appelle cela aujourd’hui « l’intelligence collective ».

Au sein des collectivité et des entreprises

Au-delà de l’Etat, d’autres organismes mettent en œuvre le même principe consistant à diriger les citoyens, les consommateurs ou les clients  vers ce qui est supposé bon pour eux (de préférence avec leur consentement mais aussi de manière autoritaire, s’il le faut …).

Il s’agit par exemple de la communication nudge, que le peut traduire par «  coup de pouce » pour influer sur nos comportements.

Affiches pour inciter au tri des déchets à Paris, en mode nudge.
La communication « nudge », dans le tri des déchets

Dans la même logique, certaines entreprises nomment des de compliance officer, garant de l’éthique pour l’activité de l’entreprise  (présent le plus souvent dans les banques).

Mickey pousse un caddie rempli d'argent
Le compliance officer, c’est Mickey !
Couverture du livre de Francois Dupuy : La faillite de la pensee manageriale
Il a fallu 2 tomes !

Dans les entreprises ou les administrations, l’impératif de flexibilité s’accompagne d’invitation à la polyvalence et à « sortir de sa zone de confort« . Ces injonctions peuvent d’ailleurs se révéler contradictoires dans la division actuelle du travail. Car n’est-ce pas précisément dans cette zone de confort (notre spécialité) que nous sommes le plus productif ? C’est ce qu’a aisément admis mon « coach » lors d’un bilan de compétence, à rebours de la pensée managériale dominante. Cette pensée managériale est d’ailleurs en voie d’appauvrissement comme le montre François Dupuy dans ses ouvrages Lost in management et La faillite de la pensée managériale. Selon cet auteur, les cabinets de conseil et les écoles de commerce ont une part de responsabilité dans la diffusion de ces pratiques, qui ont même fini par percoler dans la sphère publique.

La flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ?

Nous sommes donc orientés, plus ou moins fermement, vers ce qui est bon pour nous. A commencer par la flexibilité. Lorsque les tentatives se heurtent à des résistances, on ajoute le terme de sécurité à la flexibilité pour faire passer la pilule. Cela a été le cas dans les politiques européennes à partir des années 1990 avec la notion de flexicurité.

Mais au fait, la flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ? Est-ce bien d’être malléable ?

La flexibilité s’accompagne de l’idée de fléchir, c’est-à-dire de perdre en force, c’est-à-dire de faire preuve de mollesse. Cela peut conduire à se soumettre volontairement, à se fondre dans le décor. La flexibilité peut donc conduire à la docilité.

Conclusion : soyez flexibles pour sortir de la cage et devenir frugaliste !

Oiseaux sortant de la cage d'acier du capitalisme

Vous ressentez un enfermement dans la « cage d’acier du capitalisme » pour reprendre l’expression de Max Weber. Cette dernière  figure l’ensemble des contraintes, à la fois extérieures et intérieures qui enferment l’homme moderne et qui le contraignent à l’adaptation méthodique aux situations qu’il rencontre.

Alors, il n’y a pas d’alternative, il faut s’adapter ? Le frugalisme peut constituer  une porte de sortie à cette cage. A condition de trouver les bonnes clés et d’anticiper suffisamment pour être prêt à affronter la liberté hors de la cage, comme néo frugaliste !