Quels sont les meilleurs placements pour devenir frugaliste ?

Le projet de l’adepte du frugalisme repose généralement sur l’indépendance financière. Il s’agit de se construire un retraite (très) précoce afin de mener un projet, se consacrer à ses passions en se retirant en tout ou partie du travail “classique”.

A moins de disposer d’un capital conséquent (voir règle de 25 fois vos dépenses annuelles), cet objectif ne semple pas aisé à atteindre. D’autant que la conjoncture économique et financière actuelle ne favorise pas l’épargnant. Après l’euthanasie du rentier par l’inflation, voilà l’épargnant confronté à des taux de rémunération très faibles pour les placements sans risque.

Dans ces conditions, comment le frugaliste peur mettre toutes les chances de don côté pour parvenir à la liberté financière, en prenant des risques modérés ?

Sommaire de l’article

Les placements financiers des ménages français

Durant l’ensemble de l’année 2019, la Banque de France a relevé une nette hausse des flux entrants vers les « produits de taux » incluant les dépôts sur comptes bancaires (rémunérés ou non) et l’assurance-vie en euros.

Graphique historique des placements des ménages français (2012-2019)
Source : Banque de France
Livret A
Archives AFP, Denis Charlet

Durant la période de confinement, les ménages ont eu, semble-t-il, plus de temps pour s’occuper de leurs placements. Les transactions dans l’immobilier physique étant gelées, un regain d’intérêt pour les actions aurait été noté par les courtiers et sociétés de gestion. Pour autant, l’épargne forcée de cette période (à hauteur de 40 % des revenus des Français)  a continué à alimenter les comptes de dépôts et le livret A (qui a battu des recors de collecte nette à 5,47 milliards d’euros en avril 2020 selon la Caisse des dépôts).

Ces placements « sûrs” ont préservé les épargnants des soubresauts de la bourse durant la « corona-crise » (jusqu’à 40 % de baisse entre la fin février et la mi-mars 2020).

Cours du CAC 40 entre décembre 2019 et mai 2020
Source : Boursorama

L’indice CAC 40 a perdu un peu plus de 40 % entre la fin février et la mi-mars, avant de reprendre une partie du terrain perdu.

Cependant, la mise à l’abri sur les comptes de dépôts ou dans un livret A ne constituent qu’une solution de court terme. D’une part parce qu’elle ne préserve pas le pouvoir d’achat du capital au regard de l’inflation. D’autre part car cela ne sera pas le moyen le plus rapide d’atteindre votre indépendance financière de frugaliste (à moins de disposer d’un capital très élevé).

Quels sont alors les placements à considérer dans votre perspective d’adepte du frugalisme ? Il convient dans un premier temps de passer en revue les différents types de placement ou classes d’actifs.

Qu’est-ce qu’une classe d’actifs ?

Une classe d’actif, c’est tout simplement un ensemble d’instruments financiers similaires. Un instrument financier, ou un actif financier, c’est un droit qui porte sur un actif sous-jacent. Cet actif sous-jacent peut être une entité, comme une entreprise ou un gouvernement, ou bien un actif réel, qui est un actif ayant une forme physique, comme un terrain, un bâtiment, ou de l’équipement.

Qu’est-ce qu’un droit ?

Prenons un exemple.

En acquérant des actions, un investisseur devient l’un des propriétaires d’une société. Cela lui donne des droits de vote, et droit à une part de tout bénéfice futur.

En achetant de la dette, un investisseur devient créditeur d’une entreprise ou d’un gouvernement.

En devenant créditeur, vous obtenez un droit sur actifs plus important que celui des actionnaires.

Autrement dit, en cas de faillite, le porteur d’obligations sera payé avant les actionnaires.

Dans le monde des actifs, on compte quatre classes principales d’actifs :

  • le marché monétaire, et les équivalents de trésorerie ;
  • les titres à revenu fixe, qui sont principalement des obligations,
  • les actions,
  • et les actifs alternatifs, une catégorie très vaste, qui englobe l’immobilier, les matières premières, et les actions non-côtés. De plus en plus, l’immobilier est considéré comme une classe d’actifs à part entière. Il peut prendre différentes formes : physique, pierre papier (SCPI), foncières cotées.

Il est généralement admis, en finance que, pour obtenir des rendements plus élevés, vous devez prendre plus de risques.

Le choix d’investissement sera fonction de votre horizon de temps (projet, âge), de votre aversion au risque et de votre intérêt pour telle ou telle classe d’actif (immobilier, actions par exemple).

Performances historiques comparées des différents actifs

Un regard dans le rétroviseur s’impose.

Les actions et l’immobilier : incontournables sur longue période

Dans le long terme les actions surperforment

J. Siegel

Dans le long terme nous sommes tous morts

J.M. Keynes

Sur le (très) long terme , les actions et l’immobilier ont surperformé les placements à revenus fixes (obligations et monétaire) mais aussi l’inflation. C’est ce qui a été observé en France comme aux Etats-Unis. Voici par exemple des données analysées par Jean-Francois de Laulanié dans son ouvrage Les Placements de l’Epargne à Long Terme.

Actifs France

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs en France (en %)
PériodesActionsImmobilierObligationsMonétaireInflation
158 ans : 1857-20159,19,25,74,34,7
75 ans : 1940-201513,313,67,15,17,6
50 ans : 1965-201510,410,37,96,34,3
25 ans : 1990-20158,16,56,33,31,6
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après Insee, G. Duon, Chambre des notaires, SBF et Euronext.

Etats-Unis

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs aux Etats-Unis (en %)
PériodesActionsObligationsMonétaireInflation
144 ans : 1871-20158,65,14,72,1
75 ans : 1940-201510,95,14,43,8
50 ans  : 1965-20159,46,55,54,1
25 ans : 1990-20159,66,43,02,4
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après US Department of Commerce et Standard & Poor’s.

Le graphique suivant confirme qu’un investissement dans l’indice S&P 500 (qui comprend des actions de grosses sociétés américaines), a surpassé un investissement dans des obligations du gouvernement Américain avec une échéance de 10 ans.

Graphique comparant les évolutions de l'indice S&P 500 et des obligations d'Etat américaines à 10 ans
Source : formation en ligne HEC, Axa

Ainsi, 1 $ investi en 1971 s’est transformé en presque 84 $ en 2015 pour le S&P500, contre environ 21$ pour les obligations.

Tenir compte de l’inflation

Pour votre projet de frugaliste, il est prudent de choisir des placements offrant une protection contre l’inflation (comme le font d’ailleurs les fonds de pension).

Sur les longues périodes, les actions et l’immobilier s’adaptent à la conjoncture économique et à l’inflation, permettant de préserver les pouvoir d’achat du capital initial.

Dans son ouvrage précédemment cité, JF. De Laulanié met en évidence que l’immobilier présente 80 % de chance d’offrir des performances supérieures à l’inflation après une détention de 5 ans. Les actions françaises dépassent ce seuil après une durée de 15 ans. Il note par ailleurs que les actions américaines ont une probabilité de 100 % de surperformer l’inflation à partir d’une durée de 20 ans de détention.

Probabilités de performances supérieures à l’inflation en fonction de la durée de détention

Tenir compte du change

Si vous investissez dans des actifs libellés en devises (dollar par exemple), il faudra garder à l’esprit que les variations des taux de changes ne seront pas négligeables au regard des performances de  certaines classes d’actifs (monétaires, obligations).

Ces investissements pourront contribuer à diversifier votre patrimoine. Il convient également de noter que certaines monnaies sont considérées comme pro-cycliques (elle tend à s’affaiblir lorsque les marchés baissent). C’est le cas par exemple du dollar canadien. D’autre au contraire ont un comportement contra-cyclique (car elles  sont considérées comme des valeurs refuge) : le dollar américain, le franc suisse.

Conjoncture économique et performances relatives

Le long terme, c’est un beau concept mais comment manœuvrer si votre projet nécessite des revenus dans les années qui viennent ? De plus, ce qui était valable hier l’est-il encore aujourd’hui ? Au cours des dernières années, les cours des obligations d’Etat ont flambé et leur rendement est très faible voire négatif. Dans ces conditions, il parait pertinent de tenir compte de la conjoncture pour poids relatifs des actifs.

CroissanceInflation 
ForteForteActions et immobilier surperforment
FaibleForteActions et immobilier surperforment
ForteFaiblePerformances souvent parallèles
FaibleFaibleObligations et monétaires surperforment
Source : J.F. de Laulanié

Depuis 2008, la situation économique française a été caractérisée le plus souvent par une croissance et une inflation faibles. Les actions de la banque centrale européenne, consistant à acheter massivement des obligations ont contribué à l’augmentation des cours des obligations (mais à un écrasement de leur rendement). Les performances des placements monétaires se sont par ailleurs révélées très faibles au cours des dernières années.

Conclusion

Pour horizon inférieur à 10 ans, l’investisseur frugaliste prudent pourra opter pour des placements comportant :

  • des valeurs à revenues variables (actions,  immobilier) ;
  • des valeurs à revenus fixes (obligations).

En première approche, une  proportion de 50 % – 50 % pourra être adoptée. Le curseur pourra toutefois être adapté à l’aversion au risque et à la conjoncture économique

Pour une durée supérieure à une dizaine d’année (retraite précoce), les placements du frugaliste seront essentiellement constitués d’actifs à revenus variables (immobiliers, actions). Les autres placements auront pour vocation de faire face à des imprévus ou de financer des projets (frugaux bien sûr).

Dans tous les cas, le frugaliste pourra utilement mettre en œuvre la méthode d’investissements par poche.

Frugaliste, ne mets pas tout ton argent dans la même poche !

Compartimentez vos avoirs

En matière de finance, le proverbe « Ne mets pas tous tes œufs dans le même panier » est bien connu.

Oeufs de différentes couleurs sortant du panier
Out of the box !

 Combien de fois avez-vous également lu ou entendu l’injonction  n’investissez en bourse que l’argent dont vous n’aurez pas besoin au cours des n prochaines années (n variant généralement de 5 à 10 en fonction de la confiance du journaliste dans les marchés boursiers) ?

Pour le frugaliste, je propose une variante à ces dictons : ne mettez pas tout votre argent dans la même poche. Ce principe consiste à répartir vos actifs dans plusieurs compartiments composés d’actifs de différentes natures. L’objectif étant de couvrir vos besoins prévisibles en trésorerie sans « taper » dans des placements qui seraient momentanément dépréciés. Cette méthode sera d’autant plus pertinente si vous n’envisagez pas de consommer votre capital pour dégager votre rente frugale. Cette approche est également adaptée à la conjoncture actuelle où la recherche de rendement nécessite une prise de risque. Elle a été mise au point dans les années 1980 par Harold Evensky et est décrite sur le site de Morningstar sous le nom de « Bucket portfolio ».

Cette méthode est d’autant plus intéressante si vous approchez de votre retraite précoce (ou si vous y êtes déjà).

Le frugaliste pourra l’appliquer en particulier à l’approche de sa retraite précoce ou, s’il a déjà la chance d’y être, pour gérer au mieux sa rente frugale. Mais elle sera utile dans toute autre situation. Par exemple si votre voiture vous lâche et que vous devez la remplacer, pour éviter de fermer votre PEA ou vendre votre studette au plus mauvais moment. Cette méthode est également intéressante pour prendre en compte, par exemple, un projet immobilier dans 3 ans.

Première étape : déterminer ses dépenses et la part à couvrir par ses placements

Si votre retraite anticipée se profile à l’horizon, prenez le temps d’estimer au plus près vos futures – maigres – dépenses de frugaliste. Au passage, voyez-comment réduire vos dépenses. Une première approche peut consister à considérer qu’elles représenteront 80 % de vos dépenses antérieures (lorsque vous aviez votre travail « classique »). Attention toutefois à prendre en compte vos changements de style de vie, votre situation familiale (études des enfants à financer), l’inflation (si vous êtes âgé, vous vous rappelez peut être de ce phénomène) et les implications en matière de fiscalité applicable.

Deuxième étape : test de faisabilité

Vous avez estimé au plus juste vos dépenses annuelles prévisibles en tant qu’adepte du frugalisme. Divisez ce montant par le total de l’actif net financier sur lequel vous comptez pour dégager une rente. Vous obtiendrez alors un rendement moyen cible pour vos actifs qui permettra de juger la faisabilité de votre projet et d’apprécier le niveau de risque qui sera nécessaire pour atteindre vos objectifs.

Militaires américains examinant un document
Examinons les chances de survie …

Exemple : vous estimez vos dépenses annuelles à  24 000 € et disposez d’un capital de 600 000 € ? Sans tenir compte de la fiscalité, vos placements devront offrir un rendement de 24 000 / 600 000 = 4%. Ce taux est atteignable à condition d’investir dans des placements comportant des risques, ce qui légitime d’autant cette méthode de gestion  « par poche ».

Troisième étape : déterminer les allocations par poche

Dès lors que vous avez vérifié que votre projet est viable, il convient de déterminer combien mettre dans chacune des poches. Et dans combien de poches ?

Initialement, le créateur de cette méthode avait développé une approche simple en 2 poches seulement : réserve de trésorerie (pour couvrir les besoins à 5 ans) et investissements de long terme à plus hauts risques. Dans une période ou les placements à court terme sans risque ne rapportent rien, une poche intermédiaire a été créée.

Poche 1 : liquidités pour les besoins de 6 mois à 2 ans

Ce compartiment devra couvrir d’une part vos besoins prévisibles en trésorerie pour une durée de 6 mois à 2 ans et d’autre part, vous permettre de faire face aux imprévus (réparation ou changement de voiture par exemple ; au fait êtes vous sûr d’en avoir vraiment besoin en tant que frugaliste ?). Sortir de la surconsommation vous permettra de comprimer ces besoins en liquidité.

Vous pouvez par exemple opter pour la couverture d’un an de besoins réguliers. Le placement du curseur entre 6 mois et 2 ans dépendra de votre aversion au risque. Il déterminera également le rendement espéré de votre portefeuille d’actifs (immobiliser trop de cash réduit le rendement espéré). Pour reprendre l’exemple précédent, 24 000 € à ce titre.

La dotation du fonds d’urgence pourra également être de 24 000 € (à ajuster en fonction de votre perception des risques ou de votre modèle de voiture préféré …).

Montant

Dans cet exemple, cette poche sera donc dotée à hauteur de 48 k€, représentant 8 % de votre capital initial.

Contenu

Cette poche contiendra des liquidités aisément mobilisables.

Cadre et supports d’investissement

Comptes courants, livrets, fonds en euros d’assurances-vie sans frais d’entrée  (ancienneté du contrat supérieure à  8 ans), PEL de plus de 4 ans.

Poche de jean avec des billets de 20 euros
Que des petites coupures dans cette poche. C’est ça la frugalité !

Poche 2 : de 2 ans à 9 ans

Cette poche a vocation à prendre le relais de la poche 1 pour couvrir vos besoins jusqu’à la fin de la 9ème année (soit une durée de 8 ans à 9 ans et demi, en fonction de votre définition de la poche 1).

Contenu

Morningstar préconise la répartition suivante :

  • 25 % d’obligations court terme ;
  • 25 % d’obligations indexées sur inflation ;
  • 37,5 % d’obligations moyen terme.

Dans un souci de simplification, ces 3 composantes pourraient à mon sens être assurées par un fonds en euros d’assurance-vie.

  • 12,5 % « allocation rendement conservative», composée d’actions réputées sûres,  avec des dividendes élevés et une volatilité modérée ; on pourrait par exemple citer Nestlé, General Mills, Pepsi, Sanofi, Red Electrica, Procter and Gamble ou opter pour un ETF d’actions de rendement et de volatilité faible comme Invesco EURO STOXX High Dividend Low Volatility UCITS ETF Dist (code ISIN IE00BZ4BMM98). Ce “zeste” d’actions devra toutefois être cohérent avec votre situation et votre aversion au risque.

Montant

Dans notre exemple, cette poche devra couvrir 9 ans de besoins réguliers, soit 9 x 24 k€ = 216 k€. Elle représente donc 36 % du capital initial de 600 k€.

Poche 3 : 10 ans et au-delà

Pour ce segment de votre portefeuille, vous avez un horizon de placement supérieur à 10 ans qui permet d’envisager des actifs plus risqués comme les actions, les foncières cotées, les obligations émergentes, les obligations haut rendement et les actions de sociétés minières (métaux précieux).

Voir également l’article Quels placements pour le frugaliste ?

Montant

Cette poche sera dimensionnée en retranchant les montants des deux premières au capital initial. Toujours dans notre exemple, son montant sera donc de 600 k€ – 48 k€ – 216 k€ = 336 k€. Elle représentera alors 56 % du capital de départ.

Adapter cette approche à votre situation 

Durant la phase d’accumulation, un enseignant titulaire connaissant la trajectoire de ses revenus n’aura pas nécessairement la même approche qu’un indépendant aux revenus plus incertains. Même si, dans les deux cas, il faudra réduire le niveau de risque de ses placements à l’approche de la « retraite ».

Pendant la période de rente également, il n’y aura pas de recette unique. Il faudra par exemple tenir compte de l’éventuelle pension liée à votre activité professionnelle passée. Un frugaliste qui a la chance d’avoir une pension qui prendra rapidement le relais pour couvrir ses dépenses pourra sélectionner des placements plus risqués qu’une personne dont la subsistance dépendra principalement de ses placements.

Conclusion : cette petite règle de gestion pourra vous éviter des problèmes

Dans la méthode présentée ci-dessus, les hypothèses sont certes très simplificatrices (pas de prise en compte de l’inflation, de la fiscalité, ni même des flux actualisés des poches 2 et 3). En tenant compte de la fiscalité (30 %), le rendement global du portefeuille présenté  en exemple devra atteindre 5,7 % et les poches 2 et 3 atteindre un rendement de 6,2 %.

Braquage à main armée et fouille des poches
Evitez le braquage de vos poches !

Cette approche contribue à sécuriser financièrement (et psychologiquement) votre projet d’indépendance financière de frugaliste. Certes, cette grille vient s’ajouter à d’autres règles de gestion, en particulier en matière de diversification. Elle constitue à ce titre une petite contrainte, d’autant que son respect nécessitera des ajustements réguliers (un rythme annuel semble approprié afin de ne pas engendrer trop de frais de mouvements). Mais cette approche par poche est également un garde-fou qui devrait vous éviter d’avoir à “braquer” vos poches au plus mauvais moment ! De plus, elle peut s’articuler facilement avec la plupart des stratégies d’investissement.

Alors, êtes vous prêts à vous lancer ?

Mon horizon de placement

L’horizon de mon placement, par La finance pour tous

Devenir frugaliste, êtes-vous prêt(e) financièrement et psychologiquement ?

Le kairos du frugaliste

Quand se décider à franchir le pas et devenir frugaliste (en tout ou partie) ?

Vous vous approchez peut-être de votre objectif de vous affranchir de la contrainte du travail et de prendre une retraite anticipée. Pourtant, vous hésitez à franchir le pas, à sortir de votre zone de confort (parfois toute relative). Au regard de la sécurité de votre situation professionnelle actuelle, dans un contexte économique perturbé.  Vous pensez attendre un peu, pour accumuler plus d’économies afin de sécuriser vos rentes à venir?

Vous hésitez ?

Ou vous êtes au stade de projet en matière de frugalisme et hésitez à vous lancer dans cette aventure, car vous n’êtes pas certains d’accepter dans la durée les sacrifices liés à une vie frugale ?

Pour ma part, l’objectif d’une « retraite » autour de 50 ans, avait été fixé de longue date. Après quelques hésitations (suscitées par des baisses dans mes placements financiers et des changements de postes au travail), j’ai franchi le pas un peu avant 49 ans.

Montre Rolex

Si à 50 ans, t’es pas frugaliste, t’as raté ta vie ?

Je ne me projetais pas dans mon travail au-delà de cet âge de 50 ans, car j’ai observé des fins de carrières difficiles pour de nombreux collègues. J’aurais certainement vécu comme un échec de ne pas prendre ce virage radical.

Le cheminement de frugaliste ne repose pas uniquement sur des critères financiers (qui peuvent être anticipés et évalués objectivement) mais également sur des aspects psychologiques. Ce projet de frugalisme nécessite une préparation et la décision de se lancer ou de changer de mode de vie mérite d’être mûrement réfléchie.

Facteurs déclenchant l’envie de frugalisme

Ras-le-bol de la rat race

Vous êtes usés par la pratique de la célèbre trilogie métro-boulot-dodo, à laquelle vous ajoutez « conso » ?

Marre du métro-boulot-dodo ?

Corrodé par le quotidien, vous prenez conscience que vous ne maîtrisez plus rien (en tout cas pas votre temps) et arrivez à la conclusion « je n’en peux plus » ?

Ou peut-être êtes vous angoissé par l’idée d’être touché par une maladie avant de profiter de la retraite ?

Attention toutefois à ne pas partir sur un coup de tête, de façon non maîtrisée (en particulier sans avoir assurée votre rente frugale) et uniquement pour des raisons négatives (rejet du travail).

J’ai atteint mon objectif financier

Des critères mathématiques

Après avoir épargné consciencieusement durant plusieurs années, vous avez atteint, voire dépassé le seuil que vous vous étiez fixé pour vivre de vos rentes (avec, le cas échéant une activité d’appoint librement consentie). L’avantage de ce critère est qu’il est mathématique. Vous pouvez donc mesurer objectivement votre situation par rapport à un objectif préalablement établi selon des règles (règle des 4% par exemple). Il est également possible d’effectuer des projections pour estimer son âge de retraite précoce. Pour ces raisons, il apparait comme le critère principal de faisabilité de votre projet.

Calculs financier pour frugaliste
Avez-vous mis au point votre business plan de frugaliste ?

A adapter à chaque frugaliste

Pour autant, ce seuil ne peut être déterminé uniformément par chaque aspirant.e à la rente frugale.

La situation et la sensibilité de chacun est évidemment à prendre en compte, notamment en matière de risque.

Cela pourra se traduire par l’application d’une marge de sécurité par rapport à la règle. Ceci afin de mieux dormir lorsque survient une crise économique (qui déferlent désormais régulièrement, tels des rouleaux au bord de l’océan). Pour ma part, j’avais retenu une marge de 20 %.

Le ressenti sera également différent selon que vous optez pour une rente avec ou sans consommation capital. Si vous avez décidé de consommer votre capital, le cap  devrait être plus difficile à franchir le car tout le monde n’a pas la chance de connaitre la date de sa fin de vie… De plus, lorsque l’on a pris l’habitude d’une vie frugale, consistant à économiser durant plusieurs dizaines d’années, il est difficile de commencer à consommer son capital.

Par ailleurs, la nature et le niveau de risque de vos placements influeront également sur votre tranquillité d’esprit. Avec des placements a priori plus stables (en tout cas avec des cycles généralement plus longs)  comme l’immobilier, vos émotions devraient être moins intenses qu’avec des actifs volatils comme les actions.

J’ai atteint l’âge de retraite  frugaliste

Évidemment votre projet de frugaliste consiste à prendre votre retraite jeune, c’est à dire avant l’âge légal ou l’hypothétique âge pivot. D’autant que vous avez observé que l’espérance de vie en bonne santé n’est guère éloigné de l’âge (classique) de départ à la retraite (l’espérance de vie en bonne santé à la naissance s’établissait, en 2017 en France, à 62,5 ans pour les hommes et 64, 9 pour les femmes selon l’INSEE).

 Pour vous l’objectif de départ à la retraite sera de 30, 40 ou 50 ans ? Cela dépendra évidemment de la faisabilité financière évoquée ci-dessus.

Vous hésitez à franchir le pas ?

Imaginez maintenant que vous êtes parvenu à cet âge et que les conditions financières sont satisfaites. Pourtant, malgré cette indépendance financière, vous hésitez à franchir le pas. Vous êtes soudain saisi d’un sentiment ambivalent : vouloir quitter la rat race mais aussi avoir peur de la quitter. Cette hésitation peut paraître surprenante, après avoir fait l’effort de vivre en dessous de ses moyens durant de nombreuses années.

Femme stressée
Tout le monde ne vit pas la crise du milieu de vie de la même façon …

Inversement, vous n’avez pas encore atteint l’objectif mais vous connaissez un ou petit coup de mou à la quarantaine, appelé parfois crise du milieu de vie. La quarantaine, avec 15-20 années d’expérience professionnelle est assurément une période charnière et un cap délicat à passer.

Cette crise nous toucherait tous (mais se manifesterait différemment) selon le psychiatre Christophe Fauré, qui parle plutôt de « transition » qui s’étalerait entre 45 et 55 ans.

Le volet psychologique du projet frugaliste est donc important et mérite donc d’être anticipé, au même titre que l’aspect financier.

Le mental suivra-t-il ?

Dans l’idéal, il faudrait s’assurer que son mental suivra, avant même d’entamer le voyage, comportant la phase d’accumulation. Ne serait- ce que pour éviter des sacrifices mal vécus liés à la frugalité et qui pourraient se révéler  in fine inutiles. Cette préparation psychologique doit être menée en parallèle à la constitution de sa « rente frugale ».

En particulier, il faudra préparer des réponses aux interrogations suivantes.

N’avez-vous pas peur que vos économies soient insuffisantes ?

Avant même d’être rentier frugal, vous pouvez craindre qu’un scénario défavorable ne se réalise, en particulier en matière financière. Mon capital tiendra-t-il suffisamment longtemps ? Un krach financier mettra-t-il en péril mon projet ? Que vas-tu faire si l’immobilier se casse la figure (là vous êtes à contre-courant car beaucoup croient que l’immobilier ne peut que monter)?

Dans ces conditions, vous hésitez à abandonner votre activité professionnelle. Car, même si elle ne correspond pas à vos aspirations profondes, elle vous offre un filet de sécurité. Il est d’autant plus difficile à franchir le pas si vous ressentez que vous avez beaucoup à perdre, c’est-à-dire que vous occupez un poste stable et bien rémunéré.

 Cependant, en persistant sur cette position, vous restez sous la contrainte du travail.

Au-delà de sa propre sécurité, on peut également penser à celle de ses proches et en particulier de ses enfants. Il faut continuer à travailler, à faire grandir son patrimoine pour financer les études des enfants (15 000 € par enfant d’après une étude de 2017 mais certains l’estime à 10 000 € par an et par enfant pour les études supérieures ).

Envisager un  temps partiel ou une année sabbatique

Sans remettre en cause son projet de frugalisme mais pour en minimiser les risques et afin de faciliter la transition, plusieurs solutions peuvent être envisagées :

  • le temps partiel, si votre emploi actuel le permet ; vous conserverez alors une partie de votre revenu professionnel et les liens sociaux de votre réseau professionnel ;
  • une pause d’une durée déterminée, prenant la forme d’un congé sabbatique ou d’une disponibilité,  le temps de goûter aux joies du frugalisme…
Envie d’un congé sabbatique ?

Vous pourrez l’envisager comme une expérimentation d’un à 3 ans. En cas de retour au travail (forcé ou choisi) cette interruption demeurerait défendable sur un CV. En revanche,  si vos doutes apparaissent plus tard, au bout de 5 ans, et que vous avez dépassé la cinquantaine, la réinsertion dans l’emploi risque d’être plus délicate.

Ne craignez-vous pas les questions de vos proches ou de vos amis ?

En outre, vous pouvez légitimement vous demander comment les autres vont me percevoir en tant que frugaliste ou rentier. Comment expliquer ma démarche à mon conjoint / ma conjointe, à mes enfants ? Comme Marc, vous pouvez présenter un powerpoint à votre femme pour lui expliquer les principes du frugalisme ainsi que vos calculs financiers. L’état d’esprit du frugalisme étant  (encore) minoritaire, vous redoutez d’être incompris et peut-être d’être jalousé. Et même, dans certains cas, de perdre vos amis ?

Préparez vos réponses

Pour vous rassurer, mieux vaut préparer votre discours, sauf si vous avez des talents d’improvisation et une bonne répartie.

« Est-ce que j’ai la gueule de quelqu’un qui doit faire quelque chose ici-bas ? » – Voilà ce que j’aurais envie de répondre aux indiscrets qui m’interrogent sur mes activités.

Cioran, De l’inconvénient d’être né
Qu’est-ce que vous faites dans la vie ?

Proposition de réponse :  Mon métier ? Je n’en ai pas/plus et je m’ennuie ! Je me distrais toutefois en jouant en bourse.

Qu’est-ce qu’il/elle fait, ton père / ta mère?

Propositions, à mettre au point avec vos enfants : “Il n’a pas besoin de travailler” ou ” Il a de l’argent“, ou “Il fait des placements“, ou “Il est rentier!” (le terme de frugaliste étant moins connu).

Il est possible toutefois que ces formules suscitent de l’incompréhension, voire de la jalousie.

C’est pour ça que prévoir une petite activité de couverture  peut s’avérer utile. Quelques propositions : bloggeur.euses, écrivain.e, sportif-ve (footing une fois par semaine ?), cuisinier.e, gestionnaire de patrimoine, gestionnaire de fonds (même si vous êtes votre seul client !), agent immobilier (c’est une profession très accessible) et le must dans la startup nation : startupeur.euse (extase de votre auditoire garanti… ).

Ainsi, vous pourrez répondre que vous avez réorienté votre activité professionnelle.

Discours clé en main

Au-delà des simples réponses, vous pouvez également construire un discours argumenté. Voici un discours type (à adapter, bien entendu, en fonction de votre humeur et de vos interlocuteurs) :

 J’ai travaillé en entreprise / dans l’administration durant n ans. J’avais fait un peu le tour. J’ai eu envie de me mettre à mon compte pour développer des projets personnels. J’y ai – peut-être – perdu en sécurité et en salaire, mais j’y gagne en autonomie et en qualité de vie. J’ai plus de temps pour ma famille et pour moi.

Ces formulations ne devraient pas provoquer de tremblement de terre.

Attention, le but n’est pas de mentir, mais de trouver le meilleur compromis entre votre activité véritable et le souhait de ne pas être considéré.e.

Vous vous apercevrez peut-être, avec le temps, que l’intérêt et la curiosité pour votre nouvelle situation est très variable et que ces questionnements sont finalement gérables .

Certes, le changement d’habitudes pourrait avoir pour effet de distendre le lien avec certains amis (les anciens collègues de bureau en particulier). Avec d’autres, l’effet pourrait être inverse. Le nouveau rythme de vie, débarrassé de la course à la performance,  offre en effet plus de temps pour écouter les autres, (re)-trouver une empathie. Les proches peuvent également être sensibles à cela.

N’avez-vous pas peur de  perdre votre statut social ?

N’avez-vous pas peur qu’il pleuve ?

Vous changez de statut et la crainte d’une régression sociale, vis-à-vis de sa famille, des ses amis, de ses voisins se fait jour. Pour éviter cela, vous pouvez vous investir dans des activités qui vous procureront le sentiment d’être utile et vous permettront de conserver des relations sociales.

N’avez-vous pas peur de vous ennuyer ?

Gagner du temps pour soi constitue un objectif majeur du frugaliste. Cela peut parfois tourner à l’ennui, mais cet ennui est parfois salutaire.

Ne craignez-vous pas d’être traité de méchant capitaliste ?

Méchant capitaliste, le frugaliste ?

Certes les placements du frugaliste sont fondés sur le « système » capitaliste comprenant le droit de la propriété, le capital, les prêts. Et malgré le développement de labels (critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, ESG), il demeure difficile de trouver des placements vraiment éthiques. Mais bon, on peut toujours essayer d’éviter le pire (tabac, armes , Ehpads, …) et opter par exemple pour des investissements dans les énergies renouvelables (comme Energias de Portugal, notée AAA en matière de critères ESG ou dans des réalisation locales, via le crowdlending proposé par plusieurs plateformes).

C’est décidé, j’investis dans l’industrie de la voiture électrique

N’avez-vous pas peur d’avoir des regrets ?

Enfin, l’abandon de  votre « situation » va-t-il provoquer des regrets ? Vous risquez d’éprouver de l’amertume si la condition de frugaliste ne vous convient pas, surtout si vous avez  souffert  de privations pendant la phase d’accumulation financière. D’où l’utilité de ce projeter et si possible, d’expérimenter avant d’opérer des choix définitifs.

Baliser son chemin et construire un mode de vie adapté

Pour devenir frugaliste et le rester, il parait primordial d’imaginer les différentes étapes de son parcours (phase d’épargne, retraite précoce, le tout en conservant un mode de vie frugal).

La sobriété constitue évidemment une condition sine qua non de réussite. Pour cela, il faudra maîtriser l’émergence de besoins nouveaux qui pourraient s’avérer coûteux. En particulier lors de la retraire précoce, éviter de se retrouver confronté à l’ennui et d’éprouver le besoin de partir en week-end tous les 4 matins, avec pour conséquence d’augmenter ses dépenses au-delà de vos prévisions.

Conclusion : le frugalisme, c’est du travail

La décision de devenir frugaliste ou « rentier frugal » n’est donc ni facile ni automatique. Ce projet est confronté à deux natures de risques :

  • matériels (financiers)
  • psychologiques et moraux.

Pour parvenir à son objectif dans les meilleures conditions, il convient d’effectuer un travail sur soi afin de cumuler un état d’esprit et des ressources matérielles adaptées à l’objectif.

Frugaliste consulte une tablette en prenant un café
Frugaliste au travail

Il est bien sûr préférable de s’assurer au plus tôt que l’atteinte des deux soit faisable, afin d’éviter toute déconvenue. Il n’est pas impératif de trouver toutes les réponses aujourd’hui et mieux vaut prendre un peu de temps pour  laisser mûrir sa réflexion que de se lancer dans l’aventure frugaliste sur un coup de tête.

 Attention toutefois à ne pas repousser sans cesse votre décision, au risque d’aboutir à l’âge légal de la retraite, tout en ayant consenti à des efforts et des sacrifices en matière d’épargne.

Votre route sera d’autant plus facile si vous êtes naturellement frugal (par votre éducation ou par vos habitudes ) et parvenez à épargner sans ressentir de privation.

Quand vous serez décidé, vous aurez un anniversaire de plus à fêter : votre « fuck you day » !  (expression qui serait utilisée par de futurs jeunes retraités suisses)

Frugaliste libéré.e mais confiné.e

Vous avez été assigné à résidence par décision de votre gouvernement en raison de la pandémie du Covid-19 ? Vous n’êtes pas seul puisque la majorité de l’Humanité est dans la même situation.

Le frugalisme permet-il de mieux vivre le confinement ?

Pour filer la métaphore guerrière – largement utilisée au début de la crise du Covid 19 par le Président français – le frugaliste est-il mieux armé que la moyenne pour mener cette bataille, et en particulier pour supporter le confinement ?

J’ai dit souvent que tout le malheur des hommes vient d’une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos, dans une chambre.

Blaise Pascal, Pensées, fragment Divertissement
Insomnie dans son lit
Insomnies, ennui, votre lit est transformé en champ de bataille ? Allodocteurs.fr

Les atouts du frugaliste

Périphérique parisien fluide
Pour une fois, le périph est fluide

Pour mener cette « guerre », même en 3ème ligne (en restant chez vous car vous n’êtes ni soignant ni obligé d’aller au travail car vous exercez une profession essentielle ou non), le frugaliste dispose a priori de cartouches et de poudre sèche. En effet, la personne frugaliste a vraisemblablement déjà rompu (au moins en partie) ses liens avec le monde du travail classique. Même si vous n’êtes pas déjà jeune retraité, vous ne recherchez a priori pas le bonheur principalement dans votre activité professionnelle.

L’adepte du frugalisme a – normalement – aussi pris du recul avec la surconsommation. Il ne se retrouve donc pas en situation de manque de faire du shopping.

Enfin, la personne frugaliste est déjà accoutumée à des séquences de vie plus lente comprenant des périodes d’oisiveté.

Dès lors, la rupture peut être moins brutale que pour d’autres, en particulier les pratiquants du métro-boulot-dodo-conso.

Pas si facile d’être confiné.e, même pour un.e frugaliste

Pour autant, la traversée de cette période peut ressembler à celle d’un champ de mines. Comme tout le monde, le frugaliste peut rencontrer des difficultés à s’adapter à cette situation inédite (à moins d’avoir fait ses armes dans un sous-marin …).

Habitué à être confiné ? Suivez les conseils d’un ancien sous-marinier – © Getty / Warren Weinstein

Car le frugaliste n’est habituellement pas (complètement) inactif même s’il est plus volontiers adepte de plaisirs simples et peu onéreux. (Albert Camus  parlait de plaisirs  naturels et instinctifs comme la baignade et les bains de soleil dans l’Etranger).

Cette privation est évidemment difficile à vivre.

De plus, un temps non structuré ouvre la voie à l’inquiétude et cette dernière empêche de mener à bien ses activités sereinement. Le risque est alors – même si vous échappez au « virus chinois » de sombrer dans la « maladie anglaise » (le spleen).

Profiter de cette période pour soigner son profil de frugaliste

On peut alors tenter de saisir ce moment extraordinaire (au sens premier du terme) pour réaliser des choses tout aussi extraordinaires. A commencer par toutes les tâches en attentes : le grand ménage de printemps, le classement de ses papiers, etc. Bon, rien de très motivant et généralement les 3 premiers jours ont suffi… ).

Se lancer pleinement dans ses projets

Au delà des piles de documents à trier, vous aviez peut être laissé de côté (depuis votre enfance ?) des projets, des passions ou des hobbys. C’est le moment rêvé de les réactiver ! Et pourquoi pas envisager de nouveaux projets ? Se perfectionner en cuisine par exemple (quitte à préparer 3 repas par jour, autant progresser).

Pour les mener à bien, une organisation légère mais efficace se révèle nécessaire. Elle permettra de structurer vos journées, d’introduire du rythme et des rituels.

Soigner sa condition physique 

Parmi les fondamentaux, il parait indispensable de maintenir des activités physiques régulières. Les séances de gym ont vite foisonné sur Internet à la télévision.

Sportif masqué

Pour les compléter, si vous habitez dans un bâtiment à plusieurs étages, vous pouvez aussi monter les escaliers (ça vous évitera de toucher les boutons de l’ascenseur).

Si vous êtes adeptes de la course à pied : sport idéal pour une dépense d’énergie significative en moins d’une heure. A condition d’être du matin ou du soir à Paris …Attention aussi à vos articulations si vous n’avez que du béton à moins d’un kilomètre de chez vous …

Pour les débutants, voici un protocole sur 5 semaines, pour vous « mettre le pied à l’étrier » :

Courir 30 minutes, pour les débutants. Source : Fédération française d’athlétisme

Soigner son mental : lire pour s’évader

Là aussi, pour ne pas perdre l’entrainement, c’est le moment d’agir. Pourquoi ne pas élargir votre champ à de nouvelles lectures, malgré les fermetures des bibliothèques et des librairies ? Certes, trouver un livre sur le frugalisme va être difficile (la littérature reste à ce jour peu développée sur ce sujet) mais vous pourrez trouver des ouvrages sur des sujets proches.

En premier lieu, des bibliothèques proposent des livres numériques, comme à Paris. Un catalogue riche est accessible, après inscription en ligne, aux habitants de la région parisienne.

Petite sélection de la bibilothèque numérique pour frugaliste

Fuck Work ! Pour une vie sans travail
Fuck work ! Disponible dans la bibliothèque numérique de Paris

De James Livingston. Pour l’auteur, travail et revenus ne devraient plus être corrélés. D’autant que le travail n’est pas la seule manière de donner du sens à sa vie. Pour préparer au mieux la reprise !

Libérons-nous !

Abdennour Bidar plaide pour une société libérée de la servitude capitaliste et de la consommation obligatoire, plus égalitaire et fondée sur une approche renouvelée de la liberté, du vivre ensemble. Développement étayé sur le revenu universel.


Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique.

Barbara Stiegler met en évidence l’idée généralement admise d’une nécessité de s’adapter dans un monde complexe régi par la pensée néolibérale.


Une autre voie est possible

Eric Heyer (économiste) , Pascal Lokiec ( juriste) et Dominique Méda ( sociologue ) proposent un regard croisé sur la France. En particulier, ils exposent les raisons qui selon eux expliquent ses difficultés, comme les dysfonctionnements du capitalisme financier. Enfin, ils proposent des alternatives pour améliorer la situation.

Editeurs

Par ailleurs, plusieurs éditeurs donnent accès gratuitement à une sélection d’ouvrages en ligne :

Les Liens qui Libèrent

Cet éditeur propose une sélection ciblée de manière pertinente et particulièrement intéressante pour la personne intéressée par le frugalisme, et en particulier :

  • L’art d’être oisif (dans un monde de dingue) de Tom Hodgkinson ;
  • Le bel avenir de l’Etat Providence, d’Eloi Laurent ;
  • Sortir de la croissance – Mode d’emploi, d’Eloi Laurent
  • Devant l’effondrement – Yves Cochet. « L’effondrement de notre civilisation industrielle s’y produira à l’échelle mondiale, probablement dans les années 2020, certainement dans les années 2030 ». Prophétique ?
  • Bullshit Jobs – David Graeber . Qui contesterait aujourd’hui que la valeur sociale d’un travailleur désinfectant les secteurs hospitaliers « Covid-19 »est nettement supérieure à celle du travailleur en télémarketing (qui continue à vous appeler durant le confinement …) ?
  •  Manuel de survie pour parents d’ados qui pètent les plombs – Yapaka
  • Technopouvoir Dépolitiser pour mieux régner – Diana Filippova.
La Découverte
  • Chez soi, de Mona Chollet (Zones), dans lequel l’auteure dépeint les bienfaits du foyer, décrit comme une “base arrière”
https://www.editions-zones.fr/2020/03/17/chez-soi-en-acces-libre/
  • Fabuler la fin du monde, de Jean-Paul Engélibert, analyse comparée de diverses fictions d’apocalypse, littéraires, cinématographiques et télévisuelles
  • Le droit à la paresse, de Paul Lafargue, dans lequel l’auteur invite à remettre en question la place du travail dans nos sociétés.
Tracts de crise de Gallimard

Des textes brefs et inédits d’écrivains sont proposés chaque jour.

Un exemple : Ralentir de Gaspard Koenig, proposé le 16 avril.

Oser les classiques

C’est le moment ou jamais de lire les grands auteurs ! D’autant qu’une partie de leurs écrits sont libres de droits.

  • Jacques le Fataliste de Diderot. C’est l’histoire de deux hommes qui marchent. On ne sait pas où ils vont, pourquoi il y vont… Mais ils se déplacent, c’est le contraire de nous ! C’est drôle et on le trouve gratuitement.
  • Les Essais de Montaigne. Montaigne, qui a traversé des périodes d’épidémies de peste  revendique son oisiveté (qu’il distingue de la fainéantise, qu’il réprouve par ailleurs).
  • La Peste d’Albert Camus. Une bonne idée pour se changer les idées ?
  • Les aventures de Tintin d’Hergé. Tintin avait connu la quarantaine dans le Temple du soleil, avait echappé à une (fausse) épidémie de scarlatine dans l’Affaire Tournesol et avait goûté au confinement dans Tintin et les Picaros !
Tintin "Le Temple du Soleil", quarantaine
Tintin “Le Temple du Soleil”, (c) Moulinsart 2020

Journaux numériques

Mediapart, proposé en accès libre lors des week-ends de confinement.

Vidéos de l’INA

3 mois d’accès aux archives de l’INA sont proposés sur la platerforme MADELEN (séries, documentaires, spectacles). Votre numéro de carte bancaire vous sera demandé lors de l’inscription. Il conviendra de vous désabonner avant l’échéance des 3 mois si vous ne voulez pas payer l’abonnement.

Soigner ses finances

Cette période offre du temps pour se consacrer à  ses finances personnelles : développer sa culture financière, faire un point sur son patrimoine, réfléchir à sa philosophie d’investissement pour mettre au point sa stratégie pour atteindre ou sauvegarder son indépendance financière. Faut-il opter pour une rente immobilière ou préférer des actions, après leur chute ? Et, en fonction de votre perception des conséquences économiques et financière de cette crise sanitaire, éviter les erreurs et mettre en place des mesures pour sécuriser son patrimoine.

Le monde d’après sera-t-il frugal ?

Pas si sûr

Carré Hermes
Pour le déconfinement, un carré de tissu à 375 € pour faire un masque lavable à 60°C ?

La période de confinement est propice au foisonnement de réflexions sur le « Monde d’après ». Cette cure d’ennui débouchera-t-elle sur une soif d’actions pour traduire en actes ces idées et mettre en œuvre des changements significatifs, comme l’abandon de la primauté de l’économie au profit de l’humain ?

Ce « nouveau monde » sera-t-il frugal ? Rien n’est moins sûr, si l’on observe la ruée dans la boutique Hermès de Canton, après le déconfinement. Serons nous également sujet à ces “achats revanche” (pas nécessairement chez Hermès) ?

Alors, devenir frugaliste “quoi qu’il en coûte” ?

En cultivant son profil frugaliste, qui comprend la dimension de sobriété, chacun peut toutefois apporter sa petite pierre à l’édifice…

Cependant, si vous n’espérez pas un changement de société à la hauteur de vos espérances, vous pouvez aussi prendre vos propres résolutions, comme partir à la retraite précocement “quoi qu’il en coûte”, même si ce n’est pas à 30 ans.

C’est la cas d’Annette, interviewé par Libération : «Après cette crise, et si j’en ressors vivante, j’ai décidé d’arrêter de travailler à 62 ans quoi qu’il m’en coûte et de vivre un peu le temps qui reste pour moi ! Cette décision m’est apparue comme une évidence, liée à la prise de conscience que j’en avais assez d’être obligée d’aller dans des fêtes ineptes, de participer à des réunions creuses et de subir les humeurs fluctuantes de mes dirigeants. J’ai besoin du temps qui reste pour être moi et j’espère qu’il m’en reste un peu…»

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Du temps pour soi

Frugaliste, à la recherche du temps pour soi

Pour reprendre une tautologie de Gaspard Koenig (dans Ralentir, tracts de crise Gallimard, avril 2020), prendre le temps, c’est éviter d’être pris par lui. C’est définir son propre rythme, aussi indépendant que possible des contraintes extérieures.

La démarche frugaliste vise en particulier à se libérer de notre rapport à l’argent (comme une fin en soi), au travail (comme une obligation) et au temps (non maîtrisé). Avoir du temps pour soi constitue assurément un objectif majeur  du frugaliste.

Savoir se détacher de la vitesse et de la synchronisation dictées par la société

Pour cela, il faudra échapper aux injonctions d’urgence et de vitesse, largement  promues dans notre civilisation. Nous redoutons de  perdre notre temps. En conséquence, nous  tapissons nos journées de rendez-vous, ne pratiquons jamais la sieste et réduisons notre temps de sommeil à la portion congrue. Le peu de sommeil qu’il nous reste est attaqué, le co-fondateur de Netflix l’a déclaré : son principal concurrent est le sommeil … . Pendant la période de confinement provoquée par la Covid-19, ce concurrent s’est toutefois révélé moins virulent.

Le principal concurrent de Netflix est le besoin des humains de fermer les yeux un tiers de leur temps Photographie : Alamy Stock Photo

Les médias viennent nous synchroniser, confirmer et amplifier des règles sociales construites autour de l’urgence et de l’immédiateté.

Les méfaits de ces conduites sont pourtant connus et ont été rappelés par les philosophes de la modernité Paul Virilio et Pierre Hadot.

Déjà dans les années 1990, Paul Virilio alertait sur le fait que ce culte de l’immédiateté provoque un profond malaise dans la civilisation.

Oisiveté coupable ?

Mais l’inactivité s’accompagne généralement de culpabilité. Il est vrai que  l’éducation, la morale et la religion se sont de tout temps alliées pour condamner fermement l’oisiveté. Dès le plus jeune âge, qui n’a pas reçu l’injonction « ne reste pas là à ne rien faire ! ». Pour éviter que les moines ne s’ennuient et ne sombrent dans l’acédie (péché capital, ancêtre de la paresse), leur journée est rythmée par des prières. On peut également observer que les premières machines à mesurer le temps se sont développées sur les églises avant de voir fleurir les horloges laïques.

Eglise de Lantosque, Bodet

L’industrialisation a permis de produire plus en moins de temps. Pourtant, malgré les prévisions ou attentes de certains, la société n’a pas transformé l’essai des gains de productivité en temps (volontairement) libéré.

Pour suivre son chemin et se libérer du temps, le frugaliste devra donc, en grande partie,  se débrouiller tout seul …

Du temps libre comme frugaliste, oui. Mais pour quoi faire ?

La grande révolution du temps choisi a échoué

En 1993, dans le Monde diplomatique, André Gorz incitait à bâtir une « civilisation du temps libéré ». Cette perspective étant ouverte par l’industrialisation permettant de produire plus de richesses en diminuant le recours aux ressources naturelles, au capital et au travail.

On peut également rappeler que Keynes avait prédit, dans les années 1930 que cent ans plus tard, les hommes n’auraient pas à travailler plus de 15 heures.  Peu probable que cet objectif soit atteint en 2030 …

André Gorz  fait le constat que « nos sociétés tournent le dos à cette perspective et présentent la libération du temps comme une calamité ». Il observe de plus (comme le fera d’ailleurs plus tard Davis Graeber dans Bullshit jobs) que « les dirigeants, dans leur immense majorité, se demandent comment faire pour que le système consomme davantage de travail — comment faire pour que les immenses quantités de travail économisées dans la production puissent être gaspillées dans des petits boulots dont la principale fonction est d’occuper les gens. »

Ces « petits boulots » ne permettant pas d’atteindre le plein emploi, une réduction du travail –  et dans la même proportion des salaires – est présenté comme un sacrifice nécessaire.

La grande « Révolution du temps choisi », comme « une voie vers une société différente procurant aux gens plus de temps disponible » (appel de Peter Glotz, social-démocrate Allemand à la fin des années 1980) n’a pas eu lieu.

Frugaliste, il va falloir se débrouiller seul

Pour conquérir son temps à soi, chacun doit donc se débrouiller de son côté et faire sa petite révolution en devenant frugaliste. Encore faut-il se « déprogrammer » et cela pourra prendre du temps …

Vivre le temps

Le temps est une donnée physique mais revêt également des dimensions subjectives et relationnelles

Le temps constitue certes une donnée physique mais revêt également une dimension subjective et relationnelle, comme l’indique Laurent Schmitt dans Du temps pour soi , « Le commercial occidental en déplacement avec un agenda rempli et chronométré vit le même temps physique que le paysan indien allant vendre ses produits à la ville éloignée, cependant ils n’éprouvent en rien de façon commune les aléas du temps. Trois ou quatre heures de retard n’ont pas la même importance ».

Agenda vide
Agenda surbooké !

Profiter du temps

Pour profiter de votre temps comme frugaliste, vous pouvez suivre votre/vos passions. Certains s’y engagent même de façon exclusive et absolue.

C’est notamment le cas lorsqu’il s’agit de défendre une cause en militant, en exerçant dans une association. Ces activités peuvent d’ailleurs apporter une reconnaissance et une valorisation personnelle, parfois supérieure à celles du « travail classique ». La présidente ou le secrétaire général d’une association ont parfois une plus grande visibilité à ce titre que dans leur (précédent) emploi.

D’autres, issus souvent de professions « intellectuelles » reviennent aux travaux manuels et s’adonnent au bricolage ou à la pâtisserie. A mon sens, il est préférable, dans la mesure du possible, de varier les activités (ne pas mettre ses œufs dans le même panier), pour éviter l’usure et les déceptions. L’idéal serait de compter au moins  3 centres d’intérêt. Après tout, c’est le nombre de pieds minimum d’un tabouret pour être stable. Ainsi, si une de vos activités « cale », vous en avez d’autres pour prendre le relais …

Ne pas tuer le temps | Pièges à éviter pour un frugalisme heureux

Le chemin du temps libre pour un frugaliste peut être semé d’embuches et chaque sujet peut présenter des troubles d’adaptation. Voici une liste – non exhaustive – des écueils et quelques conseils pour les éviter.

Le temps de l’ennui

Le temps répétitif, sans fait marquant,  est vécu comme monotone. L’ennui a mauvaise presse. Il est vécu comme une conséquence inévitable de l’oisiveté.

Comme pour le cholestérol, il convient cependant de distinguer le « bon » ennui du « mauvais » ennui.

Le “bon” ennui

D’un côté, l’ennui est banal, provoqué par le désœuvrement, comme le décrit Pascal dans ses Pensées (la liasse sur l’Ennui fait suite à celle sur la Misère). Ce type d’ennui peut toutefois s’avérer fécond. Laurent Schmitt, dans Du temps pour soi, le  compare à un état de jachère qui n’est assimilé ni à l’oisiveté, ni à la  passivité, ni à la paresse ; il constitue par exemple une  source d’inspiration pour l’écrivain ; cet ennui peut être qualifié de normal, de souhaitable, voire d’indispensable à la constitution de l’être humain.

L’ennui a des vertus, comme le relate avec humour Patrick Lemoine dans S’ennuyer, quel bonheur !

La rêverie, le travail sur l’imaginaire convoquent la part originale de nous mêmes et favorisent la créativité. Cependant, ce processus de rêverie ne peut pas se concevoir comme une démarche volontaire ; on ne peut pas le réaliser à la demande, à tout moment, comme le rappelle Laurent Schmitt  dans Du temps pour soi. Cette créativité peut se réaliser dans la cuisine (nouvelle recette …), la participation à des stages, à des ateliers. Ou, plus fondamentalement conduire à  modifier sa trajectoire de vie, à prendre la voie du frugalisme … Et si vous êtes déjà frugaliste, ces périodes seront propices à des réflexions qui pourront élargir votre horizon.

L’ennui pathologique

D’autre part, l’ennui peut devenir pathologique et s’accompagner d’angoisse voire de dépression ; il découle de notre incapacité à savoir rester « à ne rien faire » ; il est pathologique et nécessite à ce titre un soutien voire un traitement. Selon Pascal, il existerait un ennui propre à la constitution humaine : « L’homme est si malheureux qu’il s’ennuierait même sans aucune cause d’ennui par l’état propre de sa complexion ».

Blaise Pascal, Pensées

Cet état peut conduire à un cercle vicieux, comme l’illustre Alberto Moravia dans l’Ennui. Dino, peintre raté et antihéros de ce livre décrit ainsi son vécu : « Rien de ce que faisais ne me plaisait ou ne me semblait digne d’être accompli ; par ailleurs je ne pouvais rien imaginer qui pût me plaire ou qui pût m’occuper d’une manière durable… ». On peut également noter que l’oisiveté dans la richesse ne rend pas heureux Dino.

Ce type d’ennui maladif constituera un risque pour le frugaliste. Il conviendra d’y être attentif pour le réduire.

Acheter, amasser

Les achats compulsifs sont l’ennemi du frugaliste. D’abord parce qu’ils ne sont pas compatibles avec la sobriété financière du frugalisme. Ensuite par qu’ils n’apportent qu’une satisfaction éphémère. La recherche de cette satisfaction est souvent une compensation d’un travail trop accaparant. Une fois frugaliste, cette compensation n’aura plus lieu d’être.

Reproduire le monde du travail et l’esprit de compétition

Vous organisez vos loisirs comme un travail. Dans vos « passe-temps », vous mettez en avant les notions de réussite, de compétition ou d’exploit. Votre agenda est une collection d’occupations (compilation des vôtres et celles de vos enfants : piscine, tennis, conservatoire …) ?

Vous gérez une masse de données relatives à vos activités. Par exemple dans le domaine du sport : nombre de pas par jour, de kilomètres de courses par semaine, …?

Montre connectée et appli pour suivre ses performances sportives
Sport connecté …

Si vous vous investissez dans le monde associatif en tant que bénévole ou dans la politique, vous risquez de retrouver les travers du milieu professionnel, parfois en pire ! Ces nouvelles missions pourraient accaparer plus de temps encore que votre travail . En outre, le bénévolat peut avoir un coût (frais “annexes” de déplacement par exemple) lorsqu’on s’investit beaucoup.

Certes, vos activités sont valorisantes et permettent d’enrichir le bas de votre CV, vos comptes sur les réseaux sociaux, voire de nouer des relations pour le business et peut-être de décrocher une commande.

Vous vous reconnaissez dans cette description ? Dans l’affirmative, vous n’avez pas complètement quitté la rat race et avez probablement encore un peu de route pour sur la voie du frugalisme pour trouver un équilibre optimal …

Prenons l’exemple du coureur ou de la coureuse

La course à pied, c’est vite fait, bien fait. Parfait pour les gens pressés. Les plus motivés vont rationaliser leur entrainement à l’aide de montres connectées, vont partager leurs exploits sur Internet et devenir marathoniens ou ultra-traileurs. Très vite, la notion du toujours plus va s’installer dans cette activité, sur le modèle du travail. Dans les discussions avec vos « collègues », vous ne vous sentirez plus considéré si votre dernier trail était inférieur à 100 km, avec 8000 m de dénivelé positif… Problème : une fois blessé, le coureur citadin vivra mal l’interruption forcée de son activité.

Quoi qu’il en soit, sur la route du frugalisme, mieux vaut s’investir dans des domaines où devenir excellent est chronophage plutôt que couteux …

La tentation des jeux

Un homme qui a assez de bien pour vivre, s’il savait demeurer chez soi avec plaisir, n’en sortirait pas pour aller sur la mer ou au siège d’une place. […] Et on ne recherche les conversations et les divertissements des jeux que parce qu’on ne peut demeurer chez soi avec plaisir.

Blaise Pascal, Pensées, fragment Divertissement

Le jeu est présent dans toutes les phases de l’existence. La/le  frugaliste fuira toutefois les jeux d’argent, si elle/il veut persévérer dans sa démarche !

Jeux de grattage
Grattage frénétique …

S’évader avec l’alcool ou les paradis artificiels

Théoriquement, une fois frugaliste, fini l’alcool de fin de semaine pour oublier le travail.

De même, le cannabis à la fin d’une journée de travail n’aura plus lieu d’être.

Je peux en témoigner (pour le 1er cas) ! Ces évasions pouvaient certes s’accompagner d’un sentiment de liberté mais s’effectuaient au prix d’un asservissement, comme le souligne Laurent Schmitt dans Du temps pour soi.

Développement personnel et pensée positive

Ce genre littéraire récent est attirant car les ouvrages fourmillent de trucs et de conseils, notamment en matière de « management » du temps. Problème : les conseils s’adressent à tous, sans tenir compte des spécificités de chacun et se révèlent  répétitifs, cf. Développement (im)personnel de Julia de Funès.

D’autre part, les thèses développées dans ces livres conduisent souvent à individualiser des maux qui relèvent souvent en grande partie de l’organisation de la société. Bref, même si votre mode de vie frugaliste vous offre du temps, il convient d’être très sélectif dans ce type de lecture.

Médicalisation du temps libre

Hypochondrie: les tribulations du malade imaginaire – Soirmag.be

En réponse à l’incitation de la société à l’« autonomisation », dans la mouvance du développement personnel, la tentation existe de médicaliser son temps libre. Et, notamment, de mettre en œuvre une lutte contre le vieillissement qui accapare une part trop élevée de ce temps libre. Quand on dispose de temps libre, le risque est de devenir hypocondriaque… Frugaliste, attention aux effets secondaires des médicaments !

Conclusion : moins de quantité, plus de qualité

Échapper au temps binaire

Pour trouver un bon équilibre dans le mode de vie frugaliste, il convient d’échapper au temps binaire, comme l’appelle L. Schmitt, à savoir éviter les extrêmes :

  • avoir trop d’activités, être surbooké  (pas assez de temps) ;
  •  ennui, temps long (trop de temps).

L’avènement du temps libre a semblé offrir une 3ème voie. Mais celle-ci est contrariée par la vie moderne (échanges incessants de courriels, sms, …).

Cela suppose de changer de rythme et de prendre conscience que la suractivité professionnelle ne constitue pas l’unique modalité de l’existence.

Vous êtes au travail ? Pensez à vous accorder des micro-pauses d’une minute dans la journée. Si vous en avez besoin toutes les minutes, alors posez-vous des questions sur votre travail ! A court terme, la méditation de pleine conscience peut être tentée. A plus long terme, devenir frugaliste et viser une retraite anticipée est une alternative !

Dénouer l’impasse temporelle vers laquelle nous pousse la société

Selon l’analyse de L. Schmitt dans Du temps pour soi, nous sommes incités à chercher à disposer de temps libre. Puis à le combler, mais pas toujours selon nos propres aspirations. D’où une incapacité à jouir de ce temps pas complètement libéré. Dénouer cette impasse représente une étape essentielle.

Le combat ne se limite pas à gagner du temps libre mais à gagner ”notre” temps, celui que nous souhaitons et qui est en accord avec nos vraies aspirations.

 Laurent Schmitt, Du temps pour soi

En conclusion, gagner du temps pour soi suppose une prise de conscience, suivie d’une « déprogrammation ». Le défi est de  trouver sa propre temporalité, en adéquation avec son horloge biologique, son imaginaire.  Comme le souligne L. Schmitt, cela suppose de développer un souci de soi .

Mais, pour prendre son temps, encore faut-il en avoir les moyens. Le revenu de base (également nommé revenu universel) pourrait constituer une solution. Voir à ce sujet le plaidoyer de Philippe Van Parijs et Yannick VANDERBORGHT dans Le revenu de base inconditionnel, ouvrage qui fait référence sur cette idée. Dans l’attente d’une mise en oeuvre durable par des politiques publiques (ce sujet sera peut-être mis à l’agenda après la crise du coronavirus ?), la démarche frugaliste et notamment la recherche de l’indépendance financière constitue une excellente solution d’attente !

Devenir frugaliste pour contrer le management insensé

J’aime bien mon travail mais moins mon/ma responsable hiérarchique

Des enquêtes (Enquête CFDT Parlons travail 2016-2017) montrent que les salariés aiment majoritairement leur travail et leur entreprise ou administration. En revanche ces mêmes enquêtes relèvent une contestation de la hiérarchie et des  modes de management. Les dysfonctionnements engendrés par les modes de management contemporains se traduisent par plusieurs catégories de problèmes ayant des répercussions sur la santé des salariés : burn-out, bore-out, et autre brown –out.

Comme le soulignent N. Bouzou et J. De Funès dans La comédie (in)humaine, les organisations humaines induisent des comportements rudes. Les dirigeants ont tendance à développer une passion pour tout centraliser, tout contrôler, tout surveiller.

Boss en colère

Sommaire

Les causes multiples du manque de sens au travail

Impératifs de rentabilité

Les « logiques de marché » priment assurément. Avec pour corolaire la réduction des coûts qui constitue parfois (et même souvent ) l’alpha et l’oméga de la politique de l’entreprise ou de l’administration.

Dans le secteur privé

Les auteurs citent l’exemple des vœux d’une PME dans laquelle le directeur débite son discours depuis 10 ans par « new cash, new cash, new cash ».

Il est vrai que dans de nombreuses autres entreprises, grandes ou moyenne, il est fréquent que la part variable de la rémunération du « top management » soit indexée sur un paramètre de rentabilité financière (comme l’ EBIDTA).

Courbe de croissance
L’EBIDTA augmente, c’est bon pour mes primes !

Et dans le public

Les méthodes de gestion percolent du privé au public via les cabinets de conseil et les mouvements de cadres (retro pantouflage). On  note une aptitude à reproduire consciencieusement (avec un léger retard toutefois) les dérives managériales du secteur privé.

Dans le secteur privé, l’objectif était jusque là clair et lié à la rentabilité (avant l’apparition timide de critères sociaux et environnementaux). Dans l’administration, il apparait toutefois difficile d’afficher ouvertement des indicateurs axés sur la rentabilité d’une activité (cela n’a d’ailleurs pas forcément de sens dans le secteur public). Dès lors, on assiste à la prolifération d’indicateurs.

Il est vrai que les politiques publiques comportent généralement plusieurs facettes, sans qu’il soit aisé de pondérer les différents objectifs. Exemple : critère environnemental / social / économique.

Une manière d’illustrer cela : graphiques radars mais j’ai observé que cela n’aide pas vraiment à la décision.

En outre, parmi les nombreux indicateurs retenus, tous ne sont pas nécessairement liés à la qualité du service public. Dans certains cas, des indicateurs affriolants sont retenus alors que les moyens d’action ne sont pas à la main de l’entité (cela peut s’expliquer par le millefeuille administratif, mais plus fréquemment par le narcissisme du/de la responsable de l’entité).

Surcouche de complexité

La complexité bureaucratique n’est toutefois pas l’apanage des seules administrations, contrairement à ce que relatent souvent certains médias. Il existe une corrélation (pas toujours parfaite, heureusement) entre la taille des entreprises et la complexité. La propagation de la complexité est également galopante dans certaines entreprises, comme le montrent Yves Morieux et Peter Tollman dans leur livre Smart Simplicity.

Ils ont mis au point deux indices :

  • l’indice de complexité du Boston Consulting Group (société de conseil pour laquelle ils travaillent) représentatif de  la complexité de l’environnement économique (réglementations en matière de marchés, de finances, etc.)
  • un indice de complication des organisations, lié à la complexité interne des organismes.
On croule sous la paperasse.
Epaisses couches de paperasse

D’après leurs analyses, le premier indice a été multiplié par 6 depuis 1955 alors que l’indice de complication a été multiplié par 35.

Ainsi, les entreprises rajoutent-t-elles une épaisse couche de complications au cadre complexe existant. D’après Yves Morieux et Peter Tollman, les entreprises ont créé des labyrinthes organisationnels qui brident la productivité et les capacités d’innovation tout en démotivant les individus avec toujours plus de souffrance au travail. Il en découle une prolifération de tâches liées à la gestion de cette complexité. Ces missions sont naturellement candidates à une ou plusieurs des catégories  définies par David Graber dans Bullshit Jobs (par exemple, le gestionnaire de tableau de bord pourrait être classé dans la catégorie « cocheur de case »).

D. Graeber estime que si ces métiers inutiles survivent dans l’économie capitaliste, c’est qu’ils permettent d’occuper les gens et d’éviter qu’ils ne se révoltent. N. Bouzou et J. De Funès estiment pour leur part que cette inflation de la complexité résulterait d’une paresse et d’une volonté de limiter les risques auxquels est  exposée l’entreprise.

La simplicité est la sophistication suprême

Léonard de Vinci

Prime à la réactivité

Comme l’exprime Laurent Schmitt dans Du temps pour soi, « la réactivité devient une exigence ». Dans notre société, « l’urgence du temps remplace l’importance et la finalité de l’action ». Dans le monde du travail, cela se traduit notamment par la manière de gérer ses mails. Un individu est considéré comme performant s’il lit tous ses messages, les traite et y répond rapidement. Au plus tard dans la journée, pour ne pas entendre un cinglant reproche « tu n’as pas répondu à mon mail » lors d’une réunion ou en croisant ses collègues dans le couloir. Peu importe l’importance du contenu du message, la priorisation ne s’effectue pas au regard des enjeux mais plutôt en fonction du niveau hiérarchique de l’émetteur. Pour construire la réponse, les conditions de réflexion sont rarement réunies et la réponse ne prend que rarement en compte toutes les facettes d’un problème.

Problème d’autorité

Un problème d’autorité est par ailleurs mis en avant par Nicolas Bouzon et Julia de Funès dans La comédie (in)humaine.

Les auteurs soulignent que les manageurs ne sont pas naturellement dotés d’autorité (définie comme la capacité d’un individu à s’imposer aux autres sans user de la contrainte) alors que leur positionnement hiérarchique, reconnaissance de leur mérite, leur octroie du pouvoir.

Les auteurs estiment  que plutôt que de novlangue et de jeux récréatifs, les salariés ont besoin d’autonomie, de franchise et de sens (ce dernier aspect étant primordial). Mais comment être autonome quand on perd l’essentiel de ses journées en réunions interminables et en « reportings » ? La mise en oeuvre de “process” et autres “reportings” apparaissent comme des tentatives désespérées de reprise de contrôle par les dirigeants, comme l’explique Francois Dupuy dans Lost in management.

Mon expérience dans l’administration

J’estime avoir passé la majorité de mon temps de travail en réunion,  gestion de reporting (j’ai mis au point et géré un nombre incalculable d’indicateurs, regroupés dans de multiples tableaux de bord) et gestion de boites aux lettres envahies par des messages inutiles.

Dans les grandes organisations, le sens du travail est plus aisé à percevoir lorsqu’on est proche du citoyen. Les rares gens durablement épanouis dans le travail (outre les narcissiques pathologiques) que j’ai pu croiser récemment poursuivent une cause qui leur tient à cœur (par exemple dans le domaine de l’aide au développement). Cependant, dans d’autres professions de « vocation », comme la santé et l’éducation, l’usure et le désenchantement sont souvent au rendez-vous après quelques années d’exercice.

Alors que faire pour retrouver du sens ?

Retrouver du sens

Rappeler ou définir ensemble un objectif fédérateur et distinct de la seule considération comptable.

Réduire le temps passé (perdu ?) en réunions

Plus de 60 % des entreprises souffrent d’un excès de réunions et moins de 15 % d’une insuffisance, d’après Nicolas Bouzon et Julia de Funès. Selon un sondage réalisé en 2017 , les salariés français passeraient 4,5 heures par semaine en réunions. Cette durée serait double pour les cadres. Selon la même étude, seule 1 réunion sur 4 aboutirait à une prise de décision. Ces réunions, souvent imposées, ne seraient toutefois pas une sèche perte de temps car 44 % des salariés utiliseraient leur smartphone ou leur ordinateur pour faire autre chose.

Réunion interminable et inutile
Les salariés passent en moyenne 4,5 heures par semaine en réunion, soit trois semaines par an, révèle une étude OpinionWay publiée en 2017. L’Express, istock

Pour gagner en efficacité et lutter contre la réunionite aigüe, il parait souhaitable d’imposer la production de documents préparatoires (ordre du jour précis, note rédigée et argumentée plutôt que powerpoint fourre-tout) et d’un relevé de décision (comprenant des décisions ne se limitant pas à la seule date de la prochaine réunion …).

Par ailleurs, la visioconférence apparait comme une bonne solution car elle permet de gagner du temps. D’une part les temps de déplacement sont réduits, d’autre part, les réunions sont en général plus courtes (les conditions sont un peu moins confortables). De plus, les participants parlent chacun leur tour, en s’écoutant plus qu’en présentielle.

Supprimer les e-mails inutiles

Chacun d’entre-nous reçoit en moyenne 14 600 e-mails par an, soit 40 message par jour (données 2013). Ce flot continu et les notifications associées (pop-up, tonalité d’alerte) vous dérangent dans vos activités car votre curiosité vous incite à lire ces messages immédiatement. Or, la loi de Carlson (moins connue que la loi de Murphy) dispose que le temps perdu à cause d’une interruption est plus long que la durée de cette interruption.

Au regard de ce risque pour la productivité, certaines entreprises ont supprimé purement et simplement la messagerie électronique et ont opté pour un réseau social, sans grand succès semble-t-il.

Une régulation collective est nécessaire

Il conviendrait donc de réguler fortement l’usage de la messagerie à l’aide d’un règlement et non d’une simple charte. Celui-ci devrait bannir les diffusions trop larges pour se couvrir et prévoir la suspension temporaire de l’accès à la messagerie pour les contrevenants.

Overdose de mails
N’en jetez plus, la boîte est pleine !

Fixer ses propres règles

Dans l’attente de la mise en place d’une telle régulation au sein de votre organisme, vous pouvez également vous fixer des règles de gestion personnelles. Si votre messagerie n’est pas utilisée pour gérer les “vraies” urgences (les missions réellement urgentes sont généralement gérées dans les services d’urgences par des cris dans le couloirs, par radio ou interphone …) vous pouvez désactiver la notification d’arrivée des messages sur votre ordinateur et votre smartphone. Vous pourrez alors regrouper la gestion de vos mails à trois moments de la journée : le matin à votre arrivée (cela pourrait contribuer à structurer votre journée), après la pause déjeuner (de toute façon, il s’agit de la période la moins productive), le soir avant de partir (comme vous êtes pressé, vous serez efficace ; si des réponses impliquent une décision importante, mieux vaut laisser murir pendant une nuit …).

Développer le télétravail

Lorsque les fonctions le permette, il apparait qu’une journée de télétravail par semaine soit profitable, tant pour le salarié que pour l’entreprise. Cela offre la possibilité de prendre un peu de recul, de mener une réflexion sans être interrompu … et peut-être de rédiger sereinement les compte-rendus des (trop nombreuses) réunions de la semaine.

Le télétravail constitue une marque de confiance mutuelle. Son développement s’est accéléré, par la force des choses, lors des périodes de grève ou de confinement.

Malgré vos efforts, le management ne va pas dans le bon sens ? Prenez du recul et devenez frugaliste !

Malgré vos contributions éventuelles, votre direction ne semble pas sur la voie de la redécouverte des vertus de la confiance et de la simplicité ? Vos collègues ne rament pas dans le même sens et ont plutôt tendance à se tirer dans le pattes (parfois dans le vôtres) ? Bref, vous êtes fatigués et ne voyez pas poindre de solution collective au bout du tunnel…

Parmi les solutions individuelles, le frugalisme peut constituer une voie pour voir le travail autrement ou rompre de manière provisoire ou définitive avec le travail “classique” . Etes-vous prêt.e ?

Comment éviter les erreurs en matière d’investissement

Frugaliste, soit frugal dans tes erreurs !

Gérald Autier, dans Savoir Investir , remarque que : « les erreurs en matière de décision d’investissement sont toujours les mêmes quelle que soit la profession des interlocuteurs et quelle que soit la taille des actifs investis. Certaines de ces erreurs peuvent être bénignes et sans conséquence, d’autres, au contraire, peuvent être plus dommageables : de la surexposition à certaines classes d’actifs à l’absence de vision patrimoniale globale, en passant par des conseils donnés par des amis oscillant entre le hasardeux et le dangereux, ou bien encore des décisions hâtives guidées par les nombreuses idées fausses mais répandues sur certains investissements. »

Pour parvenir à son objectif de frugaliste, qui comprend l’indépendance financière, il vaudra mieux limiter ses erreurs en matière de stratégies d’investissement et de choix de placements financiers. Pour cela, il convient d’avoir conscience des erreurs que peuvent provoquer ses tendances naturelle et mettre en place des garde-fous.

Corriger ses tendances naturelles

Connaître ses biais comportementaux

Pour prendre les bonnes décisions de placement, il faudra parfois déjouer vos biais comportementaux. Encore faut-il les connaître !

Connais-toi toi -même

Attribuée à Socrate

Pour vous aider, nous pouvez réaliser un test en ligne proposé par la société de gestion Shroders.

Il importe également de vous connaitre en tant qu’investisseur.

Les erreurs les plus fréquentes | Comment les corriger ?

Concentrer ses investissements

Investir uniquement sans les valeurs que l’on connait, liées par exemple à votre profession. Investir largement dans mes actions de votre entreprise.

Gros caillou parmi des petits illustrant le risque de surpondération d'un actif financier
Investissement lourd et petits cailloux …

Risques : Fausse l’analyse. Concentration du risque (vos revenus et vos placements dépendent de la santé d’une même société). Crée une dépendance à un secteur d’activité, une zone géographique (France uniquement, par exemple).

Parade : mettre en œuvre une diversification efficace

Ne mettez pas tous vos œufs dans le même panier ! Gardez-vous de tout excès de confiance. Avoir des convictions, c’est bien mais il faut parfois s’en méfier, notamment en matière d’investissement.

« Les convictions sont des ennemis de la vérité, plus dangereux que les mensonges ».

Nietzsche

Avoir une idée préconçue

Croire dur comme fer à une thèse d’investissement et ne retenir que les informations allant dans votre sens (biais de confirmation)

Risques : placement non adapté à son horizon de temps ou à la conjoncture.

Parade : méfiez-vous du biais de confirmation et intéressez-vous aux autres points de vue.

Succomber à un placement (trop) alléchant

Sans tenir compte des qualités fondamentales d’un placement, vous vous focalisez sur des critères secondaires, comme la fiscalité. Par ailleurs, méfiez-vous des produits miracles (“dérives sur crypto-actifs”, vins ou whisky, cheptels) accompagnés de promesse de gagner beaucoup d’argent en peu de temps et sans risque !

Risques : Être aveuglé par la “carotte fiscale” et investir dans un placement de piètre qualité. Être victime d’une arnaque

Parade : Vérifiez la qualité du placement et son potentiel de gain à long terme. La fiscalité doit être considérée comme un bonus et non le déclencheur de votre décision d’investissement.

Par ailleurs, pour éviter les arnaques, consultez les mises en garde ainsi que la liste noire de l’Autorité des marchés financiers.

Mises en garde de l’AMF

Conserver des placements décevants

La forte aversion aux pertes conduit à ne jamais couper ses positions en moins-values.

Risques : creuser des pertes

Parade : se souvenir que lorsqu’un titre chute de 50%, il faudra qu’il progresse de 100 % pour retrouver son cours initial. Sachez donc couper rapidement vos positions sur des cas d’investissements qui ne fonctionnent pas/plus.

Coupez rapidement vos pertes en cas de mauvaise nouvelle fondamentale et durable

Sécuriser ses gains (trop) rapidement

Risque : Les meilleurs titres sont sortis trop tôt. Ne restent que les mauvais élèves

Parade : laisser courir ses gains plus longtemps (en particulier sur les valeurs recherchées par le marché).

Laisser courir ses gains
Laissez courir vos gains …

Se montrer versatile

L’épargnant a tendance à succomber aux effets de mode et à changer d’opinions en fonction de conseils ou de la conjoncture à court terme.

Risque : les changements de stratégie conduisent à majorer les frais de transactions.

Parade

Résister à ses émotions.

Keep calm and stay invested
AND STAY INVESTED

Restez investi, a fortiori si vous avez opté pour une philosophie buy & hold.

Finance comportementale : en savoir plus

Voici une sélection de publications pour mieux comprendre son comportement d’investisseur et, le cas échéant, le corriger. Et pourquoi pas mettre en place des stratégies pour tirer profit des biais comportementaux des autres intervenants et ainsi améliorer sa performance ?

Blog de Mickaël Mangot

Il a contribué à diffuser en France les théories de la finance comportementale .

Livres sur la psychologie de l’investisseur

Daniel Kahneman, Système 1 / Système 2

Système 1 / Système 2

Richard H. Thaler, Misbehaving. Les découvertes de l’économie comportementale

Richard H. Thaler, Misbehaving. Les découvertes de l'économie comportementale

Mickaël Mangot, Psychologie de l’investisseur et des marchés financiers

LIvre Mickaël Mangot, Psychologie de l'investisseur et des marchés financiers

Frugaliste, fuyez les abonnements !

Frugaliste, l’abonnement est ton ennemi

Dans la chasse aux dépenses, il est rationnel de cibler en premier lieu les charges fixes : habitation, assurances, etc. Ces dépenses sont considérées comme contraintes et sont en général préengagées. Elles représentent 61 % des revenus disponibles des ménages pauvres et 23 % de ceux des ménages aisés.

On observe depuis une dizaine d’années un boom de ces dépenses par prélèvement régulier et leur extension à des domaines comme la musique (Spotify, Deezer) ou les films (Netflix).

Ces dépenses liés à de multiples abonnements, n’ont plus de caractère vital mais n’en demeurent pas moins contraintes et se font parfois oublier. Connaissez-vous le nombre et le coût de vos abonnements ? La plupart des personnes interrogées les sous-estiment d’après l’ONG néerlandaise Nibud.

Ces abonnements foisonnants sont l’ennemi du frugaliste. Alors comment faire la part des choses, tout en préservant son budget de frugaliste et sans se priver de l’essentiel ?

Les abonnements : ennemis du frugalisme
Mario Wagner, Le Monde

Qui gagne, qui perd ?

Point de vue du vendeur

L’explosion des offres abonnements dans la plupart des secteurs d’activité tient à la recherche de revenus stables et prévisibles. Par ailleurs, l’abonnement est souvent un crédit qui ne dit pas son nom. Pour vendre le dernier modèle de SUV, mieux vaut afficher un « abonnement » de 189 € par mois qu’un prix de 25 000 € ! De plus, « L’abonnement est bien moins régulé en Europe que le crédit » rappelle Ryad Boulanouar, fondateur de la banque Nickel dans un article du Monde.

Publicité pour SUV : prix affiché par mois. Le frugaliste évite ...
Au fait, c’est quoi le prix ?

D’ailleurs, tous secteurs confondus, la tendance est d’afficher dans les publicités ou les devis, des montants mensuels afin de masquer la valeur totale des produits ou services.

Enfin, du point de vue du vendeur, un bon abonnement sait se faire oublier pour devenir une dépense invisible par le souscripteur.

Point de vue du frugaliste

Certes, il est tentant de rechercher la simplicité que permet – a priori – l’abonnement. La part de la population atteinte de phobie administrative pourrait y voir des avantages. Certains trouvent un intérêt aux abonnements de « réassort » pour les capsules de café ou  les lentilles de contact. Une start-up propose même un abonnement pour des chaussettes pour éviter la fatigue d’aller en acheter en magasin.

Cependant, la simplification n’est pas toujours au rendez-vous. La livraison des chaussettes peut avoir des ratés … Autre exemple, vous êtes abonnées à des paniers d’AMAP pour soutenir l’agriculture bio en circuit court mais avez le sentiment d’être puni quand vous découvrez des radis noirs dans le panier … 😥

Radis noirs : Décu par votre panier AMAP hebdomadaire ?
Décu.e par votre panier AMAP hebdomadaire ?

De même, s’il vous vient l’idée de résilier votre « offre sans engagement », cela se révèlera souvent plus difficile que la souscription en 1 clic. Vous vous rappelez la dernière fois que vous avez fait la queue à la poste pour envoyer une lettre recommandée de résiliation de votre accès internet ?

Plan d’action frugaliste

Passez au peigne fin tous vos abonnements et plus généralement toutes vos dépenses récurrentes prépayées. Réinterrogez-vous (en famille si nécessaire) sur leur nécessité ou le bien être qu’ils vous apportent. Avez-vous vraiment le temps de regarder Canal +et Netflix (qui couplent d’ailleurs leur offre en France …) sans entamer votre temps de sommeil et par conséquent votre bien-être voire votre santé ?

  • Supprimez  les abonnements inutiles.
  • Limitez les abonnements “coups de cœur” (un par membre de la famille ?) et ajustez-les strictement à vos besoins.
  • Optimisez les abonnements incontournables : énergies, télécoms. Même pour eux, posez-vous la question de l’adéquation avec vos besoins.

Profitez par exemple du déploiement du compteur électrique communicant « Linky » pour ajuster la puissance souscrite au plus près de votre consommation (pour cela, quelques  mois après l’installation, vérifiez vos pointes d’appel de puissance et ajustez si nécessaire la puissance souscrite juste au dessus de ces pointes).

Faites le vide !

Comme Marie Kondo fait le vide dans ses placards, purgez vos abonnements. Vous serez ainsi un.e frugaliste libéreré.e de la surconsommation, d’un poids pour vos finances et pour votre tête également !

Se libérer de la consommation, la voie du frugalisme

Le frugalisme pour briser le couple infernal travail-consommation

Devenir frugaliste nécessitera de briser deux chaines : celles vous liant au travail et à la consommation. Travail et consommation sont d’ailleurs intimement liés. Car la consommation rend l’argent désirable et nous motive à travailler. Nous sommes conditionnés socialement (voire biologiquement)  pour considérer que le bonheur, c’est de posséder. Dès lors, un cercle vicieux se met en place entre travail et (sur)consommation.

Roue de hamster illustrant  le cycle infernal travail-consommation
Vous sentez que vous faites le grand écart dans la roue travail-consommation ?

Sommes nous condamnés à la boulimie d’achat et à travailler sans relâche pour assouvir ce besoin impérieux ?

Heureusement non ! Mais rompre ces liens nécessite de naviguer face au vent du matraquage publicitaire et même à contre-courant de notre “programmation biologique”. Cette rééducation nécessitera donc des efforts sur la durée et devra s’accompagner d’une recherche de sens pour consolider la nouvelle liberté ainsi obtenue. La démarche frugaliste s’inscrit pleinement dans cette voie.


Nous sommes conditionnés à consommer

Un conditionnement économique et social

Le capitalisme est fondé sur une logique de profit et de croissance. Or, dans la plupart des pays développés, la consommation constitue le principal moteur de la croissance. Pour alimenter la chaudière à charbon, il faut alors mettre sur le marché régulièrement de nouveaux produits et susciter de nouveaux besoins à l’aide de la publicité pour que les consommateurs les achètent.

Sisyphe fait les courses. Blog de Thibault ROY
Sisyphe fait les courses. Blog de Thibault Roy

De plus, en consommant et en achetant des objets qu’il considère utile, l’individu recherche également de la reconnaissance. Il s’agit de ressentir l’appartenance à un groupe, d’affirmer son identité ou de se distinguer. Par exemple, certains achètent telle voiture haut de gamme pour attester d’un statut, d’autres (les mêmes souvent) le dernier smartphone pour marquer leur appartenance à une tribu (“geek “par exemple).

Un besoin biologique

Notre cerveau serait programmé pour accumuler les objets. Selon Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, lorsque nous achetons un objet qui nous plaît, nous stimulons une zone du cerveau, nommée striatum, qui libère de la dopamine.

Si cet instrument nous a permis de survivre en des temps de rareté (notamment en nous incitant à bien nous nourrir), le striatum est aujourd’hui sollicité en permanence en cette période d’abondance et ne sait plus dire stop. La publicité s’appuie sur ce mécanisme. Si nous renonçons malgré tout à consommer, le cerveau réagit mal et cela se traduit par un épuisement.

Comment se libérer de la consommation ?

S’entraîner à la frugalité et au frugalisme

S’il faut reprogrammer son cerveau, la rééducation promet d’être longue et douloureuse ! Heureusement, les pulsions primaires et de court-terme peuvent être contrées par la volonté, relevant non seulement du domaine moral mais aussi de la neurobiologie. En l’espèce, le cortex frontal, siège de la volonté, pourrait être « musclé » et entrainé à la frugalité. Une expérience permet d’évaluer l’épaisseur de ce cortex, le « dilemme du marshmallow ». On place de jeunes enfants devant une friandise et on leur dit : « Tu peux la manger tout de suite, mais si tu attends trois minutes, tu en auras une deuxième ». Certains patientent (cortex plus épais) alors que d’autres cèdent immédiatement à la tentation.

Test du marshmallow
550 enfants furent tourmentés lors de ce test du marshmallow. Deux enfants sur trois mangent le premier marshmallow.

Décâbler se circuit de la récompense nécessite incontestablement du temps. Adopter la frugalité sera plus facile si l’on parvient à se « déblaser » c’est-à-dire à apprécier les choses simples. Par ailleurs, selon le docteur Bohler, la valorisation des comportements altruistes (à commencer par le sien) pourra remplacer celle de la consommation. Ainsi, notre cerveau se sentirait récompensé d’être quelqu’un de bien plutôt qu’un possédant.

Utopique ? Essayez-vous-même !

Trouver d’autres buts que les achats sans fin

Pour se libérer durablement de la consommation, il faudra trouver des réponses, collectives ou individuelles au « manque d’être ». On pourra chercher à satisfaire  des besoins plus « qualitatifs » selon les termes d’André Gorz, pour parvenir à une « vie bonne » au sens des philosophes. Ces besoins relèvent de la culture, comme la musique.


Libéré, délivré …frugaliste

Une impulsion politique est vraisemblablement nécessaire pour réduire significativement la consommation et parvenir à une sobriété bénéfique au bien être de chacun et à notre environnement. Une réponse sociale collective pourrait être entreprise pour pallier le « manque d’être ». Vous ne les voyez pas arriver ? Moi non plus… Alors, en attendant, débarrassez vous du superflu, déconnectez-vous  des réseaux sociaux (au moins quelques heures par jour), libérez votre esprit et sachez vous contenter du minimum… Vous allez apprendre à aimer la frugalité et le frugalisme. Libérés, délivrés, êtes vous prêt ?

Quelles sont les causes du mal-être au travail ?

La priorité à l’économie au détriment de l’humain

Les causes profondes sont vraisemblablement liées à la primauté de l’économie, dans sa version « capitalisme actionnarial » sur l’humain et sur la décision politique.

Le néolibéralisme a déplacé le curseur du partage valeur ajoutée  au profit capital (pouvoir des actionnaires) et au détriment du travail. Ainsi, l’austérité est-elle prônée pour les salariés, qui sont vus comme une variable d’ajustement à la baisse des coûts de production. Dans ces conditions, pour Sylvaine Perragin, « Le capital créé de la valeur en sapant le travail » (Le salaire de la peine, Seuil, 2019)

En découle des impératifs de production qui conduisent à l’extension de modes d’organisation et de méthodes de management parfois brutaux.

Chaplin, les Temps Modernes
Chaplin, les Temps Modernes

Autre illustration du taylorisme et du management au début de XXe siècle, par le narrateur de Voyage au bout de la nuit, qui arrive aux usines Ford à New York en 1930 :

Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n’êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu’on vous commandera d’exécuter… Nous n’avons pas besoin d’imaginatifs dans notre usine. C’est de chimpanzés dont nous avons besoin… Un conseil encore. Ne me parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! Tenez-vous-le pour dit.

Céline, Voyage au bout de la nuit.

Cette primauté de l’économie et de la finance n’est pas toujours assumée par les dirigeants des entreprises et des administrations, qui peinent à fixer des caps clairs et motivants. Cette situation provoque souvent une perte de sens du travail.

La violence au travail vient parfois de l’organisation

Un des modes d’organisation le plus connu est le Lean management. Cette méthode a été inspirée par le système de production de Toyota. Elle consiste par exemple à supprimer les temps d’attente inutiles. Selon ses promoteurs, elle permet d’économiser du temps et de l’énergie et donc de gagner en qualité de vie au travail.

On ne parle plus du lean mais d’optimisation des fabrications». L’Usine Nouvelle, 2014

Cependant, elle conduit à des situations « aux limites » afin d’augmenter la productivité : un minimum de salariés générant un volume maximum d’activité. In fine, la masse salariale est réduite.

D’abord appliquée dans l’industrie, ces méthodes s’appliquent désormais également  au secteur tertiaire (services). Or, le « process » dans les services repose (plus encore que dans l’industrie) sur l’humain), comme le souligne Sylvaine Perragin dans son livre Le salaire de la peine.

L’homme n’étant pas une machine, ces méthodes provoquent des souffrances.

Certaines entreprises en sont revenues, suite à ses conséquences (troubles musculo-squelettiques, démotivation au travail) ou à des échecs cuisants dans sa mise en oeuvre. Mais d’autres la (re-)découvrent avec enthousiasme. Comme ce cadre d’une société du CAC 40 qui, en sortant d’un séminaire, voulait la mettre en œuvre dans mon club de sport !

Cette violence au travail provoquée par l’organisation constitue un « risque systémique » révèle l’Institut national d’études démographiques (INED) dans une étude citée par Anne Rodier dans sa chronique Carnet de bureau du Monde.

Illustration de l'article du Monde "La violence au travail est un « risque systémique », alerte l’Institut des études démographiques". Publié le 27 novembre 2019
« Les insultes et les pressions psychologiques (humiliations, dénigrements, menaces) sont les violences les plus fréquemment constatées, suivies par les atteintes à l’activité professionnelle. » Otto Dettmer/Ikon Images / Photononstop
Voir l’article complet

Autres facteurs du mal-être au travail

D’autres ingrédients peuvent également rendre la potion amère. Il s’agit notamment :

L'Open space m'a tuer.
  • du manque de sens. Le critère financier constitue souvent la seule (vraie) boussole et les managers peinent à fixer un cap clair et fédérateur.
  • de la dégradation des conditions de travail. Cf l’Open space m’a tuer. Alexandre des Isnards et Thomas Zuber  y remettent en cause, en 2008, avec leur expérience, de nombreux témoignages et force anglicismes,  l’image d’Epinal du « fun » véhiculées par les cabinets de conseil en vogue.
  • de la frontière floue entre monde du travail et sphère privée, favorisée par l’usage d’outils numériques et en particulier du smartphone. Lorsque votre responsable hiérarchique, un collègue ou un client vous appelle, et vous demande “Je ne vous dérange pas ?” Répondez-vous souvent “Je ne suis pas au travail” ou “Je suis en congés” ? Une certaine disponibilité est attendue et éteindre votre terminal peut être perçu comme un désintérêt de la vie de votre entreprise. Cette situation est admise voire encouragée dans la plupart des structures, malgré l’insertion dans le Code du travail d’un droit à la déconnexion, suivi de l’émergence de chartes sans grands effets, semble-t-il.
  • du travail en zapping : vous êtes sans cesse interrompu dans votre activité par le téléphone, les mails, vos collègues de bureau. Dès lors, il devient difficile de se concentrer sur une activité et vous avez le sentiment de ne plus maîtriser votre temps, ce qui est facteur de stress.
Enseveli sous ses mails ?
Vous ne parvenez plus à gérer votre boîte mail ? – Lionel Davoust
  • du manque de reconnaissance, souvent mis en évidence dans les études et sondages.

Des conduites individuelles abusives

En plus des modes d’organisation, les conditions de travail peuvent être viciées par des conduites individuelles abusives : management toxique, voire harcèlement moral, comme le décrit par Marie-France Hirigoyen.

C’est d’ailleurs parfois la politique d’entreprise qui permet à « de petits chefs » d’exprimer de manière débridée leur perversité. C’est le sens du témoignage d’une employée actuellement chez Orange, qui a connu la période de crise chez France Télécom. Selon ce qu’elle m’a indiqué, l’encadrement intermédiaire a pu se défouler localement en prenant appui sur les directives de l’entreprise.

La prévention demeure timide en la matière. Des initiatives voient le jour par exemple dans les écoles de commerce .

Des conditions parfois inhumaines

Deux jours, une nuit. Film
Deux jours, une nuit. Film réalisé par les frères Dardenne

Ces dérives conduisent parfois à des conditions inhumaines, comme les décrits Marc Crépon, directeur du département de philosophie à l’Ecole normale supérieure dans Inhumaines conditions, ouvrant son propos par les parcours de Rosetta et de Sandra, qui ont d’ailleurs été repris dans les films Rosetta et Deux jours, une nuit des frères Dardenne. L’auteur souligne que toutes deux se heurtent à plus d’une loi : celle des hommes qui décident de leur sort et celle de la société qui a cessé de les protéger.