Philosophie d’investissement du frugaliste

Introduction

Dans votre approche de frugaliste, vous vous êtes fixé un objectif. Par exemple, être indépendant financièrement (pour ne pas dire rentier 🤑) avant 50 ans.

Par ailleurs, vous vous connaissez mieux en tant qu’investisseur.

Pour parvenir à votre objectif, tout en tenant compte de votre personnalité et de vos situations familiale, juridique, fiscale et financière, il convient d’établir un cadre. En effet, comme pour tout un projet (un voyage itinérant par exemple), une feuille de route semble préférable pour devenir frugaliste, à moins que vous n’aimiez l’improvisation. Mais cette dernière ne devrait pas trouver une place prépondérante dans votre démarche de longue haleine comme frugaliste.

Cette philosophie d’investissement en tant que frugaliste devra permettre de vous guider dans vos décisions et vous aider à maintenir le cap en cas de turbulence.

Définition

Une philosophie d’investissement (cf. Ben Carlson dans son livre Organizational Alpha ) est une liste de principes pour guider nos actions et décisions d’investissement. Votre philosophie doit refléter votre vision et vos croyances. En particulier sur le (dys-)fonctionnement des marchés financiers, comme le souligne Aswath Damodaran, professeur de finances à l’Université de New York, spécialisé dans la valorisation des actions. D’après lui, la plupart des philosophies sont bâties sur ces visions. Le marché peut faire des erreurs sur la valorisation d’une entreprise, voire la valeur agrégée du marché dans son ensemble. Si vous partagez cette analyse, vous pouvez en tenir compte dans vos principes d’investissement.

Pourquoi est-ce important ?

Votre philosophie sera votre boussole lorsqu’il s’agira de choisir entre plusieurs voies. Une bonne vieille boussole, c’est rustique mais cela permet de ne pas s’égarer quant la batterie de votre GPS est  à plat … 😲

Pour réussir, Charley Ellis, auteur de Winning the Loser’s Game a repéré 3 chemins :

  • le premier épuisant physiquement est de travailler plus que les autres ;
  • le second est épuisant mentalement, c’est d’être plus intelligent que les autres (comme Warren Buffet qui investit dans les sociétés décotées ou George Soros qui avait parié sur la baisse de la livre sterling) ;
  • le troisième est épuisant émotionnellement, c’est de rester plus rationnel que les autres en ayant une approche de long terme.

On pourrait en ajouter d’autres : avoir de la chance (gagner au loto, hériter, …), être initié et en profiter (attention, c’est illégal 🤐 ).

Si vous n’êtes pas particulièrement chanceux et ne disposez pas d’informations privilégiées, cette  troisième voie semble la plus praticable, à condition de mettre au point une bonne philosophie, qui vous permettra de limiter votre épuisement émotionnel.

Au-delà de ménager vos nerfs 🥶 , une bonne philosophie vous fera faire des économies, ce qui contribuera à l’atteinte de vos objectifs en matière de frugalisme. En effet, comme l’indique Aswath Damodaran, en l’absence de philosophie, le risque sera de « switcher » sans cesse d’une stratégie à l’autre, ce qui générerait  des frais de transaction élevés.

Une philosophie d’investissement sera utile même si vous déléguez la gestion de votre patrimoine à un professionnel, pour décider de la mission à lui confier.

Critères d’une bonne philosophie d’investissement

En se référant à Ben Carlson et à Aswath Damodaran, voici les ingrédients d’une bonne philosophie d’investissement :

  • elle doit être courte, simple et explicite, afin de vous aider efficacement dans vos décisions d’investissement.
  • Elle doit être bien adaptée à votre profil de frugaliste, afin d’ éviter des insomnies, ulcères ou pire ! Par exemple, si vous êtes anxieux et adepte de la lenteur, oubliez le day-traiding ! Si vous aimez suivre l’actualité économique et éplucher les rapports d’activité, alors vous pourrez envisager d’opter pour une philosophie impliquant une gestion chronophage.
  • Vous devez adhérer pleinement à cette philosophie, qui sera stable et constituera votre gouvernail.

Pour la faire durer, comme nous ne sommes pas des robots, il pourra être pertinent de prévoir une soupape de sécurité, prenant le forme d’exceptions mais avec la préoccupation de préserver l’essentiel.  Par exemple, vous pourriez prévoir de consacrer 10 % maximum de vos actifs dans des investissements s’écartant de votre philosophie (parce ce que vous connaissez bien tel secteur ou telle société, ou simplement pour le fun …).

Exemples de philosophies fondées sur le long terme

En matière d’objectifs et de situation patrimoniale, vous êtes unique. On peut toutefois citer quelques approches permettant d’alimenter votre philosophie ou votre stratégie d’investissement. En se restreignant aux investissements boursiers, compatibles avec une approche de long terme, on peut par exemple lister :

Buy and hold (acheter et conserver)

Cette philosophie (qui est également considérée comme une stratégie) consiste à acquérir puis  à conserver des actifs sur une longue période (a priori au delà des cycles économiques et financiers) sans intervention de la part de l’investisseur, ni modification de l’allocation d’actifs.

Le fond souverain du Qatar a ainsi adopté ce processus d’investissement : « Notre portefeuille a pour but de créer de la valeur à long terme pour les générations futures. Il n’est donc pas sujet aux mesures conventionnelles de performance à court terme ou aux tactiques d’optimisation de portefeuille ».

Voir Buffett, Soros, Icahn, fonds souverains… leçons de stratégie des meilleurs investisseurs de Gérald Autier

Investissement actif

Cette approche repose sur la sélection d’actifs (stock picking). Elle nécessite du temps pour analyser la situation des entreprises dans lesquelles vous envisagez d’investir. De nombreuses sociétés de gestion revendiquent cette philosophie, pour se démarquer des gestions passives (voir ci-dessous). C’est le cas de la société française Moneta.

Parmi ces « stock-pickers », on peut dans certains cas distinguer des investisseurs orientés :

Value

Dans ce cas, les investisseurs misent sur des actifs considérés comme décotés. Cette approche « value » pourra se traduire par des années de détention d’un titre avant qu’il ne retrouve, éventuellement,  une valorisation plus conforme à sa « valeur intrinsèque ».  Le risque : attendre très longtemps si l’on tombe dans le piège d’une « value trap », c’est-à-dire d’un titre fortement déprécié et qui le restera. Comme le disait Keynes : « à long terme, nous serons tous morts » 💀 .

Ces investisseurs pensent que les actifs « growth » (orientés croissance)  sont sur-évalués.

Growth

Les adeptes de l’approche growth pensent exactement le contraire et misent sur des valeurs présentant des perspectives de croissance.

GARP

Une combinaison – a priori intelligente- des deux a été trouvée sous l’appellation GARP  (growth at reasonable price). Elle associe la stratégie growth et la stratégie value. Son but : investir dans des sociétés de croissance à un prix raisonnable.

Approche passive ( indicielle)

En bourse, contrairement à d’autres domaines, la passivité peut être votre alliée ! 😴 Car, dans le domaine des placements, le travail ne paie pas toujours.

Cette approche est moins chronophage et permet de garder plus de temps pour soi. Elle peut se  référer à un ou plusieurs indices et être mise en place à l’aide d’ETF (Exchange Traded Fund, fond coté en bourse, suivant généralement un indice boursier et assorti de frais moins élevés que des fonds “classiques”) .

Cette méthode est mise en œuvre par certains  sous la forme de « lazy portfolio » (portefeuille du paresseux).

La mise en place et la gestion de portefeuille peuvent être limitées à une minute par mois, selon Edouard Petit, auteur de Epargnant 3.0.

Le nombre de supports peut ainsi être très restreint (il cite un exemple comprenant uniquement un ETF monde et un bon fond en euros). Cette méthode peut toutefois conduire à des stratégies panachant de nombreux supports d’investissement.

Ma philosophie

Voici un extrait de ma philosophie d’investissement :

  • Horizon long terme, optique « buy and hold »
  • Investissements ciblant l’obtention de revenus réguliers
  • Recours aux principaux actifs : actions, obligations, immobilier, matières premières.
  • Diversification pour limiter les risques.
  • Limiter les frais (en choisissant des intermédiaires financiers au bon rapport qualité/prix, des produits peu chargés en frais et en limitant le nombre de transactions).
  • Sélection valeurs. Orientation grandes capitalisations, value, « qualité », GARP. Les sociétés multinationales sont privilégiées, à l’exclusion des sociétés de production de tabac. Recours à des sociétés plus petites en présence d’avantages concurrentiels avérés (monopoles notamment).
  • Au regard du constat de comportements moutonniers (excès hausse, baisse), les achats sont effectués, dans la mesure du possible, sur replis conjoncturels après mauvaise surprise sur les résultats trimestriels.  En s’assurant  toutefois que ce « passage à vide » est d’ordre conjoncturel (exemple : mauvaise récolte pour Bonduelle).
  • Pas de couverture (optique long terme, au-delà cycle), pas de recours produits complexes (dérivés, structurés)
  • Exceptions à cette philosophie : 10 % maximum du portefeuille.

Conclusion

L’élaboration de votre philosophie nécessitera du temps et un peu de réflexion. L’idéal sera de la mettre en pratique durant une période donnée avant d’effectuer un bilan et, le cas échéant de la réviser.

Lorsque vous aurez établi une philosophie solide et durable, elle pourra servir de fondement pour construire vos stratégies d’investissement. Ces stratégies s’attacheront à mettre en œuvre votre philosophie, de façon plus opérationnelle et détaillée.

A noter qu’une même philosophie peut conduire à plusieurs stratégies différentes. Par conséquent, les stratégies d’investissement se révèlent très nombreuses et variées (car fondées sur des horizons de temps différents, des tolérances au risque également différentes, des cadres réglementaires et fiscaux distincts et des visions différentes voire contradictoires).

Une bonne philosophie devra avant tout vous correspondre : être adaptée à vos caractéristiques personnelles. Elle devra en particulier vous aider à ne pas céder à la pression de vos émotions lors des périodes difficiles pour vos investissements.

Pour aller plus loin

Aswath Damodaran, Investment Philosophies