Quels sont les meilleurs placements pour devenir frugaliste ?

Le projet de l’adepte du frugalisme repose généralement sur l’indépendance financière. Il s’agit de se construire un retraite (très) précoce afin de mener un projet, se consacrer à ses passions en se retirant en tout ou partie du travail “classique”.

A moins de disposer d’un capital conséquent (voir règle de 25 fois vos dépenses annuelles), cet objectif ne semple pas aisé à atteindre. D’autant que la conjoncture économique et financière actuelle ne favorise pas l’épargnant. Après l’euthanasie du rentier par l’inflation, voilà l’épargnant confronté à des taux de rémunération très faibles pour les placements sans risque.

Dans ces conditions, comment le frugaliste peur mettre toutes les chances de don côté pour parvenir à la liberté financière, en prenant des risques modérés ?

Sommaire de l’article

Les placements financiers des ménages français

Durant l’ensemble de l’année 2019, la Banque de France a relevé une nette hausse des flux entrants vers les « produits de taux » incluant les dépôts sur comptes bancaires (rémunérés ou non) et l’assurance-vie en euros.

Graphique historique des placements des ménages français (2012-2019)
Source : Banque de France
Livret A
Archives AFP, Denis Charlet

Durant la période de confinement, les ménages ont eu, semble-t-il, plus de temps pour s’occuper de leurs placements. Les transactions dans l’immobilier physique étant gelées, un regain d’intérêt pour les actions aurait été noté par les courtiers et sociétés de gestion. Pour autant, l’épargne forcée de cette période (à hauteur de 40 % des revenus des Français)  a continué à alimenter les comptes de dépôts et le livret A (qui a battu des recors de collecte nette à 5,47 milliards d’euros en avril 2020 selon la Caisse des dépôts).

Ces placements « sûrs” ont préservé les épargnants des soubresauts de la bourse durant la « corona-crise » (jusqu’à 40 % de baisse entre la fin février et la mi-mars 2020).

Cours du CAC 40 entre décembre 2019 et mai 2020
Source : Boursorama

L’indice CAC 40 a perdu un peu plus de 40 % entre la fin février et la mi-mars, avant de reprendre une partie du terrain perdu.

Cependant, la mise à l’abri sur les comptes de dépôts ou dans un livret A ne constituent qu’une solution de court terme. D’une part parce qu’elle ne préserve pas le pouvoir d’achat du capital au regard de l’inflation. D’autre part car cela ne sera pas le moyen le plus rapide d’atteindre votre indépendance financière de frugaliste (à moins de disposer d’un capital très élevé).

Quels sont alors les placements à considérer dans votre perspective d’adepte du frugalisme ? Il convient dans un premier temps de passer en revue les différents types de placement ou classes d’actifs.

Qu’est-ce qu’une classe d’actifs ?

Une classe d’actif, c’est tout simplement un ensemble d’instruments financiers similaires. Un instrument financier, ou un actif financier, c’est un droit qui porte sur un actif sous-jacent. Cet actif sous-jacent peut être une entité, comme une entreprise ou un gouvernement, ou bien un actif réel, qui est un actif ayant une forme physique, comme un terrain, un bâtiment, ou de l’équipement.

Qu’est-ce qu’un droit ?

Prenons un exemple.

En acquérant des actions, un investisseur devient l’un des propriétaires d’une société. Cela lui donne des droits de vote, et droit à une part de tout bénéfice futur.

En achetant de la dette, un investisseur devient créditeur d’une entreprise ou d’un gouvernement.

En devenant créditeur, vous obtenez un droit sur actifs plus important que celui des actionnaires.

Autrement dit, en cas de faillite, le porteur d’obligations sera payé avant les actionnaires.

Dans le monde des actifs, on compte quatre classes principales d’actifs :

  • le marché monétaire, et les équivalents de trésorerie ;
  • les titres à revenu fixe, qui sont principalement des obligations,
  • les actions,
  • et les actifs alternatifs, une catégorie très vaste, qui englobe l’immobilier, les matières premières, et les actions non-côtés. De plus en plus, l’immobilier est considéré comme une classe d’actifs à part entière. Il peut prendre différentes formes : physique, pierre papier (SCPI), foncières cotées.

Il est généralement admis, en finance que, pour obtenir des rendements plus élevés, vous devez prendre plus de risques.

Le choix d’investissement sera fonction de votre horizon de temps (projet, âge), de votre aversion au risque et de votre intérêt pour telle ou telle classe d’actif (immobilier, actions par exemple).

Performances historiques comparées des différents actifs

Un regard dans le rétroviseur s’impose.

Les actions et l’immobilier : incontournables sur longue période

Dans le long terme les actions surperforment

J. Siegel

Dans le long terme nous sommes tous morts

J.M. Keynes

Sur le (très) long terme , les actions et l’immobilier ont surperformé les placements à revenus fixes (obligations et monétaire) mais aussi l’inflation. C’est ce qui a été observé en France comme aux Etats-Unis. Voici par exemple des données analysées par Jean-Francois de Laulanié dans son ouvrage Les Placements de l’Epargne à Long Terme.

Actifs France

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs en France (en %)
PériodesActionsImmobilierObligationsMonétaireInflation
158 ans : 1857-20159,19,25,74,34,7
75 ans : 1940-201513,313,67,15,17,6
50 ans : 1965-201510,410,37,96,34,3
25 ans : 1990-20158,16,56,33,31,6
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après Insee, G. Duon, Chambre des notaires, SBF et Euronext.

Etats-Unis

Performance moyenne annuelle, revenus réinvestis, des différents actifs aux Etats-Unis (en %)
PériodesActionsObligationsMonétaireInflation
144 ans : 1871-20158,65,14,72,1
75 ans : 1940-201510,95,14,43,8
50 ans  : 1965-20159,46,55,54,1
25 ans : 1990-20159,66,43,02,4
Sources ; J.F. de Laulanié, d’après US Department of Commerce et Standard & Poor’s.

Le graphique suivant confirme qu’un investissement dans l’indice S&P 500 (qui comprend des actions de grosses sociétés américaines), a surpassé un investissement dans des obligations du gouvernement Américain avec une échéance de 10 ans.

Graphique comparant les évolutions de l'indice S&P 500 et des obligations d'Etat américaines à 10 ans
Source : formation en ligne HEC, Axa

Ainsi, 1 $ investi en 1971 s’est transformé en presque 84 $ en 2015 pour le S&P500, contre environ 21$ pour les obligations.

Tenir compte de l’inflation

Pour votre projet de frugaliste, il est prudent de choisir des placements offrant une protection contre l’inflation (comme le font d’ailleurs les fonds de pension).

Sur les longues périodes, les actions et l’immobilier s’adaptent à la conjoncture économique et à l’inflation, permettant de préserver les pouvoir d’achat du capital initial.

Dans son ouvrage précédemment cité, JF. De Laulanié met en évidence que l’immobilier présente 80 % de chance d’offrir des performances supérieures à l’inflation après une détention de 5 ans. Les actions françaises dépassent ce seuil après une durée de 15 ans. Il note par ailleurs que les actions américaines ont une probabilité de 100 % de surperformer l’inflation à partir d’une durée de 20 ans de détention.

Probabilités de performances supérieures à l’inflation en fonction de la durée de détention

Tenir compte du change

Si vous investissez dans des actifs libellés en devises (dollar par exemple), il faudra garder à l’esprit que les variations des taux de changes ne seront pas négligeables au regard des performances de  certaines classes d’actifs (monétaires, obligations).

Ces investissements pourront contribuer à diversifier votre patrimoine. Il convient également de noter que certaines monnaies sont considérées comme pro-cycliques (elle tend à s’affaiblir lorsque les marchés baissent). C’est le cas par exemple du dollar canadien. D’autre au contraire ont un comportement contra-cyclique (car elles  sont considérées comme des valeurs refuge) : le dollar américain, le franc suisse.

Conjoncture économique et performances relatives

Le long terme, c’est un beau concept mais comment manœuvrer si votre projet nécessite des revenus dans les années qui viennent ? De plus, ce qui était valable hier l’est-il encore aujourd’hui ? Au cours des dernières années, les cours des obligations d’Etat ont flambé et leur rendement est très faible voire négatif. Dans ces conditions, il parait pertinent de tenir compte de la conjoncture pour poids relatifs des actifs.

CroissanceInflation 
ForteForteActions et immobilier surperforment
FaibleForteActions et immobilier surperforment
ForteFaiblePerformances souvent parallèles
FaibleFaibleObligations et monétaires surperforment
Source : J.F. de Laulanié

Depuis 2008, la situation économique française a été caractérisée le plus souvent par une croissance et une inflation faibles. Les actions de la banque centrale européenne, consistant à acheter massivement des obligations ont contribué à l’augmentation des cours des obligations (mais à un écrasement de leur rendement). Les performances des placements monétaires se sont par ailleurs révélées très faibles au cours des dernières années.

Conclusion

Pour horizon inférieur à 10 ans, l’investisseur frugaliste prudent pourra opter pour des placements comportant :

  • des valeurs à revenues variables (actions,  immobilier) ;
  • des valeurs à revenus fixes (obligations).

En première approche, une  proportion de 50 % – 50 % pourra être adoptée. Le curseur pourra toutefois être adapté à l’aversion au risque et à la conjoncture économique

Pour une durée supérieure à une dizaine d’année (retraite précoce), les placements du frugaliste seront essentiellement constitués d’actifs à revenus variables (immobiliers, actions). Les autres placements auront pour vocation de faire face à des imprévus ou de financer des projets (frugaux bien sûr).

Dans tous les cas, le frugaliste pourra utilement mettre en œuvre la méthode d’investissements par poche.

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