Bientôt tous frugalistes grâce au revenu de base inconditionnel ?

Si vous aspirez à devenir frugaliste, vous attendez certainement avec  impatience l’instauration d’un revenu de base inconditionnel. Faut-il compter sur ce revenu dans son projet frugaliste ou s’agit-il d’un mirage en plein désert des Tartares ?

Couverture du livre "Le Désert des Tartares"
Frugaliste, voyez-vous venir le revenu de base ?

Sommaire

L’idée du revenu de base chemine … lentement

L’idée du revenu de base inconditionnel percole lentement mais sûrement dans le débat public. Elle suscite d’ailleurs généralement de vifs  débat et controverses. Il est toutefois intéressant d’observer que les positions sont transpartisanes. Les soutiens et adversaires sont en effet présents tant à gauche qu’à droite de l’échiquier politique. Un premier coup de projecteur avait été donné en 2017. C’était lors de la campagne présidentielle française (ce revenu était inscrit dans le programme de Benoît Hamon). Depuis, le sujet est revenu sur (presque) toutes les lèvres lors des confinements liés à la pandémie de Covid-19. Même le pape François a suggéré l’instauration d’un « salaire de base universel » en avril 2020, après avoir dénoncé la dimension « compétitive et individualiste de la civilisation actuelle ».

Discours du pape François, favorable au revenu de base
Revenu de base : ayez la foi ! La Croix

Les premières expérimentations paraissaient lointaines (tant géographiquement qu’en matière de niveau de vie). Elles suscitaient donc des doutes quant à la possibilité de transposer ce dispositif dans nos pays « riches ». Mais voilà que  les terres d’expérimentation se rapprochent de nous : Corse, Grande-Synthe. Comme le montre la carte mondiale des expérimentations (recensées par le  mouvement français pour un revenu de base), nombre d’expérimentations sont désormais menées dans les pays riches.

Le revenu de base, késako ?

Label rouge pour le revenu de base
C’est du bon !

Il convient d’abord de se mettre d’accord sur les mots. En effet, les nombreuses annonces (en particulier durant la période de Covid) se réfèrent à des appellations différentes, ce qui prête parfois à confusion. Revenu universel, revenu décent, s’agit-il du même dispositif ? Pas nécessairement. Par exemple, lorsque le Président français a annoncé en 2018 un « revenu universel d’activité», ce dernier consistait en réalité à une fusion des prestations sociales (RSA, prime d’activité et APL).

Dès lors, comment distinguer les vrais projets de revenu de base. Existe-t-il un « label rouge », comme pour le poulet  ?

Définition du revenu de base

Pas de label semble-t-il à ce jour mais une charte mise au point par le Mouvement français pour un revenu de base (MFRB, créé en 2013 pour fédérer les partisans du revenu de base et obtenir son instauration en France). Le même MFRB a mené un décryptage de toutes les mesures apparentées au « revenu universel » annoncées dans le monde depuis le Covid-19.

De même, le MFRB propose une définition du revenu de base :

 « Le revenu de base est un droit inaliénable, inconditionnel, cumulable avec d’autres revenus, distribué par une communauté politique à tous ses membres, de la naissance à la mort, sur base individuelle, sans contrôle des ressources ni exigence de contrepartie, dont le montant et le financement sont ajustés démocratiquement. »

Grandes caractéristiques

Selon le MFRB, le revenu de base se doit d’être  :

  • Universel : Tous les membres de la communauté le reçoivent, quels que soient leurs revenus ou leurs situations professionnelles.
  • Inconditionnel : aucune contrepartie n’est requise pour le recevoir.
  • Individuel : il est versé à chaque membre du foyer, sans considération des revenus de ses autres membres.
  • Permanent : les enfants y ont droit aussi. Il pourrait par exemple être versé aux responsables légaux jusqu’à leur majorité
  • Inaliénable : le revenu universel est un droit fondamental pour tous les citoyens. Ses bénéficiaires ne peuvent pas en être dépossédés.
  • Cumulable : il s’additionne avec tout autre revenu (salaire, certaines allocations …).

Ces caractéristiques ont de quoi faire rêver un.e frugaliste. Mais au fait, quel pourrait-être le niveau de ce revenu de base ?

Quels montants et quels coûts pour le revenu de base ?

Les propositions s’étendent de 450 € pour les  partisans libéraux à 1 200 € pour les promoteurs de gauche, plus ambitieux. Les modalités de financement diffèrent selon les projets mais une augmentation significative des impôts seraient dans tous les cas nécessaire. En France, le coût d’un revenu de base de 1 000 euros par adulte et de 500 euros en-dessous de 18 ans est estimé à 720 milliards d’euros par an, selon le magazine Alternatives économiques.

Quels bénéfices, pourquoi l’instaurer ?

Les promoteurs de renom du revenu de base (dans ses différentes variantes) sont nombreux comme le recense Libération dans Tout non-travail mérite salaire : Martin Luther King, André Gorz ou encore les Prix Nobel d’économie Milton Friedman, James Tobin, Paul Samuelson ou Amartya Sen.

Selon ses supporteurs, le revenu de base offre les avantages suivants.

Moyen efficace de lutte contre la pauvreté

Le revenu de bas permettrait de réduire la pauvreté. En effet, il constituerait une solution au problème actuel du non recours aux aides sociales par des ayants-droits. Ce phénomène s’explique par le fait que certaines personnes ne sont dans aucun fichier ou renoncent à demander une aide. Ainsi, le revenu de base offrirait-il un filet de sécurité à mailles plus resserrées que les dispositifs de protection sociale actuels. D’ailleurs, son universalité et son automaticité auraient grandement facilité les choses durant les périodes de confinement (en particulier en continuant à protéger celles et ceux qui tirent une partie de leur revenu du travail non déclaré).

De plus, ce dispositif contribuerait à la stabilité sociale et politique. Ainsi, pour Guy Standing, qui l’érige en « nouveau droit fondamental », le revenu de base est une piste évidente pour résoudre le problème du « précariat ». Il juge que l’émergence de cette nouvelle classe de « résidents précaires » est dangereuse pour l’équilibre social, économique et politique.

En outre, Guillaume Allègre de l’OFCE relève que  les instruments de lutte contre la pauvreté (RSA notamment) sont « familiarisés ». Un système individualisé offrirait plus de liberté et de sécurité aux individus, dans un contexte où la famille n’est plus stable.

Sur la plan économique, le revenu de base serait une bonne solution pour maintenir la demande agrégée, notamment en cas de crise (comme les périodes de confinements). En effet, il soutiendrait la consommation des ménages les plus pauvres.

Donner de la visibilité et de la confiance

Ce revenu pourrait alléger les angoisses paralysantes des fins de mois. Il permettrait d’engager des recherches d’emplois et de formations. De mener des projets et de prendre plus de risques.

Varier ses activités et revaloriser certains emplois

Le revenu de base aurait pour effet de déconnecter – au moins en partie – les moyens de subsistance du travail. Ce qui n’empêcherait pas ses bénéficiaires – c’est à dire a priori tout le monde – d’exercer une grande variété d’activités, choisies en fonction des aspirations de chacun. Selon certains, les individus seraient plus épanouis, et plus performants dans ces tâches et par conséquent plus productifs.  Une partie seulement de ces activités seraient rémunérées, mais elles seraient globalement utiles à la société, ne serait-ce que pour maintenir du lien social (activités associatives par exemple).

Les boulots pénibles mais à forte valeur sociale (personnel de nettoyage dans un hôpital par exemple), seraient mécaniquement revalorisés par une amélioration des conditions de travail et de la rémunération. Car sans ces améliorations, il n’y aurait plus personne pour les exercer …

Ainsi, la corrélation inverse entre valeur sociale du travail et niveau de rémunération, observée par David Graeber dans son livre bullshits jobs, serait légèrement corrigée pour les bas salaires.

Quelles sont les principales critiques et difficultés ?

Qui va faire le sale boulot ?

La question est pertinente. Car si l’on augmente les salaires dans certaines branches, acceptera-t-on l’augmentation des factures pour leurs services ? Par exemple, dans le secteur du nettoyage, l’Etat et les collectivités territoriales seront-ils disposés à payer plus pour le nettoyage de leurs bureaux ? On peut rétorquer à cela qu’une grande partie des services gérant le système actuel de protection sociale pourront libérer leurs locaux avec l’instauration du revenu de base. Autre exemple : le modèle de la grande distribution (déjà challengé par ailleurs) pourrait être remis en cause s’il fallait revaloriser les salaires des « employés de rayons» (plutôt maigres, même en positivant).

Tout le monde va arrêter de travailleur pour aller surfer à Malibu

Le revenu de base va produire une masse d’oisifs qui va vivre du travail des autres. C’est l’une des principales objections soulevées à l’évocation du revenu de base. Pourtant, ce n’est pas ce que démontrent les conclusions des premières expérimentations. De même, une étude faite dans le cadre de la votation suisse  montre que 2% des individus déclarent qu’ils cesseraient de travailler s’ils avaient un revenu universel.

Cependant, pour John Rawls, philosophe libéral américain, “ceux qui surfent toute la journée au large de Malibu doivent trouver un moyen de vivre par eux-mêmes et n’ont pas droit à des fonds publics”.

C’est pourquoi Antony Atkinson, économiste britannique, spécialiste de l’étude des inégalités, a proposé un “revenu de participation”. C’est-à-dire qu’il conditionne l’obtention de ce revenu à une participation minimale à la vie de la société. Il définit toutefois cette “participation” de façon assez large : avoir un emploi, être en éducation, en formation ou en recherche d’emploi active, garder des enfants ou s’occuper de parents, faire du bénévolat dans une association reconnue. Seules seraient exclues les personnes qui consacrent leur vie à leurs loisirs.

Selon Esther Duflo, lauréate du prix Nobel d’économie 2019, “l’une des plus répandues est qu’aider les gens les rendrait paresseux et les encouragerait à profiter du système. Tous les dispositifs d’aide aux plus pauvres, que ce soit dans les pays riches ou dans les pays en développement, sont construits sur cette croyance et possèdent de ce fait une dimension punitive. Or nos expériences montrent que c’est le contraire qui est vrai : plus on aide les gens, plus ils sont capables de repartir d’eux-mêmes, plus ils sont aptes à sortir de la trappe à pauvreté dans laquelle ils étaient enfermés”.

Tout travail mérite salaire

Nous sommes nombreux à percevoir l’emploi salarié comme la pierre angulaire de l’intégration et de la protection sociale. Le revenu de base viendrait saper cet édifice en dévaluant la sacro-sainte « valeur travail ». Pour les avocats du revenu de base, il serait temps d’admettre que l’emploi salarié devient une denrée rare. Selon eux, le revenu de base aurait également l’avantage de briser la dichotomie entre ceux qui ont accès à un emploi et ceux qui en sont exclus.

Travailleur allongé dans une usine
Tout non-travail mérite salaire (Libération). Extrait des séries du photographe Alain Bernardini, «Les Allongés», dans l’imprimerie Yvert à Amiens. Photo Alain Bernardini.

De toute façon, c’est beaucoup trop coûteux, donc non finançable

C’est vrai que les choses se compliquent dès qu’il s’agit de trouver les moyens de le financer. Pour les uns, il suffirait de mettre en place une vraie taxe sur les transactions financières et de supprimer les paradis fiscaux. D’autres le conçoivent comme une allocation dont l’élargissement serait financé par les économies permises par la suppression des services sociaux gestionnaires du millefeuille d’aides actuel.

Enfin, la plupart des études concluent que la principale source de financement serait l’impôt sur le revenu, en augmentant sa progressivité. Le dispositif pourrait être complété, le cas échant, par un impôt sur le patrimoine.

Mieux vaut cibler les pauvres

Dans les pays pauvres, Esther Duflo préconise la création “d’un revenu universel « ultra basique » qui permette d’assurer à toute personne un seuil de revenus au-dessous duquel il ne pourra pas tomber, permettant de se nourrir, de se loger. Et cela sans contrepartie.”

Pour les pays riches, des économistes comme Philippe Martin, estiment que ce système unique, remplaçant l’ensemble des dispositifs fiscaux et sociaux existants, risquerait de faire des perdants. Il préconiqe de mieux cibler les aides sociales.

C’est le retour de l’inflation

Pour certains, le revenu de base accroitrait la demande et le pouvoir d’achat. Alors que dans le même temps l’offre diminuerait (la production baisserait puisque une part grandissante de la population demeurerait oisive). Ce double effet conduirait à une hausse de l’inflation.

Pour d’autres, l’inflation serait la bienvenue pour alléger le fardeau de la dette publique.

Enfin, selon les analyses du MFRB, si le dispositif est financé par redistribution  (par l’impôt), il n’augmenterait pas la masse monétaire et n’aurait donc pas d’effet notable sur l’inflation. Cette relation entre inflation et création monétaire, promue par l’économiste libéral Milton Friedman dans les années 1970, doit toutefois être relativisée. Car elle a été contredite par les fait depuis 2008 : l’inflation a chuté malgré une forte augmentation de la masse monétaire.

Frugalistes, œuvrez pour le revenu de base !

Convaincu par les principes du revenu de base ? Devenez militant !

Les bienfaits du revenu de base vous ont convaincus ? Vous estimez que le solde est globalement positif ? Dans ce cas, pourquoi ne pas participer à faire avancer ce projet ? Par exemple en adhérent à une association, comme le Mouvement français pour le revenu de base ?

Pour vous faire entendre, vous pouvez également signer l’initiative citoyenne européenne 2020/2021 pour un revenu de base,  avant le 25 septembre 2021.

Sans attendre, créez votre propre revenu de base

Vous adhérez aux principes du revenu de base. En particulier vous souhaitez mettre en œuvre le plus rapidement possible ses bons côtés : décider de la vie que vous souhaitez mener, changer votre relation au travail. Et, si vous êtes prêts à vivre simplement, travailler différemment ou ne plus travailler du tout.

Alors, ne misez pas tout sur l’attente d’une hypothétique mise en œuvre… Constituez votre propre revenu de base en préparant votre indépendance financière !

Approfondir le sujet du revenu de base

Livres

Le revenu de base inconditionnel. Une proposition radicale

Couverture du livre Le revenu de base inconditionnel
Véritable recueil sur le revenu de base

Philippe VAN PARIJS, Yannick VANDERBORGHT

La bible sur le sujet. Un plaidoyer de 584 pages dans lequel les auteurs analysent à la fois les arguments favorables et les objections à l’instauration du revenu de base inconditionnel.

Interviews de Philippe VAN PARIJS en 2019, dans Libération

Libérons-nous ! Des chaînes du travail et de la consommation

Couverture du livre Libérons-bous !

Abdennour Bidar

Comment se libérer de ces esclavages absurdes ? Par l’instauration d’un revenu universel ! Pour nous consacrer enfin « à nos vrais problèmes, ceux de la vie et des relations entre les hommes, ceux des créations de l’esprit » et aux moyens de « mener une vie judicieuse, agréable et bonne ».

Film

Un revenu pour la vie

Film documentaire de Michaël le Sauce

Le revenu de base inconditionnel vise à découpler une partie du revenu du travail pour le coupler à la vie ! Pour que chaque être humain, dignement, puisse apporter sa contribution à la société. Il y a du travail pour changer de civilisation !

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