Se libérer de la consommation, la voie du frugalisme

Le frugalisme pour briser le couple infernal travail-consommation

Devenir frugaliste nécessitera de briser deux chaines : celles vous liant au travail et à la consommation. Travail et consommation sont d’ailleurs intimement liés. Car la consommation rend l’argent désirable et nous motive à travailler. Nous sommes conditionnés socialement (voire biologiquement)  pour considérer que le bonheur, c’est de posséder. Dès lors, un cercle vicieux se met en place entre travail et (sur)consommation.

Roue de hamster illustrant  le cycle infernal travail-consommation
Vous sentez que vous faites le grand écart dans la roue travail-consommation ?

Sommes nous condamnés à la boulimie d’achat et à travailler sans relâche pour assouvir ce besoin impérieux ?

Heureusement non ! Mais rompre ces liens nécessite de naviguer face au vent du matraquage publicitaire et même à contre-courant de notre “programmation biologique”. Cette rééducation nécessitera donc des efforts sur la durée et devra s’accompagner d’une recherche de sens pour consolider la nouvelle liberté ainsi obtenue. La démarche frugaliste s’inscrit pleinement dans cette voie.


Nous sommes conditionnés à consommer

Un conditionnement économique et social

Le capitalisme est fondé sur une logique de profit et de croissance. Or, dans la plupart des pays développés, la consommation constitue le principal moteur de la croissance. Pour alimenter la chaudière à charbon, il faut alors mettre sur le marché régulièrement de nouveaux produits et susciter de nouveaux besoins à l’aide de la publicité pour que les consommateurs les achètent.

Sisyphe fait les courses. Blog de Thibault ROY
Sisyphe fait les courses. Blog de Thibault Roy

De plus, en consommant et en achetant des objets qu’il considère utile, l’individu recherche également de la reconnaissance. Il s’agit de ressentir l’appartenance à un groupe, d’affirmer son identité ou de se distinguer. Par exemple, certains achètent telle voiture haut de gamme pour attester d’un statut, d’autres (les mêmes souvent) le dernier smartphone pour marquer leur appartenance à une tribu (“geek “par exemple).

Un besoin biologique

Notre cerveau serait programmé pour accumuler les objets. Selon Sébastien Bohler, docteur en neurosciences, lorsque nous achetons un objet qui nous plaît, nous stimulons une zone du cerveau, nommée striatum, qui libère de la dopamine.

Si cet instrument nous a permis de survivre en des temps de rareté (notamment en nous incitant à bien nous nourrir), le striatum est aujourd’hui sollicité en permanence en cette période d’abondance et ne sait plus dire stop. La publicité s’appuie sur ce mécanisme. Si nous renonçons malgré tout à consommer, le cerveau réagit mal et cela se traduit par un épuisement.

Comment se libérer de la consommation ?

S’entraîner à la frugalité et au frugalisme

S’il faut reprogrammer son cerveau, la rééducation promet d’être longue et douloureuse ! Heureusement, les pulsions primaires et de court-terme peuvent être contrées par la volonté, relevant non seulement du domaine moral mais aussi de la neurobiologie. En l’espèce, le cortex frontal, siège de la volonté, pourrait être « musclé » et entrainé à la frugalité. Une expérience permet d’évaluer l’épaisseur de ce cortex, le « dilemme du marshmallow ». On place de jeunes enfants devant une friandise et on leur dit : « Tu peux la manger tout de suite, mais si tu attends trois minutes, tu en auras une deuxième ». Certains patientent (cortex plus épais) alors que d’autres cèdent immédiatement à la tentation.

Test du marshmallow
550 enfants furent tourmentés lors de ce test du marshmallow. Deux enfants sur trois mangent le premier marshmallow.

Décâbler se circuit de la récompense nécessite incontestablement du temps. Adopter la frugalité sera plus facile si l’on parvient à se « déblaser » c’est-à-dire à apprécier les choses simples. Par ailleurs, selon le docteur Bohler, la valorisation des comportements altruistes (à commencer par le sien) pourra remplacer celle de la consommation. Ainsi, notre cerveau se sentirait récompensé d’être quelqu’un de bien plutôt qu’un possédant.

Utopique ? Essayez-vous-même !

Trouver d’autres buts que les achats sans fin

Pour se libérer durablement de la consommation, il faudra trouver des réponses, collectives ou individuelles au « manque d’être ». On pourra chercher à satisfaire  des besoins plus « qualitatifs » selon les termes d’André Gorz, pour parvenir à une « vie bonne » au sens des philosophes. Ces besoins relèvent de la culture, comme la musique.


Libéré, délivré …frugaliste

Une impulsion politique est vraisemblablement nécessaire pour réduire significativement la consommation et parvenir à une sobriété bénéfique au bien être de chacun et à notre environnement. Une réponse sociale collective pourrait être entreprise pour pallier le « manque d’être ». Vous ne les voyez pas arriver ? Moi non plus… Alors, en attendant, débarrassez vous du superflu, déconnectez-vous  des réseaux sociaux (au moins quelques heures par jour), libérez votre esprit et sachez vous contenter du minimum… Vous allez apprendre à aimer la frugalité et le frugalisme. Libérés, délivrés, êtes vous prêt ?

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