Démotivé(e) par mon travail, suis-je atteint(e) d’un brown-out ?

Il n’y a pas que le burn-out et le bore-out dans la vie. Il y au aussi le brown-out ! Le brown-out, c’est l’épuisement au travail, non par le stress et les cadences infernales (burn-ou), ni par la vacuité des missions (bore-ou) mais en raison de l’absence de sens.

Test en 3 questions

Pour mieux le comprendre et surtout repérer sa survenue, voici un petit questionnaire issu du livre du Dr François Baumann, Le Brown-out.

  • Le travail que vous effectuez actuellement vous motive-t-il ?
  • Comprenez-vous la finalité de vos activités et leur intérêt ?
  • Pensez-vous être en cohérence avec la politique de votre entreprise/organisation ?

Si les réponses sont négatives, vous êtes sans doute démotivés par votre travail. Une vaste enquête menée en 2016 avait montré que c’était le cas de 54 % des Français.

Devenir frugaliste pour prévenir et guérir le brown-out

Alors que faire ? Vous pouvez partir à la quête de sens. Devenir frugaliste peut également s’avérer salutaire à la fois pour prévenir et guérir le brown-out.

Comment éviter les 3 “B-out” (Burn-out, Bore-out, Brown-out )? Devenez frugaliste !

Les Français ont décidément une relation ambivalente avec le travail. S’ils aiment en majorité leur travail, ils font également part de souffrances récurrentes en répondant aux enquêtes. Ces souffrances se nomment souvent burn-out, bore-out ou autre brown –out. Devenir frugaliste est une façon de prévenir ces maux et d’aider à guérir des 3 « B-out ».

Burn, bore, brown, souffrez-vous  d’un « B-out »?

Burn-out : la “consumation” par excès d’investissement

Lutte contre les 3 "B-out" : burn, bore et brown

Le burn-out, cette « carbonisation » par excès d’investissement dans le travail est désormais bien connu. Il est considéré comme l’une des formes les plus graves de la « souffrance au travail ». Pour autant, il n’est pas formellement reconnu comme une maladie mais qualifié de « syndrome d’épuisement professionnel”.

Comment repérer ce syndrome ?

Le travail a pris le pas sur votre vie : votre messagerie crépite et vous répondez à vos mails en pleine nuit. Pourtant, vous avez l’impression de n’avoir jamais le temps de faire correctement votre travail. Bref, vous êtes en surchauffe. La rupture peut alors être brutale : un matin, ça casse, vous ne pouvez plus bouger. Ou, au contraire, ce syndrome s’installe plus progressivement. Et conduit de façon insidieuse à un épuisement physique et émotionnel, un cynisme vis-à-vis du travail ou une dépersonnalisation (déshumanisation, indifférence). Tels sont les critères de repérage de ce syndrome d’épuisement professionnel ou burnout.

Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017
Burn-out à qui le tour ? Film documentaire de la RTS, 2017

Bore-out : le tourbillon de vacuité

Si, en revanche, votre responsable hiérarchique ne vous donne rien à faire, vous risquez le bore-out. Cela peut sembler paradoxal en première approche mais 82 % des Français rejettent l’idée qu’ « un emploi où je serai payé à ne rien faire, ce serait le rêve ».

Si en plus, vous êtes l’objet d’une mise au placard, cela ne vas pas renforcer votre narcissisme !

Employé dormant à son poste de travail. Bore-out ou brown-out ?
Bore-out ou brown-out ?

Brown-out : la perte de sens

Après la consumation par l’hyperactivité, la négation de l’individu par la vacuité de son activité, voici le dernier né de la trilogie : le brown-out.

Cette « baisse de courant » psychique fait suite au ressenti de perte de sens, voire d’absurdité, des tâches à accomplir. Les causes du manque de sens au travail sont multiples : rentabilité comme seul objectif, démultiplication du reporting, …

Maladie de riches ?

Il est vrai que ceux qui se plaignent de ce syndrome pourraient agacer ceux qui souffrent de n’avoir aucun emploi. Mais c’est oublier que le sentiment d’être inutile et d’accomplir des tâches dont on ne comprend pas l’intérêt provoque une érosion de l’estime de soi. Cette pente savonneuse peut conduire à la dépression. Si en plus, vous exercez un bullshit job ou « job à la con » au sens de l’anthropologue David Graeber, vous êtes un sujet à risque !

Pour repérer les symptômes, savoir comment réagir et trouver des solutions, vous pouvez vous référer au livre Le Brown-out. Quand le travail n’a plus aucun sens du Dr François Baumann.

Citation

“Il n’est pas de punition plus terrible que le travail inutile et sans espoir”

Albert Camus “Le Mythe de Sisyphe”, Gallimard, 1942

Testez-vous : présentez-vous des risques de brown-out ?


Causes des « B-out »

Les causes profondes de ces situations pathogènes sont certainement à rechercher au-delà de la seule sphère professionnelle, dans notre société. L’absurdité de nombreuses situations ont d’ailleurs été décrite au siècle dernier par Camus ou Kafka.

Pour autant, des moyens d’actions existent en matière d’organisation du travail. Sauf cas particulier (« déplacement » d’une personne), les solutions sont donc la plupart du temps collectives. Or, avez-vous remarqué que la première réaction est de ramener le problème à l’individu en difficulté ? En commençant à chercher ses fragilités potentielles, ce qui a souvent pour effet de le culpabiliser et de l’enfoncer un peu plus ?

Qui est touché ?

Les plus exposés à ces syndromes sont probablement ceux qui placent le plus haut la « valeur travail ». Plus dure sera la chute en cas de désillusion ! En premier lieu, celles et ceux pour qui le travail constitue l’un des buts principaux dans la vie.

Trouver des issues et des solutions

Mieux vaut prévenir que guérir !

Faire appel aux dieux de la médecine ?

Les Grecs et les Romains l’avaient déjà compris. Le dieu de la médecine, Esculape pour les Romains, avait deux filles : Hygie , déesse de la prévention et de l’hygiène de vie et Panacée, qui intervient quand le mal est fait. Mais Panacée de peux pas se passer d’Hygie et la conception de remède miracle, offert par la Panacée, est parfois illusoire.

Privilégier l’approche collective

Les mesures de prévention collectives sont bien sûr à rechercher et à mettre en place en priorité. Mais que faire si elles n’arrivent pas ? Ou trop tardivement, une fois que vous aurez fait le tour des 3 « B-out » …) ?

Mesures individuelles

Pour parer cette éventualité, une approche préventive individuelle s’avère prudente. Alors, optez pour une bonne hygiène de vie : décentrez le boulot  de votre vie et désacralisez le travail. Cultivez une ou plusieurs activités par ailleurs, qui un jour pourront constituer des voies de reconversion !

Livre, Ariane Dubois, Ne t'inquiète pas, tout va bien, 2020

Cette diversification contribuera à votre équilibre et sera d’ailleurs, la plupart du temps, bénéfique pour votre efficacité au travail. De plus, si vous rencontrez une difficulté au travail, il vous sera plus facile de prendre du recul et de relativiser. Car vous pourrez switcher (au moins temporairement) sur vos hobbies.

Guérir

Malheureusement, une action curative se révèlera parfois nécessaire. En cas de brown-out, vous pourrez vous attacher à retrouver du sens au travail (la méthode Coué, vous connaissez).

Dans les cas graves, vous vous verrez certainement proposé une réponse médicamenteuse. Et ce même si l’origine du problème est organisationnelle ou provoquée par le comportement inapproprié d’un tiers) et/ou une aide psychologique. Par la suite, vous vous orienterez peut-être vers une approche transcendantale. Avez-vous remarqué le succès du yoga, de la méditation de pleine conscience et du développement personnel (livres, coachs …). Ou vous chercherez refuge dans la philosophie, comme Ariane Dubois le raconte dans son livre Ne t’inquiète pas, tout va bien ?

Le remède du frugalisme

Comme alternative ou complément à toutes ces méthodes, pensez à devenir frugaliste ! Car le frugalisme vous aidera à lutter contre l’épidémie des 3 « B-out ». A la fois pour prévenir ces fléaux et en guérir.

En prévention, devenez frugaliste !

Logo pharmacie et frugalisme
Le frugalisme, disponible en pharmacie ?

En effet, pour ce qui est de la prévention, dès lors que vous vous êtes fixé l’objectif de devenir frugaliste, vous prenez nécessairement du recul par rapport à votre travail. Puisque l’une des finalités du frugaliste sera justement de travailler moins et même, pour certains, de ne plus exercer du tout d’emploi rémunéré. De plus, vous réduirez votre temps d’exposition aux risques puisque votre objectif de frugaliste sera une retraite (très) anticipée.

Le frugalisme, également pour le volet curatif

Sur le volet curatif, lorsque vous aurez atteint votre objectif d’indépendance financière grâce à votre démarche frugaliste, vous aurez fortifié vos défenses immunitaires contre les virus des 3 B-out. En tant que frugaliste, vous aurez en effet l’esprit plus libre et aurez la possibilité de lâcher un boulot qui vous mine ou de réduire la voilure en exerçant votre emploi à temps partiel. La possibilité d’exercer votre faculté à dire « au revoir patron » à tout moment devrait changer vos rapports avec votre hiérarchie et vos collègues ! Et même si vous n’exercez pas cette option, vous jouirez d’une plus grande liberté d’esprit. Vous pourrez alors mieux sélectionner vos futurs jobs et en particulier d’éviter les « jobs à la con ».

Le frugalisme : votre joker

En conclusion, pour prévenir les situations de souffrance au travail et en particulier les “3 B-out”, prévoyez des plans B, C, …Cultivez avec persévérance des activités qui vous plaisent. Changer votre orientation, modifier vos choix de vie ou choix professionnels, cela doit toujours être réalisable. Le frugalisme pourra vous y aider et constituera votre joker. Et, comme toute action de prévention, plus elle est mise en place tôt, plus elle est efficace !

Marre des « Sois flexible !» et « Adapte toi ! » ? Devenez frugaliste !

Des injonctions à la sauce piquante

Ces injonctions sont entendues tout le temps et accommodées à toutes les sauces. Dans le contexte professionnel, les gourous du management vont vous inciter à « sortir de votre zone de confort » et votre manager va vous demander de vous « engager à fond dans vos projets » (le mode projet étant un nom de code pour dire faire plus sans ressource nouvelle). Les politiques, relayés par les média, assurent qu’il « faut tenir le cap et faire la pédagogie de la réforme ». Même dans le cercle amical ou familial, on peut entendre « Vas plus vite » ou « Il faut vivre avec son temps »…

Tirer sur l'élastique : la flexibilité a aussi des limites !
A force de tirer sur l’élastique …

La répétition de ces expressions toutes faites finit par vous crisper ? Il est tant de se poser des questions : la flexibilité rend-elle vraiment heureux ? Dans l’affirmative, comment parvenir à la mettre en œuvre ? S’agit-il d’une bonne qualité ?

Sommaire

La flexibilité est-elle désirable ?

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine.

Le Chêne et le roseau. Les Fables de Lafontaine

La souplesse, exercée avec facilité peut être vue comme un superpouvoir. En effet, elle permet d’écarter aisément les motifs de frustration et d’éviter les colères. Cette aisance peut être attendue de la part l’individu, à qui ont demande perpétuellement de sortir de sa zone de confort. Mais elle est également applicable à l’entreprise, qui doit aussi diversifier ses activités.

Partout, tout le temps, en toutes circonstances, il faut s’adapter être flexible et être résilient (expression fourre-tout qui tient la corde depuis quelques années, et qui s’accompagne même de l’émergence de Chiefs resilence officer dans certaines entités).

Pour être souple, on a souvent besoin d’un coup de pouce

Il n’est pas donné à tout le monde d’être souple tout le temps et d’être à l’aise partout. Il faut aider l’individu à s’adapter.

Coup de pouce de l’Etat dans le cadre néo-libéral

C’est alors que l’Etat entre en jeu, comme éducateur. C’est ce que montre Barbara Stiegler, professeur de philosophie politique, dans son essai Il faut s’adapter. Sur un nouvel impératif politique ». En se référant aux travaux de Walter Lippmann (qui a tenu un colloque à Paris en 1938) et à Michel Foucault qui a assuré des cours au Collège de France à la fin des années 1970, elle précise la définition du néo-libéralisme, devenu hégémonique. Dans ce cadre, l’Etat intervient pour (ré-)éduquer la population. Cet interventionnisme diffère du laisser-faire propre à l’ultralibéralisme tatchérien et réganien. Selon la pensée néo-libérale, l’espèce humaine ne serait pas capable de s’adapter à l’environnement qu’elle a elle-même créé. La situation  s’est en particulier détraquée après la révolution industrielle car l’évolution biologique humaine ne suit pas le même rythme que la révolution technique.  

Citation

Le travail d’un homme d’État consiste dans une large mesure dans sa capacité à trouver de bons substituts aux choses mauvaises que nous voulons.

Walter Lippmann

Dans cette logique, il faut donc un Etat fort, capable de mettre en œuvre et d’assumer une politique active et volontariste de sublimation des pulsions (B. Stiegler).

Pour sélectionner ce qui est bon pour les citoyens, l’Etat est expert (ou expert dans la sélection d’experts ; cet art peut être difficile cf la constitution du Comité scientifique lors de la pandémie du Covid-19) et agit dans une logique verticale.

Un mode horizontal a été promu par la suite par John Dewey (également pris comme référence dans le livre de B. Stiegler), caractérisé par l’action spontanée de citoyens et de leurs interactions sociales. On appelle cela aujourd’hui « l’intelligence collective ».

Au sein des collectivité et des entreprises

Au-delà de l’Etat, d’autres organismes mettent en œuvre le même principe consistant à diriger les citoyens, les consommateurs ou les clients  vers ce qui est supposé bon pour eux (de préférence avec leur consentement mais aussi de manière autoritaire, s’il le faut …).

Il s’agit par exemple de la communication nudge, que le peut traduire par «  coup de pouce » pour influer sur nos comportements.

Affiches pour inciter au tri des déchets à Paris, en mode nudge.
La communication “nudge”, dans le tri des déchets

Dans la même logique, certaines entreprises nomment des de compliance officer, garant de l’éthique pour l’activité de l’entreprise  (présent le plus souvent dans les banques).

Mickey pousse un caddie rempli d'argent
Le compliance officer, c’est Mickey !
Couverture du livre de Francois Dupuy : La faillite de la pensee manageriale
Il a fallu 2 tomes !

Dans les entreprises ou les administrations, l’impératif de flexibilité s’accompagne d’invitation à la polyvalence et à “sortir de sa zone de confort“. Ces injonctions peuvent d’ailleurs se révéler contradictoires dans la division actuelle du travail. Car n’est-ce pas précisément dans cette zone de confort (notre spécialité) que nous sommes le plus productif ? C’est ce qu’a aisément admis mon “coach” lors d’un bilan de compétence, à rebours de la pensée managériale dominante. Cette pensée managériale est d’ailleurs en voie d’appauvrissement comme le montre François Dupuy dans ses ouvrages Lost in management et La faillite de la pensée managériale. Selon cet auteur, les cabinets de conseil et les écoles de commerce ont une part de responsabilité dans la diffusion de ces pratiques, qui ont même fini par percoler dans la sphère publique.

La flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ?

Nous sommes donc orientés, plus ou moins fermement, vers ce qui est bon pour nous. A commencer par la flexibilité. Lorsque les tentatives se heurtent à des résistances, on ajoute le terme de sécurité à la flexibilité pour faire passer la pilule. Cela a été le cas dans les politiques européennes à partir des années 1990 avec la notion de flexicurité.

Mais au fait, la flexibilité est-elle toujours une bonne qualité ? Est-ce bien d’être malléable ?

La flexibilité s’accompagne de l’idée de fléchir, c’est-à-dire de perdre en force, c’est-à-dire de faire preuve de mollesse. Cela peut conduire à se soumettre volontairement, à se fondre dans le décor. La flexibilité peut donc conduire à la docilité.

Conclusion : soyez flexibles pour sortir de la cage et devenir frugaliste !

Oiseaux sortant de la cage d'acier du capitalisme

Vous ressentez un enfermement dans la « cage d’acier du capitalisme » pour reprendre l’expression de Max Weber. Cette dernière  figure l’ensemble des contraintes, à la fois extérieures et intérieures qui enferment l’homme moderne et qui le contraignent à l’adaptation méthodique aux situations qu’il rencontre.

Alors, il n’y a pas d’alternative, il faut s’adapter ? Le frugalisme peut constituer  une porte de sortie à cette cage. A condition de trouver les bonnes clés et d’anticiper suffisamment pour être prêt à affronter la liberté hors de la cage, comme néo frugaliste !

Devenir frugaliste pour contrer le management insensé

J’aime bien mon travail mais moins mon/ma responsable hiérarchique

Des enquêtes (Enquête CFDT Parlons travail 2016-2017) montrent que les salariés aiment majoritairement leur travail et leur entreprise ou administration. En revanche ces mêmes enquêtes relèvent une contestation de la hiérarchie et des  modes de management. Les dysfonctionnements engendrés par les modes de management contemporains se traduisent par plusieurs catégories de problèmes ayant des répercussions sur la santé des salariés : burn-out, bore-out, et autre brown –out.

Comme le soulignent N. Bouzou et J. De Funès dans La comédie (in)humaine, les organisations humaines induisent des comportements rudes. Les dirigeants ont tendance à développer une passion pour tout centraliser, tout contrôler, tout surveiller.

Boss en colère

Sommaire

Les causes multiples du manque de sens au travail

Impératifs de rentabilité

Les « logiques de marché » priment assurément. Avec pour corolaire la réduction des coûts qui constitue parfois (et même souvent ) l’alpha et l’oméga de la politique de l’entreprise ou de l’administration.

Dans le secteur privé

Les auteurs citent l’exemple des vœux d’une PME dans laquelle le directeur débite son discours depuis 10 ans par « new cash, new cash, new cash ».

Il est vrai que dans de nombreuses autres entreprises, grandes ou moyenne, il est fréquent que la part variable de la rémunération du « top management » soit indexée sur un paramètre de rentabilité financière (comme l’ EBIDTA).

Courbe de croissance
L’EBIDTA augmente, c’est bon pour mes primes !

Et dans le public

Les méthodes de gestion percolent du privé au public via les cabinets de conseil et les mouvements de cadres (retro pantouflage). On  note une aptitude à reproduire consciencieusement (avec un léger retard toutefois) les dérives managériales du secteur privé.

Dans le secteur privé, l’objectif était jusque là clair et lié à la rentabilité (avant l’apparition timide de critères sociaux et environnementaux). Dans l’administration, il apparait toutefois difficile d’afficher ouvertement des indicateurs axés sur la rentabilité d’une activité (cela n’a d’ailleurs pas forcément de sens dans le secteur public). Dès lors, on assiste à la prolifération d’indicateurs.

Il est vrai que les politiques publiques comportent généralement plusieurs facettes, sans qu’il soit aisé de pondérer les différents objectifs. Exemple : critère environnemental / social / économique.

Une manière d’illustrer cela : graphiques radars mais j’ai observé que cela n’aide pas vraiment à la décision.

En outre, parmi les nombreux indicateurs retenus, tous ne sont pas nécessairement liés à la qualité du service public. Dans certains cas, des indicateurs affriolants sont retenus alors que les moyens d’action ne sont pas à la main de l’entité (cela peut s’expliquer par le millefeuille administratif, mais plus fréquemment par le narcissisme du/de la responsable de l’entité).

Surcouche de complexité

La complexité bureaucratique n’est toutefois pas l’apanage des seules administrations, contrairement à ce que relatent souvent certains médias. Il existe une corrélation (pas toujours parfaite, heureusement) entre la taille des entreprises et la complexité. La propagation de la complexité est également galopante dans certaines entreprises, comme le montrent Yves Morieux et Peter Tollman dans leur livre Smart Simplicity.

Ils ont mis au point deux indices :

  • l’indice de complexité du Boston Consulting Group (société de conseil pour laquelle ils travaillent) représentatif de  la complexité de l’environnement économique (réglementations en matière de marchés, de finances, etc.)
  • un indice de complication des organisations, lié à la complexité interne des organismes.
On croule sous la paperasse.
Epaisses couches de paperasse

D’après leurs analyses, le premier indice a été multiplié par 6 depuis 1955 alors que l’indice de complication a été multiplié par 35.

Ainsi, les entreprises rajoutent-t-elles une épaisse couche de complications au cadre complexe existant. D’après Yves Morieux et Peter Tollman, les entreprises ont créé des labyrinthes organisationnels qui brident la productivité et les capacités d’innovation tout en démotivant les individus avec toujours plus de souffrance au travail. Il en découle une prolifération de tâches liées à la gestion de cette complexité. Ces missions sont naturellement candidates à une ou plusieurs des catégories  définies par David Graber dans Bullshit Jobs (par exemple, le gestionnaire de tableau de bord pourrait être classé dans la catégorie « cocheur de case »).

D. Graeber estime que si ces métiers inutiles survivent dans l’économie capitaliste, c’est qu’ils permettent d’occuper les gens et d’éviter qu’ils ne se révoltent. N. Bouzou et J. De Funès estiment pour leur part que cette inflation de la complexité résulterait d’une paresse et d’une volonté de limiter les risques auxquels est  exposée l’entreprise.

La simplicité est la sophistication suprême

Léonard de Vinci

Prime à la réactivité

Comme l’exprime Laurent Schmitt dans Du temps pour soi, « la réactivité devient une exigence ». Dans notre société, « l’urgence du temps remplace l’importance et la finalité de l’action ». Dans le monde du travail, cela se traduit notamment par la manière de gérer ses mails. Un individu est considéré comme performant s’il lit tous ses messages, les traite et y répond rapidement. Au plus tard dans la journée, pour ne pas entendre un cinglant reproche « tu n’as pas répondu à mon mail » lors d’une réunion ou en croisant ses collègues dans le couloir. Peu importe l’importance du contenu du message, la priorisation ne s’effectue pas au regard des enjeux mais plutôt en fonction du niveau hiérarchique de l’émetteur. Pour construire la réponse, les conditions de réflexion sont rarement réunies et la réponse ne prend que rarement en compte toutes les facettes d’un problème.

Problème d’autorité

Un problème d’autorité est par ailleurs mis en avant par Nicolas Bouzon et Julia de Funès dans La comédie (in)humaine.

Les auteurs soulignent que les manageurs ne sont pas naturellement dotés d’autorité (définie comme la capacité d’un individu à s’imposer aux autres sans user de la contrainte) alors que leur positionnement hiérarchique, reconnaissance de leur mérite, leur octroie du pouvoir.

Les auteurs estiment  que plutôt que de novlangue et de jeux récréatifs, les salariés ont besoin d’autonomie, de franchise et de sens (ce dernier aspect étant primordial). Mais comment être autonome quand on perd l’essentiel de ses journées en réunions interminables et en « reportings » ? La mise en oeuvre de “process” et autres “reportings” apparaissent comme des tentatives désespérées de reprise de contrôle par les dirigeants, comme l’explique Francois Dupuy dans Lost in management.

Mon expérience dans l’administration

J’estime avoir passé la majorité de mon temps de travail en réunion,  gestion de reporting (j’ai mis au point et géré un nombre incalculable d’indicateurs, regroupés dans de multiples tableaux de bord) et gestion de boites aux lettres envahies par des messages inutiles.

Dans les grandes organisations, le sens du travail est plus aisé à percevoir lorsqu’on est proche du citoyen. Les rares gens durablement épanouis dans le travail (outre les narcissiques pathologiques) que j’ai pu croiser récemment poursuivent une cause qui leur tient à cœur (par exemple dans le domaine de l’aide au développement). Cependant, dans d’autres professions de « vocation », comme la santé et l’éducation, l’usure et le désenchantement sont souvent au rendez-vous après quelques années d’exercice.

Alors que faire pour retrouver du sens ?

Retrouver du sens

Rappeler ou définir ensemble un objectif fédérateur et distinct de la seule considération comptable.

Réduire le temps passé (perdu ?) en réunions

Plus de 60 % des entreprises souffrent d’un excès de réunions et moins de 15 % d’une insuffisance, d’après Nicolas Bouzon et Julia de Funès. Selon un sondage réalisé en 2017 , les salariés français passeraient 4,5 heures par semaine en réunions. Cette durée serait double pour les cadres. Selon la même étude, seule 1 réunion sur 4 aboutirait à une prise de décision. Ces réunions, souvent imposées, ne seraient toutefois pas une sèche perte de temps car 44 % des salariés utiliseraient leur smartphone ou leur ordinateur pour faire autre chose.

Réunion interminable et inutile
Les salariés passent en moyenne 4,5 heures par semaine en réunion, soit trois semaines par an, révèle une étude OpinionWay publiée en 2017. L’Express, istock

Pour gagner en efficacité et lutter contre la réunionite aigüe, il parait souhaitable d’imposer la production de documents préparatoires (ordre du jour précis, note rédigée et argumentée plutôt que powerpoint fourre-tout) et d’un relevé de décision (comprenant des décisions ne se limitant pas à la seule date de la prochaine réunion …).

Par ailleurs, la visioconférence apparait comme une bonne solution car elle permet de gagner du temps. D’une part les temps de déplacement sont réduits, d’autre part, les réunions sont en général plus courtes (les conditions sont un peu moins confortables). De plus, les participants parlent chacun leur tour, en s’écoutant plus qu’en présentielle.

Supprimer les e-mails inutiles

Chacun d’entre-nous reçoit en moyenne 14 600 e-mails par an, soit 40 message par jour (données 2013). Ce flot continu et les notifications associées (pop-up, tonalité d’alerte) vous dérangent dans vos activités car votre curiosité vous incite à lire ces messages immédiatement. Or, la loi de Carlson (moins connue que la loi de Murphy) dispose que le temps perdu à cause d’une interruption est plus long que la durée de cette interruption.

Au regard de ce risque pour la productivité, certaines entreprises ont supprimé purement et simplement la messagerie électronique et ont opté pour un réseau social, sans grand succès semble-t-il.

Une régulation collective est nécessaire

Il conviendrait donc de réguler fortement l’usage de la messagerie à l’aide d’un règlement et non d’une simple charte. Celui-ci devrait bannir les diffusions trop larges pour se couvrir et prévoir la suspension temporaire de l’accès à la messagerie pour les contrevenants.

Overdose de mails
N’en jetez plus, la boîte est pleine !

Fixer ses propres règles

Dans l’attente de la mise en place d’une telle régulation au sein de votre organisme, vous pouvez également vous fixer des règles de gestion personnelles. Si votre messagerie n’est pas utilisée pour gérer les “vraies” urgences (les missions réellement urgentes sont généralement gérées dans les services d’urgences par des cris dans le couloirs, par radio ou interphone …) vous pouvez désactiver la notification d’arrivée des messages sur votre ordinateur et votre smartphone. Vous pourrez alors regrouper la gestion de vos mails à trois moments de la journée : le matin à votre arrivée (cela pourrait contribuer à structurer votre journée), après la pause déjeuner (de toute façon, il s’agit de la période la moins productive), le soir avant de partir (comme vous êtes pressé, vous serez efficace ; si des réponses impliquent une décision importante, mieux vaut laisser murir pendant une nuit …).

Développer le télétravail

Lorsque les fonctions le permette, il apparait qu’une journée de télétravail par semaine soit profitable, tant pour le salarié que pour l’entreprise. Cela offre la possibilité de prendre un peu de recul, de mener une réflexion sans être interrompu … et peut-être de rédiger sereinement les compte-rendus des (trop nombreuses) réunions de la semaine.

Le télétravail constitue une marque de confiance mutuelle. Son développement s’est accéléré, par la force des choses, lors des périodes de grève ou de confinement.

Malgré vos efforts, le management ne va pas dans le bon sens ? Prenez du recul et devenez frugaliste !

Malgré vos contributions éventuelles, votre direction ne semble pas sur la voie de la redécouverte des vertus de la confiance et de la simplicité ? Vos collègues ne rament pas dans le même sens et ont plutôt tendance à se tirer dans le pattes (parfois dans le vôtres) ? Bref, vous êtes fatigués et ne voyez pas poindre de solution collective au bout du tunnel…

Parmi les solutions individuelles, le frugalisme peut constituer une voie pour voir le travail autrement ou rompre de manière provisoire ou définitive avec le travail “classique” . Etes-vous prêt.e ?

Quelles sont les causes du mal-être au travail ?

La priorité à l’économie au détriment de l’humain

Les causes profondes sont vraisemblablement liées à la primauté de l’économie, dans sa version « capitalisme actionnarial » sur l’humain et sur la décision politique.

Le néolibéralisme a déplacé le curseur du partage valeur ajoutée  au profit capital (pouvoir des actionnaires) et au détriment du travail. Ainsi, l’austérité est-elle prônée pour les salariés, qui sont vus comme une variable d’ajustement à la baisse des coûts de production. Dans ces conditions, pour Sylvaine Perragin, « Le capital créé de la valeur en sapant le travail » (Le salaire de la peine, Seuil, 2019)

En découle des impératifs de production qui conduisent à l’extension de modes d’organisation et de méthodes de management parfois brutaux.

Chaplin, les Temps Modernes
Chaplin, les Temps Modernes

Autre illustration du taylorisme et du management au début de XXe siècle, par le narrateur de Voyage au bout de la nuit, qui arrive aux usines Ford à New York en 1930 :

Ça ne vous servira à rien ici vos études, mon garçon ! Vous n’êtes pas venu ici pour penser, mais pour faire les gestes qu’on vous commandera d’exécuter… Nous n’avons pas besoin d’imaginatifs dans notre usine. C’est de chimpanzés dont nous avons besoin… Un conseil encore. Ne me parlez plus jamais de votre intelligence ! On pensera pour vous mon ami ! Tenez-vous-le pour dit.

Céline, Voyage au bout de la nuit.

Cette primauté de l’économie et de la finance n’est pas toujours assumée par les dirigeants des entreprises et des administrations, qui peinent à fixer des caps clairs et motivants. Cette situation provoque souvent une perte de sens du travail.

La violence au travail vient parfois de l’organisation

Un des modes d’organisation le plus connu est le Lean management. Cette méthode a été inspirée par le système de production de Toyota. Elle consiste par exemple à supprimer les temps d’attente inutiles. Selon ses promoteurs, elle permet d’économiser du temps et de l’énergie et donc de gagner en qualité de vie au travail.

On ne parle plus du lean mais d’optimisation des fabrications». L’Usine Nouvelle, 2014

Cependant, elle conduit à des situations « aux limites » afin d’augmenter la productivité : un minimum de salariés générant un volume maximum d’activité. In fine, la masse salariale est réduite.

D’abord appliquée dans l’industrie, ces méthodes s’appliquent désormais également  au secteur tertiaire (services). Or, le « process » dans les services repose (plus encore que dans l’industrie) sur l’humain), comme le souligne Sylvaine Perragin dans son livre Le salaire de la peine.

L’homme n’étant pas une machine, ces méthodes provoquent des souffrances.

Certaines entreprises en sont revenues, suite à ses conséquences (troubles musculo-squelettiques, démotivation au travail) ou à des échecs cuisants dans sa mise en oeuvre. Mais d’autres la (re-)découvrent avec enthousiasme. Comme ce cadre d’une société du CAC 40 qui, en sortant d’un séminaire, voulait la mettre en œuvre dans mon club de sport !

Cette violence au travail provoquée par l’organisation constitue un « risque systémique » révèle l’Institut national d’études démographiques (INED) dans une étude citée par Anne Rodier dans sa chronique Carnet de bureau du Monde.

Illustration de l'article du Monde "La violence au travail est un « risque systémique », alerte l’Institut des études démographiques". Publié le 27 novembre 2019
« Les insultes et les pressions psychologiques (humiliations, dénigrements, menaces) sont les violences les plus fréquemment constatées, suivies par les atteintes à l’activité professionnelle. » Otto Dettmer/Ikon Images / Photononstop
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Autres facteurs du mal-être au travail

D’autres ingrédients peuvent également rendre la potion amère. Il s’agit notamment :

L'Open space m'a tuer.
  • du manque de sens. Le critère financier constitue souvent la seule (vraie) boussole et les managers peinent à fixer un cap clair et fédérateur.
  • de la dégradation des conditions de travail. Cf l’Open space m’a tuer. Alexandre des Isnards et Thomas Zuber  y remettent en cause, en 2008, avec leur expérience, de nombreux témoignages et force anglicismes,  l’image d’Epinal du « fun » véhiculées par les cabinets de conseil en vogue.
  • de la frontière floue entre monde du travail et sphère privée, favorisée par l’usage d’outils numériques et en particulier du smartphone. Lorsque votre responsable hiérarchique, un collègue ou un client vous appelle, et vous demande “Je ne vous dérange pas ?” Répondez-vous souvent “Je ne suis pas au travail” ou “Je suis en congés” ? Une certaine disponibilité est attendue et éteindre votre terminal peut être perçu comme un désintérêt de la vie de votre entreprise. Cette situation est admise voire encouragée dans la plupart des structures, malgré l’insertion dans le Code du travail d’un droit à la déconnexion, suivi de l’émergence de chartes sans grands effets, semble-t-il.
  • du travail en zapping : vous êtes sans cesse interrompu dans votre activité par le téléphone, les mails, vos collègues de bureau. Dès lors, il devient difficile de se concentrer sur une activité et vous avez le sentiment de ne plus maîtriser votre temps, ce qui est facteur de stress.
Enseveli sous ses mails ?
Vous ne parvenez plus à gérer votre boîte mail ? – Lionel Davoust
  • du manque de reconnaissance, souvent mis en évidence dans les études et sondages.

Des conduites individuelles abusives

En plus des modes d’organisation, les conditions de travail peuvent être viciées par des conduites individuelles abusives : management toxique, voire harcèlement moral, comme le décrit par Marie-France Hirigoyen.

C’est d’ailleurs parfois la politique d’entreprise qui permet à « de petits chefs » d’exprimer de manière débridée leur perversité. C’est le sens du témoignage d’une employée actuellement chez Orange, qui a connu la période de crise chez France Télécom. Selon ce qu’elle m’a indiqué, l’encadrement intermédiaire a pu se défouler localement en prenant appui sur les directives de l’entreprise.

La prévention demeure timide en la matière. Des initiatives voient le jour par exemple dans les écoles de commerce .

Des conditions parfois inhumaines

Deux jours, une nuit. Film
Deux jours, une nuit. Film réalisé par les frères Dardenne

Ces dérives conduisent parfois à des conditions inhumaines, comme les décrits Marc Crépon, directeur du département de philosophie à l’Ecole normale supérieure dans Inhumaines conditions, ouvrant son propos par les parcours de Rosetta et de Sandra, qui ont d’ailleurs été repris dans les films Rosetta et Deux jours, une nuit des frères Dardenne. L’auteur souligne que toutes deux se heurtent à plus d’une loi : celle des hommes qui décident de leur sort et celle de la société qui a cessé de les protéger.

Enquêtes sur la santé au travail : ce qu’elles révèlent

La littérature sur les sujets du bien être et du mal être au travail est abondante. Les études et sondages le sont tout autant. Cependant, ces derniers peuvent se révéler contradictoires, comme le souligne l’article du Monde « Les salariés français démotivés, un mythe ? »

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Ainsi, selon un premier sondage mené à l’échelon européen, seuls 6 % des employés français s’affirment engagés au travail. Alors que dans le même temps, un cabinet de conseil indique que 74 % des salariés français déclarent avoir de l’intérêt pour leur travail.

Cet écart peut-il s’expliquer par des différences méthodologiques ? Qui croire ?

Pour aider à y voir plus clair, voici des enquêtes  qui paraissent solides, en raison de la nature des organismes et/ou de la taille des échantillons.

Enquête SUMER

Il s’agit de l’enquête de Surveillance médicale des expositions aux risques réalisée par  la Direction générale du travail, l’Inspection médicale du travail et la DARES.

C’est assurément l’une des sources statistiques les plus fiables car plus de 2 500 médecins ont été mobilisés et 75 000 salariés interrogés en 2016 et 2017.

Le questionnaire soumis aux salariés permet d’appréhender la “tension au travail”. Cette dernière apparait lorsqu’une forte charge psychologique est associée à une faible latitude décisionnelle.

Cette “tension” se stabilise à un niveau élevé en 2017, après avoir fortement augmenté (+ 3 points). A noter également que “La tension au travail augmente dans les secteurs qui étaient les moins exposés en 2010, comme l’agriculture et la construction, alors qu’elle diminue dans l’industrie, secteur le plus concerné en 2010″. Une situation qui est, rappellent les auteurs, “prédictive de la dépression, de troubles cardiovasculaires ou de troubles musculo-squelettiques“.

Bilan « Santé travail, enjeux & actions »

Dans cette publication de janvier 2018, l’assurance maladie indique que “plus de 10 000 affections psychiques ont été reconnues comme maladie professionnelle en 2016, soit 1,6 % des accidents du travail”. Des chiffres qui ne cessent d’augmenter. « Le nombre de cas reconnus a été multiplié par 7 en cinq ans », précise le rapport.

30 000 burn-out, 3,2 millions de personnes « en danger » d’épuisement pour l’année 2018. 400 suicides liés au travail. Plus de 4 000 infarctus directement dus au stress professionnel ».

Enquête du Cabinet Stimulus Conseil

En 2017, 24 % des 30 000 salariés interrogés par le cabinet Stimulus présentaient un état d’« hyper-stress » et 52 % un « niveau élevé d’anxiété ». Avec des conséquences loin d’être anodines : dépression, troubles musculo-squelettiques, maladies cardio-vasculaires…

Prenez du recul avec votre travail et devenez frugaliste !

Voir le travail autrement

La valeur travail aurait-elle fait son temps ? La question n’est pas nouvelle : en 1995, Dominique Méda écrivait Le Travail, une valeur en voie de disparition.

A l’époque, ce livre avait été perçu comme un manifeste contre le travail.

D’autre le considèrent aujourd’hui comme prophétique. Ce sujet demeure très sensible 😬 et la relation au travail demeure ambigüe et ambivalente. Ainsi, le travail est-il à la fois  une source de satisfaction… et de stress (8 personnes sur 10 se sentent bien au travail mais dans le même temps, les deux tiers environ disent travailler sous pression, selon un sondage réalisé en 2017).

Une relation ambivalente au travail

Nous sommes aujourd’hui très attachés au travail. Les Français ont en particulier un niveau d’exigence élévé vis-à-vis du travail. Cela explique peut-être pourquoi la déception est souvent au rendez-vous.

Au point que seuls 5 % des Français seraient engagés dans le travail, selon une étude d’IPSOS réalisée en 2016 et portant sur 12 500 salariés répartis dans 17 pays. La France est en queue de peloton pour la motivation : cela pourrait être lié aux espaces de travail, mal conçus. 54% de travailleurs sont démotivés en France, et seuls 5% sont « engagés ».

Quels enseignements en tirer ? Peut être que :

  • la relation au travail est ambivalente ;
  • il convient de se méfier des sondages, en particulier sur ce sujet délicat …. 🤔
  • si vous comptez parmi la minorité non satisfaite de son travail, envisager la voie du frugalisme ! 🤓

Un attachement profond, parfois perturbé par des dérives et des souffrances

Cet attachement se manifeste principalement en cas d’absence de travail. La situation de chômage est majoritairement très mal vécue. Mais le travail, par son excès ou par ses conditions, peut conduire aussi à des souffrances.

Un attachement viscéral noué par l’éducation

Notre société est centrée sur le travail et cette place prépondérante est considérée comme une évidence. La sociologue Catherine Casey résume ainsi la situation, en 1995 :

«Peu importe que l’on soit dans ou hors de l’emploi, que l’on s’y prépare ou que l’on en cherche, que l’on aime son boulot ou pas, le travail, tel qu’il est organisé aujourd’hui, impacte significativement la vie quotidienne de la plupart des habitants des sociétés industrielles ».

Au point que la première question que l’on pose à un-e inconnu-e est généralement « qu’est-ce que tu fais dans la vie » ? Cette formulation montre que les gens établissent un lien entre identité et emploi. Cette question peut en outre se révéler embarrassante si la personne ne travaille pas ou n’aime pas son travail.

En premier lieu, le travail constitue le principal mécanisme de distribution de revenu, permettant de se nourrir et d’accéder aux biens matériels et aux loisirs commerciaux.

Le travail est également, pour la plupart des gens, le pôle principal de vie sociale, en dehors de la famille.

La « valeur travail » est inculquée par l’éducation, dès le plus jeune âge. Ne dit-on pas le matin en disant au revoir à ses enfants qui entrent à l’école : « travaille bien ! » ?

Dérives et souffrances

Tripalium, instrument de torture à l'origine du mot "travail"
Tripalium, l’origine du mot “travail”…

Le travail peut être source de souffrance. D’ailleurs, l’étymologie du mot vient du latin tripalium, instrument d’immobilisation (et éventuellement de torture) à trois pieux.

Par la Bible également (Ancien Testament, Genèse) :

L’Éternel à Adam : « Le sol sera maudit à cause de toi. C’est à force de peine que tu en tireras ta nourriture tous les jours de ta vie […]. C’est à la sueur de ton front que tu mangeras ton pain. »

Plus récemment, en 1932, Bertrand Russel, dans Eloge de l’oisiveté (bref ouvrage, il faut bien laisser du temps pour l’oisiveté 😉 ) prônait la réduction de la place du travail :

« Pour parler sérieusement, ce que je veux dire, c’est que le fait de croire que le TRAVAIL est une vertu est la cause de grands maux dans le monde  moderne, et que la voie du bonheur et de la prospérité passe par une diminution méthodique du travail ».

Les mutations de l’emploi provoquent parfois de la souffrance

Aujourd’hui, le modèle du « plein emploi à plein temps pour tous » semble avoir vécu.

Les mutations des conditions de travail ont conduit au cours des dernières décennies à augmenter le mal-être au travail, comme le montrent plusieurs études.

Cela peut conduire à des situations de souffrance au travail.

Mon job, mon carcan ?

Marie Pezé a créé les premières consultations sur la « souffrance et travail » en 1997 . Puis, elle a publié un journal de ces consultations : Ils ne mouraient pas tous mais tous étaient frappés, Journal de la consultation «Souffrance et travail» 1997-2008

Dès 1998, ce sujet est devenu médiatique avec notamment deux livres :

Les Enquêtes relatives à la santé ou au bien être au travail sont parfois contradictoires. Les plus sérieuses d’entre elles témoignent d’une tension élevée au travail (“job strain” en anglais).

Alors, dans ces conditions, prendre un certain recul vis-à-vis du travail, voire le fuir peut se révéler salutaire. Ce n’est pas un signe de faiblesse et peut même être dans certains cas un réflexe de survie. Le frugalisme peut constituer une saine échappatoire, à condition de bien s’y préparer.

Quelles sont les causes du mal-être au travail ?

Citations

Le travail, c’est la santé… Mais à quoi sert alors la médecine du travail ?

Pierre Dac et Francis Blanche

Le travail devrait être une fonction et une joie ; il n’est bien souvent qu’une servitude et une souffrance. Il devrait être le combat de tous les hommes unis contre les choses, contre les fatalités de la nature et les misères de la vie ; il est le combat des hommes entre eux, se disputant les jouissances par la ruse, l’âpreté au gain, l’oppression des faibles et toutes les violences de la concurrence illimitée […] et dans cet état d’universel combat, les uns sont esclaves de leur fortune comme les autres sont esclaves de leur pauvreté ! Oui, en haut comme en bas, l’ordre social actuel ne fait que des esclaves […]

Jean Jaurès, “Au Clair de lune”, La Dépêche, 15 octobre 1890