Frugaliste, comment parvenir à l’indépendance financière

Définir votre objectif en matière financière

Vos motivations sont désormais claires : vous êtes décidé à adopter la voie du frugalisme. Généralement, les aspirations pour devenir frugaliste sont  de :

  • passer volontairement à temps partiel ;
  • faire un break ;
  • prendre une retraite (très) anticipée ;
  • ou simplement de disposer de la liberté de refuser un job ou de dire non à votre patron.

Pour résumer, votre objectif en devenant frugaliste est de gagner en libérté.

Objectif : être dans le hamac sur une plage tropicale
Votre objectif ?
Sun Tzu

Celui qui n’a pas d’objectifs ne risque pas de les atteindre.

Sun Tzu, Stratège militaire chinois (VIe siècle av. J-C).

L’argent ne constitue qu’un moyen pour atteindre votre objectif de frugaliste

Même si l’argent ne constitue pas une fin en soi, il sera un moyen pour atteindre vos objectifs de frugaliste. Comme le disait Nico, cité dans le livre “J’arrête de travailler ! Les clés du frugalisme” de Gisela Enders, “Ma liberté financière n’est qu’un moyen servant une fin“.

Dès lors, pour accompagner votre projet, vous cherchez  à devenir libre ou indépendant  financièrement.  Certains oseront peut-être le terme de rentier, même s’il parait désuet et revêt un caractère péjoratif et peu flatteur. Dans certains cas, il pourra être préférable de se qualifier de “rentier frugal“.

Cependant, les définitions de ces notions sont à géométrie variable. Quand peut-on affirmer que l’on est libre financièrement ? En ayant choisi un travail à temps partiel ? Ou en vivant exclusivement de ses rentes ? Même dans ce dernier cas, la gestion de sa rente nécessite un minimum de temps et d’attention.

Dans ces conditions, mieux vaut raisonner quantitativement afin d’évaluer la faisabilité de son projet et assurer ses arrières.

Pour cela, il faut se poser les bonnes questions puis se livrer à quelques projections et calculs avant de fixer son objectif.

Les bonnes questions à se poser pour fixer son objectif

Pause de quelques mois, quelques années ou retraite anticipée ?

Vous souhaitez faire un break de quelques mois, voire quelques années ? Ou êtes-vous décidé à prendre votre retraite de façon (très) anticipée ?

Il vous faudra définir le quand et pour combien de temps.

Attention toutefois, en cas de pause de longue durée, le retour au monde du travail risque d’être délicat. D’une part parce que vous aurez goûté à une autre vie, d’autre part car cette longue période « d’inactivité » risque d’être mal jugée par l’employeur potentiel.

Il vous faudra aussi tenir compte de la date prévisionnelle et du montant de votre éventuelle pension de retraite (prévoir une marge de sécurité en raison des réformes qui pourraient être menées …). Pour cela, le montant de la pension pourra être simulé en fonction de la durée de votre pause et au vu des paramètres d’aujourd’hui. Cependant, il sera prudent d’y appliquer une décote significative, afin de tenir compte de l’inflation mais également de la dégradation probable de la pension de retraite.

Consommer le capital ou vivre uniquement des revenus du capital ?

Ce choix est déterminant car il influe fortement sur le capital nécessaire pour atteindre votre objectif. Le capital nécessaire sera nettement plus élevé si vous prévoyez de tirer uniquement sur les revenus issus de ce capital, sans toucher à ce patrimoine. Néanmoins, il n’est pas toujours aisé à se décider à consommer son capital.

Comment vont évoluer mes revenus et mes charges tant dans la phase d’accumulation que dans la période de rente ?

Minimiser les dépenses tout au long de la démarche

Dans tous les cas, votre intérêt sera de minimiser vos dépenses tout au long de votre parcours. Car, cette maîtrise des dépenses aura un double effet : pendant la période d’accumulation, cela contribuera à accroitre votre capital ; et vous prendrez les bonnes habitudes de sobriété que vous poursuivrez pendant la période de rente.

Evaluer au mieux votre budget frugal

Toutefois, estimer l’incidence de votre future vie de rentier frugal sur votre budget peut se révéler délicat.

En effet, pour certains, elle ira de pair avec moins de frais, de représentation (vêtements) ou de déplacements en particulier. Pour d’autres, au contraire, bénéficiaires d’une voiture de fonction même le week-end ou d’une généreuse mutuelle d’entreprise, il y aura des coûts supplémentaires.

Café et comptes
Un petit café ?

De plus, si vous êtes disposés à changer de lieu de résidence (région ou pays à coûts plus faibles) et à opter pour un logement différent (plus petit mais au soleil par exemple), il faudra également en tenir compte. Il conviendra de porter un attention particulière aux dépenses de logement (sans oublier les charges de copropriété) et aux impôts locaux.

Par ailleurs, quelles seront les dépenses liées à votre passe-temps favori ?

Maximiser votre revenu durant la période d’accumulation et pourquoi pas prévoir un revenu d’appoint durant votre “retraite”
Picsou compte son argent
Picsou compte son argent. Tableau de Kromo

Côté revenus, il faudra bien entendu chercher à le maximiser durant votre période d’accumulation. Pour cela, « investir » dans votre formation initiale et continue constituera un atout. Peut-être aurez-vous également un revenu durant la période de « retraite » lié à un travail à mi-temps ou à un hobby qui rapporte un peu d’argent.

Rentière ou rentier, est-ce possible pour moi ? Si oui, quand ?

Pour répondre à ces interrogations, venons-en concrètement aux hypothèses et aux calculs.

Hypothèse : consommation du capital

Combien de temps puis-je vivre avec mon épargne ?

Source : Cbanque, 2019

Ce tableau ne prend en compte ni l’inflation, ni la fiscalité, ni les frais liés à la gestion du capital.

Selon ces hypothèses simplificatrices, pour obtenir une rente de 2 000 € pendant 7 ans, il vous faudra constituer un capital de 150 000 €, puis le placer à un taux de 4 % durant ces 7 ans. A l’issue de cette période de 7 ans, le capital sera entièrement consommé.

Tenir compte de l’inflation

Afin de préciser votre objectif, il est conseillé d’intégrer des hypothèses liées à l’inflation ou de se référer, par exemple, au SMIC ou au revenu médian.

Ainsi, avec une inflation de 2%, pour obtenir l’équivalent de 1000 € d’aujourd’hui, il vous faudra 1 220 € dans 10 ans. Même si le taux d’inflation est actuellement faible (l’indice des prix à la consommation est proche de 1%), ce facteur est donc potentiellement significatif dans la durée.

De même, l’intérêt de se référer au SMIC réside dans le fait que son montant évolue dans le temps (il  est revalorisé en référence à l’indice des prix à la consommation et à l’augmentation du pouvoir d’achat du salaire horaire de base ouvrier ; il peut bénéficier de hausses supplémentaires de la part du gouvernement). Ainsi, il a été multiplié par 3,4 depuis 1951.

Source : INSEE

Le SMIC mensuel net (après déduction des cotisations salariales) s’établit en 2019 à 1 204 €, soit 14 450 € par an.

Ainsi, si vous optez pour cette référence, votre objectif pourra par exemple consister à obtenir l’équivalent d’un SMIC net, voire d’1,5 ou 2.

A vos calculettes !

Pour adapter le calcul à votre situation, vous pouvez utiliser des calculettes de simulation. A noter que le calcul étant le même que pour des mensualités de crédit, vous pouvez aussi utiliser des simulateurs de crédit.

Si vous visez une retraite anticipée, vous pourrez vous référer à l’espérance de vie en fonction de votre âge, assortie le cas échéant d’une marge de sécurité pour ne pas vous retrouver à sec à un âge avancé…

Dans ce tableau Excel (données INSEE 2015, arrêtées en 2017), vous trouverez cette espérance de vie en fonction de votre âge. Ainsi, si vous êtes un homme de 40 ans, d’après cette table, votre espérance de vie est encore de 40,39 ans.

Combien de temps et quel effort d’épargne pour obtenir le capital nécessaire ?

Source : Cbanque, 2019

Hypothèse : sans consommation du capital

Le capital nécessaire sera évidemment nettement plus élevé que dans l’hypothèse. Pour estimer la faisabilité de votre projet, deux approches simples sont possibles.

Règle de “25 fois vos dépenses annuelles” ou des 4%

Cumuler un capital qui représente 25 fois vos dépenses annuelles (projetées comme frugaliste) vous permettrait de « vivre de vos rentes » sous réserve de tirer de vos placements un revenu de 4%, durant la période de “retraite”.

Avec un taux d’intérêt de 2 %, le facteur multiplicatif serait de 50 alors qu’avec un taux de 6%, le capital constitué devra représenter 16,7 fois vos dépenses annuelles projetées.

Ainsi, pour obtenir 2 000 € de rente, le tableau ci-dessous présente le capital nécessaire en fonction du rendement de vos placements :

Rendement de 2 % Rendement de 4 % Rendement de 6 %
1 200 000 €600 000 €400 000 €

Raisonnement en taux d’épargne

En fait, la durée qui vous sépare de la “retraite” peut être estimée à l’aide du seul taux d’épargne, c’est à dire la part de revenu (après impôts) que vous parvenez à mettre de côté.

Taux d’épargne (%)Nombre d’années de travail (phase accumulation)
566
1051
1543
2037
2532
3028
3525
4022
4519
5017
5514,5
6012,5
6510,5
708,5
757
90<3
95<2
100Vous ne dépensez rien. Vous pouvez partir à la retraite tout de suite !
Un taux d’épargne (très) supérieur à la moyenne est nécessaire

Si votre taux d’épargne se situe dans la moyenne française (autour de 15%), il vous faudra le maintenir durant 43 ans pour devenir rentier. Cette durée ne vous rappelle rien ? Elle est proche de la durée de cotisation pour obtenir sa retraite. En gros, en maintenant ce taux d’épargne durant votre “vie active”, vous pourriez vous passer de la retraite par répartition …

Graphique taux d'épargne des français
INSEE, 2018

En revanche, si vous parvenez à hausser votre taux d’épargne à 20%, votre durée de travail sera de 37 ans. Dès lors, si vous commencez cette démarche dès le début de votre “vie active”, vous pourrez anticiper votre départ à la retraite de 5 ans sans même compter sur le régime de retraite.

Dans l’hypothèse d’un taux d’épargne de 50 % de vos revenus après impôts, vous pourrez partir à « la retraite » au bout de 17 ans ! Soit au début de votre quarantaine si vous avez commencé à travailler vers 24-25 ans et que vous avez commencé à épargner à hauteur de la moitié de vos revenus.

Afin de préciser votre calcul, vous pouvez utiliser ce simulateur (en anglais)

Vous disposez d’un capital de départ ?

Imaginons maintenant que vous disposez d’un capital de départ : héritage, belle opération immobilière. Après tout, il n’est pas interdit d’avoir de la chance ou du talent !

Par exemple, vous avez actuellement 150 000 € d’épargne et avez pour objectif d’atteindre 600 000 €. Il vous faudra épargner 2000 €  par mois pendant 10 ans au taux de 6 %. Cela peut paraitre exigeant ! Pour envisager d’autres hypothèses et effectuer d’autres simulations, vous pouvez utiliser cette calculette.

Conclusion

Au regard de ces calculs on voit bien que la route peut être plus ou moins longue, en fonction de vos possibilités d’épargne.

D’autant que le chemin peut également s’allonger si vous décidez d’une transition progressive, par exemple un mi-temps. Ce  temps partiel, si vous avez la possibilité et la chance de le mettre en œuvre, permet d’expérimenter le ralentissement.

Dans tous les cas, la patience et la motivation sont des clés du succès de la démarche. Vous aurez intérêt à développer une culture financière et actionner le levier du crédit dès votre plus jeune âge.

Ce parcours doit rester motivant et ne pas apparaitre comme une contrainte à vos yeux ou pour vos proches. Il sera assurément ponctué de découvertes et pas uniquement sur des sujets financiers !

Pour aller plus loin

Livre “Stratégies pour devenir rentier en 10 ans“, Philippe Proudhon

Devenir rentier. Les investisseurs heureux

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